Le subjonctif en basque
Subjuntiboa
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.
En bref
Le subjonctif basque (subjuntiboa) exprime notamment un souhait, une demande, un but ou un événement envisagé : Nahi dut etorri dadin « Je veux qu’il ou elle vienne ». Sa marque apparaît surtout dans l’auxiliaire : dadin avec un verbe sans objet direct, dezan avec un verbe qui en a un ; dans un souhait autonome, on rencontre plutôt dadila et dezala.
Vue d’ensemble
Le mode verbal indique comment on présente une action : comme un fait, un ordre, une possibilité ou un souhait. Le subjonctif français apparaît dans « je veux qu’il vienne » ou « pour qu’elle le fasse ». Le basque permet des nuances comparables, mais il ne suffit pas de traduire le mot que ni d’appliquer automatiquement les déclencheurs du français.
Le fonctionnement est lié au système verbal basque. Le verbe porteur du sens — etorri « venir », egin « faire », izan « être » — est accompagné d’un auxiliaire (un petit verbe qui porte les marques de personne et de mode). Cet auxiliaire s’accorde non seulement avec le sujet, mais aussi, selon le type de verbe, avec l’objet direct et parfois le destinataire. C’est pourquoi il faut choisir entre des formes comme dadin, dezan et diezaion, et non apprendre une terminaison unique.
Au niveau B2, cette notion prolonge l’étude des propositions subordonnées (des groupes verbaux qui dépendent d’une proposition principale). La différence avec le français est essentielle : après certains verbes, le basque préfère une nominalisation en -tzea ou une proposition déclarative en -la. Le subjonctif est donc à apprendre comme un ensemble de constructions, et non comme l’équivalent systématique du subjonctif français.
Comment ça marche
La structure de base
Dans une proposition dépendante, le modèle le plus fréquent est :
proposition au subjonctif + proposition principale
L’ordre peut varier selon ce que l’on veut mettre en relief, mais les deux exemples suivants sont naturels :
- Nahi dut [etor dadin]. — Je veux [qu’il ou elle vienne].
- [Airea sar dadin], leihoa ireki dut. — J’ai ouvert la fenêtre [pour que l’air entre].
La forme lexicale placée devant l’auxiliaire n’est pas un infinitif français. Selon le verbe et la construction, elle correspond souvent au radical : etor dadin « qu’il ou elle vienne », sar dadin « qu’il ou elle entre », eros dezan « qu’il ou elle l’achète ». Certaines formes, comme egin, ont la même apparence dans plusieurs emplois et s’apprennent plus facilement comme un bloc : egin dezan.
Deux séries indispensables : NOR et NOR-NORK
Les grammaires basques emploient les étiquettes NOR et NORK :
- NOR désigne la personne ou la chose qui est dans un état, se déplace ou subit directement l’action ;
- NORK désigne l’auteur d’une action portant sur un objet. Il prend le cas ergatif (la terminaison -k qui marque cet auteur dans une construction transitive).
Pour choisir la série, posez une question simple : le verbe agit-il sur un objet direct, c’est-à-dire sur « quelqu’un ou quelque chose » ?
| Construction | Type de verbe | Forme repère | Exemple | Sens |
|---|---|---|---|---|
| NOR | sans objet direct | dadin | sar dadin | pour qu’il ou elle entre |
| NOR, pluriel | sans objet direct | daitezen | etor daitezen | pour qu’ils ou elles viennent |
| NOR-NORK | avec un objet direct | dezan | liburua eros dezan | pour qu’il ou elle achète le livre |
| NOR-NORK, auteur pluriel | avec un objet direct | dezaten | lana egin dezaten | pour qu’ils ou elles fassent le travail |
Ainsi, etorri « venir » et gertatu « se produire » appellent normalement la série NOR, tandis que egin « faire », erosi « acheter » et irakurri « lire » appellent la série NOR-NORK lorsqu’un objet est exprimé ou sous-entendu.
