Les propositions relatives en basque
Erlatibozko Perpausak
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.
En bref
En basque, la proposition relative se place normalement avant le nom qu’elle précise, et son verbe prend la forme relative en -(e)n : hemen bizi den emakumea, « la femme qui habite ici ». Il n’y a généralement aucun équivalent séparé de qui, que ou où : le contexte et la forme du verbe permettent de comprendre le lien.
Vue d’ensemble
Une proposition relative est un petit groupe construit autour d’un verbe qui sert à préciser un nom : dans « le livre que j’ai acheté », que j’ai acheté indique de quel livre on parle. Ce nom est parfois appelé antécédent, c’est-à-dire le nom décrit par la relative. En basque, l’organisation est très différente de celle du français : on dit littéralement « acheté-que-j’ai livre-le », soit erosi dudan liburua.
Cette structure est un point central du niveau B1. Elle permet de désigner une personne ou une chose avec précision, de réunir deux idées sans répéter un nom et de produire des phrases plus naturelles. On la rencontre constamment dans la conversation, les récits, les annonces et les textes informatifs.
Pour commencer, retenez trois éléments : relative avant le nom, verbe relatif en -(e)n, pas de pronom relatif indépendant. Les formes verbales restent toutefois importantes, car l’auxiliaire — le petit verbe qui accompagne le verbe principal, comme da ou du — continue d’indiquer le temps et les participants à l’action.
Formation : comment cela fonctionne
Le modèle de base
On peut partir de deux phrases simples :
- Emakumea hemen bizi da. — La femme habite ici.
- Emakumea medikua da. — La femme est médecin.
Pour éviter de répéter emakumea, la première phrase devient une relative :
[Hemen bizi den] emakumea medikua da.
La femme [qui habite ici] est médecin.
La transformation suit ce schéma :
| Élément | Basque | Fonction |
|---|---|---|
| Proposition relative | hemen bizi den | précise le nom ; elle vient en premier |
| Nom précisé | emakumea | « la femme » |
| Proposition principale | medikua da | apporte l’information principale |
Le français place qui habite ici après « la femme ». Le basque place hemen bizi den juste avant emakumea. Cette inversion est le changement d’habitude le plus important pour un francophone.
La terminaison relative -(e)n
Au présent, la forme relative diffère souvent nettement de la forme employée dans une phrase indépendante. Il vaut mieux apprendre les correspondances fréquentes que simplement ajouter une lettre à l’aveugle.
| Forme indépendante | Forme relative | Exemple | Sens |
|---|---|---|---|
| da | den | hemen den gizona | l’homme qui est ici |
| dira | diren | kanpoan diren haurrak | les enfants qui sont dehors |
| naiz | naizen | bizi naizen herria | la ville où j’habite |
| zara | zaren | zu zaren pertsona | la personne que vous êtes |
| du | duen | autoa duen emakumea | la femme qui a une voiture |
| dut | dudan | irakurri dudan liburua | le livre que j’ai lu |
| duzu | duzun | prestatu duzun afaria | le dîner que vous avez préparé |
| dute | duten | egin duten lana | le travail qu’ils ont fait |
| dago | dagoen | mahaian dagoen giltza | la clé qui est sur la table |
La notation -(e)n rappelle que la réalisation exacte dépend de la forme verbale. On rencontre den, duen et naizen, mais aussi dudan et duzun. Ce n’est donc pas toujours une simple addition graphique de -n.
Au passé
Beaucoup de formes du passé se terminent déjà par -n. Dans ce cas, la forme relative peut être identique à la forme indépendante :
- Gizona atzo ikusi nuen. — J’ai vu l’homme hier.
- atzo ikusi nuen gizona — l’homme que j’ai vu hier
- Etxe horretan bizi ginen. — Nous habitions dans cette maison.
- bizi ginen etxea — la maison où nous habitions
N’ajoutez pas un deuxième -n. C’est la position devant le nom, ainsi que l’ensemble de la phrase, qui signale alors la fonction relative.
Où sont « qui », « que » et « où » ?
Le basque standard n’a généralement pas besoin d’un mot séparé correspondant au pronom relatif français. Le participant manquant est compris :
| Relation comprise | Construction basque | Traduction naturelle |
|---|---|---|
| le nom fait l’action | etorri den laguna | l’ami qui est venu |
| le nom subit ou complète l’action | ikusi dudan filma | le film que j’ai vu |
| le nom désigne un lieu | lan egiten dudan bulegoa | le bureau où je travaille |
Dans etorri den laguna, c’est l’ami qui est venu. Dans ikusi dudan filma, c’est moi qui ai vu le film. L’auxiliaire basque conserve une grande partie de cette information, tandis que le sens du verbe et le contexte complètent l’analyse.
Les relations de lieu sont souvent laissées implicites lorsque le nom désigne clairement un endroit : joaten naizen eskola signifie « l’école où je vais » et bizi naizen herria, « la ville où j’habite ». Il ne faut pas chercher à insérer automatiquement un équivalent de où.
