C1

Les formes verbales littéraires en gallois

Berfau Llenyddol

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.

En bref

Le gallois littéraire peut exprimer directement la personne et le temps par une terminaison verbale : af « j’irai », âi « il allait » ou dywedai « il disait ». Ces formes synthétiques, très présentes dans les textes soignés, contrastent avec les tournures analytiques de la conversation, construites avec un auxiliaire et un nom verbal. Pour lire avec aisance, il faut surtout reconnaître les terminaisons et les radicaux irréguliers de mynd, dod, gwneud et cael.

Vue d’ensemble

Une forme fléchie est un verbe dont la terminaison indique la personne — autrement dit, qui accomplit l’action — sans qu’un auxiliaire soit nécessaire. Ainsi, dywedaf réunit en un seul mot l’idée de « dire », la première personne et, selon le contexte, une valeur présente ou future. Le pronom sujet peut suivre (dywedaf i), mais la terminaison permet souvent de s’en passer dans un style littéraire : dywedaf suffit.

Au niveau C1, ces formes sont essentielles pour lire essais, romans, récits historiques, textes religieux, discours et documents d’un registre élevé. Elles ne sont pourtant pas toutes archaïques. Certaines, notamment aeth « il/elle est allé(e) », daeth « il/elle est venu(e) », caf « j’aurai / je recevrai » ou gwnaeth « il/elle a fait », restent largement reconnaissables et peuvent aussi s’entendre. Ce qui caractérise le registre littéraire est surtout l’emploi systématique de paradigmes complets, souvent sans pronom sujet.

Pour un francophone, deux différences demandent une attention particulière. D’abord, un même présent-futur gallois peut correspondre au présent français ou au futur simple : c’est le contexte qui tranche. Ensuite, le gallois dispose souvent de deux manières de dire presque la même chose, l’une synthétique et plus écrite, l’autre analytique et plus courante à l’oral : af et bydda i’n mynd peuvent tous deux signifier « j’irai ».

Fonctionnement

Les personnes et les pronoms

Les tableaux suivent les six personnes habituelles. Les pronoms littéraires ef « il », chwi « vous » et hwy « ils/elles » apparaissent surtout dans les textes soutenus ; e/fe, chi et nhw sont plus usuels dans la langue actuelle.

Personne Pronom courant Pronom littéraire Équivalent français
1re du singulier i je
2e du singulier ti tu
3e du singulier e/fe, hi ef, hi il, elle
1re du pluriel ni nous
2e du pluriel chi chwi vous
3e du pluriel nhw hwy ils, elles

Le sujet exprimé n’est pas obligatoire lorsque le contexte est clair. Dans Af yno yfory, la terminaison de af identifie déjà « je ». Dans le gallois écrit contemporain, on rencontre aussi Af i yno yfory : le pronom renforce ou explicite la personne.

Le présent-futur des verbes réguliers

Le présent-futur est un temps synthétique dont la valeur dépend du contexte. Avec un repère comme yfory « demain », il exprime naturellement le futur ; dans une vérité générale ou une habitude, il peut avoir une valeur présente. Les formes exactes du radical peuvent subir des changements de voyelle : il vaut donc mieux apprendre chaque verbe avec sa troisième personne du singulier.

Voici le modèle fréquent de caru « aimer » :

Personne Forme Sens possible
je caraf j’aime / j’aimerai
tu ceri tu aimes / tu aimeras
il, elle câr il/elle aime ou aimera
nous carwn nous aimons / aimerons
vous cerwch vous aimez / aimerez
ils, elles carant ils/elles aiment ou aimeront

Les terminaisons donnent un bon repère — -af, -i, forme brève à la 3e personne, -wn, -wch, -ant — mais ceri, câr et cerwch montrent qu’on ne peut pas toujours les coller mécaniquement au nom verbal caru. Le nom verbal est la forme de dictionnaire qui désigne l’action, un peu comme « aimer » en français, et qui s’emploie aussi après un auxiliaire.

