Le discours rapporté avec *daw* et *raw* en tagalog
Di-tuwirang Pagsasalita (Daw/Raw)
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de filipino sur Settemila Lingue.
En bref
En tagalog, daw et raw signalent qu’une information vient d’une autre personne : Uulan daw bukas signifie « Il paraît qu’il pleuvra demain ». On emploie en principe daw après un mot terminé par une consonne et raw après un mot terminé par une voyelle. Contrairement au français, il n’est pas nécessaire de reconstruire toute la phrase avec « que » ni de changer systématiquement le temps du verbe.
Vue d’ensemble
Le discours rapporté sert à transmettre les paroles, l’opinion ou l’information de quelqu’un d’autre sans les citer mot pour mot. Le tagalog dispose pour cela de plusieurs moyens complémentaires. Les particules daw/raw indiquent que le locuteur n’est pas la source première de l’information ; sabi introduit ce que quelqu’un a dit ; ayon kay/sa nomme explicitement la source et correspond à « selon » ou « d’après ».
Cette notion apparaît au niveau B1 parce qu’elle permet de raconter une conversation, de relayer une nouvelle ou d’expliquer ce qu’une personne a demandé. Elle est pourtant omniprésente dans les échanges ordinaires : messages, nouvelles familiales, travail et médias. Une particule est ici un petit mot invariable qui ajoute une nuance à toute la phrase sans se conjuguer.
Pour un francophone, le point le plus dépaysant est que daw/raw n’a pas toujours un équivalent français séparé. Selon le contexte, on traduira par « paraît-il », « on dit que », « apparemment », « d’après lui/elle » ou simplement par un verbe comme « dire ». Le tagalog marque surtout la provenance de l’information, là où le français choisit souvent une proposition construite avec « que ».
Fonctionnement
La règle centrale : daw ou raw
Les deux formes ont le même sens. Le choix dépend normalement du dernier son du mot qui précède immédiatement la particule.
| Forme | Après un mot terminé par… | Exemple | Sens |
|---|---|---|---|
| daw | une consonne | mahal daw | c’est cher, paraît-il |
| raw | une voyelle | maganda raw | c’est beau/bien, paraît-il |
Ainsi, on dit Uulan daw parce que uulan se termine par n, mais Maganda raw parce que maganda se termine par a. C’est le mot placé juste avant la particule qui commande le choix, et non le premier mot de la phrase ni la source de l’information.
Cette alternance facilite l’enchaînement des sons. Elle ne change ni le degré de certitude ni le registre : daw n’est pas plus formel que raw.
Ce que daw/raw apporte au sens
Comparez :
| Sans la particule | Avec la particule |
|---|---|
| Mahal ang tiket. — Le billet est cher. | Mahal daw ang tiket. — Le billet est cher, paraît-il. |
| Nasa opisina siya. — Il/Elle est au bureau. | Nasa opisina raw siya. — Il paraît qu’il/elle est au bureau. |
| Uulan bukas. — Il pleuvra demain. | Uulan daw bukas. — On dit qu’il pleuvra demain. |
Sans daw/raw, le locuteur présente normalement l’énoncé comme sa propre affirmation. Avec la particule, il indique qu’il le tient d’une autre source. Cela peut aussi créer une certaine distance : le locuteur relaie l’information sans garantir personnellement qu’elle est vraie. La particule ne signifie toutefois pas automatiquement « je n’y crois pas ». Le contexte et l’intonation déterminent s’il s’agit d’un simple renseignement, d’une rumeur ou d’un doute.
La place dans la phrase
Daw/raw est une particule enclitique (un petit mot qui tend à se placer après le premier élément important de la proposition). Dans les phrases simples, elle vient souvent juste après le prédicat, c’est-à-dire ce que l’on affirme à propos du sujet :
- Pagod daw si Leo. — Leo serait fatigué.
- Doktor raw siya. — Il/Elle serait médecin.
