C2

Gallois moyen et formes archaïques

Cymraeg Canol a Ffurfiau Hynafol

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.

En bref

Le gallois moyen (Cymraeg Canol) est la langue de nombreux textes médiévaux, dont les récits associés au Mabinogion. Pour le lire, il faut surtout savoir reconnaître des graphies variables, des pronoms appuyés comme myfi et tydi, des mots de liaison comme canys et sef, ainsi que des formes verbales littéraires : il ne s’agit pas d’employer ces formes dans une conversation moderne.

Aperçu

Le gallois moyen n’est pas simplement du gallois moderne agrémenté de quelques vieux mots. C’est un état historique de la langue, transmis par des manuscrits dont la date, la région et les habitudes des copistes peuvent différer. Une même forme peut donc se présenter sous plusieurs graphies. Les éditions destinées au grand public modernisent parfois une partie de l’orthographe, tandis que les éditions savantes restent plus proches du manuscrit.

À ce niveau C2, l’objectif raisonnable est double : repérer la structure d’une phrase ancienne et la reformuler en gallois moderne avant de la comprendre en français. Les pronoms (mots qui remplacent une personne ou une chose), les particules (petits mots grammaticaux qui signalent la fonction de ce qui suit) et les verbes fléchis constituent les meilleurs points d’appui. Une forme ancienne n’est d’ailleurs pas toujours disparue : elle peut survivre dans la langue biblique, la poésie, une devise, un proverbe ou un style volontairement solennel.

Pour un francophone, la situation rappelle en partie la lecture de « je fus », « point ne » ou « qu’advienne… ». On reconnaît souvent le fond, mais la fréquence, l’ordre des mots et la valeur stylistique ont changé. La comparaison a toutefois ses limites : le gallois possède ses propres mutations consonantiques et ses propres particules, qui donnent des indices absents du français.

Fonctionnement

Distinguer trois couches

Avant d’analyser une forme, il est utile de déterminer à quelle couche elle appartient. Les frontières ne sont pas toujours nettes, car un auteur moderne peut imiter une langue plus ancienne.

Couche Où la rencontre-t-on ? Attitude de lecture
Gallois moyen Manuscrits médiévaux et éditions qui en reproduisent la langue Accepter la variation graphique et consulter un glossaire historique
Gallois littéraire traditionnel Bible, poésie, prose soutenue, devises et textes plus récents au ton solennel Comparer avec le gallois standard moderne
Gallois moderne courant Conversation, médias et prose contemporaine non marquée Ne pas y introduire automatiquement des archaïsmes

Ainsi, myfi peut donner une couleur archaïque ou biblique dans un texte moderne sans que toute la phrase soit du gallois moyen. Inversement, une édition modernisée du Mabinogion peut sembler relativement familière tout en conservant une syntaxe médiévale.

Les pronoms appuyés

Le gallois possède des formes pronominales longues ou renforcées. Elles mettent la personne au premier plan, un peu comme moi, c’est moi ou toi-même en français. Selon la période et le registre, on rencontre notamment les formes suivantes :

Forme ancienne ou littéraire Équivalent moderne habituel Valeur approximative en français
myfi fi moi, moi-même
tydi ti toi, toi-même
efe ef, e ou fo selon le registre et la région lui, lui-même
nyni ni nous, nous-mêmes
chwi chi vous ; forme littéraire ou solennelle
hwynt nhw eux, ils ; forme littéraire

Ces correspondances aident à lire, mais ne constituent pas une substitution mécanique. Myfi n’est pas toujours un simple fi plus long : son apparition peut marquer un contraste, une proclamation ou une identité fortement affirmée. Dans Myfi yw'r drws, le sens est « C’est moi qui suis la porte » ou, dans une traduction de ton biblique, « Je suis la porte ». Le français naturel ne reproduit pas forcément toute la solennité du pronom.

Canys : annoncer une justification

Canys introduit une cause ou une explication. Selon le contexte, on le rend par car, puisque ou en effet. Ce n’est pas un verbe, même s’il figure parmi les formes anciennes à mémoriser. En gallois moderne, oherwydd, am fod ou gan fod sont souvent plus naturels, selon la construction.