Le présent-futur de quatre verbes irréguliers

Ces paradigmes sont particulièrement rentables en lecture. Les accents circonflexes font partie de l’orthographe : a et â, par exemple, ne sont pas interchangeables.

Personne mynd « aller » dod « venir » gwneud « faire » cael « obtenir, recevoir »
je af dof gwnaf caf
tu ei doi gwnei cei
il, elle â daw gwna caiff
nous awn down gwnawn cawn
vous ewch dewch gwnewch cewch
ils, elles ânt dônt gwnânt cânt

On remarquera que la première personne de mynd est af, et non une forme construite sur mynd. De même, le radical de gwneud alterne entre gwn- et gwne-, tandis que cael possède la troisième personne singulière caiff. Ce sont des formes à mémoriser comme des familles, non comme des exceptions isolées.

L’imparfait littéraire

L’imparfait présente une action en cours, répétée ou habituelle dans le passé, sans en montrer nécessairement la fin. Il correspond souvent à l’imparfait français : « je chantais », « il disait », « nous allions ». Avec un verbe régulier, les terminaisons caractéristiques sont -wn, -et, -ai, -em, -ech, -ent.

Personne canu « chanter » mynd « aller »
je canwn awn
tu canet aet
il, elle canai âi
nous canem aem
vous canech aech
ils, elles canent aent

La forme dywedai de dweud ou dywedyd « dire » est très fréquente dans la narration : Dywedai pawb yr un peth signifie « Tout le monde disait la même chose ». La troisième personne en -ai constitue un indice de lecture particulièrement utile.

Attention à awn. Sans contexte, cette forme peut être la première personne du singulier de l’imparfait de mynd (« j’allais ») ou la première personne du pluriel du présent-futur (« nous irons »). Le sujet, les pronoms éventuels et les repères temporels lèvent l’ambiguïté : awn i bob dydd « j’y allais tous les jours », mais awn ni yfory « nous irons demain ».

Le passé simple dans les récits

Le passé simple, ou prétérit (temps qui présente un fait passé comme achevé), appartient au système des formes fléchies et reste incontournable dans la narration. Les troisièmes personnes aeth, daeth, gwnaeth et cafodd sont particulièrement courantes.

Personne mynd dod gwneud cael
je euthum deuthum gwneuthum cefais
tu aethost daethost gwnaethost cefaist
il, elle aeth daeth gwnaeth cafodd
nous aethom daethom gwnaethom cawsom
vous aethoch daethoch gwnaethoch cawsoch
ils, elles aethant daethant gwnaethant cawsant

Dans la langue parlée, on entend souvent des formes accompagnées d’un pronom et parfois raccourcies. Le tableau donne les formes pleines que l’on rencontre dans une prose formelle.

Questions, négation et mutation

Le verbe ne se présente pas toujours sous sa forme de dictionnaire après une particule. Une mutation est un changement régulier de la consonne initiale provoqué par l’environnement grammatical.

  • La particule interrogative a entraîne généralement une mutation douce : A ddaw hi? « Viendra-t-elle ? », où daw devient ddaw.
  • La négation littéraire emploie ni devant un verbe et nid devant une voyelle ou certaines formes de bod : Ni ddaw ef « Il ne viendra pas » ; Nid af « Je n’irai pas ».
  • Avec cael, la négation littéraire donne notamment ni chaf « je n’aurai pas / je ne recevrai pas », avec mutation aspirée de c en ch.
  • Avec gwybod « savoir », la forme figée et toujours très vivante Ni wn i ddim signifie « Je ne sais rien / Je ne sais pas ». Le g initial de gwn disparaît après ni.

Dans une négation, dim peut renforcer le sens négatif, surtout dans un style moins strictement littéraire. Il ne faut donc pas traduire séparément chaque marque : Ni wn i ddim correspond naturellement au français « Je ne sais pas ».