- Darating daw sila mamaya. — Ils/Elles arriveraient plus tard, paraît-il.
Avec une négation, la particule suit naturellement hindi : Hindi raw siya sasama (« Il paraît qu’il/elle ne viendra pas avec nous »). Le choix de raw vient alors du i final de hindi, même si un autre mot de la phrase se termine par une consonne.
Dans une question, la particule peut relayer une question entendue ou demander confirmation d’une information rapportée : Darating daw ba siya? signifie « Est-ce qu’il/elle viendra, d’après ce qu’on dit ? ».
Nommer la personne qui a parlé avec sabi
Sabi signifie ici « parole dite » ou, dans une construction courante, « d’après ce que dit/disait ». La personne source est introduite par un marqueur : ni devant un nom propre et ng devant un nom commun. Avec un pronom, on rencontre notamment sabi niya (« il/elle a dit ») et sabi nila (« ils/elles ont dit »).
| Structure | Exemple | Traduction naturelle |
|---|---|---|
| Sabi + pronom, énoncé | Sabi niya, pupunta siya. | Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait. |
| Sabi ni + nom propre, énoncé | Sabi ni Ana, sarado na. | Ana a dit que c’était déjà fermé. |
| Sabi ng + nom commun, énoncé | Sabi ng doktor, magpahinga ka. | Le médecin a dit de vous reposer. |
| Sinabi niya na + proposition | Sinabi niya na pupunta siya. | Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait. |
Sinabi est une forme verbale de sabihin (« dire »). Avec na, elle introduit explicitement le contenu dit. La tournure avec sabi suivi d’une pause est très fréquente dans la conversation et les récits informels.
On peut employer sabi et daw/raw ensemble lorsque l’on veut à la fois identifier la situation de parole et marquer le contenu rapporté : Sabi niya, mahal daw ang hotel (« Il/Elle a dit que l’hôtel était cher »). Il n’est cependant pas utile de répéter constamment la source si elle est déjà claire.
Indiquer la source avec ayon kay et ayon sa
Ayon correspond à « selon » ou « d’après » et convient particulièrement lorsqu’on attribue clairement une information.
- ayon kay + personne nommée : Ayon kay Maria… — Selon Maria…
- ayon sa + document, organisme, groupe ou autre source : Ayon sa ulat… — Selon le rapport…
La suite peut contenir daw/raw, surtout dans la langue courante : Ayon kay Maria, mahal daw (« D’après Maria, c’est cher »). Dans un texte plus sobre, ayon sa suffit souvent à marquer la source : Ayon sa ulat, bumaba ang presyo (« Selon le rapport, le prix a baissé »).
Pas de concordance des temps à la française
En français, « Il dit : “Je viendrai” » peut devenir « Il a dit qu’il viendrait » : le futur se transforme souvent en conditionnel quand le verbe introducteur est au passé. Le tagalog n’impose pas ce même recul mécanique. La forme verbale est choisie selon l’action elle-même et son accomplissement, pas seulement parce que les paroles sont rapportées.
- Sabi niya, pupunta siya. — Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait.
- Sabi niya, pumunta siya kahapon. — Il/Elle a dit qu’il/elle y était allé(e) hier.
Il faut en revanche adapter les pronoms au nouveau point de vue. Dans une citation directe, la personne peut dire Pupunta ako (« J’irai »). Celui qui rapporte ces mots dira généralement Sabi niya, pupunta siya : ako devient siya parce que la personne qui parle a changé.
