Les couleurs en gallois
Lliwiau
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.
En bref
En gallois, la couleur vient normalement après le nom : car coch, « une voiture rouge ». Après un nom féminin singulier, elle subit généralement une mutation douce : cath ddu, « un chat noir », mais ci du, « un chien noir ». Pour dire qu’une chose est d’une certaine couleur, on emploie yn devant l’adjectif : Mae’r car yn goch, « La voiture est rouge. »
Vue d’ensemble
Les mots de couleur gallois sont le plus souvent des adjectifs, c’est-à-dire des mots qui donnent une caractéristique à un nom. Ils permettent dès le niveau A1 de reconnaître un objet, de choisir un vêtement ou de décrire un animal : y drws gwyrdd « la porte verte », crys glas « une chemise bleue », blodau melyn « des fleurs jaunes ».
Leur place ne déroute pas beaucoup les francophones, car le français met lui aussi la plupart des couleurs après le nom. La différence essentielle se trouve ailleurs. Le français marque souvent le genre et le nombre à la fin de l’adjectif : « blanc, blanche, blancs, blanches ». Le gallois ne reproduit pas ce système. Avec un nom féminin singulier, il change plutôt le début de la couleur par une mutation initiale : du devient ddu, coch devient goch et gwyrdd devient wyrdd.
Une seconde construction est indispensable : la couleur peut compléter le nom directement, comme dans y car coch « la voiture rouge », ou former ce que l’on affirme à son sujet, comme dans Mae’r car yn goch « La voiture est rouge ». Dans ce dernier cas, yn est une particule de liaison — un petit mot grammatical reliant ici le sujet à sa propriété — et provoque lui aussi une mutation. Ces deux raisons de muter doivent être distinguées.
Fonctionnement
Les couleurs de base
Voici un premier répertoire utile. Les formes de la deuxième colonne sont celles que l’on cherche dans un dictionnaire.
| Français | Forme galloise | Exemple simple |
|---|---|---|
| rouge | coch | car coch — une voiture rouge |
| bleu | glas | llyfr glas — un livre bleu |
| vert | gwyrdd | drws gwyrdd — une porte verte |
| noir | du | ci du — un chien noir |
| blanc | gwyn | tŷ gwyn — une maison blanche |
| jaune | melyn | blodau melyn — des fleurs jaunes |
| orange | oren | crys oren — une chemise orange |
| rose | pinc | car pinc — une voiture rose |
| violet | porffor | crys porffor — une chemise violette |
| gris | llwyd | car llwyd — une voiture grise |
| marron | brown | esgidiau brown — des chaussures marron |
Le gallois n’a pas d’article indéfini équivalent à « un » ou « une ». Ainsi, car coch peut suffire pour « une voiture rouge ». L’article défini possède les formes y, yr et ’r : y car coch signifie « la voiture rouge ».
La structure débutante : nom + couleur
La règle la plus sûre est de commencer par ce que l’on décrit, puis d’ajouter la couleur.
| Structure | Gallois | Français |
|---|---|---|
| nom masculin singulier + couleur | ci du | un chien noir |
| nom féminin singulier + couleur mutée | cath ddu | un chat noir / une chatte noire |
| article + nom + couleur | y drws gwyrdd | la porte verte |
| nom pluriel + couleur | blodau melyn | des fleurs jaunes |
Il ne faut pas déduire le genre gallois du genre français. Car est masculin en gallois, alors que « voiture » est féminin en français : on dit donc car coch, sans mutation de coch. Inversement, cadair « chaise » est féminin et donne cadair goch. Le genre grammatical est simplement la catégorie masculine ou féminine attribuée au nom dans la langue ; il vaut mieux l’apprendre en même temps que chaque nouveau nom.
Après un nom féminin singulier
Une couleur placée directement après un nom féminin singulier subit normalement la mutation douce si son initiale peut changer. Le sens de la couleur reste identique : seule sa forme visible et sonore est modifiée.
| Forme de base | Après un féminin singulier | Exemple | Traduction |
|---|---|---|---|
| coch | goch | cadair goch | une chaise rouge |
| glas | las | sgert las | une jupe bleue |
| gwyrdd | werdd | cadair werdd | une chaise verte |
| du | ddu | cath ddu | un chat noir / une chatte noire |
| pinc | binc | sgert binc | une jupe rose |
| porffor | borffor | ffrog borffor | une robe violette |
| llwyd | lwyd | cadair lwyd | une chaise grise |
| oren | oren | sgert oren | une jupe orange |
Les changements illustrent plusieurs branches de la mutation douce : c → g, d → dd, p → b, ll → l, tandis que le g de glas disparaît. Une voyelle initiale ne peut pas subir ce changement, d’où sgert oren.
