B2

Le discours rapporté en hongrois

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En bref

Le hongrois introduit généralement le discours indirect par hogy (« que ») : Azt mondta, hogy jön signifie « Il/Elle a dit qu’il/elle venait ». Contrairement au français, le passé du verbe introducteur n’entraîne aucun recul automatique du temps dans la proposition rapportée : le présent jön peut donc rester au présent. Les questions fermées prennent souvent la particule -e, tandis que les demandes emploient le mode impératif hongrois.

Vue d’ensemble

Le discours rapporté, ou discours indirect, permet de transmettre les paroles, la pensée ou la question d’une autre personne sans les citer mot pour mot. Au lieu de reproduire Anna azt mondta: „Jövök.” (« Anna a dit : “Je viens.” »), on intègre le message dans une phrase plus grande : Anna azt mondta, hogy jön (« Anna a dit qu’elle venait »). La partie introduite par hogy est une proposition subordonnée (une phrase qui dépend d’une autre phrase).

Cette construction apparaît constamment dans les conversations, les récits, les courriels et la presse. Elle est étudiée ici au niveau B2, car il faut coordonner plusieurs éléments : le choix du verbe introducteur, la personne du verbe rapporté, les mots comme « ici » ou « demain », ainsi que la forme particulière des questions et des demandes.

Pour un francophone, le point le plus important est la gestion des temps. Le français transforme souvent « je viendrai » en « il a dit qu’il viendrait » et « je suis fatigué » en « elle a dit qu’elle était fatiguée ». Le hongrois n’applique pas cette concordance de manière mécanique. Il choisit le temps qui décrit directement la situation, sans créer un temps spécial simplement parce que le verbe principal est au passé.

Fonctionnement

Une déclaration avec hogy

Le modèle le plus courant est le suivant :

verbe introducteur + (mot relais) + hogy + message rapporté

Le mot relais, appelé corrélatif (un mot de la proposition principale qui annonce la subordonnée), est souvent azt, forme accusative de az (« cela »).

Construction hongroise Sens et emploi
Azt mondja, hogy… Il/Elle dit que…
Azt mondta, hogy… Il/Elle a dit que…
Úgy hallottam, hogy… J’ai entendu dire que…
Azt hiszem, hogy… Je crois que…
Tudom, hogy… Je sais que…
Nem tudta, hogy… Il/Elle ne savait pas que…

Avec mond (« dire »), azt est très naturel et met clairement en place le contenu annoncé : Azt mondta, hogy késik (« Il/Elle a dit qu’il/elle serait en retard »). On entend aussi Mondta, hogy késik, surtout lorsque le contenu est déjà attendu dans la conversation. Avec d’autres verbes, la construction consacrée peut employer un autre relais, comme úgy dans Úgy hallottam, hogy….

Pas de recul automatique du temps

Comparez une parole directe et son rapport indirect :

Paroles directes Discours indirect hongrois Traduction naturelle en français
„Jövök.” — « Je viens. » Mondta, hogy jön. Il/Elle a dit qu’il/elle venait.
„Fáradt vagyok.” — « Je suis fatigué(e). » Anna azt mondta, hogy fáradt. Anna a dit qu’elle était fatiguée.
„Holnap indulok.” — « Je pars demain. » Azt mondta, hogy másnap indul. Il/Elle a dit qu’il/elle partirait le lendemain.
„Már befejeztem.” — « J’ai déjà fini. » Azt mondta, hogy már befejezte. Il/Elle a dit qu’il/elle avait déjà fini.

Dans les deux premières lignes, le présent hongrois reste un présent même après mondta, qui est au passé. Dans la dernière, l’action était déjà accomplie dans les paroles d’origine : le passé befejeztem reste donc un passé, avec seulement le changement de personne en befejezte.

Cela ne signifie pas que le temps ne change jamais. Il change si la réalité temporelle que l’on veut décrire change. La règle utile est donc : ne reculez pas le temps par réflexe à cause du verbe introducteur ; choisissez-le selon le moment réel de l’action et le point de vue adopté.

