Formes littéraires et archaïques en danois
Litterære og Arkaiske Former
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En bref
Le danois ancien ou volontairement littéraire se reconnaît à des formes comme I, eder, Eders, hvo, ej et thi, ainsi qu’à d’anciennes formes verbales et graphies. On les rencontre surtout dans les classiques, les hymnes, les proverbes, les citations et les pastiches ; dans la conversation actuelle, elles paraissent généralement solennelles, poétiques, bibliques ou comiques. À ce niveau, l’objectif principal est de les reconnaître et de les interpréter, non de les employer partout.
Vue d’ensemble
Les textes danois des siècles passés ne diffèrent pas seulement du danois contemporain par leur vocabulaire. Ils peuvent aussi conserver d’anciens pronoms, des formes verbales au pluriel, une orthographe antérieure aux réformes modernes et des constructions devenues rares. Certaines ont complètement disparu de l’usage ordinaire ; d’autres survivent dans des expressions figées comme Vel mødt! (« Heureux de vous rencontrer ! »), dans les chants, dans un style cérémoniel ou sous forme de clin d’œil humoristique.
Une forme archaïque appartient à un état ancien de la langue et n’est plus neutre aujourd’hui. Une forme littéraire est choisie pour produire un effet de style, même si elle reste grammaticalement compréhensible. Les deux notions se recoupent sans être identiques : ej est ancien dans la prose courante, mais reste disponible en poésie ; Det sømmer sig ikke est encore intelligible et correct, mais son registre est nettement soutenu.
Pour un francophone, le contraste rappelle celui entre Cela ne se fait pas et Il ne sied point de faire cela. La seconde phrase n’est pas incompréhensible, mais elle place aussitôt le discours dans un autre registre. En danois aussi, une seule forme — ej au lieu de ikke, par exemple — peut suffire à vieillir toute une réplique. Au niveau C2, il faut donc identifier non seulement le sens, mais aussi l’époque, le ton probable et l’intention de l’auteur.
Fonctionnement
L’ancien système de la deuxième personne : I, eder, Eders
Dans des textes anciens, I est un pronom sujet de deuxième personne : il désigne la personne ou les personnes à qui l’on parle. Le sujet est simplement celui qui accomplit l’action ou dont on dit quelque chose. Le pronom s’écrit avec une majuscule, ce qui le distingue de la préposition i, « dans ».
| Forme ancienne | Équivalent moderne courant | Fonction et sens en français |
|---|---|---|
| I | I au pluriel ; souvent De dans l’ancienne politesse | sujet : « vous » |
| eder | jer | complément : « vous » |
| Eders | jeres ou, selon le contexte historique, une forme de politesse | possessif : « votre, vos » |
Le complément est ici la personne touchée par l’action ou placée après une préposition : dans Jeg kalder på eder, « je vous appelle », eder correspond à « vous ». Eders indique la possession : Eders hus, « votre maison ». Il ne prend pas de terminaison différente selon le nom qui suit.
Il faut éviter une équivalence trop simple avec le français. Selon l’époque et le contexte, I peut être un pluriel ordinaire, une adresse respectueuse ou une manière solennelle d’interpeller quelqu’un. Le danois moderne emploie toujours I comme « vous » pluriel, avec une majuscule en début de phrase et souvent aussi pour éviter la confusion avec i ; ce n’est donc pas I seul qui rend nécessairement une phrase archaïque. C’est surtout l’association avec eder, Eders, une vieille forme verbale ou un contexte cérémoniel qui produit cet effet.
Dans la langue moderne, jer et jeres ont remplacé eder et Eders dans l’usage ordinaire :
- ancien ou solennel : Jeg takker eder for Eders troskab.
- moderne : Jeg takker jer for jeres loyalitet.
- français : « Je vous remercie de votre loyauté. »
Hvo et les mots de relation anciens
Hvo correspond historiquement à « qui ». On le rencontre dans des questions anciennes, mais surtout dans des proverbes et des constructions générales. Dans Hvo der intet vover, intet vinder, le groupe hvo der signifie « celui qui » ou « quiconque ». Le danois moderne dirait plus naturellement Den, der intet vover, intet vinder.
Cette construction contient une proposition relative, c’est-à-dire un petit groupe qui précise une personne : ici, der intet vover décrit « celui qui ne risque rien ». Un lecteur francophone reconnaîtra facilement l’effet de quiconque ou de celui qui, mais ne doit pas remplacer chaque hvem moderne par hvo. Hvem kommer? reste la question neutre « Qui vient ? » ; Hvo kommer? évoque délibérément une langue ancienne.
