Cause, conséquence et concession en basque
Kausa, Ondorio eta Kontzesibo Perpausak
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.
En bref
En basque, la cause et la concession sont souvent marquées sur le verbe : -lako signifie « parce que », -nez gero « puisque », et -n arren « bien que ». Nahiz eta introduit aussi une concession, tandis que horregatik (« c’est pourquoi ») et beraz (« donc ») relient une conclusion à ce qui précède. Pour un francophone, le bon réflexe consiste donc à regarder la fin du groupe verbal plutôt qu’à chercher systématiquement une conjonction placée au début.
Vue d’ensemble
Une proposition subordonnée est un groupe qui contient un verbe mais dépend d’une autre proposition. Dans Gaixorik dagoelako ez da etorri (« Il ou elle n’est pas venu parce qu’il ou elle est malade »), gaixorik dagoelako donne la cause et dépend de ez da etorri. En basque, cette relation est fréquemment indiquée par une terminaison ajoutée à la forme verbale.
Au niveau B2, l’enjeu n’est plus seulement de reconnaître une cause. Il faut choisir entre une explication neutre, une raison considérée comme déjà admise, un obstacle qui n’empêche pas l’action et une conclusion tirée du contexte. Les formes -lako, -nez gero, -n arren, nahiz eta, horregatik et beraz permettent précisément d’organiser ces rapports logiques.
La comparaison avec le français aide, à condition de ne pas traduire mot à mot. Le français place parce que, puisque ou bien que devant la proposition et emploie le subjonctif après bien que. Le basque place souvent la marque de dépendance à la fin du verbe. Il ne faut donc ni conserver automatiquement l’ordre français ni chercher un équivalent mécanique du subjonctif français.
Fonctionnement
La cause neutre avec -lako
-lako présente la raison d’un fait. La proposition causale peut répondre à Zergatik? (« Pourquoi ? »).
Schéma courant :
[cause avec verbe en -lako] + [proposition principale]
Dans la pratique, on ne colle pas toujours les quatre lettres -lako à la forme indépendante telle quelle. Le verbe prend d’abord une forme subordonnée, dont l’aspect varie selon l’auxiliaire :
| Forme indépendante | Forme causale | Sens approximatif |
|---|---|---|
| da | delako | parce qu’il ou elle est |
| dago | dagoelako | parce qu’il ou elle se trouve / est |
| du | duelako | parce qu’il ou elle l’a / le fait |
| dute | dutelako | parce qu’ils ou elles l’ont / le font |
| zen | zelako | parce qu’il ou elle était |
| zuen | zuelako | parce qu’il ou elle l’avait / le faisait |
| dira | direlako | parce qu’ils ou elles sont |
C’est pourquoi -delako n’est pas une conjonction indépendante concurrente de -lako : delako est notamment la forme obtenue à partir de da. Comparez zaila da (« c’est difficile ») et zaila delako (« parce que c’est difficile »).
La négation reste devant le verbe conjugué à l’intérieur de la cause :
- Ez duelako ulertzen, berriro galdetu du. — « Parce qu’il ou elle ne comprend pas, il ou elle a demandé de nouveau. »
- Ez delako etorriko, bilera atzeratu dugu. — « Puisqu’il ou elle ne viendra pas, nous avons reporté la réunion. »
La cause peut aussi suivre la proposition principale, surtout lorsqu’elle apporte une explication après l’information essentielle : Etxean geratu naiz, nekatuta nagoelako (« Je suis resté chez moi parce que je suis fatigué »).
La cause admise avec -nez gero
-nez gero correspond souvent à « puisque », « étant donné que » ou « du moment que ». Le locuteur présente la cause comme connue, visible ou admise, puis en tire une décision.
| Forme indépendante | Forme avec -nez gero | Traduction possible |
|---|---|---|
| da | denez gero | puisqu’il ou elle est |
| dago | dagoenez gero | puisqu’il ou elle se trouve / est |
| du | duenez gero | puisqu’il ou elle l’a / le fait |
| dute | dutenez gero | puisqu’ils ou elles l’ont / le font |
| zen | zenez gero | puisqu’il ou elle était |
| ziren | zirenez gero | puisqu’ils ou elles étaient |
Dans Berandu denez gero, joango gara, le fait qu’il est tard sert de point de départ partagé : « Puisqu’il est tard, nous allons partir. » La nuance n’est pas toujours forte, mais -lako répond plus naturellement à une demande de cause, tandis que -nez gero cadre volontiers un raisonnement.
