Les relatives avancées en basque
Erlatibozko Perpaus Aurreratuak
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.
En bref
En basque, une relative se place avant le nom et son verbe prend une forme en -n : bizi naizen herria, « le village où j’habite ». À un niveau plus avancé, le nom peut disparaître (nahi duzuna, « ce que vous voulez »), le groupe obtenu peut recevoir un suffixe de cas (etorri denarekin, « avec la personne qui est venue »), et plusieurs relatives peuvent décrire le même nom. Une question indirecte comme nor den ez dakit emploie aussi une forme en -n, mais conserve le mot interrogatif nor.
Vue d’ensemble
Une proposition relative est un groupe qui précise une personne, une chose, un lieu ou un moment : dans « la maison où j’habite », « où j’habite » précise « la maison ». Le modèle basque de base est déjà différent du français : la description vient avant le nom, sans pronom relatif séparé. Ainsi, bizi naizen etxea suit l’ordre « j’habite-où + maison », et non l’ordre français « maison + où… ».
Au niveau B2, il faut aller au-delà des équivalents simples de « qui » et « que ». Les relatives peuvent fonctionner seules, comme un groupe nominal complet (un groupe qui occupe la place d’un nom), ou recevoir les suffixes correspondant à « à », « avec », « dans » et « depuis ». Elles peuvent aussi exprimer un lieu sans mot équivalent à « où », ou se coordonner pour fournir une description détaillée.
Ces constructions sont très courantes : elles permettent de dire « ce que vous cherchez », « la personne à qui je l’ai donné », « l’entreprise où je travaille » ou « le collègue que j’ai rencontré hier et qui a téléphoné aujourd’hui ». Pour un francophone, la bonne stratégie consiste à ne pas chercher quel pronom relatif français traduire. Il vaut mieux repérer le nom décrit, construire la proposition en -n, puis décider si le nom reste exprimé ou non.
Comment ça fonctionne
Rappel : la relative précède le nom
Le modèle avec un nom exprimé est :
| Étape | Basque | Sens |
|---|---|---|
| Phrase indépendante | Gizona gaur etorri da. | L’homme est venu aujourd’hui. |
| Forme relative | gaur etorri den | qui est venu aujourd’hui |
| Relative avec son nom | gaur etorri den gizona | l’homme qui est venu aujourd’hui |
Le suffixe relatif est traditionnellement présenté comme -n. Il se fixe au verbe conjugué, souvent à l’auxiliaire (la partie qui porte la personne et le temps). Son aspect exact varie avec la forme verbale : da devient den, naiz devient naizen, dut devient dudan et dira devient diren. Il est plus sûr d’apprendre ces formes dans des groupes complets que de simplement ajouter une lettre à n’importe quel verbe.
Le nom décrit n’apparaît pas une deuxième fois à l’intérieur de la relative :
- ikusi dudan filma — le film que j’ai vu ;
- etorri den emakumea — la femme qui est venue ;
- bizi naizen herria — le village où j’habite.
Le contexte, le sens du verbe et l’accord de l’auxiliaire permettent de comprendre le rôle manquant. Avec un nom au pluriel, cet accord peut être visible : ikusi ditudan filmak signifie « les films que j’ai vus », tandis que etorri diren ikasleak signifie « les élèves qui sont venus ».
Les relatives sans nom exprimé
Dans une relative libre, c’est-à-dire une relative qui fonctionne sans nom placé après elle, l’article basque -a permet souvent de désigner « celui, celle ou ce qui ». Le groupe entier se décline ensuite comme un nom ordinaire.
| Construction | Analyse pratique | Traduction possible |
|---|---|---|
| etorri dena | etorri den + -a | celui ou celle qui est venu(e) |
| esan didazuna | esan didazun + -a | ce que vous m’avez dit |
| nahi duzuna | nahi duzun + -a | ce que vous voulez / tout ce que vous voulez |
| etorri direnak | relative + article pluriel | ceux et celles qui sont venu(e)s |
La traduction dépend du contexte. Nahi duzuna egin dezakezu peut se rendre par « Vous pouvez faire ce que vous voulez » ou, avec une valeur très ouverte, « Vous pouvez faire tout ce que vous voulez ». Il n’existe pas toujours une forme distincte correspondant mot pour mot à « quiconque » ou « quoi que ce soit » : le caractère défini, indéfini ou général se déduit souvent de la phrase.
