B1

Les propositions subordonnées en basque

Menpeko Perpausak

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.

En bref

En basque, le lien de subordination est souvent marqué sur le verbe conjugué, et non par un mot placé au début comme le français que, parce que ou quand. Les formes essentielles sont -la « que », -lako « parce que », -nez « puisque », la construction -n arren « bien que » et -(e)nean « quand ». La subordonnée précède souvent la proposition principale : Denda itxita dagoenez, bihar itzuliko gara (« Puisque le magasin est fermé, nous reviendrons demain »).

Vue d’ensemble

Une proposition subordonnée est une partie de phrase qui dépend d’une autre : dans « Je sais que le basque est difficile », le passage en gras complète le verbe savoir. En français, un mot introducteur signale généralement cette dépendance. Le basque préfère souvent ajouter une terminaison au dernier élément verbal de la subordonnée : euskara zaila da (« le basque est difficile ») devient euskara zaila dela (« que le basque est difficile »).

Ce mécanisme apparaît partout dans la langue courante : pour rapporter une information, donner une raison, présenter un fait déjà connu, opposer deux idées ou situer une action dans le temps. Il constitue donc un acquis central du niveau B1. Il s’appuie sur la forme verbale complète, y compris l’auxiliaire (le verbe d’appui qui porte la personne, le temps et les relations entre les participants), comme da, du ou naiz.

Pour un francophone, deux habitudes demandent une attention particulière. D’abord, il ne faut pas chercher systématiquement un équivalent séparé de « que » ou de « parce que » : l’information se trouve à la fin du verbe. Ensuite, la subordonnée vient très volontiers avant la principale. Cet ordre est fréquent, mais ce n’est pas une interdiction absolue de placer une subordonnée après.

Comment ça fonctionne

Le principe : transformer la forme verbale finale

On part de la proposition autonome, puis on transforme son verbe final. La terminaison exacte ne s’obtient pas toujours en collant simplement quelques lettres à la forme apprise : certaines formes changent légèrement.

Proposition autonome Avec -la Avec -lako Avec -nez Avec -(e)nean
da (« il/elle est ») dela delako denez denean
dago (« il/elle se trouve ») dagoela dagoelako dagoenez dagoenean
du (« il/elle l’a ») duela duelako duenez duenean
dut (« je l’ai ») dudala dudalako dudanez dudanean
naiz (« je suis ») naizela naizelako naizenez naizenean
zen (« il/elle était ») zela zelako zenez zenean

Ce tableau sert de modèle, pas de règle orthographique universelle. Il est plus efficace d’apprendre des couples complets — da → dela, du → duela, naiz → naizela — que d’essayer de reconstruire chaque forme lettre par lettre.

-la : le contenu d’une pensée ou d’une parole

-la introduit surtout une proposition complétive (une partie de phrase qui complète un verbe comme « savoir », « penser » ou « dire »). Il correspond souvent au français « que » :

  • Badakit euskara zaila dela. — « Je sais que le basque est difficile. »
  • Uste dut Ane etxean dagoela. — « Je pense qu’Ane est chez elle. »
  • Esan du bihar etorriko dela. — « Il/elle a dit qu’il/elle viendrait demain. »

La marque se place sur le verbe de l’information rapportée : dela, dagoela, etorriko dela. En notation grammaticale, on écrit souvent -(e)la, car la voyelle apparaît dans de nombreuses formes. Dans cet article, -la désigne l’ensemble du modèle.

Avec la négation, ez reste immédiatement devant le groupe verbal qu’il nie : Badakit ez dela etorriko (« Je sais qu’il/elle ne viendra pas »). Le suffixe ne remplace donc ni le temps ni la négation ; il indique seulement que la proposition dépend d’une autre.

-lako : une cause présentée comme explication

-lako signifie généralement « parce que ». La subordonnée donne la raison de ce qui est dit dans la principale :

[cause + verbe en -lako] + [conséquence]

Autobusa galdu dudalako, berandu iritsi naiz. — « Je suis arrivé(e) en retard parce que j’ai raté le bus. »

En basque, la cause est souvent placée d’abord, alors que le français accepte très naturellement « conséquence + parce que + cause ». L’ordre inverse existe également : Berandu iritsi naiz autobusa galdu dudalako. Le choix dépend de ce que l’on veut mettre en avant et du déroulement de l’information.

