B1

Les formes verbales fléchies en gallois

Berfau Cryno

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.

En bref

Dans une forme fléchie courte (berf gryno), le verbe porte lui-même une terminaison qui indique la personne : gwelais i « j’ai vu », gwelodd hi « elle a vu ». Il n’y a donc ni forme de bod ni yn devant le verbe principal. Au niveau B1, le plus utile est de reconnaître et d’employer le passé court, surtout avec les verbes fréquents comme mynd, dod, cael et gwneud.

Vue d’ensemble

Le gallois courant construit beaucoup de temps avec un auxiliaire (un verbe qui aide à former le temps) suivi d’un nom verbal, la forme de base du verbe : Dw i’n darllen « je lis », Wnes i ddarllen « j’ai lu ». Les berfau cryno, littéralement « verbes concis », fonctionnent autrement. La personne et le temps sont marqués directement sur le verbe : darllenais i « j’ai lu », darllenodd hi « elle a lu ».

Cette construction mérite une attention particulière au niveau B1, car elle est impossible à éviter dès que l’on lit des récits, des articles ou des biographies. Elle n’est toutefois pas réservée aux livres. Les passés courts de plusieurs verbes irréguliers sont très vivants dans la conversation : es i « je suis allé », des i « je suis venu », ces i « j’ai reçu » et wnes i « j’ai fait ». Les formes régulières, notamment la troisième personne en -odd, s’entendent aussi, mais leur fréquence dépend du verbe, de la région et du style du locuteur.

Pour un francophone, le passé simple français offre une comparaison partielle : les deux systèmes permettent de raconter un événement achevé avec un seul verbe fléchi. Mais il ne faut pas pousser l’analogie trop loin. Le passé court gallois est nettement plus présent dans l’usage moderne, et certaines de ses formes appartiennent tout à fait à la langue parlée. Autre différence : bien que la terminaison indique déjà la personne, le gallois oral conserve normalement un pronom après le verbe, comme i, ti ou nhw.

Fonctionnement

La structure essentielle

La construction de base est très compacte :

radical verbal + terminaison personnelle + pronom + compléments

Dans gwelodd hi’r ffilm :

  • gwel- est le radical, c’est-à-dire la partie du verbe qui porte le sens « voir » ;
  • -odd marque la troisième personne du singulier au passé ;
  • hi précise que le sujet (la personne qui accomplit l’action) est « elle » ;
  • ’r ffilm est le complément d’objet direct, c’est-à-dire ce qui est vu.

À la différence de Wnaeth hi weld y ffilm, la forme courte ne prend pas gwneud comme auxiliaire. À la différence de Roedd hi’n gweld y ffilm, elle ne prend pas non plus bod suivi de yn.

Les terminaisons usuelles du passé court

Pour de nombreux verbes réguliers, le modèle parlé et écrit courant se présente ainsi :

Personne Terminaison courante darllen « lire » Traduction
1re personne du singulier -ais i darllenais i j’ai lu
2e personne du singulier -aist ti darllenaist ti tu as lu
3e personne du singulier -odd e/o/hi darllenodd e/o/hi il/elle a lu
1re personne du pluriel -on ni darllenon ni nous avons lu
2e personne du pluriel ou de politesse -och chi darllenoch chi vous avez lu
3e personne du pluriel -on nhw darllenon nhw ils/elles ont lu

Les pronoms e ou fe sont courants dans le Sud pour « il », tandis que o est caractéristique du Nord. Cette variation ne change pas la terminaison verbale.

Le radical ne se déduit pas toujours par une opération unique. Il correspond parfois au nom verbal entier, mais certaines finales disparaissent :

Nom verbal Radical utile 1re personne du singulier Sens
siarad siarad- siaradais i j’ai parlé
darllen darllen- darllenais i j’ai lu
agor agor- agorais i j’ai ouvert
prynu pryn- prynais i j’ai acheté
dysgu dysg- dysgais i j’ai appris

Il est donc plus sûr d’apprendre une forme courte avec son nom verbal plutôt que d’ajouter mécaniquement une terminaison. Pour chaque nouveau verbe fréquent, mémorisez au moins le nom verbal, la première personne et la troisième personne du singulier.