Changer la personne et le possesseur

Même sans concordance automatique des temps, les personnes doivent être adaptées. Le hongrois indique souvent la personne par la terminaison du verbe, sans pronom sujet séparé :

  • Péter: „Ismerem Annát.” — « Je connais Anna. »
  • Péter azt mondta, hogy ismeri Annát. — « Péter a dit qu’il connaissait Anna. »

La terminaison de première personne -em dans ismerem devient ici la troisième personne -i dans ismeri. Les suffixes possessifs changent de la même manière :

  • Éva: „Elvesztettem a kulcsomat.” — « J’ai perdu ma clé. »
  • Éva azt mondta, hogy elvesztette a kulcsát. — « Éva a dit qu’elle avait perdu sa clé. »

Kulcsomat signifie « ma clé » et kulcsát « sa clé ». Il faut donc suivre la personne dont on rapporte les paroles, et pas simplement remplacer des pronoms mot à mot.

Adapter les repères de temps et de lieu

Les déictiques (des mots dont le sens dépend du lieu ou du moment où l’on parle) peuvent rester identiques ou changer. Tout dépend de la situation actuelle.

Dans les paroles d’origine Forme possible dans le récit Sens en français
ma aznap aujourd’hui → ce jour-là
holnap másnap / a következő nap demain → le lendemain / le jour suivant
tegnap előző nap hier → la veille
itt ott ici → là-bas
ez az ceci / ce…-ci → cela / ce…-là
most akkor maintenant → alors / à ce moment-là

Ainsi, „Holnap itt találkozunk” peut devenir Azt mondta, hogy másnap ott találkozunk (« Il/Elle a dit que nous nous retrouverions là-bas le lendemain »). Mais si l’on rapporte les paroles le même jour, au même endroit, holnap et itt peuvent parfaitement rester valables. Le changement n’est pas grammaticalement obligatoire : il sert à garder les repères compréhensibles.

Rapporter une question ouverte

Une question ouverte demande une information au moyen de ki (« qui »), mi (« quoi »), mit (« quoi », comme objet direct), hol (« où »), mikor (« quand »), miért (« pourquoi ») ou hogyan (« comment »). Le mot interrogatif reste dans la subordonnée :

  • „Mit csinálsz?”Kérdezte, hogy mit csinálok.
  • « Que fais-tu ? » → « Il/Elle a demandé ce que je faisais. »

Le verbe kérdez signifie « poser une question, demander une information ». Megkérdez met souvent l’accent sur le fait de demander effectivement quelque chose à quelqu’un. Dans le discours indirect, hogy peut précéder le mot interrogatif : hogy hol, hogy mikor, hogy miért.

Rapporter une question fermée avec -e

Une question fermée est une question à laquelle on peut répondre par oui ou par non. Dans un style neutre ou soigné, la subordonnée utilise généralement la particule interrogative -e :

  • „Jössz?”Azt kérdezte, hogy jövök-e.
  • « Tu viens ? » → « Il/Elle a demandé si je venais. »

Le français utilise « si » ; le hongrois n’emploie pas un mot équivalent devant la proposition. Il combine hogy et -e. Cette particule s’écrit avec un trait d’union et se place normalement après le verbe conjugué : ismeri-e, elment-e, igaz-e. Avec une construction verbale à plusieurs éléments, elle suit l’élément conjugué : el fog-e jönni (« s’il/si elle viendra »), où fog porte la conjugaison.

Rapporter un ordre, un conseil ou une demande

Après un verbe exprimant une volonté adressée à quelqu’un, le hongrois emploie le mode impératif — la forme qui sert aussi à ordonner, demander ou souhaiter une action. La personne de ce mode indique qui doit agir :

  • Megkért, hogy menjek el. — « Il/Elle m’a demandé de partir. »
  • Megkérte Pétert, hogy menjen el. — « Il/Elle a demandé à Péter de partir. »
  • Azt mondta, hogy várjunk. — « Il/Elle nous a dit d’attendre. »

Pour un francophone, cette forme ressemble parfois au subjonctif dans « il demande que je parte », mais son fonctionnement appartient au système impératif hongrois. Attention aussi au verbe : megkér valakit, hogy… signifie « demander à quelqu’un de… », tandis que megkérdez valakitől valamit signifie « demander une information à quelqu’un ».

