Le faire causatif en français
Faire Causatif
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.
En bref
Le faire causatif se construit avec faire + infinitif : le sujet ne réalise pas forcément l’action lui-même, mais il la commande, la provoque ou en est la cause. Ainsi, Je fais réparer ma voiture signifie qu’une autre personne répare la voiture à ma demande. Avec se faire + infinitif, le sujet reçoit ou subit l’action : Elle se fait couper les cheveux ; Il s’est fait voler son portefeuille.
Vue d’ensemble
Le verbe faire signifie souvent « fabriquer » ou « accomplir » : faire un gâteau, faire ses devoirs. Dans la construction causative, son rôle est différent. Il est suivi immédiatement d’un infinitif (la forme non conjuguée du verbe, comme venir, lire ou réparer) et indique qu’une personne provoque l’action sans nécessairement l’exécuter. Cette structure permet donc de distinguer Je répare ma voiture — je fais moi-même le travail — de Je fais réparer ma voiture — je confie ce travail à quelqu’un.
Ce tour est très courant dans la vie quotidienne : on fait livrer un colis, on fait venir un médecin, on fait garder les enfants ou on se fait couper les cheveux. Il sert aussi à exprimer une contrainte (Le professeur fait recommencer l’exercice aux élèves) ou une conséquence (Cette histoire me fait rire). Au niveau B1, l’essentiel est de reconnaître la structure, de conjuguer seulement faire et de placer correctement les compléments.
Deux participants peuvent être distingués. Le causateur est celui qui commande ou provoque l’action ; il est le sujet du verbe faire. L’agent est celui qui accomplit concrètement l’action. Dans Léa fait réparer son vélo par un mécanicien, Léa est le causateur, le vélo reçoit l’action et le mécanicien est l’agent.
Comment ça marche
La structure de base
La construction suit ce modèle :
sujet + faire conjugué + infinitif + complément(s)
| Fonction | Exemple | Explication |
|---|---|---|
| Action réalisée par le sujet | Nora répare son ordinateur. | Nora effectue elle-même la réparation. |
| Action confiée à quelqu’un | Nora fait réparer son ordinateur. | Nora demande ou organise la réparation. |
| Agent précisé | Nora fait réparer son ordinateur par un technicien. | Le technicien effectue la réparation. |
Seul faire se conjugue. Le second verbe reste toujours à l’infinitif :
| Temps ou mode | Exemple | Valeur |
|---|---|---|
| Présent | Je fais livrer les courses. | Organisation actuelle ou habituelle |
| Passé composé | J’ai fait livrer les courses. | Action organisée dans le passé |
| Imparfait | Je faisais livrer les courses. | Habitude ou situation passée |
| Futur simple | Je ferai livrer les courses. | Projet futur |
| Conditionnel | Je ferais vérifier ce document. | Conseil ou hypothèse |
| Impératif | Faites vérifier ce document. | Consigne |
On ne conjugue donc jamais les deux verbes. On dit Elle fait construire une maison, et non elle fait construit.
Quand l’infinitif n’a pas de complément d’objet direct
Le complément d’objet direct, souvent abrégé en COD, désigne la personne ou la chose directement touchée par l’action, sans préposition. Quand le verbe à l’infinitif n’a pas déjà de COD, la personne qui accomplit l’action se place généralement directement après l’infinitif :
- Je fais venir Paul.
- La directrice fait entrer les visiteurs.
- Cette musique fait danser les enfants.
Paul vient, les visiteurs entrent et les enfants dansent. Avec un pronom, ce participant devient un pronom direct placé avant faire : Je le fais venir ; La directrice les fait entrer.
Quand l’infinitif a déjà un complément d’objet direct
Si l’infinitif possède déjà un COD, l’agent humain est généralement introduit par à :
- La professeure fait lire ce roman aux étudiants.
- Nous faisons visiter la ville à nos amis.
- Il fait manger des légumes aux enfants.
Dans la première phrase, ce roman est ce qu’on lit ; aux étudiants indique qui lit. Ce dernier groupe est un complément indirect (un complément introduit ici par à).
On peut aussi employer par, surtout pour mettre en avant l’exécutant ou pour éviter une ambiguïté :
- Nous faisons traduire le contrat par une spécialiste.
- Elle a fait réparer la fuite par le plombier.
Avec à, on présente volontiers la personne comme celle à qui l’on fait accomplir l’action. Avec par, on insiste plus nettement sur l’auteur effectif du travail. Dans de nombreuses situations, on ne précise aucun agent parce qu’il est évident ou sans importance : Nous faisons repeindre la cuisine.
