Les participes en hongrois
Igenevek
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.
En bref
Le hongrois emploie trois participes adjectivaux principaux : -ó/-ő pour une action en cours ou caractéristique (olvasó ember, « une personne qui lit »), -t/-tt pour une action accomplie (írt levél, « une lettre écrite ») et -andó/-endő pour une action à accomplir, souvent nécessaire (megoldandó feladat, « une tâche à résoudre »). Ils se placent normalement avant le nom et, contrairement au participe passé français, ne s’accordent ni en genre ni en nombre dans cet emploi.
Vue d’ensemble
Un participe est une forme construite à partir d’un verbe, mais capable de qualifier un nom comme un adjectif. Dans olvasó ember, le verbe olvas (« lire ») devient olvasó et précise de quelle personne il s’agit : une personne qui lit. Le terme hongrois général est igenév ; les trois formes étudiées ici sont plus précisément des melléknévi igenevek, c’est-à-dire des participes employés comme des adjectifs.
Cette notion apparaît au niveau B2 parce qu’elle permet de condenser une proposition relative (un groupe introduit en français par « qui » ou « que ») : a diák, aki olvas (« l’étudiant qui lit ») devient az olvasó diák (« l’étudiant en train de lire / qui lit »). Ces tournures sont courantes dans la conversation, la presse, les consignes, les annonces et les textes administratifs.
Pour un francophone, la difficulté ne réside pas seulement dans les suffixes. Les correspondances ne sont pas terme à terme : -ó/-ő se traduit souvent par « qui + verbe », et non par une forme française en -ant ; -andó/-endő correspond fréquemment à « à + infinitif » ou « qui doit être… ». Il faut donc choisir le participe hongrois d’après le rapport entre l’action et le nom, plutôt que d’après la forme française.
Formation et fonctionnement
Les trois séries essentielles
| Forme hongroise | Valeur centrale | Exemple | Équivalent français fréquent |
|---|---|---|---|
| -ó / -ő | action en cours, habituelle ou caractéristique | olvasó ember | une personne qui lit |
| -t / -tt | action déjà accomplie ou état qui en résulte | írt levél | une lettre écrite |
| -andó / -endő | action encore à accomplir, attendue ou nécessaire | megoldandó feladat | une tâche à résoudre |
Le choix entre les voyelles postérieures (-ó, -andó) et antérieures (-ő, -endő) suit l’harmonie vocalique : les voyelles du mot déterminent la variante du suffixe. Ainsi, on a olvasó mais kérő, megoldandó mais fizetendő. Comme ailleurs en hongrois, quelques verbes très fréquents changent de radical ; il vaut mieux mémoriser leurs formes en contexte.
Le participe en -ó/-ő : action en cours ou propriété habituelle
On ajoute -ó ou -ő au radical verbal :
| Verbe | Participe | Sens de base |
|---|---|---|
| olvas — lire | olvasó | qui lit, lecteur |
| repül — voler | repülő | qui vole |
| dolgozik — travailler | dolgozó | qui travaille, travailleur |
| kér — demander | kérő | qui demande, demandeur |
| megy — aller | menő | qui va ; en vogue selon le contexte |
| jön — venir | jövő | qui vient ; futur |
Cette forme peut décrire une action réellement en train de se dérouler : az utcán futó férfi (« l’homme qui court dans la rue »). Elle peut aussi exprimer une activité habituelle ou une fonction : a gyerekeket tanító nő (« la femme qui enseigne aux enfants »), dolgozó ember (« personne qui travaille »). Le contexte décide donc entre « qui est en train de… », « qui a l’habitude de… » et un nom de métier ou de personne.
Les compléments du verbe restent présents devant le participe. Dans könyvet olvasó diák, könyvet est le complément d’objet direct (ce qui subit directement l’action) et porte la terminaison accusative -t : « un étudiant qui lit un livre ». Un adverbe peut fonctionner de la même manière : gyorsan haladó vonat, « un train qui avance rapidement ».