On peut aussi rencontrer hvo som helst ou d’autres combinaisons historiques, mais leur forme varie selon l’époque. Pour la lecture, la stratégie la plus sûre consiste à repérer hvo, à chercher une personne indéfinie et à reformuler mentalement avec hvem ou den, der.
Ej, thi et d’autres marqueurs de registre
Plusieurs petits mots donnent immédiatement une couleur ancienne ou littéraire au texte.
| Forme | Équivalent moderne approximatif | Valeur habituelle |
|---|---|---|
| ej | ikke | « ne… pas » ; poétique, solennel ou figé |
| thi | for, fordi | « car », « parce que » ; explicatif et ancien |
| hvo | hvem, den, der | « qui », « celui qui » |
| således | sådan, på den måde | « ainsi » ; encore correct, mais souvent formel |
| mon | pas d’équivalent unique | marque une interrogation hésitante : « se pourrait-il que… ? » |
Ej se place généralement là où le danois moderne mettrait ikke : Jeg ved det ej correspond à Jeg ved det ikke. Il subsiste également dans des associations comme ej heller (« pas non plus »), qui peuvent paraître soutenues plutôt que franchement incompréhensibles.
Thi introduit une explication. La phrase Bliv her, thi natten er mørk signifie « Reste ici, car la nuit est sombre ». Dans une conversation moderne, for serait naturel : Bliv her, for natten er mørk. Fordi convient lorsque l’on construit explicitement une subordonnée de cause, mais il ne remplace pas mécaniquement thi dans toutes les ponctuations anciennes.
Mon n’est pas forcément archaïque, mais il est fréquent dans une interrogation réfléchie ou littéraire : Mon han kommer? signifie à peu près « Je me demande s’il viendra » ou « Se pourrait-il qu’il vienne ? ». Il ne faut donc pas le traduire comme un simple mot interrogatif isolé.
Anciennes formes verbales au pluriel
Le danois contemporain utilise normalement la même forme verbale au présent et au passé pour toutes les personnes : jeg er, vi er, de er ; jeg var, vi var, de var. Dans des textes plus anciens, certains verbes possèdent encore des formes distinctes au pluriel. Une forme au pluriel est celle qui accompagne plusieurs sujets, comme « nous » ou « ils ».
| Infinitif | Ancien singulier | Ancien pluriel | Forme moderne pour tous les sujets |
|---|---|---|---|
| at være | er | ere | er |
| at være au passé | var | vare | var |
| at have | har | have | har |
Ainsi, De ere komne signifie De er kommet en danois moderne : « Ils sont venus ». Komne est ici un participe (une forme verbale employée avec un auxiliaire ou comme adjectif) ancien au pluriel ; la formulation moderne emploie couramment kommet dans cette construction.
Toutes les formes anciennes ne se déduisent cependant pas d’une règle unique. Il vaut mieux les analyser en deux étapes : identifier le sujet pluriel, puis chercher le verbe moderne le plus proche. Une finale en -e après vi, I ou de peut signaler une ancienne forme plurielle, mais tout mot en -e n’est évidemment pas un verbe ancien.
Orthographe historique : ne pas la confondre avec la grammaire
Un texte peut sembler archaïque alors que sa phrase suit une grammaire encore moderne. Avant la réforme orthographique de 1948, les noms communs s’écrivaient généralement avec une majuscule et aa était employé là où l’orthographe moderne met souvent å. On rencontre aussi des graphies anciennes telles que kunde, skulde et vilde, aujourd’hui kunne, skulle et ville.
| Graphie historique | Graphie moderne | Sens |
|---|---|---|
| en Mand | en mand | un homme |
| et Hus | et hus | une maison |
| maa | må | doit, peut être obligé de |
| kunde | kunne | pouvait / pouvoir |
| skulde | skulle | devait / devoir |
| vilde | ville | voulait / allait |
Une graphie en aa n’est toutefois pas automatiquement ancienne : elle demeure dans certains noms propres et peut être conservée par choix. Il faut donc observer l’ensemble du texte — capitales, vocabulaire, formes verbales et date — plutôt qu’un seul indice.
Tournures figées et constructions solennelles
Certaines expressions anciennes ont survécu comme des blocs. Det sømmer sig ikke signifie « Cela ne se fait pas » ou « Ce n’est pas convenable ». Le verbe at sømme sig est apparenté par le sens au français soutenu seoir, dans « il ne sied pas ». Vel mødt! est une salutation traditionnelle que l’on peut encore entendre dans un contexte associatif, festif ou volontairement cérémoniel.
