Le discours indirect en suédois
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En bref
Pour rapporter une affirmation, le suédois emploie généralement une proposition introduite par att : Hon sa att hon var trött (« Elle a dit qu’elle était fatiguée »). Une question fermée se construit avec om, tandis qu’une question ouverte conserve son mot interrogatif. Après un verbe introducteur au passé, le temps, les pronoms et certains repères comme i dag peuvent changer selon le nouveau point de vue.
Vue d’ensemble
Le discours indirect permet de raconter les paroles, les pensées ou les questions de quelqu’un sans les citer mot pour mot. Au lieu de reproduire Anna sa: « Jag är trött », on intègre le message dans sa propre phrase : Anna sa att hon var trött. La partie att hon var trött est une subordonnée, c’est-à-dire une proposition qui dépend ici du verbe sa.
Ce point apparaît au niveau B2 parce qu’il combine plusieurs mécanismes déjà connus : les subordonnées, l’ordre des mots, les temps verbaux et les pronoms. La difficulté ne réside donc pas seulement dans le choix de att ou de om. Il faut aussi adopter le point de vue de la personne qui rapporte : le jag du locuteur d’origine peut devenir hon, min peut devenir hennes ou sin, et un présent peut reculer au prétérit.
Pour un francophone, la logique générale est familière, mais les correspondances ne sont pas automatiques. Le suédois n’a notamment pas d’imparfait distinct : le prétérit var peut correspondre à « était », et visste à « savait ». En revanche, il faut être particulièrement attentif à l’ordre des mots suédois dans les questions indirectes et à la place de la négation.
Comment ça marche
1. Rapporter une affirmation avec att
Le modèle de base est le suivant :
sujet + verbe introducteur + (att) + sujet + verbe + reste de la proposition
- Hon sa att hon var trött. — Elle a dit qu’elle était fatiguée.
- Jag trodde att du visste. — Je croyais que tu savais.
- De berättade att de hade rest. — Ils ont raconté qu’ils étaient partis.
Att correspond souvent à « que ». Après des verbes fréquents de parole, de pensée ou de connaissance, il peut être omis, surtout dans la langue courante :
- Jag tror (att) han kommer snart. — Je crois qu’il va bientôt arriver.
- Hon sa (att) hon inte kunde. — Elle a dit qu’elle ne pouvait pas.
- Vi visste (att) tåget var försenat. — Nous savions que le train avait du retard.
L’omission de att ne transforme pas la proposition en proposition principale. Elle garde l’ordre d’une subordonnée.
2. Garder l’ordre des mots d’une subordonnée
Dans une proposition principale suédoise, un adverbe de phrase comme inte (« ne… pas »), aldrig (« jamais ») ou kanske (« peut-être ») vient normalement après le verbe conjugué : Hon kommer inte. Dans une subordonnée, il se place avant ce verbe : att hon inte kommer.
| Suédois | Français | Fonction |
|---|---|---|
| Hon kommer inte. | Elle ne vient pas. | Proposition principale : verbe avant inte |
| Han sa att hon inte kom. | Il a dit qu’elle n’était pas venue. | Subordonnée : inte avant le verbe |
| Hon sa hon inte kunde komma. | Elle a dit qu’elle ne pouvait pas venir. | Même ordre malgré l’absence de att |
On résume parfois cette règle par « BIFF » en suédois : dans une subordonnée, l’adverbe de phrase vient avant le verbe conjugué. C’est un repère utile, même lorsque le mot introducteur att disparaît.
3. Adapter les temps au nouveau point de vue
Lorsque le verbe introducteur est au passé, le temps de la parole rapportée recule souvent. Ce recul montre que l’information était présente, passée ou future au moment où la personne a parlé.
| Paroles directes | Discours indirect | Valeur habituelle en français |
|---|---|---|
| Jag är trött. | Hon sa att hon var trött. | Elle a dit qu’elle était fatiguée. |
| Jag arbetar hemma. | Han sa att han arbetade hemma. | Il a dit qu’il travaillait chez lui. |
| Jag har redan ätit. | Hon sa att hon hade ätit. | Elle a dit qu’elle avait déjà mangé. |
| Jag såg filmen. | Han sa att han hade sett filmen. | Il a dit qu’il avait vu le film. |
| Jag kommer i morgon. | Hon sa att hon skulle komma nästa dag. | Elle a dit qu’elle viendrait le lendemain. |
Le plus-que-parfait suédois se forme avec hade suivi du supin (la forme employée après har ou hade) : hade sett, hade rest. Pour un futur vu depuis le passé, skulle + infinitif est très fréquent : skulle komma.
