B2

Le participe adverbial en hongrois

Határozói Igenév

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.

En bref

Le határozói igenév, ou participe adverbial, se forme surtout avec -va/-ve et correspond souvent à « en faisant » : Nevetve ment signifie « Il/Elle est parti(e) en riant ». Il sert aussi à décrire un état résultant avec van, comme dans Nyitva van (« C’est ouvert »). La variante -ván/-vén appartient principalement à la langue écrite soutenue ou littéraire.

Vue d’ensemble

Le participe adverbial est une forme non conjuguée du verbe : autrement dit, il ne porte aucune terminaison indiquant « je », « tu », « nous » ou un temps précis. Il ajoute à la proposition principale une information sur la manière, les circonstances, la simultanéité ou le résultat d’une action. Dans Mosolyogva válaszolt (« Il/Elle a répondu en souriant »), mosolyogva précise comment la réponse a été donnée.

Pour un francophone, le rapprochement avec le gérondif français — la forme en « en faisant » — est utile, mais seulement comme point de départ. Le hongrois étend la même forme à des états tels que Az ajtó nyitva van (« La porte est ouverte »), là où le français emploie un participe passé ou un adjectif. De plus, le temps de l’action n’est pas contenu dans -va/-ve : c’est le verbe conjugué et le contexte qui placent toute la scène dans le présent, le passé ou le futur.

Ce point apparaît au niveau B2 parce qu’il faut savoir interpréter le lien logique entre deux actions et reconnaître le rôle des préverbes. Il est néanmoins très fréquent dans des expressions quotidiennes comme nyitva van (« être ouvert »), zárva van (« être fermé »), ülve (« assis, en restant assis ») ou állva (« debout »).

Formation et fonctionnement

La terminaison courante : -va ou -ve

On ajoute -va ou -ve au radical verbal. Le choix suit l’harmonie vocalique : les voyelles du mot déterminent la variante du suffixe.

Type de voyelles Terminaison Verbe Participe adverbial Sens de base
Voyelles postérieures, comme a, á, o, ó, u, ú -va olvas olvasva en lisant
Voyelles postérieures -va vár várva en attendant
Voyelles antérieures, comme e, é, i, í, ö, ő, ü, ű -ve kér kérve en demandant
Voyelles antérieures -ve ül ülve assis, en restant assis

Il n’existe pas de troisième variante en -vö : les verbes à voyelles antérieures arrondies prennent eux aussi -ve, comme ülve.

Certains verbes très fréquents présentent un radical particulier. On rencontre notamment tesz → téve (« en mettant ; une fois mis »), vesz → véve (« en prenant ; pris en considération ») et megy → menve (« en allant »). Il vaut mieux mémoriser ces formes avec le verbe plutôt que d’essayer de les reconstruire par analogie.

La variante soutenue : -ván ou -vén

Les suffixes longs -ván/-vén suivent la même harmonie : látván (« voyant, ayant vu »), tudván (« sachant »), értvén (« comprenant »). Leur fonction générale ressemble à celle de -va/-ve, mais leur registre est différent. Ils apparaissent dans la littérature, les récits, les essais, certains discours solennels et des tournures écrites condensées.

Forme neutre Forme soutenue ou littéraire Traduction possible
látva látván en voyant, ayant vu
értve értvén en comprenant, ayant compris
tudva tudván sachant

Dans une conversation ordinaire, Látva ezt, elment ou une proposition complète comme Amikor ezt meglátta, elment (« Quand il/elle a vu cela, il/elle est parti(e) ») sera généralement plus naturelle que Látván ezt, elment. Une forme comme lévén (« étant »), issue de lenni (« être »), reste cependant assez reconnaissable dans l’écrit soutenu : Késő lévén hazamentünk (« Comme il était tard, nous sommes rentrés »).

Aucun accord, aucune personne, aucun temps propre

Le participe adverbial reste identique quels que soient le genre, le nombre et la personne. Le hongrois ne fait donc pas l’accord que le français peut montrer dans « ouverte », « fermées » ou « arrivés ».

  • Mosolyogva válaszolok. — « Je réponds en souriant. »
  • Mosolyogva válaszoltak. — « Ils/Elles ont répondu en souriant. »

La forme mosolyogva ne change pas. Seuls válaszolok et válaszoltak indiquent la personne et le temps.

Un complément du verbe conserve néanmoins sa marque normale. Dans A levelet olvasva elaludt (« Il/Elle s’est endormi(e) en lisant la lettre »), a levelet porte l’accusatif -t, qui marque ce que l’on lit. Le participe n’efface donc pas la structure du verbe dont il provient.

Un même sujet, en règle générale

Le sujet sous-entendu du participe est normalement le même que celui du verbe conjugué. Cette règle ressemble à celle du gérondif français soigné :

  • Hazafelé sétálva találkoztam Annával. — « En rentrant à pied, j’ai rencontré Anna. »

C’est bien la personne exprimée par la terminaison de találkoztam (« j’ai rencontré ») qui marchait. Si les deux actions ont des auteurs différents, une proposition complète avec amikor (« quand »), miközben (« pendant que ») ou mivel (« puisque, comme ») évite l’ambiguïté.