Exemples en contexte

Hongrois Français Remarque
Dóra azt mondja, hogy otthon dolgozik. Dóra dit qu’elle travaille chez elle. Déclaration au présent.
Bálint azt mondta, hogy később jön. Bálint a dit qu’il viendrait plus tard. Le présent jön ne recule pas automatiquement.
Azt mondta, hogy szép. Il/Elle a dit que c’était beau. Le sujet peut être compris grâce au contexte.
Úgy hallottam, hogy bezárt az étterem. J’ai entendu dire que le restaurant avait fermé. Úgy hallottam, hogy… rapporte une information reçue.
Kérdezte, hogy mit csinálok. Il/Elle a demandé ce que je faisais. Question ouverte avec mit.
Megkérdezte, hogy hol lakunk. Il/Elle a demandé où nous habitions. Hol reste dans la proposition rapportée.
Azt kérdezte, hogy ismerem-e Zsófit. Il/Elle a demandé si je connaissais Zsófi. Question oui/non avec -e.
Nem tudom, hogy elindult-e már a vonat. Je ne sais pas si le train est déjà parti. -e convient aussi après nem tudom.
Anna azt mondta, hogy másnap visszahív. Anna a dit qu’elle rappellerait le lendemain. Holnap est adapté en másnap.
Péter azt mondta, hogy elvesztette a telefonját. Péter a dit qu’il avait perdu son téléphone. Personne et possesseur passent à la troisième personne.
Megkért, hogy várjak öt percet. Il/Elle m’a demandé d’attendre cinq minutes. Várjak : impératif, première personne du singulier.
Az orvos azt tanácsolta, hogy pihenjek többet. Le médecin m’a conseillé de me reposer davantage. Conseil suivi de l’impératif hongrois.
A főnök azt mondta, hogy ne késsünk el. Le chef nous a dit de ne pas être en retard. Défense avec ne et késsünk.
Nem mondta, hogy mikor érkezik. Il/Elle n’a pas dit quand il/elle arriverait. La négation porte ici sur « n’a pas dit ».

Erreurs fréquentes

Reculer le temps comme en français

  • Incorrect : Azt mondta, hogy jött, si les paroles d’origine étaient „Jövök” (« Je viens »).
  • Correct : Azt mondta, hogy jön.
  • Pourquoi : le passé jött signifie que la venue est elle-même située dans le passé. Il ne doit pas apparaître uniquement parce que mondta est au passé.

Garder la première personne des paroles citées

  • Incorrect : Péter azt mondta, hogy fáradt vagyok. si c’est Péter qui est fatigué.
  • Correct : Péter azt mondta, hogy fáradt.
  • Pourquoi : vagyok signifie « je suis » et renverrait à la personne qui rapporte les paroles. Pour Péter, la troisième personne de van est normalement omise avec un adjectif : Péter fáradt.

Traduire le « si » interrogatif par ha

  • Incorrect : Kérdezte, ha jövök.
  • Correct : Kérdezte, hogy jövök-e.
  • Pourquoi : ha signifie « si » dans une condition : Ha jössz, örülök (« Si tu viens, je suis content »). Une question indirecte oui/non se construit avec hogy et -e.

Confondre megkérdez et megkér

  • Incorrect : Megkérdezett, hogy menjek el pour « Il m’a demandé de partir ».
  • Correct : Megkért, hogy menjek el.
  • Pourquoi : megkérdez demande une information ; megkér valakit, hogy… demande à une personne d’accomplir une action.

Employer l’indicatif après une demande

  • Incorrect : Megkért, hogy elmegyek.
  • Correct : Megkért, hogy menjek el.
  • Pourquoi : la demande appelle le mode impératif. Avec cette forme, le préverbe el- se place normalement après le verbe positif : menjek el.

Changer tous les repères sans regarder la situation

  • Mal adapté : remplacer systématiquement itt par ott ou ma par aznap.
  • Mieux : conserver itt et ma si le lieu et le jour sont encore ceux de la personne qui parle ; les changer seulement si le nouveau point de vue l’exige.
  • Pourquoi : ces mots dépendent du contexte, pas d’une règle automatique de transformation.

Notes d’usage

Dans une conversation détendue, hogy peut parfois être omis après certains verbes : Azt hiszem, igazad van (« Je crois que tu as raison »). La version avec hogy reste toujours claire et sûre : Azt hiszem, hogy igazad van. Pour apprendre la structure et pour écrire, mieux vaut d’abord conserver la conjonction.