Trois couleurs fréquentes demandent une attention particulière parce qu’elles possèdent aussi une forme féminine traditionnelle :
- gwyn « blanc » devient d’abord gwen ; après la mutation attendue dans le groupe nominal, on obtient wen : tŷ gwyn mais cath wen ;
- melyn « jaune » devient melen, puis felen après mutation : car melyn mais cadair felen ;
- gwyrdd « vert » devient gwerdd, puis werdd après mutation : drws gwyrdd mais cadair werdd.
Pour commencer, il est plus efficace de retenir cath wen, cadair felen et cadair werdd comme des associations complètes que d’essayer de recalculer chaque étape en parlant.
Au pluriel
La mutation due au genre concerne le féminin singulier. Après un nom pluriel, on revient généralement à la forme de base dans les groupes simples enseignés au début :
- cath ddu → cathod du : un chat noir → des chats noirs ;
- cadair goch → cadeiriau coch : une chaise rouge → des chaises rouges ;
- cadair felen → cadeiriau melyn : une chaise jaune → des chaises jaunes.
Cette règle pratique diffère du français : il ne faut pas ajouter automatiquement une terminaison plurielle à chaque couleur galloise. On rencontre bien des formes adjectivales plurielles dans certains usages, mais elles ne remplacent pas le modèle A1 illustré par blodau melyn.
Dire « être + couleur » avec yn
Pour faire de la couleur l’information principale de la phrase, on utilise le présent de bod « être », puis yn et l’adjectif :
Mae + sujet + yn + couleur.
Dans cette structure, la couleur subit une mutation douce limitée après yn. Cette mutation ne dépend pas du genre du sujet : un chien et un chat donnent tous deux yn ddu.
| Forme de base | Après yn | Phrase | Traduction |
|---|---|---|---|
| coch | yn goch | Mae’r car yn goch. | La voiture est rouge. |
| glas | yn las | Mae’r llyfr yn las. | Le livre est bleu. |
| gwyrdd | yn wyrdd | Mae’r drws yn wyrdd. | La porte est verte. |
| du | yn ddu | Mae’r ci yn ddu. | Le chien est noir. |
| gwyn | yn wyn | Mae’r tŷ yn wyn. | La maison est blanche. |
| melyn | yn felyn | Mae’r car yn felyn. | La voiture est jaune. |
Comparez attentivement :
- y car coch = « la voiture rouge » ;
- Mae’r car yn goch = « La voiture est rouge. »
Dans le premier groupe, car est masculin et coch reste intact. Dans la phrase complète, c’est yn qui fait passer coch à goch. De même, on dit cath ddu parce que cath est féminin, mais Mae’r ci yn ddu alors même que ci est masculin.
À l’oral et après un mot terminé par une voyelle, yn apparaît souvent sous la forme contractée ’n : Mae hi’n las « Elle est bleue ». Il s’agit du même mot grammatical.
Exemples en contexte
| Gallois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Dw i’n gyrru car coch. | Je conduis une voiture rouge. | Car est masculin : coch reste inchangé. |
| Mae hi’n prynu ffrog goch. | Elle achète une robe rouge. | Ffrog est féminin : coch devient goch. |
| Mae cath ddu wrth y drws. | Il y a un chat noir près de la porte. | Mutation après cath, féminin singulier. |
| Mae’r ci du yn yr ardd. | Le chien noir est dans le jardin. | Ci est masculin. |
| Mae’r drws gwyrdd ar gau. | La porte verte est fermée. | Groupe nominal sans mutation de gwyrdd. |
| Mae’r gadair werdd yn y gegin. | La chaise verte est dans la cuisine. | Cadair est féminin ; avec l’article, elle devient aussi gadair. |
| Mae llygaid glas gyda hi. | Elle a les yeux bleus. | Le pluriel llygaid ne déclenche pas la mutation féminine. |
| Mae e’n gwisgo crys oren. | Il porte une chemise orange. | Aucune mutation visible devant une voyelle. |
| Mae blodau melyn ar y bwrdd. | Il y a des fleurs jaunes sur la table. | Forme de base après le pluriel. |
| Dw i eisiau’r sgert binc. | Je veux la jupe rose. | Pinc devient binc après sgert, féminin. |
| Mae’r tŷ yn wyn. | La maison est blanche. | Yn fait disparaître le g initial de gwyn. |
| Mae’r car yn goch, nid yn las. | La voiture est rouge, pas bleue. | Deux couleurs employées après yn. |
| Pa liw ydy’r beic? Mae’r beic yn ddu. | De quelle couleur est le vélo ? Le vélo est noir. | Question et réponse complètes. |
| Mae hi’n chwilio am ffrog borffor. | Elle cherche une robe violette. | Porffor devient borffor après ffrog. |
Erreurs fréquentes
Placer systématiquement la couleur avant le nom
- Incorrect : coch car
- Correct : car coch
- Pourquoi : une couleur qualificative suit normalement le nom en gallois. L’ordre français « une voiture rouge » fournit ici un bon modèle, à condition de ne pas inverser les mots.
