A1

La mutation aspirée en gallois

Treiglad Llaes

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.

En bref

La mutation aspirée (treiglad llaes) modifie seulement trois consonnes au début d’un mot : p → ph, t → th et c → ch. Au niveau A1, retenez surtout quatre déclencheurs : ei « son/sa à elle », â « avec », tri « trois » et chwe « six ». Si le mot suivant ne commence pas par p, t ou c, il ne change pas dans cette règle de base.

Vue d’ensemble

En gallois, une mutation initiale est un changement de la première consonne d’un mot provoqué par ce qui le précède. La forme du dictionnaire reste la même, mais sa forme dans la phrase peut varier. Ainsi, ci signifie « chien », tandis que ei chi hi signifie « son chien à elle ». Ce changement grammatical n’a pas d’équivalent direct en français : ajouter « son », « avec » ou un nombre ne modifie normalement pas le début du nom français.

La mutation aspirée est plus petite et plus régulière que la mutation douce : elle ne possède que trois transformations. Elle est pourtant importante, car elle distingue notamment ei « son/sa à elle » de ei « son/sa à lui ». À l’écrit, la consonne mutée peut donc apporter une information que le possessif seul ne montre pas.

Ce point apparaît dès le niveau A1. Pour commencer, il suffit d’appliquer une procédure simple : repérer le mot déclencheur, regarder la première lettre du mot suivant, puis changer p, t ou c si nécessaire. Les autres environnements et certaines particularités de l’usage écrit sont présentés plus loin, dans une partie que l’on peut laisser de côté lors d’une première étude.

Fonctionnement

Les trois changements

Forme de base Forme aspirée Prononciation approximative Exemple
p ph comme f en français pen → ei phen hi
t th langue entre les dents, avec un souffle non voisé tad → ei thad hi
c ch son frotté au fond de la bouche ci → ei chi hi

Les groupes ph, th et ch représentent chacun un son propre en gallois. Il ne faut donc pas prononcer séparément la consonne et un h. En particulier, ph se prononce comme le f français. Pour th, placez légèrement la pointe de la langue entre les dents et laissez passer l’air sans faire vibrer la voix. Pour ch, produisez un frottement plus en arrière dans la bouche ; ce son n’existe pas comme consonne ordinaire en français standard.

Une mutation change l’écriture et la prononciation, mais pas l’identité du mot : tad et thad sont deux formes grammaticales du même nom « père ». Dans un dictionnaire, il faut chercher tad, non thad.

Après ei : « son/sa à elle »

Le possessif ei peut renvoyer aussi bien à un possesseur masculin qu’à un possesseur féminin. C’est la mutation qui aide à les distinguer :

  • ei « son/sa à lui » entraîne normalement la mutation douce : ci → ei gi e ;
  • ei « son/sa à elle » entraîne la mutation aspirée : ci → ei chi hi.

Les pronoms placés après le nom, e/fe/fo pour « lui » et hi pour « elle », sont très utiles pour lever toute ambiguïté. Ils sont courants dans la langue parlée. Le modèle débutant est donc :

ei + nom muté + hi

  • ei phen hi — sa tête à elle
  • ei thad hi — son père à elle
  • ei char hi — sa voiture à elle

Le mot possédé ne prend pas d’article entre ei et le nom. On dit ei char hi, et non une construction calquée sur « sa la voiture ».

Après â : « avec »

La préposition â signifie « avec » dans de nombreux emplois et provoque la mutation aspirée de p, t et c :

  • â + pensil → â phensil — avec un crayon
  • â + teulu → â theulu — avec une famille
  • â + car → â char — avec une voiture

Si le mot commence par une autre consonne, il reste tel quel : â Mari « avec Mari ». Devant une voyelle, on rencontre normalement la variante ag, par exemple ag Elin « avec Elin ». Dans la conversation, gyda est aussi très fréquent pour exprimer « avec » ; il faut apprendre la construction réellement employée dans la phrase plutôt que remplacer automatiquement chaque « avec » français par â.