Plusieurs radicaux fréquents ont une forme à apprendre telle quelle : eszik → evő (« qui mange »), iszik → ivó (« qui boit »), alszik → alvó (« qui dort »), megy → menő et jön → jövő. Il ne suffit donc pas toujours de retirer mécaniquement la fin de la forme du dictionnaire.
Le participe en -t/-tt : action accomplie
Cette forme est généralement identique à la troisième personne du singulier du passé à la conjugaison indéfinie (la série employée notamment sans objet défini) : ír → írt, olvas → olvasott, bezár → bezárt. Si vous connaissez déjà le passé hongrois, vous disposez donc de la base nécessaire.
| Verbe | Participe accompli | Groupe nominal |
|---|---|---|
| ír — écrire | írt | írt levél — lettre écrite |
| megír — rédiger jusqu’au bout | megírt | megírt jelentés — rapport rédigé |
| bezár — fermer | bezárt | bezárt ajtó — porte fermée |
| érkezik — arriver | érkezett | megérkezett vonat — train arrivé |
| leesik — tomber | leesett | leesett kulcs — clé tombée |
Avec un verbe qui peut agir sur un objet, le nom qualifié correspond souvent à ce qui a subi l’action : a Péter által írt könyv, « le livre écrit par Péter ». Avec un verbe sans objet direct, le nom est celui qui a accompli l’action : a tegnap érkezett vendég, « l’invité arrivé hier ». C’est le sens du verbe, et non le seul suffixe, qui indique cette relation.
Les préverbes — petits éléments comme meg-, el- ou be- qui modifient souvent le résultat ou la direction du verbe — sont particulièrement importants. Írt levél désigne une lettre écrite ; megírt levél insiste davantage sur le fait que sa rédaction est achevée. La nuance exacte dépend toutefois du verbe et du contexte.
Le participe en -andó/-endő : action à venir ou à accomplir
On ajoute -andó ou -endő au radical : megold → megoldandó, olvas → olvasandó, fizet → fizetendő, követ → követendő. Cette forme est traditionnellement appelée participe « futur », mais elle n’annonce pas simplement qu’une action aura lieu plus tard. Elle présente surtout le nom comme faisant l’objet d’une action attendue, prévue, nécessaire ou souhaitable.
| Forme | Traduction naturelle | Nuance |
|---|---|---|
| elolvasandó könyv | livre à lire | action prévue |
| fizetendő összeg | somme à payer | obligation |
| követendő példa | exemple à suivre | recommandation |
| megválaszolandó kérdés | question à laquelle il faut répondre | tâche en attente |
| leendő kolléga | futur collègue | statut à venir |
Cette série est productive, mais certaines formes courantes ont un radical particulier : tesz → teendő (« à faire ; chose à faire »), vesz → veendő (« à prendre »). Les dictionnaires donnent généralement ces participes lorsqu’ils sont fréquents ou irréguliers.
Position et absence d’accord
Comme les adjectifs épithètes hongrois, les participes se placent normalement avant le nom : az olvasó ember, a megírt levelek, a megoldandó feladatok. Dans cette position, ils restent inchangés :
| Singulier | Pluriel |
|---|---|
| a megírt levél — la lettre écrite | a megírt levelek — les lettres écrites |
| a fizetendő összeg — la somme à payer | a fizetendő összegek — les sommes à payer |
Le pluriel apparaît sur le nom (levél → levelek, összeg → összegek), pas sur le participe. C’est une différence majeure avec le français, où « écrite » et « écrites » s’accordent.