Exemples en contexte

Gallois Français Remarque
Af i yno yfory. J’irai là-bas demain. Af : 1re personne du présent-futur de mynd.
 hi i Gaerdydd bob wythnos. Elle va à Cardiff chaque semaine. Valeur habituelle du présent-futur.
Awn ni ar ôl cinio. Nous irons après le déjeuner. Ici, awn est un futur pluriel.
Daw’r trên am chwech. Le train arrivera à six heures. Daw : 3e personne de dod.
A ddaw hi gyda ni? Viendra-t-elle avec nous ? Question et mutation douce : dawddaw.
Gwnaf fy ngorau. Je ferai de mon mieux. Expression courante avec gwneud.
Gwnânt benderfyniad yfory. Ils prendront une décision demain. 3e personne du pluriel de gwneud.
Cewch ateb cyn bo hir. Vous recevrez bientôt une réponse. Cewch peut s’adresser à une ou plusieurs personnes.
Cânt weld y canlyniadau yfory. Ils pourront voir les résultats demain. Cael peut exprimer l’autorisation ou la possibilité accordée.
Dywedai pawb yr un peth. Tout le monde disait la même chose. Imparfait narratif en -ai.
Awn i yno bob haf. J’y allais chaque été. Ici, awn est un imparfait singulier.
Canent wrth iddynt weithio. Ils chantaient en travaillant. Imparfait, 3e personne du pluriel.
Gwnaeth hynny argraff arnom. Cela nous a impressionnés. Littéralement : « Cela fit une impression sur nous. »
Daethant adref yn hwyr. Ils rentrèrent tard. Passé simple littéraire de dod.
Ni wn i ddim am y mater. Je ne sais rien de cette affaire. Négation consacrée de gwybod.

Erreurs fréquentes

Construire toutes les formes à partir du nom verbal

  • Incorrect : myndaf i yno yfory
  • Correct : Af i yno yfory.
  • Pourquoi : mynd est irrégulier. Son présent-futur commence par af, ei, â ; on n’ajoute pas simplement -af à mynd.

Confondre af et â

  • Incorrect : Af hi i’r cyfarfod.
  • Correct : Â hi i’r cyfarfod.
  • Pourquoi : af signifie « j’irai », tandis que â est la troisième personne, « il/elle ira ». L’accent circonflexe distingue ici deux personnes.

Prendre chaque présent-futur pour un futur

  • Interprétation fautive : traduire systématiquement  hi i Gaerdydd bob wythnos par « Elle ira à Cardiff chaque semaine ».
  • Interprétation juste : « Elle va à Cardiff chaque semaine. »
  • Pourquoi : le présent-futur littéraire peut exprimer une habitude actuelle. Bob wythnos « chaque semaine » oriente ici vers le présent.

Mal analyser awn

  • Lecture trop rapide : supposer que awn signifie toujours « nous irons ».
  • Analyse correcte : dans Awn i yno bob haf, il signifie « j’allais ».
  • Pourquoi : deux cases de la conjugaison de mynd ont la même orthographe. Il faut regarder le pronom et le contexte temporel.

Oublier la mutation après une particule

  • Incorrect : A daw hi? / Ni daw ef.
  • Correct : A ddaw hi? / Ni ddaw ef.
  • Pourquoi : dans ce registre, les particules interrogative et négative influencent la consonne initiale. La forme affirmative daw devient ici ddaw.

Mélanger une terminaison plurielle et un sujet singulier

  • Incorrect : Gwnânt ef y gwaith.
  • Correct : Gwna ef y gwaith.
  • Pourquoi : gwnânt signifie « ils/elles feront », alors que gwna correspond à « il/elle fera ». Le verbe doit porter la même personne que le sujet.

Notes d’usage

Le terme « littéraire » ne signifie pas « réservé à la poésie ancienne ». Ces formes apparaissent dans la prose narrative, les traductions, la presse soutenue, les textes religieux et certaines communications institutionnelles. Leur fréquence varie cependant d’un verbe à l’autre. Une troisième personne comme daeth est beaucoup moins marquée qu’un paradigme entier employant deuthum, daethost, daethom sans pronoms.