Ajouter un cas ou une postposition à la forme libre
Un cas est un suffixe qui indique le rôle du groupe dans la phrase : destinataire, accompagnement, lieu, origine, etc. Après nominalisation, la relative reçoit les mêmes marques qu’un groupe nominal. On ne rajoute donc pas un pronom français comme « auquel » ou « avec qui » ; on décline tout le groupe.
| Forme | Rôle | Sens courant |
|---|---|---|
| etorri dena | absolutif, forme non marquée | celui ou celle qui est venu(e) |
| etorri denak | ergatif singulier | celui ou celle qui est venu(e), comme auteur d’une action transitive |
| etorri denari | datif | à celui ou celle qui est venu(e) |
| etorri denarekin | comitatif | avec celui ou celle qui est venu(e) |
| etorri denarentzat | destinatif | pour celui ou celle qui est venu(e) |
| etorri denaz | instrumental | au sujet de celui ou celle qui est venu(e) ; par son moyen, selon le contexte |
Il faut garder le groupe intact. Dans etorri denari eman diot, le suffixe -ari appartient à l’ensemble etorri dena : « Je l’ai donné à la personne qui est venue. » Dans nahi duzunarekin etor zaitezke, -arekin signifie « avec » : « Vous pouvez venir avec la personne de votre choix. »
Les lieux, les moments et les relations avec une postposition
Le français annonce explicitement « où », « dans lequel », « auquel » ou « avec qui ». En basque, un lieu ou un autre complément peut être compris comme l’élément manquant de la relative :
- bizi naizen herria — le village où j’habite ;
- lan egiten dudan enpresa — l’entreprise où je travaille ;
- ezagutu genuen eguna — le jour où nous nous sommes rencontrés.
Il faut distinguer le rôle du nom dans la relative de son rôle dans la phrase principale. Comparez :
| Groupe basque | Rôle du lieu dans la relative | Rôle du groupe complet |
|---|---|---|
| bizi naizen etxea | lieu où j’habite | forme non marquée : « la maison où j’habite » |
| bizi naizen etxean | lieu où j’habite | dans cette maison, dans la phrase principale |
| lan egiten dudan enpresatik | lieu où je travaille | de / depuis cette entreprise, dans la phrase principale |
Ainsi, dans Bizi naizen etxean sukalde handia dago, la terminaison -an de etxean signifie « dans la maison » au niveau de la phrase principale. La relation « où j’habite » est déjà comprise à l’intérieur de bizi naizen. Cette distinction évite d’attribuer au même suffixe deux fonctions différentes.
Certaines relations très abstraites, notamment celles que le français exprime facilement par « dont », deviennent lourdes si le contexte ne permet pas d’identifier clairement l’élément manquant. Dans ce cas, une reformulation avec un nom comme jabe (« propriétaire »), arrazoi (« raison ») ou avec deux propositions est souvent plus naturelle qu’un calque du français.
Relatives coordonnées et descriptions emboîtées
Deux relatives peuvent partager le même nom. La conjonction eta (« et ») relie alors les descriptions, et le nom commun vient à la fin :
atzo ikusi nuen eta gaur etorri den gizona
Le nom gizona complète à la fois atzo ikusi nuen (« que j’ai vu hier ») et gaur etorri den (« qui est venu aujourd’hui »). Chaque relative conserve la forme verbale adaptée à son propre sujet, objet et temps.
On peut aussi placer une relative devant un groupe qui en contient déjà une : atzo ezagutu nuen Bilbon bizi den irakaslea, « l’enseignant qui vit à Bilbao et que j’ai rencontré hier ». Cette accumulation est grammaticale, mais elle demande beaucoup de mémoire au lecteur puisque le nom principal n’arrive qu’à la fin. Dans une conversation, deux phrases plus courtes sont souvent plus claires.
Ne pas confondre relative libre et question indirecte
Nor den ez dakit signifie « Je ne sais pas qui c’est ». Il s’agit d’une question indirecte, c’est-à-dire d’une question intégrée dans une autre phrase, et non d’une relative libre ordinaire. Le mot interrogatif nor (« qui ») reste présent :
| Type | Basque | Français |
|---|---|---|
| Relative libre | etorri dena | celui ou celle qui est venu(e) |
| Question indirecte | nor den ez dakit | je ne sais pas qui c’est |
| Question indirecte | non bizi den galdetu diot | je lui ai demandé où il ou elle habite |
| Relative avec nom | bizi den herria | le village où il ou elle habite |
Les deux structures ont une forme verbale en -n, d’où la ressemblance. Le test utile est simple : si le groupe contient nor, zer, non, noiz (« qui, quoi, où, quand ») et représente une information inconnue ou demandée, il s’agit généralement d’une interrogative indirecte.