Attention à une construction voisine : une forme participiale suivie de -z gero, comme amaituz gero, peut avoir une valeur conditionnelle (« si l’on termine », « une fois terminé »). Il ne faut pas déduire automatiquement une cause de toute séquence qui se termine par gero ; la forme du verbe et le contexte comptent.
La concession avec -n arren et le participe + arren
Une concession présente un fait qui pourrait normalement empêcher le résultat, mais ne l’empêche pas. En français, on emploie « bien que », « quoique » ou « même si ».
Deux constructions fréquentes sont :
- verbe conjugué subordonné en -(e)n + arren ;
- participe + arren, plus compact.
| Construction | Exemple | Sens |
|---|---|---|
| forme conjuguée + arren | Nekatuta nagoen arren | bien que je sois fatigué |
| forme conjuguée + arren | Euria egiten duen arren | bien qu’il pleuve |
| participe + arren | Euria egin arren | bien qu’il ait plu / malgré la pluie |
| participe + arren | Jakin arren | bien que l’on sache |
Le participe est ici la forme verbale qui sert aussi à nommer l’action dans le dictionnaire, par exemple egin (« faire »), etorri (« venir ») ou jakin (« savoir »). La forme conjuguée est préférable lorsque l’on doit rendre explicites le sujet, le temps ou les participants de l’action.
Le point crucial n’est pas le temps français, mais le contraste logique :
- Euria egin arren, irten gara. — La pluie aurait pu empêcher la sortie, pourtant nous sommes sortis.
- Diru gutxi duen arren, beti laguntzen die besteei. — Le peu d’argent aurait pu empêcher l’aide, pourtant cette personne aide toujours les autres.
La concession avec nahiz eta
Nahiz eta signifie « bien que », « même si » ou « quand bien même » selon le contexte. Une construction très fréquente associe nahiz eta à une forme non conjuguée :
- Nahiz eta zaila izan, lortu dugu. — « Bien que cela ait été difficile, nous avons réussi. »
- Nahiz eta nekatuta egon, lanean jarraitu zuen. — « Bien qu’il ou elle soit fatigué, il ou elle a continué à travailler. »
On rencontre également des propositions conjuguées dépendantes, notamment lorsque le sujet ou le repère temporel doit être exprimé clairement. Il vaut mieux apprendre des groupes complets tels que nahiz eta zaila izan et nahiz eta ... den/duen plutôt que de remplacer mot à mot le français « bien que ».
Contrairement au français, la présence de « bien que » dans la traduction ne suffit pas à imposer un « subjonctif basque ». Les constructions basques ont leurs propres formes de dépendance. Nahiz eta zaila da est incorrect si da reste une forme principale autonome ; on dira par exemple nahiz eta zaila izan ou, dans une construction conjuguée appropriée, nahiz eta zaila den.
La conséquence et la conclusion avec horregatik et beraz
Horregatik et beraz sont des connecteurs autonomes : ils ne se soudent pas au verbe.
| Connecteur | Valeur principale | Équivalent français courant |
|---|---|---|
| horregatik | conséquence directement rattachée à la raison précédente | c’est pourquoi, pour cette raison |
| beraz | conclusion ou déduction tirée de ce qui précède | donc, par conséquent |
Comparez :
- Autobusa ez da etorri; horregatik, oinez joan gara. — Le bus n’est pas venu ; c’est pourquoi nous sommes partis à pied.
- Ate guztiak itxita daude; beraz, inor ez dago barruan. — Toutes les portes sont fermées ; donc, personne n’est à l’intérieur.
Dans la conversation réelle, les deux domaines se recouvrent parfois. Le choix dépend de l’intention : horregatik renvoie plus directement à « cette raison-là », tandis que beraz annonce le résultat du raisonnement. En français aussi, « c’est pourquoi » et « donc » ne sont pas toujours interchangeables sans changement de ton.