Le hongrois accepte souvent plusieurs organisations de la phrase parce que l’ordre des mots sert aussi à mettre une information en relief. Toutefois, dans une phrase neutre, gardez le bloc introducteur avant la subordonnée : Azt mondta, hogy holnap jön. Déplacer un élément peut modifier le contraste ou l’accent, même si les mots restent grammaticalement possibles.

Dans la langue parlée, on peut entendre une question rapportée reproduite presque comme une question directe, avec son intonation. Dans une rédaction neutre, une question fermée avec -eMegkérdezte, hogy jövök-e — est plus nette. À l’écrit, le discours indirect ne prend pas de guillemets : les guillemets sont réservés à une citation directe.

Enfin, le genre n’est pas marqué par le pronom hongrois ő. Une phrase comme Azt mondta, hogy jön peut donc correspondre à « il a dit qu’il venait », « elle a dit qu’elle venait » ou à d’autres combinaisons selon le contexte. La traduction française doit préciser un genre que l’original hongrois laisse souvent indéterminé.

Pour aller plus loin : emplois avancés

Distinguer la source et l’engagement du locuteur

Le choix du verbe introducteur indique comment on présente l’information :

  • azt állítja, hogy… — « il/elle affirme que… », sans garantir que l’affirmation est vraie ;
  • elismerte, hogy… — « il/elle a reconnu que… » ;
  • tagadta, hogy… — « il/elle a nié que… » ;
  • bejelentette, hogy… — « il/elle a annoncé que… » ;
  • úgy tűnik, hogy… — « il semble que… ».

Ces verbes font plus que rapporter des mots : ils indiquent l’attitude de la source ou du narrateur. Ils sont particulièrement utiles dans la presse et l’argumentation.

Éviter une ambiguïté de personne

Comme ő ne distingue ni « il » ni « elle », et comme les sujets sont souvent omis, une longue chaîne de discours rapporté peut devenir ambiguë. On répète alors un nom ou on reformule :

Anna azt mondta Évának, hogy Anna később érkezik.

Cette répétition paraît parfois lourde en français, mais elle peut être utile si ő ne permet pas de savoir si Anna parle d’elle-même ou d’Éva. Dans un contexte clair, la répétition disparaît naturellement.

Enchâsser plusieurs propositions

Le discours rapporté peut contenir une condition, une relative ou une autre proposition complétive :

Azt mondta, hogy ha ráérek, elmehetünk oda, ahol tegnap találkoztunk.

« Il/Elle a dit que, si j’avais le temps, nous pourrions aller là où nous nous étions rencontrés la veille. »

Pour analyser une telle phrase, avancez de l’extérieur vers l’intérieur : azt mondta introduit le contenu ; hogy ouvre ce contenu ; ha introduit la condition ; ahol introduit la proposition relative de lieu. Cette méthode évite de traiter chaque hogy ou mot relatif comme un élément isolé.

Choisir le temps selon le point de vue narratif

Dans un récit élaboré, deux formulations peuvent être grammaticales tout en présentant l’événement différemment. Un présent dans la subordonnée peut conserver la perspective des paroles ou décrire une situation encore valable ; un passé peut indiquer que l’événement est désormais envisagé comme accompli. Ce choix relève du sens et du cadrage narratif, non d’une table fixe de concordance comme celle que l’on apprend souvent en français.

Conseils de pratique

  1. Transformez de courts dialogues. Écrivez cinq citations avec « je », « aujourd’hui », « demain » et « ici », puis rapportez-les le lendemain depuis un autre lieu. Vérifiez séparément le temps, la personne et les repères.
  2. Classez les questions en deux groupes. Pour une question avec ki, mit, hol, mikor, miért ou hogyan, conservez le mot interrogatif. Pour une question oui/non, ajoutez hogy et -e au verbe conjugué.
  3. Apprenez les demandes par personnes. Répétez une même consigne avec menjek (« que je parte »), menj (« que tu partes »), menjen (« qu’il/elle parte ») et menjünk (« que nous partions »). Cela automatise la forme exigée après megkér et azt mondja.

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