Exemples en contexte
| Hongrois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Az olvasó ember nem hallotta a telefont. | La personne qui lisait n’a pas entendu le téléphone. | Action en cours avec -ó. |
| A könyvet olvasó diák a sarokban ül. | L’étudiant qui lit le livre est assis dans le coin. | Le complément könyvet reste à l’accusatif. |
| Egy repülő gépet láttunk. | Nous avons vu une machine volante. | Description libre ; le nom lexicalisé repülőgép s’écrit en un mot. |
| A gyorsan haladó vonat hamarosan megérkezik. | Le train qui avance rapidement arrivera bientôt. | L’adverbe gyorsan précise le participe. |
| Az asztalon fekvő kulcs az enyém. | La clé qui se trouve sur la table est à moi. | Fekvő décrit une position. |
| Elolvastam a kézzel írt levelet. | J’ai lu la lettre écrite à la main. | Exemple courant du participe accompli írt. |
| A tegnap megírt jelentés már az igazgatónál van. | Le rapport rédigé hier est déjà chez le directeur. | Meg- souligne ici l’achèvement. |
| Kinyitották a bezárt ajtót. | Ils ont ouvert la porte fermée. | État résultant d’une action antérieure. |
| A Péter által készített vacsora nagyon finom volt. | Le dîner préparé par Péter était délicieux. | Által introduit l’auteur de l’action. |
| A megérkezett utasok a kijáratot keresik. | Les passagers arrivés cherchent la sortie. | Le nom a lui-même accompli l’action. |
| Ez egy sürgősen megoldandó feladat. | C’est une tâche à résoudre d’urgence. | Nécessité avec -andó. |
| A fizetendő összeg az oldal alján látható. | La somme à payer figure au bas de la page. | Emploi fréquent dans les documents. |
| Még három elolvasandó fejezetem van. | Il me reste trois chapitres à lire. | Action prévue ou nécessaire. |
| Bemutatták a leendő kollégánkat. | On nous a présenté notre futur collègue. | Leendő indique un statut à venir. |
| Sok teendőnk van indulás előtt. | Nous avons beaucoup de choses à faire avant le départ. | Teendő est ici employé comme nom. |
Erreurs fréquentes
Employer -va/-ve devant un nom
- Incorrect : olvasva ember
- Correct : olvasó ember
- Pourquoi : -va/-ve forme un participe adverbial, qui indique notamment la manière ou une action simultanée. Pour qualifier directement un nom, on emploie ici -ó/-ő.
Traduire automatiquement le français en -ant
- Incorrect : employer olvasó seulement quand le français possède un participe présent naturel.
- Correct : analyser olvasó ember comme « personne qui lit », même si « personne lisant » paraît soutenu en français.
- Pourquoi : le participe hongrois en -ó/-ő est beaucoup plus naturel devant un nom que ne l’est souvent la forme française en -ant.
Faire accorder le participe au pluriel
- Incorrect : az olvasók emberek pour « les personnes qui lisent »
- Correct : az olvasó emberek
- Pourquoi : devant un nom, le participe ne prend pas la marque du pluriel. Olvasók signifie à lui seul « lecteurs ».
Confondre l’action en cours et l’action à accomplir
- Incorrect : megoldó feladat pour « une tâche à résoudre »
- Correct : megoldandó feladat
- Pourquoi : megoldó décrit ce qui résout quelque chose ; megoldandó décrit ce qui doit être résolu.
Copier la construction française de l’agent
- Incorrect : én írt könyv
- Correct : az általam írt könyv ou a könyv, amelyet én írtam
- Pourquoi : dans le groupe participial, l’auteur peut être exprimé avec által : általam signifie ici « par moi ». Une proposition relative complète est souvent plus simple à produire.
Oublier le cas d’un complément
- Incorrect : könyv olvasó diák
- Correct : könyvet olvasó diák
- Pourquoi : könyv est l’objet direct de « lire » et reçoit donc l’accusatif -t, exactement comme dans une phrase verbale ordinaire.
Notes d’usage
Le participe en -ó/-ő est très courant et neutre. Beaucoup de formes se sont transformées en noms : olvasó peut signifier « lecteur », dolgozó « travailleur / employé », jelentkező « candidat ». Employées comme noms, elles peuvent alors recevoir le pluriel et les autres terminaisons : olvasók (« lecteurs »), jelentkezőket (« des candidats », comme objet direct).