Ce recul n’est cependant pas mécanique. Si le fait reste valable au moment où l’on parle, le présent peut être conservé :
- Läkaren sa att medicinen är ofarlig. — Le médecin a dit que le médicament est sans danger.
- Sara sa att hon bor i Malmö. — Sara a dit qu’elle habite à Malmö.
Le présent indique ici que le locuteur présente encore l’information comme actuelle. Avec bodde, on la situe seulement dans le cadre passé, sans garantir qu’elle soit encore vraie. Le choix dépend donc du sens, et pas uniquement d’une règle de concordance.
4. Modifier les pronoms et les possessifs
Les personnes grammaticales changent selon qui parle et qui rapporte. Dans Lisa sa: « Jag ringer dig », jag désigne Lisa. Si Erik raconte la scène à une autre personne, il dira par exemple : Lisa sa att hon skulle ringa mig (« Lisa a dit qu’elle m’appellerait »).
Les possessifs demandent une attention supplémentaire :
- Oskar sa: « Jag tar min cykel. »
- Oskar sa att han skulle ta sin cykel.
Sin, sitt, sina renvoient au sujet de leur propre proposition. Ici, sin cykel est le vélo d’Oskar, sujet de skulle ta. En revanche, hans cykel désignerait normalement le vélo d’un autre homme dans ce contexte. Avec un possessif qui n’est pas lié au sujet de la subordonnée, on emploie les formes ordinaires : Hon sa att jag kunde låna hennes cykel (« Elle a dit que je pouvais emprunter son vélo à elle »).
5. Rapporter une question
Une question à laquelle on répond par oui ou non est introduite par om, proche du « si » français dans il demande si… :
- Kan du komma? → Han frågade om jag kunde komma.
- Har tåget gått? → Hon undrade om tåget hade gått.
Une question ouverte conserve son mot interrogatif : vad (« quoi/que »), vem (« qui »), var (« où »), när (« quand »), hur (« comment »), varför (« pourquoi »).
- Var bor du? → Hon frågade var jag bodde.
- När börjar mötet? → Han undrade när mötet började.
La question indirecte n’a pas l’inversion d’une question directe. On dit var jag bodde, avec le sujet avant le verbe, et non var bodde jag. Contrairement au français, le suédois n’utilise pas un équivalent de « est-ce que » à conserver dans la proposition rapportée.
Dans un registre plus formel, huruvida signifie « si oui ou non » : Rapporten visar inte huruvida planen är genomförbar (« Le rapport ne montre pas si le projet est réalisable »). Dans la conversation, om suffit presque toujours.
6. Rapporter une demande, un conseil ou un ordre
On ne rapporte pas normalement un impératif en gardant sa forme. On choisit un verbe qui précise l’intention, puis une construction avec att + infinitif :
- Kom hit! → Hon bad mig att komma dit. — Elle m’a demandé de venir là-bas.
- Glöm inte nycklarna! → Han påminde mig om att inte glömma nycklarna. — Il m’a rappelé de ne pas oublier les clés.
- Lämna rummet! → Läraren sa åt oss att lämna rummet. — Le professeur nous a dit de quitter la salle.
Be någon att göra något exprime une demande ; säga åt någon att göra något peut exprimer une consigne ou un ordre. Le choix du verbe introducteur permet donc de rendre le ton des paroles originales.