Dans Canys da yw hynny, l’adjectif da (« bon ») se trouve avant yw (« est »). Une reformulation moderne non marquée serait Mae hynny'n dda. La phrase ancienne cumule donc deux indices : le connecteur canys et une présentation littéraire du prédicat (ce que l’on affirme du sujet).

Tournure Analyse Reformulation moderne possible
Canys da yw hynny. canys + « bon est cela » Mae hynny'n dda. ; dans une proposition causale : oherwydd bod hynny'n dda
Canys efe a wyddai. justification + pronom appuyé + particule verbale Roedd e'n gwybod. ; comme cause : oherwydd bod e'n gwybod

La reformulation sert à comprendre la structure ; elle ne prétend pas conserver exactement le rythme ni toutes les nuances du texte ancien.

Sef : présenter ou préciser

Sef sert à identifier, préciser ou annoncer ce qui va suivre. En français, ses équivalents varient : à savoir, c’est-à-dire, voici ou voilà ce que. Le mot demeure possible dans un gallois écrit soutenu, notamment pour introduire une précision ; il ne faut donc pas le classer comme exclusivement médiéval.

La formule A sef a wnaeth Pwyll… peut être décomposée ainsi :

  • a : « et » dans cette position ;
  • sef : élément présentatif, « voici ce que » ;
  • le second a : particule liée à la proposition qui suit ;
  • wnaeth : forme fléchie de gwneud, « fit » ;
  • Pwyll : sujet du verbe.

L’ensemble se comprend comme « Et voici ce que fit Pwyll… ». Pour un francophone, le piège est de vouloir attribuer à chaque a le même rôle. En gallois, a peut être une conjonction (« et »), une particule relative ou une particule précédant un verbe ; seul le contexte tranche.

Les particules et l’ordre des mots

Dans les textes littéraires, de petits mots donnent souvent plus d’informations que l’ordre apparent des constituants. La particule a peut introduire une proposition relative — une proposition qui complète un nom ou un pronom — ou accompagner un verbe dans certaines structures affirmatives. Ni ou ny selon la graphie et la période marque couramment la négation. Ces particules peuvent déclencher une mutation, c’est-à-dire un changement de la première consonne du mot suivant.

Il est donc risqué de lire une phrase ancienne comme une phrase française où le premier groupe nominal serait forcément le sujet. Le gallois emploie volontiers un verbe fléchi suivi de son sujet, et il peut placer en tête l’élément mis en relief. Dans Da yw hynny, hynny (« cela ») est bien ce qui est qualifié de bon, malgré sa position finale.

Les formes verbales brèves constituent le lien essentiel avec la notion préalable de berfau cryno. Une terminaison peut déjà exprimer la personne ou le temps. Chercher immédiatement un auxiliaire semblable au français avoir ou être conduit alors à une impasse.

Orthographe variable et pronoms insérés

Une édition ancienne peut employer une graphie différente de celle du dictionnaire moderne. Il faut comparer des familles de formes plutôt que déclarer trop vite qu’un mot est inconnu. La ponctuation, les apostrophes et la séparation entre les mots ont aussi été normalisées de façons différentes par les éditeurs.

On rencontre en outre des pronoms courts attachés à une particule ou à une conjonction, par exemple dans des groupes comme a'm ou a'i. Ce sont des pronoms objets ou possessifs insérés : leur valeur dépend de la construction, et l’apostrophe d’une édition moderne aide souvent à les repérer. La bonne méthode consiste à déplier le groupe, à identifier la personne exprimée, puis à vérifier la mutation du mot suivant. Il vaut mieux éviter une traduction automatique de a par « et » tant que cette analyse n’est pas faite.

Exemples en contexte

Les phrases ci-dessous mêlent exemples traditionnels, formulations littéraires et reformulations pédagogiques. Elles servent à reconnaître les structures ; elles ne reproduisent pas toutes la graphie diplomatique d’un manuscrit particulier.

