B1

Le discours indirect en turc

Dolaylı Anlatım

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.

En bref

Pour rapporter une affirmation, le turc transforme généralement le verbe cité en une proposition nominalisée (un groupe qui fonctionne comme un nom) : Geleceğini söyledi signifie « Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait ». La forme -DIK sert surtout pour un fait non futur, -AcAK pour un fait futur, tandis que diye permet de conserver les paroles telles qu’elles ont été prononcées. Contrairement au français, il n’y a pas de conjonction équivalente à que devant un verbe conjugué ni de concordance mécanique des temps.

Vue d’ensemble

Le discours indirect (dolaylı anlatım) sert à intégrer les paroles, les pensées ou les informations d’une autre personne dans sa propre phrase. On le rencontre après des verbes comme söylemek « dire », demek « dire », duymak « entendre », anlatmak « raconter », sormak « demander » ou bilmek « savoir ». C’est un point central du niveau B1, car il permet de relier plusieurs idées au lieu de juxtaposer de courtes phrases.

Pour un francophone, la difficulté ne tient pas seulement au choix du temps. En français, on pense volontiers à une structure comme « Il a dit **qu’**il était malade ». Le turc ne place pas simplement un mot correspondant à que devant hasta. Il construit plutôt un groupe nominal : hasta olduğ-u-nu, littéralement quelque chose comme « son fait d’être malade », puis lui donne la fonction de complément du verbe principal : Hasta olduğunu söyledi.

Il faut donc surveiller trois éléments à la fois : la forme nominalisée du verbe, le suffixe possessif (la terminaison qui indique le sujet de l’action rapportée) et souvent l’accusatif (le cas, c’est-à-dire la terminaison qui marque ici le complément direct). Le turc peut aussi garder une citation exacte avec demek ou diye. Ces deux procédés sont proches par le sens, mais leur construction grammaticale n’est pas la même.

Comment ça marche

1. Conserver les paroles exactes

Le moyen le plus transparent consiste à citer les mots prononcés. Demek est très naturel après une citation :

  • “Gidiyorum,” dedi. — « Il/Elle a dit : “Je pars.” »
  • “Yarın ararım,” dedi. — « Il/Elle a dit : “J’appellerai demain.” »

La citation reste une phrase autonome : ses pronoms, son temps et ses repères comme bugün « aujourd’hui » ou yarın « demain » appartiennent au point de vue de la personne citée.

La particule diye peut relier des paroles exactes à un autre verbe :

  • “Bilmiyorum,” diye cevap verdi. — « Il/Elle a répondu : “Je ne sais pas.” »
  • “Dikkat et!” diye bağırdı. — « Il/Elle a crié : “Attention !” »

Avec diye, on présente les mots comme le contenu d’une parole, d’un cri, d’une pensée ou même d’une inscription. Cette construction est particulièrement utile lorsque le verbe principal n’est pas demek : diye sordu « a demandé en disant… », diye düşündü « a pensé… », diye bağırdı « a crié… ».

2. Rapporter une affirmation non future avec -DIK

Pour intégrer une affirmation comme complément, on emploie généralement :

radical verbal + -DIK + suffixe possessif + accusatif + verbe introducteur

La notation -DIK représente plusieurs variantes soumises à l’harmonie vocalique (les voyelles du suffixe s’adaptent à celles du radical) : -dık, -dik, -duk, -dük. Après certaines consonnes sourdes, le d devient t : -tık, -tik, -tuk, -tük. Devant un suffixe commençant par une voyelle, le k devient souvent ğ : gel-diğ-im-i.

Sujet de l’action rapportée Forme de gelmek Décomposition Sens de base
je geldiğimi gel-diğ-im-i que je suis venu(e) / venais
tu geldiğini gel-diğ-in-i que tu es venu(e) / venais
il, elle geldiğini gel-diğ-i-ni qu’il/elle est venu(e) / venait
nous geldiğimizi gel-diğ-imiz-i que nous sommes venu(e)s / venions
vous geldiğinizi gel-diğ-iniz-i que vous êtes venu(e)(s) / veniez
ils, elles geldiklerini gel-dik-leri-ni qu’ils/elles sont venu(e)s / venaient

Dans geldiğini, le suffixe possessif renseigne sur le sujet de la proposition rapportée. La dernière terminaison est l’accusatif, exigé ici parce que toute la proposition est le complément direct de söyledi, duydum ou biliyorum. Ce cas n’est pas une propriété immuable de -DIK : avec un autre verbe principal ou une autre fonction, la terminaison de cas peut changer.