Le nom entier reçoit sa marque grammaticale
Une fois la relative construite, l’ensemble [relative + nom] fonctionne comme un groupe nominal ordinaire. Le nom reçoit donc l’article et, si nécessaire, la marque de cas — une terminaison qui indique son rôle dans la proposition principale.
Comparez :
- [Atzo ikusi nuen] gizona etorri da. — L’homme que j’ai vu hier est venu.
- [Atzo ikusi nuen] gizonak deitu du. — L’homme que j’ai vu hier a téléphoné.
- [Atzo ikusi nuen] gizonari idatzi diot. — J’ai écrit à l’homme que j’ai vu hier.
La relative ne change pas. Ce sont gizona, gizonak et gizonari qui indiquent le rôle du groupe dans la phrase principale. Dans le deuxième exemple, -k est la marque de l’ergatif, le cas employé notamment pour l’auteur d’une action transitive.
Négation et autres éléments verbaux
La négation reste à sa place habituelle, devant l’auxiliaire, et c’est toujours la forme verbale finale qui porte la marque relative :
- Ez dut gizon hori ezagutzen. — Je ne connais pas cet homme.
- ezagutzen ez dudan gizona — l’homme que je ne connais pas
Les verbes exprimant le souhait ou la nécessité suivent le même principe :
- irakurri nahi dudan liburua — le livre que je veux lire
- egin behar dugun lana — le travail que nous devons faire
Exemples en contexte
| Basque | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Hemen bizi den emakumea medikua da. | La femme qui habite ici est médecin. | Le nom est le sujet de bizi. |
| Erosi dudan liburua oso interesgarria da. | Le livre que j’ai acheté est très intéressant. | Le nom correspond à l’objet acheté. |
| Atzo ikusi nuen gizonak gaur deitu du. | L’homme que j’ai vu hier a téléphoné aujourd’hui. | Gizonak est le sujet transitif de la principale. |
| Joaten naizen eskola urrun dago. | L’école où je vais est loin. | La relation de lieu reste implicite. |
| Bilbon lan egiten duten lagunak etorri dira. | Les amis qui travaillent à Bilbao sont venus. | Relative au pluriel avec duten. |
| Ezagutzen ez dudan gizon batekin hitz egin dut. | J’ai parlé avec un homme que je ne connais pas. | La relative contient une négation. |
| Zuk prestatzen duzun kafea gustatzen zait. | J’aime le café que vous préparez. | Duzun renvoie à zu. |
| Anek gomendatu didan jatetxea itxita dago. | Le restaurant qu’Ane m’a recommandé est fermé. | L’auxiliaire indique aussi « à moi ». |
| Ate ondoan dagoen poltsa nirea da. | Le sac qui se trouve près de la porte est à moi. | Forme relative de dago : dagoen. |
| Txikitan bizi ginen etxea saldu dute. | Ils ont vendu la maison où nous habitions dans notre enfance. | Au passé, ginen ne change pas visiblement. |
| Behar dudan informazioa hemen dago. | L’information dont j’ai besoin se trouve ici. | Le français choisit « dont » ; le basque n’ajoute aucun pronom. |
| Bihar etorriko den trena zuzena da. | Le train qui arrivera demain est direct. | La valeur future est conservée. |
| Egin behar dugun lana ez da erraza. | Le travail que nous devons faire n’est pas facile. | La nécessité se trouve dans la relative. |
| Nahi duzuna aukeratu. | Choisissez ce que vous voulez. | Relative sans nom exprimé : duzun + a. |
| Atzo iritsitako mezua berriro irakurri dut. | J’ai relu le message arrivé hier. | Variante compacte en -tako. |
Le groupe Atzo ikusi nuen gizona fourni isolément signifie « l’homme que j’ai vu hier », mais ce n’est encore qu’un groupe nominal. Pour obtenir une phrase complète, il faut lui ajouter une proposition principale, par exemple Atzo ikusi nuen gizona Iker da : « L’homme que j’ai vu hier est Iker. »
Erreurs fréquentes
Placer la relative après le nom comme en français
- Incorrect : gizona atzo ikusi nuen pour dire « l’homme que j’ai vu hier »
- Correct : atzo ikusi nuen gizona
- Pourquoi : une relative basque ordinaire précède le nom qu’elle précise. La suite incorrecte peut être comprise comme une phrase indépendante : « j’ai vu l’homme hier ».
Ajouter un équivalent de « qui » ou « que »
- Incorrect : ikusi dudan « que » gizona
- Correct : ikusi dudan gizona
- Pourquoi : la terminaison relative du verbe et la place de la proposition suffisent. Le réflexe français d’insérer un pronom relatif produit une structure non basque.
Conserver la forme indépendante du présent
- Incorrect : hemen bizi da emakumea pour « la femme qui habite ici »
- Correct : hemen bizi den emakumea
- Pourquoi : da termine une proposition indépendante ; dans une relative, on emploie ici den.
Fabriquer la forme en ajoutant simplement -n
- Incorrect : erosi dutn liburua ou erosi dutan liburua
- Correct : erosi dudan liburua
- Pourquoi : certaines formes subissent une modification interne. Apprenez les séries fréquentes : dut → dudan, duzu → duzun, du → duen.