Exemples en contexte
| Tagalog | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Uulan daw bukas. | On dit qu’il pleuvra demain. | Daw suit le n de uulan. |
| Maganda raw ang pelikula. | Le film est bien, paraît-il. | Raw suit le a de maganda. |
| Mahal daw ang mga tiket. | Les billets seraient chers. | Information relayée, source non nommée. |
| Nasa bahay daw si Carlo. | Carlo serait à la maison. | Daw suit le y, traité ici comme fin consonantique. |
| Hindi raw siya papasok ngayon. | Il paraît qu’il/elle ne viendra pas travailler aujourd’hui. | Raw suit la voyelle finale de hindi. |
| Darating daw sila mamaya. | Ils/Elles arriveront plus tard, d’après ce qu’on dit. | L’action annoncée reste à venir. |
| Sabi niya, pupunta siya. | Il/Elle a dit qu’il/elle viendrait. | Siya reprend la personne citée selon le contexte. |
| Sabi ni Liza, libre siya sa Sabado. | Liza a dit qu’elle était libre samedi. | Ni introduit un nom propre comme source. |
| Sabi ng guro, basahin natin ito. | Le professeur a dit que nous devions lire ceci. | Ng introduit un nom commun. |
| Sinabi niya na tapos na ang trabaho. | Il/Elle a dit que le travail était déjà terminé. | Proposition introduite par na. |
| Ayon kay Maria, mahal daw. | Selon Maria, c’est cher. | La source est explicitement nommée. |
| Ayon sa balita, may bagyo raw. | D’après les informations, il y aurait un typhon. | Source médiatique et information rapportée. |
| Darating daw ba ang bus nang maaga? | Le bus arrivera-t-il tôt, d’après ce qu’on dit ? | Ba transforme l’énoncé rapporté en question. |
| Sabi niya, maghintay daw tayo rito. | Il/Elle a dit que nous devions attendre ici. | Daw relaie une consigne. |
Erreurs fréquentes
Choisir la forme d’après le mauvais mot
- Incorrect : Maganda daw ang lugar.
- Correct : Maganda raw ang lugar.
- Pourquoi : la particule vient immédiatement après maganda, qui se termine par la voyelle a. On choisit donc raw.
Employer raw après une consonne
- Incorrect : Uulan raw bukas.
- Correct : Uulan daw bukas.
- Pourquoi : uulan se termine par n. La règle de base demande daw après une consonne.
Présenter une information personnelle comme une information rapportée
- Incorrect dans ce sens : Pagod daw ako. pour dire simplement « Je suis fatigué(e) » d’après son propre ressenti.
- Correct : Pagod ako.
- Pourquoi : daw/raw renvoie à une autre source. Pagod daw ako peut être parfaitement grammatical, mais signifie plutôt « Apparemment, on dit que je suis fatigué(e) », avec une nuance particulière ou amusée.
Copier la concordance des temps du français
- À éviter : chercher un « conditionnel de discours indirect » tagalog chaque fois que sabi est au passé.
- Correct : Sabi niya, pupunta siya bukas.
- Pourquoi : pupunta présente l’action comme non accomplie ou à venir. Le tagalog ne transforme pas automatiquement cette forme à cause d’un verbe introducteur passé.
Oublier de changer le point de vue
- Citation directe : Sinabi ni Ana, “Pupunta ako.” — Ana a dit : « J’irai. »
- Discours indirect : Sabi ni Ana, pupunta siya. — Ana a dit qu’elle viendrait.
- Pourquoi : ako désigne la personne qui prononce la citation ; lorsque quelqu’un d’autre rapporte ses paroles, cette même personne devient siya.
Confondre attribution et certitude absolue
- Interprétation trop forte : croire que Totoo raw signifie « C’est certainement vrai ».
- Interprétation juste : « Il paraît que c’est vrai » ou « On m’a dit que c’était vrai ».
- Pourquoi : la particule indique d’où vient l’information ; elle ne constitue pas une preuve de sa véracité.
Remarques d’usage
Dans la conversation, daw/raw est extrêmement pratique parce qu’il permet de rapporter une nouvelle sans alourdir la phrase. Le français doit souvent ajouter « on m’a dit que » ou « apparemment », tandis que le tagalog insère simplement la particule près du début de la proposition. Une traduction mot à mot paraît donc parfois impossible : il vaut mieux rendre la fonction de la particule.