Après tri : « trois »

Tri s’emploie avec les noms masculins et provoque la mutation aspirée :

  • tri + ci → tri chi — trois chiens
  • tri + tad → tri thad — trois pères
  • tri + peth → tri pheth — trois choses

Après un nombre, le nom gallois reste généralement au singulier grammatical (la forme utilisée pour une seule unité), même si le sens est pluriel : tri chi, littéralement construit avec la forme ci, et non avec le pluriel cŵn.

Avec un nom féminin, « trois » est tair, et il ne faut pas appliquer mécaniquement la règle de tri : tair cath « trois chattes/chats », puisque cath est féminin. Le genre grammatical — la catégorie masculine ou féminine du nom — doit donc être appris avec le vocabulaire.

Après chwe : « six »

Devant un nom, « six » prend la forme chwe et entraîne également la mutation aspirée :

  • chwe + punt → chwe phunt — six livres sterling
  • chwe + torth → chwe thorth — six pains
  • chwe + ci → chwe chi — six chiens

Employé seul, le nombre apparaît généralement sous la forme chwech : Mae chwech yma « Il y en a six ici ». Cette différence entre chwe devant un nom et chwech seul est indépendante de la mutation, mais les deux faits se rencontrent souvent ensemble.

La procédure à suivre

  1. Identifiez un déclencheur : ei féminin, â, tri ou chwe.
  2. Trouvez la forme de base du mot suivant.
  3. S’il commence par p, t ou c, appliquez ph, th ou ch.
  4. Sinon, ne créez aucune mutation aspirée.

Par exemple : tri + peth donne tri pheth. En revanche, tri + bachgen donne tri bachgen, car b ne fait pas partie de cette mutation.

Exemples en contexte

Gallois Français Remarque
Dyma ei chi hi. Voici son chien à elle. ci → chi après ei féminin
Mae ei thad hi yn athro. Son père à elle est professeur. tad → thad
Collodd hi ei phensil hi. Elle a perdu son crayon. pensil → phensil
Es i yno â char. J’y suis allé en voiture. car → char après â
Mae hi’n ysgrifennu â phensil. Elle écrit avec un crayon. pensil → phensil
Dw i’n gweithio â phump o bobl. Je travaille avec cinq personnes. pump → phump après â
Mae tri chi yn y parc. Il y a trois chiens dans le parc. ci → chi après tri
Prynais i tri pheth. J’ai acheté trois choses. peth → pheth
Gwelon ni dri bachgen. Nous avons vu trois garçons. Mutation douce de tout le groupe après le verbe ; bachgen ne subit pas la mutation aspirée
Mae tair cath yn cysgu. Trois chats dorment. tair avec le nom féminin cath
Prynon ni chwe thorth. Nous avons acheté six pains. torth → thorth après chwe
Mae chwe phlentyn yn chwarae. Six enfants jouent. plentyn → phlentyn
Mae chwe brawddeg ar y dudalen. Il y a six phrases sur la page. Pas de changement : le mot commence par b

L’exemple gwelon ni dri bachgen montre que plusieurs règles peuvent se suivre. Le groupe de quantité tri bachgen est d’abord construit avec tri ; comme bachgen commence par b, la mutation aspirée ne le touche pas. Dans la phrase complète, tri devient toutefois dri sous l’effet d’une autre règle, la mutation douce. Il est utile de traiter chaque changement séparément plutôt que d’essayer de deviner toute la forme d’un seul coup.

Erreurs fréquentes

Confondre mutation aspirée et simple ajout de h

  • Incorrect : ei phealth hi
  • Correct : ei phen hi
  • Pourquoi : p est remplacé par ph ; on ne conserve pas p pour lui ajouter un son quelconque. De même, t → th et c → ch.

Appliquer la règle à toutes les consonnes

  • Incorrect : chwe fhrawddeg
  • Correct : chwe brawddeg
  • Pourquoi : la mutation aspirée ne concerne que p, t et c. Un mot commençant par b, d, g, m, ll ou rh ne change pas à cause de cette règle.

Employer la mutation douce après ei féminin

  • Incorrect : ei gi hi pour « son chien à elle »
  • Correct : ei chi hi
  • Pourquoi : ei masculin entraîne la mutation douce (ei gi e), tandis que ei féminin entraîne la mutation aspirée (ei chi hi). Le pronom final confirme le possesseur.