Le participe en -t/-tt apparaît aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Les groupes courts sont très naturels : nyitott ablak (« fenêtre ouverte »), elveszett kulcs (« clé perdue »). Quand le groupe accumule plusieurs compléments, le français choisit volontiers une relative, tandis que le hongrois conserve facilement tous les éléments avant le nom : a tegnap a könyvtárban talált régi kézirat, « le vieux manuscrit qui a été trouvé hier à la bibliothèque ».
La forme en -andó/-endő est fréquente dans les consignes, les listes de tâches, les textes professionnels et administratifs : kitöltendő mező (« champ à remplir »), csatolandó dokumentumok (« documents à joindre »). Dans la conversation, elle reste possible, surtout dans des mots usuels comme teendő, mais une phrase avec kell (« il faut ») est souvent plus spontanée : Ezt meg kell oldani (« Il faut résoudre cela »).
Enfin, l’orthographe peut signaler qu’un ancien groupe est devenu un mot composé. Repülő gép décrit littéralement une machine qui vole ; repülőgép, écrit en un mot, est le nom courant de l’avion. Il faut donc apprendre l’orthographe des composés lexicalisés avec leur sens.
Pour aller plus loin
Participes et propositions relatives
Un groupe participial est compact, mais une relative permet d’indiquer plus clairement la personne, le temps ou le point de vue :
- a levelet író nő — « la femme qui écrit la lettre » ;
- a nő, aki a levelet írja — « la femme qui écrit la lettre » ;
- az általam írt levél — « la lettre écrite par moi » ;
- a levél, amelyet írtam — « la lettre que j’ai écrite ».
La version participiale est particulièrement utile comme désignation compacte. La relative est souvent préférable lorsque la phrase serait ambiguë ou trop chargée.
Négation à l’intérieur du groupe
Dans un style surtout écrit, nem peut se placer dans le groupe participial : az el nem olvasott üzenet (« le message non lu »), a még meg nem oldott kérdés (« la question qui n’est pas encore résolue »). Avec un préverbe, l’ordre préverbe + nem + participe est caractéristique : el nem olvasott, meg nem oldott. C’est une structure à reconnaître avant de chercher à la produire systématiquement.
Sens lexicalisés et nuances historiques
Certains participes ont acquis un sens propre que la règle générale ne permet pas de reconstruire entièrement. Jövő signifie « futur » comme nom ou adjectif, menő peut vouloir dire « branché, en vogue », et halandó signifie « mortel ». Jövendő (« à venir, futur ») est aujourd’hui plus littéraire ou solennel que le simple jövő. Ces mots doivent être appris comme du vocabulaire, même si leur origine participiale reste visible.
L’étiquette « participe futur » pour -andó/-endő peut donc induire en erreur. Cette forme ne remplace pas le futur d’un verbe conjugué. Elle présente une action comme en attente, requise, destinée ou prévisible : a holnap fizetendő számla est « la facture à payer demain », et non une phrase disant simplement que quelqu’un la paiera.
Conseils de pratique
- Transformez des relatives en groupes participiaux. Partez de a diák, aki könyvet olvas et formez a könyvet olvasó diák. Faites ensuite la même chose avec une action accomplie : a levél, amelyet Anna írt → az Anna által írt levél.
- Classez vos exemples en trois colonnes. Notez chaque nouveau groupe sous « en cours / caractéristique », « accompli » ou « à accomplir ». Cette décision de sens est plus utile que la mémorisation isolée des suffixes.
- Repérez les participes dans des textes réels. Les modes d’emploi et formulaires offrent beaucoup de formes en -andó/-endő ; les articles de presse fournissent des groupes en -ó/-ő et -t/-tt. Soulignez aussi les compléments placés avant le participe.
Notions liées
- Prérequis : Le passé — la forme en -t/-tt reprend largement les formes déjà rencontrées au passé.
- Étape suivante : Le participe adverbial — les formes en -va/-ve et -ván/-vén expriment notamment la manière, la simultanéité ou un état résultant, sans qualifier un nom de la même façon.
Prérequis
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