Quatre verbes irréguliers indispensables

Les verbes suivants ne suivent pas simplement le modèle régulier, mais leurs formes sont extrêmement utiles. Les variantes orthographiques et dialectales existent ; le tableau donne des formes courantes et largement reconnues.

Personne mynd « aller » dod « venir » gwneud « faire » cael « recevoir, obtenir »
moi es i des i wnes i ces i
toi est ti dest ti wnest ti cest ti
lui/elle aeth e/o/hi daeth e/o/hi gwnaeth e/o/hi cafodd e/o/hi
nous aethon ni daethon ni gwnaethon ni cawson ni
vous aethoch chi daethoch chi gwnaethoch chi cawsoch chi
eux/elles aethon nhw daethon nhw gwnaethon nhw cawson nhw

Remarquez que wnes i peut avoir deux fonctions. Employé seul, il signifie « j’ai fait » : Wnes i’r gwaith « j’ai fait le travail ». Suivi d’un autre nom verbal, il devient l’auxiliaire du passé périphrastique : Wnes i ddarllen y llyfr « j’ai lu le livre ». Dans ce second cas, c’est gwneud qui est fléchi, pas darllen.

Passé court ou construction avec gwneud ?

Les deux phrases suivantes peuvent décrire le même événement achevé :

Gallois Français Nuance d’usage
Darllenais i’r llyfr. J’ai lu le livre. Forme courte ; naturelle dans un récit et dans un style soigné.
Wnes i ddarllen y llyfr. J’ai lu le livre. Construction très courante dans la conversation.

Le choix n’exprime pas automatiquement une différence de durée ou de résultat. Il s’agit souvent d’une différence de registre ou d’habitude régionale. Pour parler spontanément, la construction avec gwneud est une solution sûre avec beaucoup de verbes. Pour comprendre le gallois réel, il faut néanmoins reconnaître les deux.

Un événement achevé, pas une situation en cours

Le passé court présente normalement l’action comme un événement délimité et terminé. Pour une situation passée, une habitude ou une action en cours, on emploie plutôt l’imparfait de bod avec yn :

Gallois Français Valeur
Darllenais i’r llyfr neithiwr. J’ai lu le livre hier soir. Événement achevé.
Roeddwn i’n darllen pan ffoniodd hi. Je lisais quand elle a téléphoné. Action en cours, interrompue par un événement.
Roedden ni’n mynd yno bob haf. Nous y allions chaque été. Habitude passée.

Cette opposition ressemble souvent à celle entre « j’ai lu » et « je lisais », mais elle ne correspond pas mot pour mot à tous les temps du français.

Questions et négation

Dans une question directe, une ancienne particule interrogative a est généralement omise dans la langue moderne, mais elle peut laisser une mutation douce sur le verbe. Une mutation est un changement de la première consonne imposé par la grammaire. Ainsi, d devient dd et g peut disparaître :

  • affirmation : Darllenodd hi’r neges. « Elle a lu le message. »
  • question : Ddarllenodd hi’r neges? « A-t-elle lu le message ? »
  • affirmation : Gwelodd e’r car. « Il a vu la voiture. »
  • question : Welodd e’r car? « A-t-il vu la voiture ? »

Dans la négation parlée, ddim vient après le sujet : Ddarllenodd hi ddim y neges « elle n’a pas lu le message ». Avec certaines consonnes, la mutation n’est pas visible. Il est donc essentiel de s’appuyer aussi sur l’intonation, le point d’interrogation à l’écrit et la présence éventuelle de ddim.

Pour débuter, vous pouvez également poser la question et former la négation avec gwneud : Wnaeth hi ddarllen? et Wnaeth hi ddim darllen. Ce détour est souvent plus facile à produire à l’oral.