Dans une réponse courte à Zergatik? (« Pourquoi ? »), une forme en -lako peut apparaître seule : Nekatuta nagoelako (« Parce que je suis fatigué(e) »). Même sans principale exprimée, la terminaison garde son sens causal.

-nez : « puisque », « comme », « étant donné que »

-nez présente plutôt la cause comme un fait disponible, constaté ou déjà admis. Selon le contexte, le français choisira « puisque », « comme » ou « étant donné que » :

Berandu denez, etxera joango gara. — « Puisqu’il est tard, nous allons rentrer. »

La différence avec -lako n’est pas toujours tranchée, mais elle est utile :

Forme Valeur habituelle Traduction française fréquente
-lako répond à « pourquoi ? », apporte l’explication parce que
-nez part d’un fait posé comme connu ou évident puisque, comme, étant donné que

Ainsi, Euria ari duelako ez gara irtengo explique pourquoi on ne sortira pas, tandis que Euria ari duenez, etxean geratuko gara prend la pluie comme point de départ du raisonnement. Dans la conversation réelle, les deux domaines peuvent se recouvrir.

-n arren : une concession, « bien que »

Une concession présente un fait qui aurait pu empêcher la suite, mais ne l’empêche finalement pas : « Bien qu’il pleuve, nous sortirons ». La construction courante est verbe en -n + arren, avec arren écrit séparément :

Euria egiten duen arren, joango gara. — « Bien qu’il pleuve, nous irons. »

Il est donc plus exact de voir ici une construction en deux parties qu’un simple suffixe soudé. La forme en -n est celle que l’on rencontre aussi dans les propositions relatives : da → den, du → duen, dago → dagoen.

On trouve également participe + arren, surtout lorsque le contexte permet d’identifier facilement le sujet : Hotza egin arren, kalera atera gara (« Malgré le froid / Bien qu’il ait fait froid, nous sommes sortis »). Le participe est ici la forme lexicale du verbe, comme egin « faire » ou jakin « savoir ».

-(e)nean : situer une action dans le temps

-(e)nean correspond le plus souvent à « quand » ou « lorsque ». Cette terminaison peut introduire un événement unique ou une situation répétée :

  • Iritsi nintzenean, atea itxita zegoen. — « Quand je suis arrivé(e), la porte était fermée. »
  • Etxera iristen naizenean, oinetakoak kentzen ditut. — « Quand je rentre chez moi, j’enlève mes chaussures. »

Le temps est porté par le verbe basque lui-même : naizenean renvoie au présent ou à une situation habituelle, nintzenean au passé. Le français peut employer le présent, l’imparfait ou le passé composé selon le sens ; il ne faut donc pas chercher une traduction fixe mot à mot.

Place de la subordonnée

Avec la cause, la concession et le temps, l’ordre le plus facile à produire est :

subordonnée + virgule + principale

  • Denda itxita dagoenez, bihar itzuliko gara.
  • Nekatuta nagoen arren, lana bukatuko dut.
  • Bilera amaitzen denean, deituko dizut.

Avec -la, la proposition complétive se place souvent près du verbe principal qui l’introduit. Les deux organisations suivantes sont possibles, avec une différence de mise en relief : Badakit euskara zaila dela et Euskara zaila dela badakit. La première est très naturelle pour une réponse où badakit (« je sais ») est mis en avant ; la seconde fait de toute l’information rapportée le thème ou l’élément focalisé. Le basque a un ordre des mots plus souple que le français, mais cette souplesse n’est pas aléatoire : elle sert à organiser ce qui est déjà connu et ce qui est nouveau.