Exemples en contexte
| Basque | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Nahi duzuna egin dezakezu. | Vous pouvez faire ce que vous voulez. | Relative libre employée comme objet. |
| Esan didazuna egia da. | Ce que vous m’avez dit est vrai. | -a transforme la relative en groupe nominal. |
| Etorri dena nire lankidea da. | La personne qui est venue est mon collègue. | Le nom « personne » reste sous-entendu. |
| Dakienak azal dezala. | Que celui ou celle qui sait l’explique. | -ak marque ici l’auteur d’une action transitive. |
| Etorri denari eman diot giltza. | J’ai donné la clé à la personne qui est venue. | La relative libre reçoit le datif -ari. |
| Nahi duzunarekin etor zaitezke. | Vous pouvez venir avec la personne de votre choix. | Le comitatif -arekin porte sur tout le groupe. |
| Bizi naizen herria txikia da. | Le village où j’habite est petit. | Aucun mot séparé ne traduit « où ». |
| Bizi naizen etxean lorategi bat dago. | Il y a un jardin dans la maison où j’habite. | -an indique le rôle du groupe dans la phrase principale. |
| Lan egiten dudan enpresatik alde egingo dut. | Je vais quitter l’entreprise où je travaille. | -tik exprime le point de départ dans la phrase principale. |
| Ikusi ditudan filmak oso desberdinak dira. | Les films que j’ai vus sont très différents. | L’auxiliaire s’accorde avec l’objet pluriel sous-entendu. |
| Nor den ez dakit. | Je ne sais pas qui c’est. | Question indirecte, et non relative libre. |
| Non bizi den galdetu diot. | Je lui ai demandé où il ou elle habite. | Le mot interrogatif non est conservé. |
| Atzo ikusi nuen eta gaur etorri den gizona medikua da. | L’homme que j’ai vu hier et qui est venu aujourd’hui est médecin. | Deux relatives coordonnées partagent gizona. |
| Bilbon bizi den eta euskaraz lan egiten duen irakaslea ezagutzen dut. | Je connais l’enseignant qui vit à Bilbao et qui travaille en basque. | Deux descriptions parallèles avant le même nom. |
Erreurs fréquentes
Placer la relative après le nom comme en français
- Incorrect : gizona atzo ikusi nuen pour dire uniquement « l’homme que j’ai vu hier ».
- Correct : atzo ikusi nuen gizona.
- Pourquoi : hors contexte, la première suite se lit plutôt comme une phrase indépendante : « J’ai vu l’homme hier. » La relative doit précéder le nom qu’elle précise.
Ajouter un équivalent artificiel de « qui » ou « où »
- Incorrect : insérer nor dans bizi naizen herria sur le modèle de « le village où… ».
- Correct : bizi naizen herria.
- Pourquoi : une relative ordinaire n’emploie pas de pronom relatif séparé. Nor et non servent notamment dans les questions directes ou indirectes.
Oublier l’article quand aucun nom ne suit
- Incorrect : Nahi duzun egin dezakezu.
- Correct : Nahi duzuna egin dezakezu.
- Pourquoi : ici, la relative doit désigner « ce que vous voulez ». Le -a final lui permet de fonctionner comme un groupe nominal.
Mettre le suffixe de cas au mauvais endroit
- Incorrect : etorri dena ari eman diot.
- Correct : etorri denari eman diot.
- Pourquoi : les déterminants et les marques de cas basques se joignent au groupe. -ari s’attache directement à la forme nominalisée.
Interpréter chaque forme en -n comme une relative
- Incorrect : analyser nor den comme « celui qui est » dans Nor den ez dakit.
- Correct : comprendre « qui c’est ».
- Pourquoi : le mot interrogatif nor signale ici une question indirecte. Une forme verbale en -n peut donc introduire plusieurs types de subordination.
Empiler trop d’informations avant le nom
- Lourd : une longue série de trois ou quatre relatives avant un nom encore inconnu.