Gallois Français Remarque
A sef a wnaeth Pwyll… Et voici ce que fit Pwyll… Formule narrative présentative
Canys da yw hynny. Car cela est bon. Canys donne une justification ; ordre littéraire
Myfi yw'r drws. Je suis la porte. Myfi porte une forte insistance, souvent biblique ou solennelle
Tydi a ddywedodd hynny. C’est toi qui as dit cela. Pronom renforcé et élément mis en relief
Canys efe a wyddai'r gwir. Car lui connaissait la vérité. Efe est appuyé ; la phrase a une couleur littéraire
Sef y tri pheth hyn… À savoir les trois choses suivantes… Sef introduit une énumération ou une précision
Da yw'r gŵr hwn. Cet homme est bon. Le prédicat da est placé en tête
Ni wn i ddim. Je ne sais rien. Forme littéraire brève de « savoir » après ni
A fo ben, bid bont. Que celui qui veut être chef serve de pont. Proverbe : formes verbales anciennes et formulation condensée
Chwi a welwch yno. Vous verrez là-bas. Chwi appartient au registre littéraire ou solennel
Hwynt a aethant ymaith. Ils s'en allèrent. Pronom et verbe littéraires ; ton nettement marqué
Sef yr hyn a welais. À savoir ce que j'ai vu. a introduit ici la proposition liée à yr hyn

Le proverbe A fo ben, bid bont est particulièrement instructif. Une traduction mot à mot resterait obscure ; le sens traditionnel est qu’une personne qui veut diriger doit accepter de porter les autres ou de servir. Les formes fo et bid sont conservées parce que la formule fixe et son rythme se transmettent avec le proverbe.

Erreurs fréquentes

Prendre canys ou sef pour des verbes

  • Analyse erronée : chercher leur infinitif et leur conjugaison.
  • Analyse correcte : canys relie une justification ; sef présente ou précise un élément.
  • Pourquoi : ce sont des mots-outils. Le verbe se trouve ailleurs dans la proposition, par exemple yw dans Canys da yw hynny et wnaeth dans A sef a wnaeth Pwyll.

Traduire tous les a par « et »

  • Lecture erronée : Tydi a ddywedodd = « toi et as dit ».
  • Lecture correcte : Tydi a ddywedodd = « c’est toi qui as dit ».
  • Pourquoi : a a plusieurs fonctions. Ici, il introduit la proposition verbale après l’élément mis en relief ; il ne coordonne pas deux mots.

Remplacer myfi par fi sans noter l’insistance

  • Réduction trompeuse : Myfi yw'r drws = simplement Dw i'n ddrws dans tous les contextes.
  • Reformulation utile : Fi yw'r drws permet de garder au moins une partie de l’insistance.
  • Pourquoi : une modernisation purement grammaticale peut effacer le contraste, la proclamation ou le ton biblique.

Imiter l’ancien dans une conversation ordinaire

  • Peu naturel au café : Myfi sydd am goffi, canys yr wyf wedi blino.
  • Moderne et naturel : Dw i eisiau coffi achos dw i wedi blino.
  • Pourquoi : reconnaître une forme ne signifie pas qu’elle convient à la production quotidienne. L’accumulation d’archaïsmes produit un effet théâtral ou comique.

Croire qu’une graphie inhabituelle est forcément une faute

  • Réflexe erroné : corriger immédiatement le manuscrit selon l’orthographe moderne.
  • Bon réflexe : relever la forme exacte, chercher ses variantes et vérifier les choix de l’éditeur.
  • Pourquoi : les normes graphiques et la séparation des mots ont évolué. Une modernisation prématurée peut masquer un pronom ou une particule.

Remarques d’usage

Le registre compte autant que le sens. Sef reste utile dans une prose formelle au sens de « à savoir » ; il n’a pas nécessairement l’effet spectaculairement ancien de hwynt ou de certaines formes verbales proverbiales. Chwi peut être compris par un lecteur moderne, mais chi est le choix normal dans la langue courante. Myfi et tydi apparaissent encore lorsque l’auteur recherche l’emphase, un écho religieux ou une tonalité poétique.