Utiliser tri avec n’importe quel nom

  • Incorrect : tri chath
  • Correct : tair cath
  • Pourquoi : cath est un nom féminin ; on emploie donc tair, et non tri. La forme du nombre et la mutation dépendent ici du genre du nom.

Mettre le nom au pluriel après un nombre

  • Incorrect : tri chŵn
  • Correct : tri chi
  • Pourquoi : après un nombre cardinal comme tri ou chwe, le gallois emploie normalement la forme singulière du nom : ci, et non cŵn.

Oublier la mutation dans la recherche au dictionnaire

  • Mauvaise stratégie : chercher uniquement phlentyn ou thad.
  • Bonne stratégie : rétablir p, t ou c, puis chercher plentyn ou tad.
  • Pourquoi : les dictionnaires classent habituellement le mot sous sa forme non mutée.

Remarques d’usage

Dans le gallois courant, gyda est très fréquent au sens de « avec », surtout dans le nord, tandis que â reste courant dans de nombreuses expressions, dans l’écrit et selon les régions. Les deux formes ne se comportent pas de façon identique : apprenez donc â + mutation aspirée comme un patron complet, sans supposer que toute autre préposition impose la même mutation.

La distinction entre ei gi e « son chien à lui » et ei chi hi « son chien à elle » est particulièrement utile à l’écrit. À l’oral, le pronom renforçant e/fe/fo ou hi rend souvent le sens encore plus clair. Les variantes e, fe et fo reflètent notamment des préférences régionales ; cela ne change pas la règle centrale concernant ei féminin.

Enfin, ne vous laissez pas tromper par le terme français « aspirée ». Il s’agit du nom traditionnel de la mutation, pas d’une consigne consistant à souffler un h après chaque consonne. Les résultats ph, th et ch ont leurs propres prononciations.

Pour aller plus loin

Cette partie n’est pas à mémoriser immédiatement au niveau A1, mais elle aide à reconnaître des formes rencontrées plus tard.

Devant une voyelle, le possessif ei féminin peut ajouter h- : enw « nom » devient ei henw hi « son nom à elle ». On parle souvent de préfixation de h plutôt que de l’un des trois changements consonantiques p/t/c. Comparez ei enw e « son nom à lui » et ei henw hi « son nom à elle ». Ce h- constitue donc un autre indice du possesseur féminin.

D’autres mots peuvent provoquer la mutation aspirée dans un gallois plus étendu. La conjonction a « et » en est un exemple fréquent : te a choffi « du thé et du café », avec coffi → choffi. On rencontre aussi des systèmes dits de mutation mixte dans certains tournures formelles : p, t, c y prennent les formes aspirées tandis que d’autres consonnes suivent une autre série. Ces patrons appartiennent à une étude plus avancée et ne doivent pas brouiller la règle de départ fondée sur ei, â, tri et chwe.

Les mutations peuvent enfin agir sur un groupe déjà construit. Un nombre ou un autre premier élément peut lui-même changer à cause de la syntaxe de la phrase, sans annuler la relation entre le nombre et le nom. Pour analyser une forme complexe, partez du petit groupe — par exemple tri chi — puis observez ce qui lui arrive dans la phrase entière.

Conseils de pratique

  1. Travaillez par familles de trois. Prenez un nom en p, un en t et un en c, puis faites-les passer ensemble par la mutation : pen/phen, tad/thad, ci/chi. Prononcez chaque paire à voix haute.
  2. Fabriquez quatre séries courtes. Écrivez trois exemples avec ei … hi, trois avec â, trois avec tri et trois avec chwe. Ajoutez aussi un mot commençant par une autre consonne afin de vous entraîner à ne rien changer quand aucune mutation n’est possible.
  3. Remontez à la forme du dictionnaire. Quand vous lisez ph, th ou ch après un déclencheur, testez mentalement p, t ou c. Cette habitude facilite à la fois la compréhension, la recherche de vocabulaire et l’orthographe.

Notions liées

  • Prérequis : La mutation douce — indispensable pour comparer ei gi e « son chien à lui » et ei chi hi « son chien à elle », et pour comprendre d’autres changements initiaux.

Prérequis

La mutation douce en galloisA1

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