Le complément d’objet et la mutation

Après un verbe personnel, un nom employé directement comme complément d’objet subit souvent la mutation douce : Prynodd hi gar newydd « elle a acheté une nouvelle voiture », où car devient gar. La présence d’un article, d’un nom propre ou d’un pronom peut rendre ce changement moins visible. Ne confondez pas cette mutation avec une terminaison verbale : elle touche le premier son du mot suivant.

Exemples en contexte

Gallois Français Point à observer
Es i i’r siop ar ôl gwaith. Je suis allé au magasin après le travail. Passé irrégulier de mynd.
Est ti i’r cyfarfod ddoe? Es-tu allé à la réunion hier ? Deuxième personne de mynd.
Aeth e adre’n gynnar. Il est rentré tôt. Troisième personne irrégulière.
Gwelais i’r neges y bore yma. J’ai vu le message ce matin. Première personne de gweld.
Gwelodd hi’r ffilm gyda’i ffrindiau. Elle a vu le film avec ses amis. Forme en -odd.
Daethon nhw adre’n hwyr. Ils sont rentrés tard. Pluriel irrégulier de dod.
Rhoddodd e’r llyfr i fi. Il m’a donné le livre. rhoi a ici le radical rhodd-.
Prynodd Mari docyn ar-lein. Mari a acheté un billet en ligne. tocyn devient docyn par mutation douce.
Arhoson ni am awr. Nous avons attendu une heure. Première personne du pluriel.
Gorffennais i’r gwaith cyn chwech. J’ai terminé le travail avant six heures. Première personne du singulier.
Gest ti amser da yng Nghymru? As-tu passé un bon moment au pays de Galles ? Passé irrégulier de cael.
Ddarllenodd hi ddim yr adroddiad. Elle n’a pas lu le rapport. Négation avec ddim et mutation initiale.
Roeddwn i’n coginio pan gyrhaeddodd Siân. Je cuisinais quand Siân est arrivée. Action en cours + événement ponctuel.

Erreurs fréquentes

Ajouter yn devant le verbe fléchi

  • Incorrect : Gwelodd hi’n y ffilm.
  • Correct : Gwelodd hi’r ffilm.
  • Pourquoi : yn introduit le nom verbal dans une construction avec bod. Ici, gwelodd est déjà un verbe complet au passé.

Mélanger les deux constructions du passé

  • Incorrect : Wnes i ddarllenais i’r llyfr.
  • Correct : Darllenais i’r llyfr.
  • Également correct : Wnes i ddarllen y llyfr.
  • Pourquoi : une seule forme porte le temps. Après wnes i, le second verbe reste au nom verbal : darllen.

Omettre systématiquement le pronom parce que la terminaison indique la personne

  • Peu naturel dans la conversation : Darllenais y llyfr.
  • Courant à l’oral : Darllenais i’r llyfr.
  • Pourquoi : le gallois parlé répète normalement la personne avec i, ti, e/o, hi, ni, chi, nhw. L’omission est davantage associée à certains styles écrits.

Régulariser un verbe irrégulier

  • Incorrect : Myndais i i’r dref.
  • Correct : Es i i’r dref.
  • Pourquoi : les verbes très fréquents ont souvent un radical propre au passé. Il faut mémoriser mynd → es i / aeth..., et non appliquer -ais au nom verbal.

Croire que toutes les formes courtes sont soutenues

  • Idée trompeuse : remplacer systématiquement es i par wnes i fynd pour « parler naturellement ».
  • Forme courante : Es i i’r siop ddoe.
  • Pourquoi : le registre dépend du verbe et de la forme. Es i, des i, ces i et wnes i sont usuels dans la conversation, même si de nombreuses formes régulières sont plus fréquentes dans les récits écrits.

Copier les habitudes du passé simple français

  • Erreur de stratégie : réserver gwelodd aux textes littéraires ou chercher une correspondance automatique avec « il vit ».
  • Approche correcte : traduire selon le contexte : Gwelodd hi’r ffilm donne naturellement « elle a vu le film ».
  • Pourquoi : le français moderne privilégie le passé composé là où le gallois peut employer son passé court.