D’autres constructions utilisent un verbe sans sujet personnel pour formuler un souhait ou une proclamation : Længe leve kongen! (« Vive le roi ! »), Fred være med eder! (« Que la paix soit avec vous ! »). Le verbe n’exprime pas ici un fait ordinaire ; il formule un vœu. On parle parfois d’emploi optatif, c’est-à-dire d’une forme qui présente quelque chose comme souhaitable.
Exemples en contexte
| Danois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Hvo der intet vover, intet vinder. | Qui ne risque rien n’a rien. | Proverbe avec hvo der. |
| Vel mødt! | Heureux de vous rencontrer ! | Salutation traditionnelle ou cérémonielle. |
| Det sømmer sig ikke. | Cela ne se fait pas. | Registre soutenu ; littéralement, cela ne « sied » pas. |
| I er alle velkomne. | Vous êtes tous les bienvenus. | I est le sujet « vous » ; la phrase peut être simplement plurielle, mais paraît vieillie dans certains contextes formels. |
| Jeg beder eder tie. | Je vous prie de vous taire. | eder est complément ; moderne : jer. |
| Eders ord vil blive husket. | Vos paroles resteront dans les mémoires. | Eders est possessif et solennel. |
| Jeg ved det ej. | Je ne le sais point. | ej remplace le neutre ikke. |
| Gå ej alene ud i natten. | Ne sortez pas seul dans la nuit. | Négation à tonalité poétique. |
| Bliv hos os, thi stormen nærmer sig. | Restez avec nous, car la tempête approche. | thi introduit la cause. |
| Mon skibet vender hjem før vinter? | Le navire rentrera-t-il avant l’hiver ? | Interrogation teintée d’incertitude. |
| De ere endnu iblandt os. | Ils sont encore parmi nous. | Ancien pluriel ere ; moderne : er. |
| Vi have intet at frygte. | Nous n’avons rien à craindre. | Ancien pluriel have ; moderne : har. |
| De vare trætte efter rejsen. | Ils étaient fatigués après le voyage. | Ancien pluriel passé vare ; moderne : var. |
| Fred være med eder! | Que la paix soit avec vous ! | Souhait solennel avec eder. |
| Længe leve friheden! | Vive la liberté ! | Formule de souhait encore reconnaissable. |
Erreurs fréquentes
Employer eder dans une conversation neutre
- À éviter : Kan jeg hjælpe eder? dans un magasin actuel.
- Forme neutre : Kan jeg hjælpe jer?
- Pourquoi : eder est compréhensible, mais produit un effet biblique, théâtral ou humoristique. Jer est le complément pluriel courant.
Croire que I est toujours archaïque
- Analyse incorrecte : « I kommer i morgen contient nécessairement un pronom ancien. »
- Bonne analyse : la phrase peut simplement signifier « Vous venez demain » en danois moderne.
- Pourquoi : I reste le pronom sujet de la deuxième personne du pluriel. Le contexte et les formes voisines déterminent le registre.
Remplacer mécaniquement hvem par hvo
- À éviter : Hvo har ringet? dans une question quotidienne.
- Forme neutre : Hvem har ringet?
- Pourquoi : hvo est aujourd’hui marqué. Il convient à une citation ancienne, à un proverbe ou à un pastiche, non à une demande ordinaire.
Lire ere ou vare comme un autre verbe
- Analyse incorrecte : chercher un infinitif moderne at ere ou at vare dans De ere glade et De vare glade.
- Bonne analyse : comprendre respectivement De er glade et De var glade.
- Pourquoi : ce sont d’anciennes formes plurielles de at være, au présent et au passé.
Moderniser seulement l’orthographe
- Insuffisant : transformer Vi have ej set Eder en Vi have ikke set eder.
- Modernisation complète : Vi har ikke set jer.
- Pourquoi : le texte contient à la fois une ancienne forme verbale (have), une négation marquée (ej) et un pronom ancien (Eder). Corriger une seule couche ne donne pas encore du danois neutre.
Reproduire une forme ancienne sans vérifier l’effet produit
- À éviter : mélanger au hasard thi, eder et une syntaxe très familière.
- Mieux : réserver ces formes à une citation fidèle ou à un pastiche dont le ton est assumé.
- Pourquoi : un archaïsme n’est pas un synonyme décoratif. Il évoque une époque, un genre et parfois une tradition religieuse précise.
Notes d’usage
Ces formes apparaissent dans plusieurs types de documents, mais elles n’y ont pas toutes la même valeur. Dans un hymne ou une traduction ancienne de la Bible, eder et les souhaits avec være peuvent être parfaitement sérieux. Dans un conte, ils situent la voix narrative ou le dialogue dans un univers ancien. Dans une publicité, une chanson ou un message entre amis, la même forme peut être ironique : elle crée un décalage entre une situation banale et un ton majestueux.