Exemples en contexte

Basque Français Point à observer
Badakit euskara zaila dela. Je sais que le basque est difficile. Information complétive en -la.
Uste dut Maialen etxean dagoela. Je pense que Maialen est chez elle. dago → dagoela.
Esan didate bilera bertan behera geratu dela. On m’a dit que la réunion avait été annulée. Discours rapporté avec -la.
Badakit ez dela etorriko. Je sais qu’il/elle ne viendra pas. ez nie le verbe subordonné.
Gaixorik dagoelako ez da etorri. Il/elle n’est pas venu(e) parce qu’il/elle est malade. La cause précède la conséquence.
Autobusa galdu dudalako berandu iritsi naiz. Je suis arrivé(e) en retard parce que j’ai raté le bus. dut → dudalako.
Denda itxita dagoenez, bihar itzuliko gara. Puisque le magasin est fermé, nous reviendrons demain. Fait pris comme point de départ.
Zu hemen zaudenez, lagunduko didazu? Puisque tu es ici, tu vas m’aider ? -nez justifie la demande.
Euria egiten duen arren, joango gara. Bien qu’il pleuve, nous irons. Forme finie en -n suivie de arren.
Nekatuta nagoen arren, lana bukatuko dut. Bien que je sois fatigué(e), je finirai le travail. La difficulté n’empêche pas l’action.
Hotza egin arren, oinez joan gara. Bien qu’il ait fait froid, nous y sommes allé(e)s à pied. Participe egin suivi de arren.
Iritsi naizenean, deitu dizut. Quand je suis arrivé(e), je t’ai appelé(e). Exemple au parfait avec naizenean.
Atzo iritsi nintzenean, denak lotan zeuden. Quand je suis arrivé(e) hier, tout le monde dormait. Repère narratif au passé.
Etxera iristen naizenean, oinetakoak kentzen ditut. Quand je rentre chez moi, j’enlève mes chaussures. Habitude au présent.
Bilera amaitzen denean, deituko dizut. Je t’appellerai quand la réunion sera finie. Le français emploie le futur ; le basque marque le repère par denean.

Erreurs fréquentes

Employer le verbe autonome sans marque de subordination

  • Incorrect : Badakit euskara zaila da.
  • Correct : Badakit euskara zaila dela.
  • Pourquoi : da affirme simplement « c’est ». Pour intégrer cette affirmation après « je sais », il faut la forme subordonnée dela.

Ajouter un mot séparé calqué sur « que »

  • Incorrect : chercher à construire systématiquement « je pense + mot pour que + il vient ».
  • Correct : Uste dut etorriko dela.
  • Pourquoi : dans cette complétive, le rôle de « que » est porté par -la sur dela. Le français et le basque ne découpent pas la phrase de la même manière.

Confondre -lako et -la

  • Incorrect : Ez da etorri gaixorik dagoela pour dire « Il/elle n’est pas venu(e) parce qu’il/elle est malade ».
  • Correct : Ez da etorri gaixorik dagoelako.
  • Pourquoi : -la donne le contenu d’une pensée ou d’une parole ; -lako exprime ici la raison.

Souder arren au verbe conjugué

  • Incorrect : euria egiten duenarren.
  • Correct : euria egiten duen arren.
  • Pourquoi : dans la construction finie, arren s’écrit séparément après la forme en -n.

Oublier le temps dans une subordonnée en -(e)nean

  • Incorrect : employer toujours naizenean pour raconter un événement passé.
  • Correct : Iritsi nintzenean, deitu nizun (« Quand je suis arrivé(e), je t’ai appelé(e) »), si le récit est situé dans le passé.
  • Pourquoi : -(e)nean signifie « quand », mais le verbe continue d’indiquer le temps. nintzenean est la forme passée de première personne.

Traduire automatiquement -nez par « parce que »

  • Moins naturel dans certains contextes : rendre Berandu denez... par « Parce qu’il est tard… » sans tenir compte du contexte.
  • Mieux : « Puisqu’il est tard… » ou « Comme il est tard… ».
  • Pourquoi : -nez présente souvent la cause comme un fait partagé ou immédiatement constatable, plutôt que comme une réponse nouvelle à « pourquoi ? ».

Notes d’usage

Ces formes appartiennent aussi bien à la conversation qu’à l’écrit en euskara batua, le basque standard. Les formes causales et temporelles sont particulièrement fréquentes en tête de phrase, car elles installent le cadre avant l’information principale. À l’oral, l’intonation peut suffire à séparer les deux parties ; à l’écrit, une virgule améliore souvent la lisibilité lorsque la subordonnée est longue ou placée en premier.