Les proverbes, prières, hymnes et devises conservent volontiers des formes que la conversation a abandonnées. Il faut les apprendre comme des unités relativement fixes avant d’en généraliser la grammaire. Les noms de lieux peuvent également préserver un élément lexical ou une ancienne graphie, mais un toponyme n’est pas une phrase complète : son analyse exige souvent des connaissances historiques locales. Une ressemblance avec un mot moderne ne suffit pas à établir son étymologie.

Enfin, « le texte du Mabinogion » n’est pas une réalité graphique unique. Le mot désigne un ensemble de récits transmis et édités de différentes manières. Pour citer précisément un passage, indiquez l’édition et vérifiez si elle donne une transcription du manuscrit, une orthographe normalisée ou une adaptation en gallois moderne.

Pour aller plus loin

Lire par étapes plutôt que mot à mot

Une méthode solide comporte quatre passages :

  1. Repérer les mots-outils : a, ni/ny, canys, sef et les pronoms courts.
  2. Trouver le verbe fléchi : sa terminaison peut révéler le temps et la personne.
  3. Rétablir un ordre moderne neutre : par exemple, passer mentalement de Da yw hynny à Mae hynny'n dda.
  4. Restituer le style en français : choisir « car », « voici », « c’est toi qui… » ou une tournure plus solennelle selon le texte.

Cette double traduction — d’abord vers le gallois moderne, ensuite vers le français — évite deux écueils. Une traduction trop littérale peut être incompréhensible ; une traduction trop moderne peut effacer la mise en relief et le rythme narratif.

Ne pas confondre histoire de la langue et style littéraire

Une forme peut être historiquement ancienne mais encore productive dans un registre précis. À l’inverse, un auteur contemporain peut fabriquer une atmosphère médiévale en combinant quelques archaïsmes avec une grammaire essentiellement moderne. Pour décrire correctement un passage, préférez donc des formulations graduées : « forme attestée dans la langue ancienne », « survivance littéraire », « emploi moderne volontairement archaïsant ».

La variation des manuscrits exige aussi une certaine prudence grammaticale. Une forme isolée ne suffit pas toujours à dater un texte, et l’orthographe d’un copiste n’est pas nécessairement celle de l’auteur initial. À un niveau avancé, les notes de l’éditeur, le glossaire et le contexte syntaxique sont des sources d’information aussi importantes que le dictionnaire moderne.

Observer l’effet rhétorique

Les formes anciennes ne transmettent pas seulement des informations grammaticales. Elles organisent le récit. Sef peut ouvrir une explication attendue ; un pronom long peut opposer solennellement deux personnes ; un prédicat placé en tête peut donner à la phrase l’allure d’une maxime. C’est souvent cet effet que la traduction française doit préserver, même si elle change l’ordre des mots.

Comparez Tydi a ddywedodd hynny et une simple affirmation moderne comme Dwedest ti hynny. Le contenu de base reste proche, mais la première structure répond naturellement à une opposition : « c’est toi qui l’as dit ». Le français utilise ici une phrase clivée — une tournure en « c’est… qui » — là où le gallois combine le pronom appuyé, la particule et le verbe.

Conseils pratiques

  1. Tenez un carnet en trois colonnes. Notez la forme rencontrée, son équivalent gallois moderne et son sens français. Pour myfi, écrivez par exemple « myfifi → moi, avec insistance ». Vous mémoriserez ainsi une relation, pas une traduction isolée.
  2. Annotez les particules avant de consulter la traduction. Entourez chaque a, ni/ny, canys et sef, puis cherchez le verbe. Cette habitude réduit fortement les erreurs sur le sujet et l’objet.
  3. Travaillez avec deux éditions d’un court passage. Comparez une version proche du manuscrit et une adaptation moderne, phrase par phrase. Relevez un seul type de différence à la fois : pronoms, verbes, ordre des mots ou orthographe.

Notions liées

  • Prérequis : Formes verbales fléchies — indispensable pour repérer le temps, la personne et la structure des verbes courts dans les textes anciens.

Prérequis

Les formes verbales fléchies en galloisB1

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