Exemples en contexte
| Basque | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Gaixorik dagoelako ez da etorri. | Il ou elle n’est pas venu parce qu’il ou elle est malade. | Cause neutre en -lako. |
| Trena galdu dugulako, berandu iritsi gara. | Nous sommes arrivés en retard parce que nous avons raté le train. | La cause précède le résultat. |
| Ez dut sinesten, istorioa askotan aldatu duelako. | Je ne le crois pas, parce qu’il ou elle a changé plusieurs fois de version. | La cause est ajoutée après l’affirmation. |
| Berandu denez gero, joango gara. | Puisqu’il est tard, nous allons partir. | Cause tenue pour admise. |
| Bihar jai denez gero, gaur bukatuko dugu lana. | Puisque demain est férié, nous finirons le travail aujourd’hui. | La cause sert de cadre à une décision. |
| Denok hemen gaudenez gero, has gaitezen. | Puisque nous sommes tous ici, commençons. | Raisonnement fondé sur la situation présente. |
| Euria egin arren, irten gara. | Bien qu’il ait plu, nous sommes sortis. | Participe egin suivi de arren. |
| Nekatuta nagoen arren, amaituko dut. | Bien que je sois fatigué, je terminerai. | Forme conjuguée en -(e)n arren. |
| Diru gutxi duen arren, beti laguntzen die besteei. | Bien qu’il ou elle ait peu d’argent, il ou elle aide toujours les autres. | Le sujet et l’objet sont indiqués par l’auxiliaire. |
| Nahiz eta zaila izan, lortu dugu. | Même si cela a été difficile, nous avons réussi. | Concession avec nahiz eta + izan. |
| Ez zuen amore eman, nahiz eta nekatuta egon. | Il ou elle n’a pas abandonné, bien qu’il ou elle soit fatigué. | La concession suit la proposition principale. |
| Autobusa ez da etorri; horregatik, oinez joan gara. | Le bus n’est pas venu ; c’est pourquoi nous sommes partis à pied. | Conséquence renvoyant au fait précédent. |
| Froga nahikorik ez dago; beraz, ezin dugu ondoriorik atera. | Il n’y a pas assez de preuves ; nous ne pouvons donc tirer aucune conclusion. | Déduction avec beraz. |
| Horregatik ez dut sinesten. | C’est pour cela que je ne le crois pas. | Horregatik peut ouvrir la nouvelle proposition. |
Erreurs fréquentes
Séparer -lako du verbe
- Incorrect : Gaixorik dago lako ez da etorri.
- Correct : Gaixorik dagoelako ez da etorri.
- Pourquoi : la marque causale fait partie de la forme verbale. Avec dago, on obtient dagoelako, en un seul mot.
Ajouter simplement -lako à da
- Incorrect : Zaila dalako ez dut egin.
- Correct : Zaila delako ez dut egin.
- Pourquoi : la forme standard de da devant cette terminaison est dela- : da devient donc delako.
Garder une forme principale après -nez gero
- Incorrect : Berandu da nez gero, joango gara.
- Correct : Berandu denez gero, joango gara.
- Pourquoi : -nez gero s’intègre à une forme subordonnée. Ici, da devient denez gero.
Copier le subjonctif français après nahiz eta
- Incorrect : Nahiz eta zaila da, saiatuko naiz.
- Correct : Nahiz eta zaila izan, saiatuko naiz.
- Pourquoi : on ne conserve pas la forme principale da. Le basque ne reproduit pas automatiquement le schéma français « bien que + subjonctif » ; il emploie ici izan.
Confondre cause et concession
- Incorrect pour dire « parce qu’il pleut » : Euria egiten duen arren, etxean geratu gara.
- Correct : Euria egiten duelako, etxean geratu gara.
- Pourquoi : arren signifie que l’obstacle n’empêche pas la suite. Si la pluie explique directement le fait de rester chez soi, il faut une construction causale en -lako.
Employer horregatik comme une terminaison
- Incorrect : Euriahorregatik ez gara atera.
- Correct : Euria ari du; horregatik, ez gara atera.
- Pourquoi : horregatik est un mot autonome qui reprend une raison déjà énoncée. Il ne se colle ni au nom ni au verbe dans cette fonction de connecteur.