La forme négative se construit avant -DIK :

  • gel-me-diğ-i-nigelmediğini « qu’il/elle n’est pas venu(e) » ;
  • bil-me-diğ-im-ibilmediğimi « que je ne savais pas / ne sais pas ».

Pour une phrase nominale ou adjectivale, on utilise olmak « être, devenir » comme support :

  • Hasta.hasta olduğunu « qu’il/elle est ou était malade » ;
  • Evde değil.evde olmadığını « qu’il/elle n’est ou n’était pas à la maison » ;
  • Doktor.doktor olduğunu « qu’il/elle est médecin ».

3. Nommer clairement le sujet rapporté

Quand le sujet de la proposition rapportée est exprimé, il prend normalement le génitif (la terminaison qui marque ici le lien avec la forme possessive) :

sujet au génitif + verbe nominalisé avec suffixe possessif correspondant

  • Ayşe’nin geldiğini duydum. — « J’ai entendu dire qu’Ayşe était venue. »
  • Çocukların uyuduğunu söyledi. — « Il/Elle a dit que les enfants dormaient. »
  • Senin haklı olduğunu biliyorum. — « Je sais que tu as raison. »

Cette correspondance est essentielle : Ayşe’nin appelle la marque de troisième personne dans geldiğini ; senin appelle la marque de deuxième personne dans olduğunu. Si le contexte identifie déjà le sujet, il peut rester implicite : Geldiğini duydum peut signifier « J’ai entendu dire que tu étais venu(e) » ou « …qu’il/elle était venu(e) », selon la situation.

4. Rapporter un fait futur avec -AcAK

Quand l’action rapportée est postérieure ou présentée comme future, -AcAK remplace -DIK. Le suffixe suit l’harmonie vocalique sous les formes -acak ou -ecek, puis reçoit le suffixe possessif et le cas nécessaire :

Sujet rapporté Forme de gelmek Exemple
je geleceğimi Geleceğimi söyledim. — J’ai dit que je viendrais.
tu / il / elle geleceğini Geleceğini söyledi. — Il/Elle a dit que tu viendrais ou qu’il/elle viendrait.
nous geleceğimizi Geleceğimizi biliyor. — Il/Elle sait que nous viendrons.
vous geleceğinizi Geleceğinizi duydum. — J’ai entendu dire que vous viendriez.
ils / elles geleceklerini Geleceklerini söylediler. — Ils/Elles ont dit qu’ils/elles viendraient.

Le k de -ecek devient ğ devant un suffixe vocalique dans geleceğimi ou geleceğini, mais reste k devant le l de -leri : geleceklerini.

5. Rapporter une question

Une question contenant un mot interrogatif garde ce mot, mais son verbe est nominalisé :

  • “Ne zaman geleceksin?”Ne zaman geleceğimi sordu. — « Il/Elle m’a demandé quand je viendrais. »
  • “Nerede oturuyorsun?”Nerede oturduğumu sordu. — « Il/Elle m’a demandé où j’habitais. »

Pour une question à laquelle on répond par oui ou non, le turc emploie souvent verbe affirmatif + -(y)Ip + même verbe négatif :

  • “Gelecek misin?”Gelip gelmeyeceğimi sordu. — « Il/Elle m’a demandé si je viendrais. »
  • “Hazır mı?”Hazır olup olmadığını sordu. — « Il/Elle a demandé si c’était prêt. »

Il n’existe donc pas ici de simple équivalent universel du français si. La paire gelip gelmeyeceği présente explicitement les deux possibilités : venir ou ne pas venir.

6. Rapporter un ordre, une demande ou un souhait

Un ordre ne se rapporte pas avec -DIK. On emploie généralement un nom verbal en -mA (une forme verbale transformée en nom), suivi du suffixe possessif et du cas demandé par le verbe principal :

  • “Erken gel.”Bana erken gelmemi söyledi. — « Il/Elle m’a dit de venir tôt. »
  • “Kapıyı kapatın.”Kapıyı kapatmamızı istedi. — « Il/Elle nous a demandé de fermer la porte. »
  • “Gitme.”Gitmememi söyledi. — « Il/Elle m’a dit de ne pas partir. »

Dans gelmemi, le premier -me nominalise gel- et -m indique que la personne qui doit venir est « je ». Dans gitmememi, la négation et la nominalisation produisent deux syllabes proches ; il vaut mieux apprendre la forme dans une phrase entière plutôt que comme une suite abstraite de suffixes.