Doubler la marque au passé
- Incorrect : atzo ikusi nuenan gizona
- Correct : atzo ikusi nuen gizona
- Pourquoi : nuen se termine déjà par -n et sert telle quelle dans cette relative.
Oublier le rôle du nom dans la proposition principale
- Incorrect : Atzo ikusi nuen gizona deitu du.
- Correct : Atzo ikusi nuen gizonak deitu du.
- Pourquoi : ici, l’homme accomplit l’action transitive « téléphoner » dans la principale ; le groupe doit donc porter la marque exigée, gizonak. La relative n’annule pas les règles de cas.
Notes d’usage
Les relatives en -(e)n appartiennent à tous les registres : elles sont aussi naturelles dans une conversation que dans un texte formel. Elles peuvent être très courtes, comme etorri dena (« celui ou celle qui est venu(e) »), ou contenir plusieurs compléments. À l’oral, une relative trop longue avant le nom peut néanmoins devenir difficile à suivre, puisque l’auditeur doit attendre le nom final pour savoir ce qui est décrit.
L’ordre interne de la relative conserve les tendances générales du basque, mais il n’est pas absolument rigide. Pour apprendre, il est efficace de garder le bloc verbal à la fin de la relative : Anek atzo erosi zuen autoa, « la voiture qu’Ane a achetée hier ». Dans un contexte réel, l’ordre peut varier selon l’élément mis en relief.
Les formes présentées ici correspondent à l’euskara batua, le basque standard. Les dialectes peuvent présenter d’autres auxiliaires ou d’autres réalisations phonétiques. Le principe — relative placée avant le nom et marquée sur le verbe — reste cependant un repère solide.
Enfin, une même forme peut être ambiguë hors contexte. Atzo ikusi nuen gizona peut constituer le groupe « l’homme que j’ai vu hier », mais une autre segmentation de Gizona atzo ikusi nuen donne la phrase « j’ai vu l’homme hier ». La position du nom et la suite du discours dissipent normalement l’ambiguïté.
Pour aller plus loin
Les relatives sans nom exprimé
Le nom peut être omis lorsque l’on parle de « celui qui », « celle qui » ou « ce que ». La relative reçoit alors directement un déterminant et, si nécessaire, une marque de cas :
- etorri dena — celui ou celle qui est venu(e)
- esan duzuna — ce que vous avez dit
- nahi duzuna — ce que vous voulez
- etorri direnek — ceux qui sont venus, lorsqu’ils sont sujets transitifs de la suite
Dans duzuna, on peut reconnaître duzun + a. Le -a donne au groupe sa valeur nominale définie : la relative fonctionne désormais elle-même comme un nom. Les formes en -ak, -ari ou avec d’autres terminaisons dépendent ensuite du nombre et du rôle dans la phrase.
Les relatives compactes en -tako
Le basque emploie aussi des groupes en -tako, souvent construits sur une forme accomplie du verbe :
- atzo etorritako laguna — l’ami venu hier
- ikusitako filma — le film vu
- Anek egindako pastela — le gâteau fait par Ane
Ces formes sont très courantes, notamment quand on présente l’action comme accomplie ou son résultat comme caractéristique du nom. Elles ne remplacent pas mécaniquement toutes les relatives finies en -(e)n : etortzen den autobusa décrit naturellement « le bus qui vient/passe », tandis que etorritako autobusa présente plutôt un bus arrivé. À ce stade, le meilleur objectif est de savoir reconnaître le contraste.
Relatives longues et coordonnées
Une relative peut réunir plusieurs descriptions :
Atzo ikusi nuen eta gaur berriro etorri den gizona
« l’homme que j’ai vu hier et qui est revenu aujourd’hui »
La structure est correcte, mais elle demande un effort de mémoire avant d’atteindre gizona. Dans la langue soignée comme dans la conversation, on peut préférer deux phrases lorsque trop d’informations s’accumulent. Les constructions relatives plus complexes, les relatives libres et les possibilités stylistiques font l’objet du niveau B2.
Conseils de pratique
- Transformez deux phrases en une. Partez de Liburua erosi dut. Liburua garestia da. Puis produisez Erosi dudan liburua garestia da. Faites la même chose avec une personne, un objet et un lieu.
- Mémorisez des couples complets. Répétez da/den, du/duen, dut/dudan, duzu/duzun, naiz/naizen. Une mini-phrase est encore plus utile : dago → mahaian dagoen giltza.
- Repérez d’abord le nom final. À la lecture, soulignez le nom placé juste après le verbe en -(e)n, puis encadrez tout ce qui le précède. Cette méthode évite de traduire mot à mot selon l’ordre français.
Notions associées
- Prérequis : Le passé simple — indispensable pour reconnaître des formes relatives au passé comme nuen et ginen.
- Étape suivante : Les propositions subordonnées — élargit le principe des suffixes verbaux à la cause, au temps, à la concession et au discours rapporté.
- Approfondissement : Les propositions relatives avancées — traite les relatives sans antécédent, les relations plus complexes et les relatives coordonnées.