Les personnes dans la série NOR
Voici les principales formes du présent pour un verbe sans objet direct. Les pronoms sont indiqués pour rendre le tableau lisible ; en contexte, ils sont souvent omis puisque l’auxiliaire donne déjà la personne.
| Personne concernée | Auxiliaire | Exemple | Traduction |
|---|---|---|---|
| ni — moi | nadin | sar nadin | que j’entre |
| zu — vous singulier | zaitezen | sar zaitezen | que vous entriez |
| hura — lui ou elle | dadin | sar dadin | qu’il ou elle entre |
| gu — nous | gaitezen | sar gaitezen | que nous entrions |
| zuek — vous pluriel | zaitezten | sar zaitezten | que vous entriez |
| haiek — eux ou elles | daitezen | sar daitezen | qu’ils ou elles entrent |
Le basque standard distingue donc zaitezen « que vous entriez », adressé à une personne, de zaitezten, adressé à plusieurs personnes. Le français ne montre pas cette différence dans la traduction avec « vous ».
Les personnes dans la série NOR-NORK
Le tableau suivant suppose un objet direct à la troisième personne du singulier, par exemple lana « le travail » ou hori « cela ». C’est l’auteur de l’action, marqué par NORK, qui varie.
| Auteur | Auxiliaire | Exemple | Traduction |
|---|---|---|---|
| nik — moi | dezadan | egin dezadan | que je le fasse |
| zuk — vous singulier | dezazun | egin dezazun | que vous le fassiez |
| hark — lui ou elle | dezan | egin dezan | qu’il ou elle le fasse |
| guk — nous | dezagun | egin dezagun | que nous le fassions |
| zuek — vous pluriel | dezazuen | egin dezazuen | que vous le fassiez |
| haiek — eux ou elles | dezaten | egin dezaten | qu’ils ou elles le fassent |
Ce tableau n’épuise pas le système : si l’objet est pluriel ou si un destinataire est encodé, l’auxiliaire change. Par exemple, eman diezaion signifie « qu’il ou elle le lui donne ». Il vaut mieux maîtriser d’abord l’opposition NOR / NOR-NORK, puis ajouter les formes à trois participants.
-n dans la subordonnée, -la dans le souhait autonome
La finale est révélatrice :
- -n apparaît dans une proposition dépendant d’une autre : etor dadin nahi dut « je veux qu’il ou elle vienne » ;
- -la sert notamment dans une exhortation, un vœu ou une consigne présentés de façon autonome ou rapportés comme tels : etor dadila! « qu’il ou elle vienne ! », egin dezala! « qu’il ou elle le fasse ! ».
Comparez :
| Proposition dépendante | Souhait ou injonction autonome |
|---|---|
| Nahi dut etor dadin. — Je veux qu’il ou elle vienne. | Etor dadila! — Qu’il ou elle vienne ! |
| Eskatu diot egin dezan. — Je lui ai demandé de le faire. | Egin dezala! — Qu’il ou elle le fasse ! |
| Lasai egon gaitezen nahi du. — Il ou elle veut que nous restions calmes. | Egon gaitezen lasai! — Restons calmes ! |
Il serait donc trompeur de retenir simplement que « le subjonctif finit en -n ». Cette finale caractérise surtout sa forme subordonnée ; les formes en -la appartiennent au même domaine modal dans les vœux et les injonctions à la troisième personne.
La négation
Ez se place devant le groupe verbal concerné :
- Ez dut nahi hori gerta dadin. — Je ne veux pas que cela arrive.
- Kontuz ibili, inork ikus ez zaitzan. — Soyez prudent, pour que personne ne vous voie.
- Ez dezala hori egin! — Qu’il ou elle ne fasse pas cela !
Il faut vérifier la portée de la négation. Ez dut nahi… nie le fait de vouloir, tandis que nahi dut ez dadin… exprime le souhait qu’un événement ne se produise pas.