Oublier la mutation après un féminin singulier
- Incorrect : cath du
- Correct : cath ddu
- Pourquoi : cath est un nom féminin singulier ; le d initial de du devient donc dd. Apprendre le couple ci du / cath ddu rend cette opposition facile à mémoriser.
Appliquer le genre français au nom gallois
- Incorrect : car goch
- Correct : car coch
- Pourquoi : malgré le féminin de « voiture », car est masculin en gallois. La grammaire galloise ne suit pas le genre de la traduction française.
Garder la forme de base après yn
- Incorrect : Mae’r car yn coch.
- Correct : Mae’r car yn goch.
- Pourquoi : le yn qui relie le sujet à un adjectif provoque ici la mutation de coch. Cette règle s’applique même quand le nom est masculin.
Ajouter une marque plurielle sur le modèle français
- Incorrect : fabriquer une nouvelle terminaison pour traduire « jaunes » dans blodau melyn.
- Correct : blodau melyn
- Pourquoi : au niveau débutant, la couleur reste couramment sous sa forme de base après le nom pluriel. C’est blodau qui porte ici l’information du pluriel.
Confondre gwyn, wen et wyn
- Incorrect : employer une seule forme dans tous les contextes.
- Correct : tŷ gwyn, cath wen, Mae’r tŷ yn wyn.
- Pourquoi : wen appartient au groupe avec un nom féminin singulier ; wyn est la forme mutée après yn. Le contexte grammatical explique la différence.
Remarques d’usage
Pour demander la couleur, on emploie couramment Pa liw...? : Pa liw ydy’r car? « De quelle couleur est la voiture ? » Une réponse avec une phrase complète — Mae’r car yn las — est excellente pour s’entraîner, même si une réponse plus brève est possible dans une conversation réelle.
Les limites entre couleurs ne coïncident pas toujours exactement d’une langue à l’autre. Dans l’usage moderne élémentaire, glas est le mot courant pour « bleu » et gwyrdd pour « vert ». Toutefois, glas possède aussi des emplois plus anciens, littéraires ou liés à certaines réalités naturelles où la traduction peut se rapprocher du gris ou du vert. Le contexte reste donc plus fiable qu’une équivalence isolée.
Les emprunts tels que pinc et brown sont très courants. Comme les autres adjectifs, ils peuvent participer au système de mutation lorsqu’ils se trouvent dans un environnement qui la demande. Il ne faut pas conclure qu’un mot emprunté reste toujours invariable à l’initiale.
Pour aller plus loin
Les points suivants ne sont pas à maîtriser immédiatement en A1, mais ils expliquent des formes que l’on peut rencontrer ensuite.
Pour préciser une nuance, on peut ajouter golau « clair » ou tywyll « foncé » après la couleur : glas golau « bleu clair », glas tywyll « bleu foncé », gwyrdd tywyll « vert foncé ». L’ordre n’est donc pas calqué sur « bleu clair » mot à mot par hasard : la couleur principale vient d’abord, puis sa précision.
Certains adjectifs de couleur ont des formes historiques de genre ou de nombre. Gwyn/gwen, melyn/melen et gwyrdd/gwerdd restent particulièrement visibles dans la langue actuelle. Des pluriels en -ion, comme cochion, peuvent aussi apparaître dans des textes ou des expressions établies. Ils ne doivent pas être produits mécaniquement pour toutes les couleurs : l’usage dépend du mot, du contexte et du registre. La forme simple de l’exemple de référence, blodau melyn, reste un excellent modèle courant.
Enfin, la mutation après yn est dite limitée parce qu’elle n’est pas tout à fait identique à la mutation douce complète après un nom féminin. En particulier, les initiales ll et rh restent normalement intactes après ce yn. On peut donc rencontrer cadair lwyd avec llwyd → lwyd après le nom féminin, mais Mae’r car yn llwyd avec llwyd inchangé après yn. Cette nuance est surtout utile lorsqu’on élargit son vocabulaire au-delà des cinq couleurs de base.
Conseils de pratique
- Mémorisez des triplets plutôt que des mots seuls. Par exemple : ci du — cath ddu — Mae’r ci yn ddu. Vous associez ainsi la forme de base, le féminin singulier et la construction avec yn.
- Décrivez cinq objets visibles. Formez d’abord un groupe nominal (y llyfr glas), puis une phrase (Mae’r llyfr yn las). Vérifiez chaque fois si la mutation vient du genre ou de yn.
- Classez les noms avec leur genre. Faites deux colonnes, par exemple car, ci, tŷ d’un côté et cath, cadair, ffrog de l’autre, puis combinez-les avec coch, du, gwyrdd, gwyn et melyn.
Notions liées
- Prérequis : Les adjectifs de base — place de l’adjectif, genre et accord par mutation.
- À revoir : La mutation douce — tableau complet des changements de consonne et principaux déclencheurs.
- Complément utile : Le genre des noms — apprendre quels noms sont masculins ou féminins en gallois.