Les notations des manuels varient. On peut rencontrer -la, -(e)la ou des listes de formes comme dela, duela, dudala. De même, -(e)nean est une étiquette pratique qui couvre denean, duenean, naizenean, dudanean, etc. Cette variation de notation ne correspond pas à plusieurs sens : elle rend visibles les ajustements entre la terminaison et l’auxiliaire.

Le choix entre -lako et -nez dépend aussi de la manière dont le locuteur présente l’information. Comparons Ez naiz joango, nekatuta nagoelako (« Je n’irai pas parce que je suis fatigué(e) »), qui fournit une explication, et Nekatuta nagoenez, ez naiz joango (« Puisque je suis fatigué(e), je n’irai pas »), qui pose la fatigue comme prémisse. Ce contraste est plus important que la recherche d’un équivalent français unique.

Enfin, le sujet n’est souvent pas exprimé par un pronom indépendant en basque : la forme auxiliaire contient déjà beaucoup d’informations. Dudalako, par exemple, indique à elle seule une relation de première personne avec l’objet du verbe et la cause. Il faut donc apprendre à repérer la fin du groupe verbal plutôt qu’à attendre un pronom comme je, tu ou il.

Pour aller plus loin

-la n’introduit pas toutes les subordonnées françaises en « que »

Le français utilise « que » dans de très nombreuses constructions, mais le basque choisit sa terminaison selon la fonction. Une question indirecte — une question intégrée dans une phrase — prend normalement une forme en -n, et non en -la :

  • Nor da? — « Qui est-ce ? »
  • Ez dakit nor den. — « Je ne sais pas qui c’est. »
  • Galdetu du non dagoen. — « Il/elle a demandé où cela se trouve. »

Cette distinction devient essentielle dans le discours rapporté : une affirmation rapportée emploie -la ; une question rapportée emploie -n.

Le temps peut changer dans le discours rapporté

Au-delà du niveau B1, il faut observer la concordance des temps (la relation entre le temps de la principale et celui de la subordonnée). Comparez :

  • Esaten du etorriko dela. — « Il/elle dit qu’il/elle viendra. »
  • Esan zuen etorriko zela. — « Il/elle a dit qu’il/elle viendrait. »

La terminaison de subordination reste reconnaissable, mais da devient zen au passé, d’où dela → zela. Il est préférable d’apprendre ces séquences comme des blocs fréquents plutôt que de calquer mécaniquement les temps français.

Variantes causales et concessives plus développées

On rencontrera aussi -nez gero, qui renforce l’idée de « étant donné que », ainsi que nahiz eta, souvent traduit par « même si » ou « bien que ». Ces formes ne rendent pas -nez et arren inutiles : elles permettent de nuancer le registre, le degré d’insistance et la structure de la phrase.

Avec arren, la construction finie (-n arren) rend explicites le temps et les participants : badakizun arren (« bien que tu le saches »). La construction au participe est plus compacte : jakin arren (« bien que sachant / malgré le fait de savoir »). Lorsque les deux propositions n’ont pas clairement le même sujet, la forme finie évite souvent une ambiguïté.

Empiler plusieurs propositions

Dans des textes plus avancés, une subordonnée peut en contenir une autre : Badakit esan duzuna egia dela (« Je sais que ce que tu as dit est vrai »). Il faut alors lire depuis les verbes marqués : duzuna ferme la relative « ce que tu as dit », puis dela ferme la complétive dépendant de badakit. Repérer ces frontières transforme une longue phrase en plusieurs petits groupes compréhensibles.

Conseils pour s’entraîner

  1. Construisez des familles de quatre formes. Prenez une phrase simple, par exemple Nekatuta nago, puis produisez nekatuta nagoela, nagoelako, nagoenez et nagoenean. Ajoutez ensuite une principale adaptée à chaque sens.
  2. Classez les exemples par intention. À l’écoute ou dans un texte, notez les verbes finissant par -la, -lako, -nez et -(e)nean, puis étiquetez-les : information, raison, fait admis ou temps. Pour arren, entourez séparément la forme en -n et le mot arren.
  3. Reformulez du français vers un ordre basque naturel. Partez de « Je rentrerai quand la réunion sera finie », placez d’abord le cadre temporel, puis dites Bilera amaitzen denean, etxera joango naiz. Variez ensuite le temps et la personne sans changer toute la phrase.

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