7. Replacer les indications de temps et de lieu
Les mots déictiques (des mots dont le sens dépend du moment ou du lieu où l’on parle) peuvent changer lorsque le contexte change. Ce ne sont pas des remplacements obligatoires : on les adapte seulement si le repère d’origine n’est plus le même.
| Dans les paroles d’origine | Forme possible plus tard | Français |
|---|---|---|
| i dag | den dagen | aujourd’hui → ce jour-là |
| i går | dagen innan / föregående dag | hier → la veille / le jour précédent |
| i morgon | nästa dag / dagen därpå | demain → le lendemain |
| nu | då | maintenant → alors / à ce moment-là |
| här | där | ici → là-bas |
Ainsi, Hon sa i måndags: « Jag kommer hit i morgon » peut devenir Hon sa i måndags att hon skulle komma dit nästa dag. Si l’on rapporte les paroles le jour même et au même endroit, i morgon ou hit peuvent toutefois rester parfaitement logiques.
Exemples en contexte
| Suédois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Hon sa att hon var trött. | Elle a dit qu’elle était fatiguée. | Présent d’origine devenu prétérit |
| Jag trodde att du visste svaret. | Je croyais que tu connaissais la réponse. | Verbe de pensée au passé |
| De berättade att de hade rest genom Norge. | Ils ont raconté qu’ils avaient traversé la Norvège. | Action antérieure au récit |
| Amir säger att han arbetar hemifrån i dag. | Amir dit qu’il travaille de chez lui aujourd’hui. | Verbe introducteur au présent |
| Chefen sa mötet inte skulle ta lång tid. | La responsable a dit que la réunion ne durerait pas longtemps. | Att omis ; inte avant skulle |
| Han frågade om jag kunde hjälpa honom. | Il a demandé si je pouvais l’aider. | Question fermée avec om |
| Vi undrade varför bussen var sen. | Nous nous demandions pourquoi le bus était en retard. | Mot interrogatif conservé |
| Journalisten frågade när beslutet skulle meddelas. | La journaliste a demandé quand la décision serait annoncée. | Question indirecte, sans inversion |
| Elin sa att hon skulle ringa sin syster. | Elin a dit qu’elle appellerait sa sœur. | Sin renvoie au sujet Elin |
| Elin sa att hon skulle ringa hennes syster. | Elin a dit qu’elle appellerait la sœur de cette autre femme. | Hennes renvoie à une autre femme |
| Läkaren förklarade att behandlingen är säker. | Le médecin a expliqué que le traitement est sûr. | Présent maintenu : validité actuelle |
| Pappa bad oss att stänga fönstret. | Papa nous a demandé de fermer la fenêtre. | Demande rapportée à l’infinitif |
| Guiden sa åt besökarna att inte röra tavlan. | Le guide a dit aux visiteurs de ne pas toucher le tableau. | Consigne négative |
| Hon påstod att hon aldrig hade sett brevet. | Elle a affirmé n’avoir jamais vu la lettre. | Aldrig avant le groupe verbal |
Erreurs fréquentes
Garder l’ordre d’une proposition principale
- Incorrect : Han sa att han kunde inte komma.
- Correct : Han sa att han inte kunde komma.
- Pourquoi : dans la subordonnée, inte précède le verbe conjugué. La traduction française ne permet pas de deviner cette place : il faut reconnaître la structure suédoise.
Employer att pour une question fermée
- Incorrect : Hon frågade att jag hade tid.
- Correct : Hon frågade om jag hade tid.
- Pourquoi : att introduit une affirmation rapportée ; om introduit une question à réponse oui/non.
Conserver l’inversion de la question directe
- Incorrect : Han undrade var bodde jag.
- Correct : Han undrade var jag bodde.
- Pourquoi : une question indirecte a l’ordre d’une subordonnée : mot interrogatif, sujet, puis verbe.
Conserver tous les pronoms d’origine
- Incorrect : Anna sa att jag skulle ringa min mamma, si Anna parlait d’elle-même et de sa propre mère.
- Correct : Anna sa att hon skulle ringa sin mamma.
- Pourquoi : le changement de locuteur oblige à recalculer jag, les pronoms compléments et les possessifs.
Faire reculer le temps sans tenir compte du sens
- Forme trompeuse : Forskaren sa att jorden var rund, si l’on veut présenter le fait comme toujours vrai.
- Forme naturelle : Forskaren sa att jorden är rund.
- Pourquoi : le présent peut être conservé pour une vérité ou une situation encore valable. Var n’est pas toujours faux, mais peut enfermer l’affirmation dans le point de vue passé ou créer un effet de distance.