Notes d’usage

Dans la conversation, le choix varie beaucoup. Les formes courtes irrégulières sont fréquentes dans tout le pays, tandis qu’un locuteur peut préférer wnes i siarad à siaradais i. Dans un récit écrit, les séries de formes en -odd et -on permettent de faire avancer l’action de manière concise : quelqu’un arriva, ouvrit la porte, regarda autour de lui, puis repartit.

Les variétés du Nord et du Sud diffèrent dans les pronoms et parfois dans la prononciation ou la forme exacte des terminaisons. On rencontrera par exemple o au Nord et e/fe au Sud. Il est utile de choisir un modèle principal pour parler, tout en apprenant à reconnaître les autres. Une variante régionale cohérente n’est pas une faute.

Les particules affirmatives mi et fe peuvent précéder un verbe et provoquer une mutation douce : Mi welais i ou Fe welais i « j’ai vu ». Elles sont particulièrement audibles dans certaines régions et dans certains styles narratifs. Une phrase affirmative sans particule, comme Gwelais i, est également normale.

Enfin, l’orthographe ne montre pas toujours clairement la différence entre affirmation et question. Pour gweld, la disparition de g dans Welodd e? signale la mutation interrogative ; avec un verbe commençant par une consonne qui ne mute pas, la forme peut sembler identique. À l’oral, l’intonation et le contexte font alors une grande partie du travail.

Pour aller plus loin

Les formes courtes ne se limitent pas au passé. Le gallois possède aussi des formes fléchies de futur, de conditionnel et d’imparfait. Certaines sont bien vivantes : Wela i di yfory « je te verrai demain » ou Ga i ddod? « puis-je venir ? ». D’autres apparaissent surtout dans la langue écrite, formelle ou littéraire. À ce stade, le bon objectif n’est pas de mémoriser tous les paradigmes, mais de reconnaître qu’une terminaison peut porter le temps et la personne sans bod.

La langue littéraire emploie des paradigmes plus complets et omet plus volontiers les pronoms. Elle conserve aussi des particules négatives comme ni ou nid et des distinctions que la conversation exprime souvent autrement. Par exemple, une négation écrite soutenue ne suit pas nécessairement le modèle parlé avec ddim. Ces usages relèvent des formes verbales littéraires et de la syntaxe formelle ; il vaut mieux les étudier comme un système cohérent plutôt que de les ajouter au hasard à une phrase orale.

Les formes impersonnelles constituent une autre extension importante. Une terminaison comme -wyd présente un événement sans nommer directement l’agent : Gwelwyd y car « la voiture a été vue ». Cela ressemble à une voix passive en français, mais la structure galloise est une forme verbale impersonnelle. Elle se distingue du passif construit avec cael, que l’on rencontre ensuite au niveau B2.

Dans les subordonnées temporelles, les formes courtes servent souvent à placer un événement achevé au premier plan : Pan gyrhaeddais i, roedd pawb yn bwyta « quand je suis arrivé, tout le monde mangeait ». Ce contraste entre cyrhaeddais et roedd... yn bwyta est l’un des meilleurs moyens de comprendre l’organisation d’un récit gallois.

Conseils d’entraînement

  1. Apprenez les irréguliers par mini-séries. Répétez d’abord es i — est ti — aeth hi — aethon nhw, puis faites de même avec dod, cael et gwneud. Une phrase courte vaut mieux qu’une liste isolée : Es i ddoe; aeth hi heddiw.
  2. Transformez une même phrase de deux façons. Partez de Wnes i ddarllen y neges, puis produisez Darllenais i’r neges. Faites ensuite la question et la négation. Cet exercice empêche les mélanges comme wnes i ddarllenais.
  3. Repérez les événements dans un récit. Soulignez les formes en -odd, -ais, -on et entourez les constructions en roedd... yn. Demandez-vous chaque fois si l’auteur présente une action achevée, une habitude ou une scène en cours.

Notions liées

Prérequis

Les noms verbaux en galloisA1

Concepts qui s'appuient sur celui-ci

Plus de concepts de niveau B1

Entraînez-vous à Berfau Cryno en gallois avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons gallois · B1 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.

Pratiquer ce concept