Exemples en contexte

Turc Français Remarque
Mert yorgun olduğunu söyledi. Mert a dit qu’il était fatigué. Phrase adjectivale avec olduğunu.
Doktor sonuçların normal olduğunu söyledi. Le médecin a dit que les résultats étaient normaux. Sujet rapporté au génitif.
Onun geleceğini söyledi. Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait. Futur en -AcAK ; le contexte précise les personnes.
Toplantının iptal edildiğini duydum. J’ai entendu dire que la réunion avait été annulée. Information entendue, avec une forme passive.
Seni tanımadığını söyledi. Il/Elle a dit ne pas te connaître. Négation avant -DIK.
Ece, “Şimdi vaktim yok,” dedi. Ece a dit : « Je n’ai pas le temps maintenant. » Citation exacte avec demek.
“Bir dakika bekleyin,” diye rica etti. Il/Elle a demandé : « Attendez une minute, s’il vous plaît. » Paroles exactes reliées par diye.
Neden geç kaldığımı sordu. Il/Elle m’a demandé pourquoi j’étais en retard. Question avec un mot interrogatif.
Kahve içip içmediğimi sordu. Il/Elle m’a demandé si je buvais du café. Question fermée : forme affirmative et négative.
Müdür raporu bugün bitirmemizi istedi. Le directeur nous a demandé de terminer le rapport aujourd’hui. Demande avec -mA.
Annem geç kalmamamı söyledi. Ma mère m’a dit de ne pas rentrer tard. Ordre négatif.
Ayşe ertesi gün döneceğini söyledi. Ayşe a dit qu’elle reviendrait le lendemain. Le repère temporel est adapté au récit.

Erreurs courantes

Calquer « que » sur le français

  • Incorrect : Ali söyledi ki o yorgundu. comme modèle neutre à employer systématiquement.
  • Correct : Ali yorgun olduğunu söyledi.
  • Pourquoi : Certaines constructions avec ki existent bien en turc, mais la structure nominalisée est le modèle courant du discours indirect standard. Il ne faut pas inventer ni imposer un mot séparé correspondant au français que.

Oublier l’accord entre le sujet et le suffixe possessif

  • Incorrect : Senin geldiğimi duydum.
  • Correct : Senin geldiğini duydum.
  • Pourquoi : senin désigne « toi » ; la forme doit donc porter le suffixe de deuxième personne, -in. Geldiğimi signifie au contraire « que je suis venu(e) ».

Laisser le sujet explicite sans génitif

  • Incorrect : Ayşe geldiğini duydum. si l’on veut dire sans ambiguïté « J’ai entendu dire qu’Ayşe était venue ».
  • Correct : Ayşe’nin geldiğini duydum.
  • Pourquoi : Dans la construction nominalisée standard, le sujet explicite se met au génitif et correspond au suffixe possessif du verbe. Sans cette marque, Ayşe peut être pris pour un élément de la phrase principale et la lecture devient ambiguë.

Employer -DIK pour un ordre

  • Incorrect : Bana erken geldiğimi söyledi. pour « Il/Elle m’a dit de venir tôt. »
  • Correct : Bana erken gelmemi söyledi.
  • Pourquoi : Geldiğimi söyledi rapporte une affirmation : « Il/Elle a dit que j’étais venu(e) tôt. » Une consigne ou une demande exige ici le nom verbal en -mA.

Oublier les changements phonétiques

  • Incorrect : geldikini, gelecekini
  • Correct : geldiğini, geleceğini
  • Pourquoi : Devant une terminaison vocalique, le k final de -DIK ou -AcAK s’adoucit généralement en ğ. Les formes doivent aussi respecter l’harmonie vocalique.

Changer tous les repères comme en français sans regarder le contexte

  • Incorrect : remplacer automatiquement bugün par o gün ou yarın par ertesi gün, même si le jour de référence n’a pas changé.
  • Correct : choisir le repère qui correspond au moment où l’on rapporte les paroles.
  • Pourquoi : Si l’on rapporte le jour même Yarın geleceğim, yarın peut rester « demain ». Dans un récit ultérieur, ertesi gün « le lendemain » sera souvent plus clair. Le sens et la situation priment sur une table de transformations automatique.

Notes d’utilisation

Dans la conversation, une citation avec dedi est fréquente lorsque les mots exacts sont courts, expressifs ou importants : “Olmaz,” dedi « Il/Elle a dit : “Impossible.” » Le discours indirect en -DIK ou -AcAK convient mieux quand on résume une information, quand la formulation exacte n’a pas d’importance ou quand on l’intègre à une phrase plus longue.

Le français modifie souvent les temps après un verbe introducteur au passé : « Il dit : “Je viendrai” » devient « Il a dit qu’il viendrait ». Le turc ne possède pas une correspondance obligatoire de ce type entre temps du verbe principal et temps de la proposition rapportée. Geleceğini söyledi marque l’action comme future par rapport au point de vue pertinent, sans avoir besoin d’un « conditionnel du discours indirect » calqué sur viendrait. Le contexte indique ensuite si cette venue est encore future au moment où l’on parle.