- Plus clair : annoncer le nom dans une première phrase, puis ajouter les autres informations dans une seconde.
- Pourquoi : le basque autorise des groupes complexes, mais la correction grammaticale ne garantit pas la lisibilité.
Notes d’usage
Les relatives sans nom sont fréquentes aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Des formes comme nahi duzuna, esan duzuna ou etorri dena ne sont ni littéraires ni exceptionnelles. Leur traduction française varie selon le genre et le nombre — « celui qui », « celle qui », « ceux qui », « ce que » — alors que le basque s’appuie surtout sur le contexte, le nombre et le cas.
Les marques de cas placées à la fin peuvent rendre un groupe long difficile à décoder. Lors de la lecture, cherchez d’abord la dernière terminaison : dans etorri denarekin, -arekin annonce « avec » ; dans etorri denari, -ari annonce un destinataire. Revenez ensuite à la relative pour identifier la personne concernée.
À l’oral, l’intonation et le contexte facilitent l’interprétation des relations de lieu. À l’écrit, évitez les relatives dont le rôle manquant pourrait être compris de deux façons. Ajouter un complément explicite, choisir un nom plus précis ou couper la phrase est souvent préférable.
Enfin, la langue standard emploie largement ces modèles, mais les formes auxiliaires et certains usages peuvent varier selon les dialectes. Pour produire un basque soigné, gardez une variété cohérente et observez les formes utilisées dans les textes ou enregistrements qui vous servent de référence.
Pour aller plus loin
La forme nominalisée se décline comme une unité
Une fois le nom omis, la relative ne se limite pas à -a, -ari et -arekin. Elle peut recevoir d’autres marques selon sa fonction. Il faut cependant vérifier que le sens reste naturel : une forme grammaticalement possible n’est pas automatiquement la meilleure façon d’exprimer une relation complexe.
Le nombre et le cas peuvent produire des formes identiques en surface. Par exemple, -ak peut correspondre à l’absolutif pluriel (« ceux qui… », dans certains rôles) ou à l’ergatif singulier (« celui qui… » comme auteur d’une action transitive). C’est le verbe principal et son accord qui lèvent l’ambiguïté. Cette lecture par groupes, plutôt que suffixe par suffixe isolé, devient essentielle à partir du niveau B2.
Les relatives enchâssées
Dans atzo ezagutu nuen Bilbon bizi den irakaslea, les deux descriptions convergent vers irakaslea. Une analyse utile consiste à partir de la droite :
- irakaslea — l’enseignant ;
- Bilbon bizi den irakaslea — l’enseignant qui vit à Bilbao ;
- atzo ezagutu nuen [Bilbon bizi den irakaslea] — l’enseignant qui vit à Bilbao et que j’ai rencontré hier.
Cette méthode aide à lire les textes administratifs, journalistiques ou universitaires, où les groupes nominaux sont plus denses. Pour écrire, l’ordre inverse est souvent plus efficace : choisissez d’abord le nom principal, ajoutez la relative la plus proche, puis demandez-vous si une seconde relative reste facile à suivre.
Relative ou contenu rapporté
Une forme en -n ne suffit pas, à elle seule, à définir une relative. Comparez etorri den pertsona (« la personne qui est venue »), où un nom suit, etorri dena (« celui ou celle qui est venu(e) »), où la forme est nominalisée, et nor etorri den badakit (« je sais qui est venu »), où l’ensemble transmet la réponse à une question. Reconnaître la fonction de tout le groupe est plus fiable que traduire -n par un seul mot français.
Conseils pratiques
- Transformez une même phrase en trois versions. Partez de Emakumea etorri da (« la femme est venue »), puis formez etorri den emakumea, etorri dena et etorri denari. Vous entraînerez ainsi la relative avec nom, sans nom et avec cas.
- Lisez les groupes longs depuis la droite. Soulignez d’abord le nom principal et son suffixe de cas, puis rattachez chaque proposition en -n. Cette habitude réduit fortement l’impression de « verbe suspendu » que ressent souvent un francophone.
- Comparez lieu interne et rôle externe. Créez des paires comme bizi naizen etxea / bizi naizen etxean. Dites à voix haute ce que signifie le -an final afin de ne pas le confondre avec la relation « où j’habite ».
Notions associées
- Prérequis : Les propositions relatives — le modèle de base « proposition en -n + nom » sur lequel reposent toutes les constructions de cet article.
Prérequis
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