La date d’un texte est essentielle. Une forme qui paraît recherchée aujourd’hui pouvait être ordinaire au moment de la publication. Il faut éviter de prêter une intention comique à un auteur simplement parce que son orthographe nous semble vieille. Inversement, un écrivain contemporain qui écrit thi ou hvo le fait presque toujours consciemment.
La majuscule mérite une attention particulière. I peut être le pronom « vous », tandis que i est la préposition « dans ». Dans les documents anciens, les noms communs peuvent eux aussi porter une majuscule : Kongen, Huset, Natten. Cette convention ne signifie pas que tous ces mots sont des noms propres.
Enfin, traduire le registre compte autant que traduire le contenu. Jeg ved det ej peut se rendre par « Je ne le sais point » dans un passage poétique, mais par « Je ne le sais pas » si l’on veut uniquement transmettre l’information. Une traduction littéraire cherchera souvent un marqueur français comparable ; une traduction documentaire privilégiera la clarté.
Pour aller plus loin
Moderniser un passage par couches
Face à un extrait difficile, il est utile de produire une version danoise moderne avant de traduire. Procédez dans cet ordre :
- Orthographe : remplacez les graphies historiques évidentes, par exemple maa → må et Hus → hus si la majuscule est seulement ancienne.
- Morphologie : modernisez la forme des mots, par exemple ere → er, have → har. La morphologie désigne ici la manière dont un mot change de forme.
- Pronoms et petits mots : remplacez eder → jer, Eders → jeres, ej → ikke lorsque le contexte le permet.
- Syntaxe : réorganisez, si nécessaire, une phrase dont l’ordre est devenu inhabituel. La syntaxe est l’organisation des mots dans la phrase.
- Registre : seulement ensuite, choisissez en français une formulation neutre, soutenue, religieuse ou poétique.
Exemple :
- texte marqué : I have ej hørt vort kald.
- danois modernisé : I har ikke hørt vores kald.
- français neutre : « Vous n’avez pas entendu notre appel. »
- français solennel possible : « Vous n’avez point entendu notre appel. »
Cette méthode évite deux pièges : traduire mot à mot une forme mal identifiée et effacer trop tôt la tonalité du passage.
Archaïsme authentique et pseudo-archaïsme
Un auteur contemporain peut combiner quelques marqueurs très visibles pour fabriquer une « voix ancienne » sans reproduire fidèlement le danois d’une période donnée. C’est un pastiche, c’est-à-dire une imitation consciente d’un style. Dans ce cas, la cohérence historique absolue n’est pas toujours recherchée : l’effet sur le lecteur prime.
À l’inverse, pour éditer, citer ou commenter un document historique, il faut respecter ses formes exactes. On ne devrait pas corriger silencieusement Eder en jer à l’intérieur d’une citation. Une modernisation doit être annoncée comme telle, car elle modifie non seulement l’orthographe, mais parfois aussi le rythme et le rapport entre les personnages.
Formes encore vivantes dans des niches
« Ancien » ne signifie pas toujours « mort ». Vel mødt! peut servir de salutation chaleureuse dans certaines communautés ou lors d’un événement. Det sømmer sig ikke reste disponible dans un registre soutenu, souvent avec une nuance de réprobation morale. Længe leve…! demeure une formule productive pour porter un toast ou acclamer une idée. La compétence avancée consiste précisément à distinguer une relique figée encore utilisable d’une forme grammaticale qui ne serait naturelle que dans une reconstitution.
Conseils pratiques
- Tenez un tableau à trois colonnes. Notez la forme rencontrée, son équivalent danois moderne et une traduction française qui conserve le registre : ej — ikke — ne… point / ne… pas. Vous apprendrez ainsi le sens et l’effet stylistique ensemble.
- Modernisez de courts extraits avant de les traduire. Prenez deux ou trois phrases d’un conte, d’un hymne ou d’un proverbe et réécrivez-les en danois actuel. Soulignez séparément les changements d’orthographe, de pronom et de verbe.
- Lisez à voix haute les formules figées. Le rythme aide à mémoriser Hvo der intet vover, intet vinder, Vel mødt! et Længe leve…!. En production libre, restez toutefois au danois moderne sauf si le contexte appelle clairement un effet ancien.
Concepts associés
Aucun concept associé n’est indiqué pour cette leçon. Pour consolider ce thème, révisez néanmoins les pronoms personnels, la négation, les propositions relatives et les formes du présent et du passé en danois moderne : ce sont les points de comparaison indispensables pour repérer ce qui a changé dans les textes anciens.