Les pronoms et les marques de personne, en revanche, doivent suivre le nouveau point de vue. La phrase directe “Seni arayacağım,” dedi (« Il/Elle a dit : “Je t’appellerai” ») peut devenir Beni arayacağını söyledi (« Il/Elle a dit qu’il/elle m’appellerait ») si le narrateur est la personne à appeler. Il ne suffit donc pas de remplacer la terminaison verbale : il faut reconstruire qui parle à qui.

Enfin, demek et söylemek ne se distribuent pas toujours de la même manière. Demek est particulièrement naturel après les mots cités : “Tamam,” dedi. Söylemek accepte très couramment une proposition nominalisée : Tamam olduğunu söylemedi selon le sens voulu, ou un destinataire : Bana gerçeği söyledi « Il/Elle m’a dit la vérité ». Mémoriser des phrases complètes aide davantage qu’une équivalence unique « dire = … ».

Pour aller plus loin

Préserver une nuance d’aspect ou d’antériorité

Au niveau B1, -DIK suffit dans de nombreux récits non futurs, et le contexte fait une grande partie du travail. Dans un style plus précis, surtout écrit, on peut conserver certaines nuances au moyen de olmak :

  • çalışmakta olduğunu — « qu’il/elle est en train de travailler » ou « qu’il/elle travaille actuellement », registre plutôt soutenu ;
  • gelmiş olduğunu — « qu’il/elle était déjà venu(e) / qu’il s’avère qu’il/elle est venu(e) » ;
  • bekliyor olduğunu — « qu’il/elle est en train d’attendre », possible mais souvent plus lourd qu’une reformulation naturelle.

Ces formes ne doivent pas être ajoutées partout. Le turc préfère souvent une expression plus simple si le contexte rend la chronologie évidente.

La construction avec ki

Dans la langue parlée et dans un récit vivant, on rencontre aussi dedi ki suivi d’une phrase autonome : Dedi ki yarın gelecek « Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait demain ». Cette structure conserve plus facilement l’ordre et les temps d’une phrase indépendante. Elle est utile et naturelle dans certains contextes, mais elle ne remplace pas toutes les nominalisations ; dans un texte soigné, la construction Yarın geleceğini söyledi est souvent plus compacte.

diye au-delà de la citation

Diye ne sert pas uniquement à encadrer des paroles exactes. Il peut présenter une pensée, une étiquette, une attente ou une cause attribuée :

  • Yağmur yağacak diye şemsiye aldım. — « J’ai pris un parapluie parce que je pensais qu’il allait pleuvoir. »
  • Beni unuttu diye üzüldüm. — « J’ai été triste en pensant qu’il/elle m’avait oublié(e). »

Ici, traduire mécaniquement diye par « en disant » ne fonctionne plus. Il faut comprendre que la particule introduit un contenu envisagé, pensé ou donné comme motif. Cet élargissement appartient plutôt aux usages avancés.

Ambiguïtés de personne

Geldiğini söyledi peut, hors contexte, vouloir dire « Il/Elle a dit que tu étais venu(e) » ou « Il/Elle a dit qu’il/elle était venu(e) », car les formes possessives de deuxième et de troisième personne aboutissent toutes deux à geldiğini. Le turc accepte cette ambiguïté quand la situation est claire. Sinon, ajoutez senin, onun ou un nom au génitif : Senin geldiğini söyledi ; Murat’ın geldiğini söyledi.

Conseils pratiques

  1. Transformez des paires courtes. Partez de “Yorgunum,” dedi, puis produisez Yorgun olduğunu söyledi. Faites de même avec une négation et un futur : gelmediğini, geleceğini. Cette comparaison rend visibles les suffixes sans réciter une règle abstraite.
  2. Codez les personnes par couleur dans vos notes. Soulignez ensemble benim—geldiğim, senin—geldiğin, onun—geldiği. Ajoutez ensuite l’accusatif pour obtenir geldiğimi, geldiğini, geldiğini. Vous distinguerez ainsi le suffixe de personne de la terminaison de cas.
  3. Écoutez le choix entre citation et résumé. Dans un dialogue, relevez les occurrences de dedi, diye sordu et söyledi. Demandez-vous chaque fois si le locuteur répète des mots exacts, rapporte une information, pose une question ou transmet une consigne.

Notions associées

  • Prérequis : Les propositions nominales — elles expliquent la construction en -DIK et -mA, les suffixes possessifs et les marques de cas dont dépend le discours indirect.

Prérequis

Les propositions nominalisées en turcB1

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