Exemples en contexte
| Basque | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Nahi dut etorri dadin. | Je veux qu’il ou elle vienne. | Exemple de souhait avec la série NOR ; on rencontre très couramment la base etor dans etor dadin. |
| Ez dut nahi hori gerta dadin. | Je ne veux pas que cela arrive. | Gertatu est sans objet direct. |
| Airea sar dadin, leihoa ireki dut. | J’ai ouvert la fenêtre pour que l’air entre. | Proposition de but. |
| Guztiak garaiz irits daitezen antolatu dugu autobusa. | Nous avons organisé le bus pour que tout le monde arrive à l’heure. | Sujet pluriel : daitezen. |
| Eska iezaiozu egin dezan. | Demandez-lui de le faire. | Demande suivie de egin dezan. |
| Irakasleak poliki hitz egin dezan eskatu dugu. | Nous avons demandé que le professeur parle lentement. | L’auteur est irakasleak, marqué par -k. |
| Haurrek lana bakarrik egin dezaten nahi du. | Il ou elle veut que les enfants fassent le travail seuls. | Auteur pluriel : dezaten. |
| Zuk ere ikus dezazun ekarri dut argazkia. | J’ai apporté la photo pour que vous la voyiez aussi. | Auteur à la deuxième personne : dezazun. |
| Egin dezagun elkarrekin. | Faisons-le ensemble. | Exhortation inclusive : la personne qui parle participe. |
| Egia izan dadila! | Puisse cela être vrai ! | Vœu autonome en -la. |
| Ojalá egia izan dadila. | Pourvu que ce soit vrai. | Phrase fournie avec l’emprunt espagnol ojalá ; dans un basque neutre, Egia izan dadila! suffit. |
| Nahi nuen etor zedin. | Je voulais qu’il ou elle vienne. | Forme passée : zedin. |
| Zer gerta ere, prest egongo naiz. | Quoi qu’il arrive, je serai prêt ou prête. | Tour concessif figé : l’événement possible ne change pas la conclusion. |
Erreurs fréquentes
Employer dezan avec n’importe quel verbe
- Incorrect : Nahi dut etor dezan.
- Correct : Nahi dut etor dadin.
- Pourquoi : « venir » n’agit pas sur un objet direct. Il faut donc la série NOR, avec dadin, et non la série NOR-NORK, avec dezan.
Oublier l’accord avec l’auteur pluriel
- Incorrect : Nahi dut haurrek lana egin dezan.
- Correct : Nahi dut haurrek lana egin dezaten.
- Pourquoi : haurrek « les enfants » est l’auteur pluriel d’une action transitive. L’auxiliaire doit donc être au pluriel : dezaten.
Copier automatiquement le subjonctif français
- Peu naturel comme réflexe de traduction : choisir une forme en dadin/dezan uniquement parce que le français contient « que ».
- À comparer : Badakit etorriko dela. — Je sais qu’il ou elle viendra.
- Pourquoi : une proposition déclarée comme un contenu ou un fait prend souvent -la en basque. Le choix dépend du sens et de la construction basque, pas du mode employé en français.
Confondre la finale dépendante et le vœu autonome
- Incorrect pour un vœu autonome : Etor dadin!
- Correct : Etor dadila! — Qu’il ou elle vienne !
- Pourquoi : dadin s’intègre normalement dans une proposition dépendante ; dadila présente ici le vœu ou l’injonction de façon autonome.
Négliger les personnes encodées dans l’auxiliaire
- Incorrect si « vous » devez agir : Nahi dut zuk egin dezan.
- Correct : Nahi dut zuk egin dezazun.
- Pourquoi : dezan correspond à un auteur de troisième personne, tandis que dezazun correspond à zuk, « vous » singulier.
Placer la négation au mauvais niveau
- Sens 1 : Ez dut nahi etor dadin. — Je ne veux pas qu’il ou elle vienne.
- Sens 2 : Nahi dut ez dadin etor. — Je veux qu’il ou elle ne vienne pas.
- Pourquoi : la position de ez montre si l’on nie le souhait lui-même ou l’événement souhaité.
Notes d’usage
Le subjonctif basque est moins gouverné par une liste mécanique de conjonctions que le subjonctif français. Des verbes de volonté, de demande ou d’action visant un résultat favorisent les constructions étudiées ici, mais le locuteur choisit souvent entre plusieurs formulations. Par exemple, une même intention peut être présentée comme un but avec -tzeko lorsqu’un seul participant accomplit les deux actions, ou avec une proposition au subjonctif lorsque les participants sont différents et que le résultat visé doit être explicité.
Dans la langue courante, les tours avec le nom verbal en -tzea sont très fréquents après nahi izan « vouloir ». Ainsi, Joan nahi dut signifie « je veux partir », avec le même sujet pour « vouloir » et « partir ». Pour dire que l’on veut le départ d’une autre personne, Nahi dut joan dadin rend clairement le changement de sujet. Cette opposition est plus utile qu’une traduction mot à mot de « vouloir que ».