Les quatre valeurs essentielles

1. Deux actions simultanées

Le participe présente une action qui accompagne l’action principale : Zenét hallgatva dolgozik (« Il/Elle travaille en écoutant de la musique »). Il ne dit pas à lui seul si la scène se passe maintenant ou s’est passée hier.

2. La manière ou le moyen

Il peut répondre à l’idée de « comment ? » : Gyakorolva tanulunk (« Nous apprenons en pratiquant »). Selon le contexte, le français choisira « en », « tout en », « à force de » ou une autre formulation naturelle.

3. Une action déjà accomplie comme circonstance

Avec un préverbe qui donne une valeur d’achèvement, la forme peut se comprendre comme « après avoir… » ou « ayant… » : Elolvasva az üzenetet, felhívott (« Après avoir lu le message, il/elle a téléphoné »). Le préverbe el- reste ici attaché au verbe : elolvasva.

4. Un état résultant avec lenni

La structure participe adverbial + une forme de lenni décrit l’état produit par une action :

Hongrois Français Repère temporel
Az ajtó nyitva van. La porte est ouverte. présent
Az ajtó nyitva volt. La porte était ouverte. passé
Az ajtó nyitva lesz. La porte sera ouverte. futur
Az üzlet nincs nyitva. Le magasin n’est pas ouvert. négation au présent

Ici, nyitva reste invariable ; ce sont van, volt, lesz et nincs qui situent ou nient l’état.

Exemples en contexte

Hongrois Français Remarque
Olvasva tanulok a legtöbbet. C’est en lisant que j’apprends le plus. Moyen d’apprentissage
Nevetve ment ki a szobából. Il/Elle est sorti(e) de la pièce en riant. Action simultanée
A gyerekek énekelve mentek haza. Les enfants sont rentrés en chantant. La forme ne marque pas le pluriel
Zenét hallgatva könnyebben dolgozom. Je travaille plus facilement en écoutant de la musique. Circonstance accompagnatrice
Az ablak mellett ülve olvasta a levelet. Assis(e) près de la fenêtre, il/elle lisait la lettre. Position du sujet
A térképet nézve kerestük az utcát. Nous cherchions la rue en regardant la carte. térképet est à l’accusatif
Elolvasva az üzenetet, azonnal válaszolt. Après avoir lu le message, il/elle a répondu immédiatement. Action achevée avant la principale
Mosolyogva köszönte meg a segítséget. Il/Elle a remercié pour l’aide avec le sourire. Manière ; traduction française non littérale
Az ajtó egész nap nyitva volt. La porte est restée ouverte toute la journée. État résultant au passé
Vasárnap nincs nyitva a gyógyszertár. La pharmacie n’est pas ouverte le dimanche. Négation avec nincs
A dokumentum már elő van készítve. Le document est déjà préparé. État résultant d’une action accomplie
Látván a füstöt, mindenki kiment. Voyant la fumée, tout le monde est sorti. Registre narratif ou littéraire
Késő lévén taxit hívtunk. Comme il était tard, nous avons appelé un taxi. Cause exprimée dans un style soutenu

Erreurs fréquentes

Choisir le suffixe comme si -va était invariable

  • Incorrect : kérva segítséget
  • Correct : kérve segítséget (« en demandant de l’aide »)
  • Pourquoi : kér contient une voyelle antérieure et prend donc -ve. À l’inverse, vár donne várva.

Conjuguer le participe

  • Incorrect : olvasvok tanulok
  • Correct : olvasva tanulok (« j’apprends en lisant »)
  • Pourquoi : olvasva ne reçoit aucune terminaison personnelle. La première personne est déjà indiquée par tanulok.

Imiter l’accord français

  • Incorrect : modifier nyitva parce que le nom est pluriel
  • Correct : Az ablakok nyitva vannak. (« Les fenêtres sont ouvertes. »)
  • Pourquoi : le participe reste nyitva. Le pluriel apparaît sur ablakok et vannak, pas sur le participe.

Donner au participe un autre sujet sans le préciser

  • Mal construit : Belépve a szobába, megszólalt a telefon.
  • Correction : Amikor beléptem a szobába, megszólalt a telefon. (« Quand je suis entré(e) dans la pièce, le téléphone a sonné. »)
  • Pourquoi : dans la première phrase, la grammaire suggère absurdement que le téléphone est entré dans la pièce. Une proposition conjuguée permet d’exprimer clairement deux sujets différents.

Traduire systématiquement par « en + participe présent »

  • Traduction maladroite : Az ajtó nyitva van → « La porte est en ouvrant. »
  • Traduction correcte : « La porte est ouverte. »
  • Pourquoi : avec lenni, le participe décrit souvent un état résultant. La bonne traduction française est alors un adjectif ou un participe passé.