Dans la conversation, le gallois préfère souvent une construction analytique : bydda i’n mynd plutôt que af pour « j’irai », ou roedd e’n dweud plutôt que dywedai pour « il disait ». Il ne s’agit pas d’une opposition entre une forme « correcte » et une forme « relâchée », mais d’un choix de registre. Le français offre un parallèle imparfait : comme « il fit » face à « il a fait », certaines formes galloises sont naturelles dans un récit écrit mais plus rares dans un échange ordinaire. La comparaison a toutefois ses limites, car le présent-futur gallois n’a pas d’équivalent unique en français.

Les pronoms donnent aussi une indication de registre. Gwnaeth ef et gwnaeth e ont le même sujet, mais ef est plus littéraire. L’omission du pronom — gwnaeth, lorsque le référent est évident — produit également une phrase plus compacte. Dans un texte contemporain, les formes fléchies et les pronoms courants peuvent parfaitement se combiner.

Pour aller plus loin

Gwybod et la forme gwn

Ni wn i ddim est souvent la première rencontre avec le présent fléchi de gwybod. À l’affirmatif, on trouve gwn « je sais » et gŵyr « il/elle sait » dans la langue soutenue. La négation ni wn est particulièrement stable et dépasse le seul registre littéraire. Elle mérite d’être apprise comme un bloc, tout en reconnaissant le mécanisme : gwn perd son g après ni.

La valeur modale de cael

Cael ne signifie pas seulement « recevoir ». Suivi d’un nom verbal, il peut exprimer le fait d’avoir la permission ou l’occasion de faire quelque chose : Cewch fynd i mewn « Vous pourrez / vous avez le droit d’entrer ». La traduction française dépend donc du complément ; traduire automatiquement cael par « recevoir » produirait ici un contresens.

Le récit et le point de vue

L’imparfait et le passé simple n’organisent pas le récit de la même façon. L’imparfait pose le décor, une habitude ou une action en cours : Canent wrth iddynt weithio « Ils chantaient en travaillant ». Le passé simple fait avancer la suite d’événements : Daethant adref, agorasant y drws… « Ils rentrèrent, ouvrirent la porte… ». Cette opposition ressemble assez à celle du français écrit, ce qui constitue un point d’appui utile pour un francophone.

Formes identiques, fonctions différentes

Certaines terminaisons se recoupent entre temps ou modes. Outre awn, une forme en -wn peut demander l’appui de toute la phrase pour être comprise. Les conjonctions, les adverbes de temps, le sujet et la succession narrative comptent autant que la forme isolée. À un niveau avancé, l’objectif n’est donc pas seulement de réciter des tableaux, mais d’identifier la fonction d’une forme dans son contexte.

Enfin, les textes plus anciens présentent d’autres variantes orthographiques et des paradigmes aujourd’hui rares. Il vaut mieux maîtriser d’abord les formes du gallois littéraire moderne données ici avant d’aborder le moyen gallois ou les formes véritablement archaïques.

Conseils de pratique

  1. Apprenez les irréguliers horizontalement. Prenez une personne à la fois : af, dof, gwnaf, caf, puis ei, doi, gwnei, cei. Ce classement fait ressortir les contrastes mieux que quatre tableaux appris séparément.
  2. Faites une double lecture des formes ambiguës. Pour chaque occurrence de awn, notez le sujet et le repère temporel avant de traduire. Transformez ensuite la phrase en tournure analytique : awn iroeddwn i’n mynd ; awn nibyddwn ni’n mynd.
  3. Repérez les indices avant de consulter le dictionnaire. Soulignez -ai, -ent, -ant ainsi que les particules a, ni, nid. Essayez d’identifier personne, temps et mutation, puis vérifiez le sens lexical du verbe.

Notions liées

  • Prérequis : Les formes verbales fléchies — elles introduisent les verbes courts et les terminaisons personnelles sur lesquelles repose ce système littéraire.

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Les formes verbales fléchies en galloisB1

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