La forme fournie etorri dadin est compréhensible et se rencontre, mais les tableaux normatifs et de nombreux usages soignés emploient le radical etor : etor dadin. Pour apprendre à produire les formes, mémorisez donc les associations réellement attestées — etor dadin, sar dadin, egin dezan — plutôt que de coller systématiquement un auxiliaire à la forme de dictionnaire.
Enfin, ojalá vient de l’espagnol. Il peut apparaître dans des pratiques bilingues, surtout au sud du Pays basque, mais ce n’est pas un élément nécessaire du basque standard. Pour un registre neutre, Egia izan dadila! ou, selon le sens, une tournure avec ea convient mieux.
Pour aller plus loin
Le passé : zedin et zezan
Quand le souhait, la demande ou le but est situé par rapport à un cadre passé, l’auxiliaire peut passer à une série passée :
- Nahi nuen etor zedin. — Je voulais qu’il ou elle vienne.
- Eskatu nion lana egin zezan. — Je lui ai demandé de faire le travail.
- Atea ireki nuen jendea sar zedin. — J’ai ouvert la porte pour que les gens entrent.
On reconnaît encore l’opposition fondamentale : zedin pour la série NOR, zezan pour la série NOR-NORK avec un objet de troisième personne. Les autres personnes et les objets pluriels produisent davantage de formes ; elles s’acquièrent plus sûrement à partir de phrases complètes.
Les constructions à trois participants
Avec « donner », « montrer », « expliquer » ou « envoyer », il peut y avoir un auteur, une chose transmise et un destinataire. Le basque peut coder ces trois rôles dans l’auxiliaire :
- Liburua eman diezaion eskatu diot. — Je lui ai demandé de lui donner le livre.
- Azalpena bidal diezadazun nahi dut. — Je veux que vous m’envoyiez l’explication.
Ces formes NOR-NORI-NORK sont denses. NORI désigne ici le destinataire, « à qui » quelque chose est donné. Avant de les produire librement, repérez dans chaque phrase : quoi, à qui, et par qui.
Zer gerta ere et les éventualités ouvertes
Dans Zer gerta ere, prest egongo naiz, littéralement « quoi qu’il se produise », ere donne une valeur concessive : toutes les possibilités sont admises, mais la conclusion reste la même. Ce tour ne se réduit pas au modèle auxiliaire dadin/dezan ; il montre que le domaine du possible et de l’hypothétique possède aussi des expressions figées. On peut apprendre zer gerta ere comme un bloc très productif dans l’argumentation et les engagements : « quoi qu’il arrive ».
Subjonctif, impératif et valeur exhortative
Les frontières entre souhait, ordre indirect et exhortation sont proches. Egin ezazu! est un ordre direct adressé à une personne : « Faites-le ! » ; Egin dezala! vise une troisième personne : « Qu’il ou elle le fasse ! » ; Egin dezagun! inclut la personne qui parle : « Faisons-le ! ». Le choix dépend donc autant des participants que du degré d’autorité ou de souhait.
Conseils de pratique
- Travaillez par paires. Associez chaque verbe sans objet à dadin et chaque verbe avec objet à dezan : sar dadin / lana egin dezan, puis changez la personne.
- Transformez une seule phrase. Partez de Hark lana egiten du « il ou elle fait le travail », puis produisez Nahi dut hark lana egin dezan et Egin dezala lana! Cela fait sentir la différence entre fait, dépendance et injonction.
- Soulignez les participants. Dans chaque exemple, repérez qui agit, ce qui est affecté et, s’il y en a un, le destinataire. Cette habitude est plus fiable que la mémorisation isolée d’une longue liste d’auxiliaires.
Notions associées
- Prérequis : Les propositions subordonnées — pour comprendre comment une proposition dépendante s’intègre à la phrase principale.
Prérequis
Les propositions subordonnées en basqueB1Plus de concepts de niveau B2
Ce concept dans d'autres langues
Comparer dans toutes les langues
Entraînez-vous à Subjuntiboa en basque avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons basque · B2 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.
Pratiquer ce concept