Employer -ván/-vén dans une conversation banale

  • Peu naturel à l’oral courant : Tudván ezt, nem megyek.
  • Plus naturel : Mivel ezt tudom, nem megyek. (« Puisque je le sais, je n’y vais pas. »)
  • Pourquoi : -ván/-vén donne généralement une couleur écrite, soutenue ou narrative. La forme n’est pas fautive, mais son registre peut sembler disproportionné.

Remarques d’usage

Les formes en -va/-ve sont productives et naturelles, mais le hongrois n’enchaîne pas nécessairement autant de gérondifs que le français. Une proposition avec amikor, miközben, miután (« après que ») ou mivel est souvent préférable lorsque le rapport temporel ou causal doit être parfaitement explicite.

Dans les indications pratiques, les annonces et les conversations, les états avec van sont particulièrement courants : A bolt nyitva van (« Le magasin est ouvert »), Az út le van zárva (« La route est barrée »), Minden elő van készítve (« Tout est préparé »). La structure attire l’attention sur l’état actuel, non sur la personne qui a effectué l’action.

Le français permet parfois plusieurs traductions selon ce que l’on veut mettre en relief. Mosolyogva válaszolt peut devenir « Il/Elle a répondu en souriant », « Il/Elle a répondu avec le sourire » ou « C’est avec le sourire qu’il/elle a répondu ». Chercher une traduction mot à mot serait donc moins utile que d’identifier la relation : simultanéité, manière, cause ou résultat.

Enfin, l’ordre des éléments peut varier avec l’organisation de l’information en hongrois. Le groupe au participe est souvent placé au début pour installer le cadre — Az ablaknál állva figyelte az utcát — mais il peut aussi suivre le verbe. Ce déplacement ne change pas automatiquement la relation grammaticale ; il modifie surtout le rythme et ce qui est présenté comme arrière-plan.

Pour aller plus loin

Préverbes et degré d’achèvement

Les préverbes hongrois peuvent orienter l’interprétation. Comparez :

  • olvasva — « en lisant », activité envisagée dans son déroulement ;
  • elolvasva — « après avoir lu, ayant lu jusqu’au bout », action envisagée comme achevée.

Ce contraste n’est pas une règle de traduction mécanique : le contexte reste décisif. Il explique toutefois pourquoi Elolvasva a szerződést, aláírta se traduit naturellement par « Après avoir lu le contrat, il/elle l’a signé », et non par « en lisant ».

Dans une forme participiale neutre, le préverbe reste normalement soudé au verbe : becsukva (« fermé »), elolvasva (« ayant lu »), előre elkészítve (« préparé à l’avance »). Il faut apprendre l’ensemble préverbe + verbe, car le préverbe peut aussi modifier le sens lexical, pas seulement signaler l’achèvement.

État résultant et tournure à valeur passive

Le hongrois préfère souvent décrire un résultat plutôt que construire un passif centré sur l’agent. A levél meg van írva signifie que « la lettre est écrite » ou « la rédaction de la lettre est faite ». La phrase ne dit pas qui l’a écrite. Cette structure combine un participe adverbial, généralement formé sur un verbe à préverbe, et lenni.

Il faut la distinguer d’un simple adjectif en -t/-tt. Les deux peuvent parfois se traduire par un participe passé français, mais ils n’organisent pas l’information de la même façon : la tournure en -va/-ve van insiste volontiers sur l’état obtenu ou sur le fait que la tâche est accomplie. Le contexte et l’usage propre à chaque expression déterminent la forme la plus idiomatique.

Valeurs logiques condensées

Dans un texte soutenu, surtout avec -ván/-vén, le participe peut condenser une cause : Nem lévén más lehetőség, gyalog indultunk el (« Comme il n’y avait pas d’autre possibilité, nous sommes partis à pied »). Il peut aussi poser une circonstance connue : Tudván, hogy késni fog, telefonált (« Sachant qu’il/elle serait en retard, il/elle a téléphoné »).

Ces constructions sont utiles à reconnaître à la lecture. Pour les produire sans ambiguïté, vérifiez toujours trois points : le sujet du participe est-il évident, le rapport logique est-il clair et le registre soutenu convient-il au texte ?

Conseils pratiques

  1. Classez vos exemples par fonction. Faites quatre petites listes : simultanéité (nevetve ment), manière (gyakorolva tanul), action accomplie (elolvasva…) et état (nyitva van). Cette méthode évite de réduire toutes les formes au seul « en faisant » français.
  2. Transformez une même scène. Partez de Olvassa a levelet (« Il/Elle lit la lettre »), puis construisez A levelet olvasva… et Elolvasva a levelet…. Vous entendrez mieux la différence entre déroulement et achèvement.
  3. Repérez le sujet et le verbe conjugué. Dans chaque phrase rencontrée, soulignez la forme en -va/-ve, puis cherchez le verbe qui porte la personne et le temps. Vérifiez enfin que les deux actions ont bien le même sujet.

Notions liées

  • Prérequis : Les participes — vue d’ensemble des formes hongroises en -ó/-ő, -t/-tt et -andó/-endő, nécessaire pour situer le határozói igenév parmi les formes non conjuguées.

Prérequis

Les participes en hongroisB2

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