Le degré de distance dépend beaucoup du contexte. Entre proches, May handaan daw bukas peut être un renseignement neutre : « Il paraît qu’il y a une fête demain. » Dans un débat, la même particule peut souligner que l’affirmation appartient à quelqu’un d’autre. Dans la presse et les écrits formels, nommer la source avec ayon sa ulat, ayon sa pulisya ou une formule comparable rend l’attribution plus précise.
Dans l’usage oral, les locuteurs peuvent varier, notamment selon leur région et leur débit. Pour l’apprentissage, la règle fiable reste celle du concept : daw après une consonne, raw après une voyelle. Elle donne des formes naturelles et faciles à contrôler.
Enfin, sabi niya ne précise pas le genre : siya/niya peut renvoyer à « il » ou « elle ». Le français oblige souvent à choisir, mais le contexte tagalog peut laisser cette information indéterminée. Il ne faut donc pas inventer un genre si rien ne l’indique.
Pour aller plus loin
Rapporter une consigne ou une question
Le contenu rapporté n’est pas limité aux affirmations. Une consigne peut conserver sa forme verbale tout en recevant daw/raw :
- Sabi ng doktor, magpahinga raw ako. — Le médecin a dit que je devais me reposer.
- Sabi niya, huwag daw tayong maingay. — Il/Elle a dit que nous ne devions pas faire de bruit.
Le tagalog peut ainsi présenter la consigne directement du point de vue du message, sans reproduire exactement les guillemets de la personne d’origine.
Combiner plusieurs particules
À un niveau plus avancé, daw/raw peut apparaître avec d’autres particules de discours. Dans Uulan daw pala, pala ajoute l’idée d’une découverte ou d’une prise de conscience : « Ah, il paraît donc qu’il va pleuvoir. » Chaque particule apporte sa propre nuance, et leur ordre fait partie du rythme naturel de la phrase. Il est préférable de maîtriser d’abord daw/raw seuls avant d’imiter ces combinaisons entendues dans des dialogues authentiques.
Citation exacte ou reformulation
Les guillemets annoncent normalement les mots mêmes de la personne : Sinabi niya, “Ayoko.” (« Il/Elle a dit : “Je ne veux pas.” »). Avec sabi, na ou daw/raw, le locuteur peut reformuler le contenu. Cette différence compte particulièrement à l’écrit : une citation exacte engage le choix précis des mots, tandis qu’un énoncé rapporté résume surtout le message.
On peut donc envisager trois degrés :
- citation directe : les paroles exactes ;
- source nommée avec sabi ou ayon : le contenu est attribué clairement ;
- information marquée par daw/raw : la source existe, mais peut rester implicite.
Ces moyens se recouvrent parfois. Leur choix dépend de ce que l’on veut mettre en avant : les mots exacts, la personne qui parle ou le caractère indirect de l’information.
Conseils pratiques
- Transformez des affirmations par paires. Partez de Masarap ang pagkain (« Le repas est bon »), puis ajoutez la provenance : Masarap daw ang pagkain (« Le repas est bon, paraît-il »). Faites de même avec une forme terminée par une voyelle afin d’alterner daw et raw.
- Repérez le mot juste avant la particule. En écoutant un dialogue tagalog, notez une phrase contenant daw/raw, soulignez le mot précédent et vérifiez son dernier son. Cet exercice rend le choix automatique.
- Changez de point de vue. Inventez une courte citation avec ako, puis rapportez-la avec sabi niya et siya. Ajoutez ensuite une source précise avec sabi ni… ou ayon kay….
Notions liées
- Prérequis : Les conjonctions de base — elles permettent de relier les idées dans un récit ou une explication.
- Étape suivante : Les particules du discours : nga, naman, kasi, pala, daw — pour nuancer plus finement l’insistance, le contraste, la cause, la découverte et l’information rapportée.
Prérequis
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