Traduire systématiquement « conditionnel » par skulle
- Incorrect : choisir skulle uniquement parce que la traduction française contient « viendrait ».
- Correct : Hon sa att hon skulle komma.
- Pourquoi : ici, skulle komma représente un événement futur vu depuis un moment passé. Ailleurs, skulle peut exprimer une hypothèse ou une autre nuance ; il faut comprendre la relation temporelle, pas remplacer mot à mot.
Notes d’usage
Dans la conversation, l’omission de att après säga, tro, tycka ou veta est très courante : Jag tror det blir bra (« Je crois que ça ira »). Garder att reste correct et rend souvent la structure plus facile à lire, surtout lorsque la proposition est longue. Dans un texte soigné, le choix dépend du rythme et de la clarté plutôt que d’une opposition rigide entre « correct » et « familier ».
Le verbe introducteur influence l’interprétation. Säga reste neutre (« dire »), berätta présente un récit ou une information développée (« raconter »), påstå peut suggérer que l’affirmation est contestable (« affirmer, prétendre »), tandis que erkänna signifie « reconnaître, avouer ». Comparer Hon sa att hon var där et Hon erkände att hon hade varit där montre que rapporter des paroles, c’est aussi indiquer l’attitude du narrateur.
À l’oral, le prétérit suffit parfois là où un exposé très explicite choisirait le plus-que-parfait, lorsque la chronologie est déjà évidente. Pour apprendre à produire des récits sans ambiguïté, il est néanmoins utile de maîtriser l’opposition entre var/gjorde et hade varit/hade gjort.
Pour aller plus loin
Le choix du temps peut créer une distance énonciative, c’est-à-dire montrer jusqu’à quel point la personne qui rapporte reprend l’affirmation à son compte. Hon sa att hon är sjuk présente volontiers la maladie comme actuelle ; Hon sa att hon var sjuk reste centré sur ce qu’elle a déclaré à ce moment-là. Le second exemple ne signifie pas nécessairement qu’elle est guérie : il s’engage simplement moins sur la situation présente.
Dans une phrase complexe, chaque événement se situe par rapport à un autre : Han sa att han skulle komma när han hade ätit (« Il a dit qu’il viendrait quand il aurait mangé »). Sa fixe le point de départ passé, skulle komma est postérieur à ce point, et hade ätit présente le repas comme achevé avant l’arrivée. Ce type d’enchaînement relève de la concordance avancée des temps.
Le suédois permet aussi de rapporter une information sans nommer explicitement sa source :
- Det sägs att huset är hemsökt. — On dit que la maison est hantée.
- Enligt tidningen ska regeringen ändra lagen. — Selon le journal, le gouvernement devrait modifier la loi.
Dans le second exemple, ska peut signaler une information rapportée, sans que le locuteur garantisse personnellement son exactitude. Cette valeur est surtout utile dans les médias et les textes informatifs ; elle ne doit pas être confondue avec le simple futur de ska.
Enfin, huruvida est utile lorsque l’alternative elle-même est au centre de la phrase : Det är oklart huruvida avtalet gäller (« On ne sait pas clairement si l’accord est valable »). Il est plus soutenu que om et apparaît souvent dans des rapports, des analyses ou des textes administratifs.
Conseils pratiques
- Transformez les phrases en trois étapes. Soulignez d’abord le locuteur d’origine, puis changez les pronoms, et enfin replacez les temps et les repères temporels. Cette méthode évite de modifier seulement le verbe en oubliant jag, min ou i morgon.
- Entraînez-vous avec des paires. Prenez une question directe comme Var arbetar du? et dites immédiatement Hon frågade var jag arbetade. Alternez questions fermées avec om et questions ouvertes avec vad, var, när, hur.
- Écoutez la place de inte. Dans un entretien ou un balado suédois, repérez les séquences han sa att…, hon tror… et de frågade om…. Notez si att est prononcé et vérifiez que inte vient avant le verbe dans la subordonnée.
Notions liées
- Prérequis : Les propositions subordonnées — pour maîtriser att, om et la place des adverbes de phrase.
- Étape suivante : La concordance des temps — pour situer plusieurs événements les uns par rapport aux autres dans des récits complexes.
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