Notes d’usage
La proposition subordonnée précède très souvent la principale, ce qui permet au locuteur de poser d’abord la circonstance puis d’annoncer le résultat. Cet ordre est particulièrement naturel avec -nez gero : la cause partagée prépare la décision. L’ordre inverse reste possible avec -lako et les concessions lorsqu’on veut donner d’abord l’information centrale, puis ajouter une justification ou une réserve.
Dans un échange, une réponse à Zergatik? peut se limiter à la proposition en -lako : Nekatuta nagoelako (« Parce que je suis fatigué »). Bien qu’il n’y ait pas de proposition principale exprimée, elle est récupérée grâce au contexte, exactement comme la réponse française « Parce que je suis fatigué ».
Beraz est fréquent lorsqu’on organise explicitement un raisonnement, notamment dans une explication, une présentation ou un texte argumentatif. Horregatik paraît souvent plus directement anaphorique, c’est-à-dire qu’il renvoie à une raison déjà mentionnée. À l’oral, la ponctuation n’est évidemment pas audible : l’intonation et la pause aident à séparer les deux propositions.
Enfin, le français distingue volontiers « bien que » pour un fait et « même si » pour une hypothèse. Nahiz eta peut couvrir les deux lectures selon la forme verbale et le contexte. Pour produire une phrase sûre, apprenez l’exemple entier avec sa situation plutôt qu’une équivalence isolée.
Pour aller plus loin
Articuler plusieurs liens logiques
Un texte élaboré peut enchaîner cause, concession et conclusion :
Euria egin arren, jende asko etorri da. Beraz, ekitaldiak interes handia piztu duela esan dezakegu.
« Bien qu’il ait plu, beaucoup de gens sont venus. Nous pouvons donc dire que l’événement a suscité beaucoup d’intérêt. » La première phrase neutralise un obstacle avec arren ; la seconde tire une conclusion avec beraz.
Il faut alors repérer les blocs depuis leur verbe final. Une longue proposition en -lako ou en -(e)n arren peut contenir plusieurs compléments avant que sa fonction logique devienne visible. À la lecture, soulignez d’abord le verbe marqué, puis remontez jusqu’au début du groupe.
Distinguer résultat réel et déduction
Une conséquence dans le monde réel et une conclusion intellectuelle sont proches, mais pas identiques :
- Euria ari du; horregatik, partida bertan behera geratu da. — « Il pleut ; c’est pourquoi le match a été annulé. » La seconde situation résulte concrètement de la première.
- Argiak itzalita daude; beraz, etxean ez dago inor. — « Les lumières sont éteintes ; donc, il n’y a personne à la maison. » Il s’agit d’une déduction, qui peut d’ailleurs être fausse.
Cette distinction explique une tendance d’usage, non une frontière absolue. Dans de nombreux contextes quotidiens, les deux connecteurs restent possibles avec une légère différence de point de vue.
Opposer concession et contraste discursif
Après une proposition concessive, le basque peut renforcer le contraste avec hala ere (« pourtant », « néanmoins ») : Euria egin arren, hala ere irten gara (« Bien qu’il ait plu, nous sommes tout de même sortis »). Ce renforcement n’est pas toujours nécessaire. Une phrase simple avec arren exprime déjà que le résultat va contre l’attente.
Il faut aussi distinguer -t(z)earren, qui peut exprimer un motif ou « dans le but de », de la concession en participe + arren. Une ressemblance graphique ne garantit pas la même structure : analysez la forme verbale complète et le sens global.
Conseils pratiques
- Transformez des paires de phrases. Partez de Gaixorik dago. Ez da etorri. Puis produisez Gaixorik dagoelako ez da etorri et Gaixorik dagoenez gero, etxean geratuko da. Vous entraînerez à la fois la forme et la nuance.
- Classez les liens avant de traduire. Pour chaque exemple rencontré, demandez-vous : est-ce une raison, une raison déjà admise, un obstacle sans effet, une conséquence ou une déduction ? Choisissez seulement ensuite entre -lako, -nez gero, arren, nahiz eta, horregatik et beraz.
- Mémorisez les auxiliaires avec leur terminaison. Faites une petite série : da → delako → denez gero → den arren ; du → duelako → duenez gero → duen arren. Ces familles sont plus utiles que la mémorisation abstraite d’un suffixe unique.
Notions associées
- Prérequis : Propositions subordonnées — pour revoir les formes dépendantes et la place habituelle de la subordonnée.
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