La place des pronoms
Le groupe faire + infinitif fonctionne comme un ensemble. Les pronoms compléments se placent normalement devant la forme conjuguée de faire, et non devant l’infinitif :
| Groupe nominal | Avec un pronom |
|---|---|
| Je fais réparer la voiture. | Je la fais réparer. |
| Je fais venir mes voisins. | Je les fais venir. |
| Je fais lire le rapport à Léa. | Je le lui fais lire. |
| Nous avons fait visiter le musée aux enfants. | Nous le leur avons fait visiter. |
Dans Je le lui fais lire, le remplace le rapport et lui remplace à Léa. Dans un temps composé, les pronoms restent devant l’auxiliaire : Je le lui ai fait lire.
La négation encadre le verbe conjugué ou l’auxiliaire : Je ne fais pas réparer la voiture ici ; Elle ne s’est pas fait couper les cheveux.
Se faire + infinitif
Avec se faire + infinitif, le sujet reçoit l’action. Le pronom réfléchi — me, te, se, nous, vous, se — renvoie au sujet :
| Personne | Présent | Passé composé |
|---|---|---|
| je | je me fais examiner | je me suis fait examiner |
| tu | tu te fais aider | tu t’es fait aider |
| il / elle / on | il se fait accompagner | elle s’est fait accompagner |
| nous | nous nous faisons livrer | nous nous sommes fait livrer |
| vous | vous vous faites conseiller | vous vous êtes fait conseiller |
| ils / elles | ils se font photographier | elles se sont fait photographier |
Cette structure a deux lectures fréquentes :
- un service choisi ou organisé : Je me fais couper les cheveux ;
- un événement subi, souvent désagréable : Il s’est fait voler son sac ; Elle s’est fait arrêter.
Le contexte indique si le sujet a voulu l’action. Se faire photographier peut être volontaire, alors que se faire cambrioler ne l’est normalement pas.
Exemples en contexte
| Exemple en français | Sens ou reformulation | Remarque |
|---|---|---|
| Je fais réparer ma voiture avant le départ. | Je confie la réparation à quelqu’un. | L’agent n’est pas précisé. |
| Elle fait construire une maison près de Nantes. | Une entreprise construit une maison à sa demande. | Projet organisé par le sujet. |
| Le responsable fait venir un technicien cet après-midi. | Il demande au technicien de venir. | Venir n’a pas de COD. |
| Cette chanson fait danser tout le monde. | Cette chanson provoque l’envie de danser. | Cause, sans ordre explicite. |
| La professeure fait relire le texte aux élèves. | Les élèves doivent relire le texte. | Le texte est COD ; les élèves sont introduits par à. |
| Nous ferons traduire le contrat par une juriste. | Une juriste traduira le contrat pour nous. | Par précise l’exécutante. |
| Je la fais nettoyer une fois par an. | Je confie son nettoyage à quelqu’un. | La remplace une chose, par exemple la chaudière. |
| Il s’est fait couper les cheveux hier. | Quelqu’un lui a coupé les cheveux à sa demande. | Service choisi. |
| Vous vous faites livrer vos repas au bureau. | Un service apporte vos repas au bureau. | Habitude ou service organisé. |
| Je me suis fait voler. | Quelqu’un m’a volé ; le contexte précise souvent ce qui a été pris. | Événement subi. |
| Elle s’est fait voler son téléphone dans le métro. | Quelqu’un lui a pris son téléphone. | L’objet volé est exprimé. |
| Nous avons fait refaire les clés. | Nous avons demandé qu’on fabrique de nouvelles clés. | Deux infinitifs peuvent se suivre. |
| Le bruit a fait pleurer le bébé. | Le bruit a provoqué les pleurs du bébé. | Conséquence involontaire. |
| Faites vérifier votre vue régulièrement. | Demandez à un professionnel de contrôler votre vue. | Impératif employé comme conseil. |
Erreurs fréquentes
Conjuguer le deuxième verbe
- Incorrect : Elle fait construit une maison.
- Correct : Elle fait construire une maison.
- Pourquoi : seul faire se conjugue ; le verbe qui exprime l’action reste à l’infinitif.
Placer un pronom devant l’infinitif
- Incorrect : Je fais la réparer demain.
- Correct : Je la fais réparer demain.
- Pourquoi : dans cette construction, le pronom complément se place devant faire. Au passé, on dira Je l’ai fait réparer.
Oublier à quand l’infinitif a déjà un COD
- À éviter : La professeure fait lire le texte les élèves.
- Correct : La professeure fait lire le texte aux élèves.
- Pourquoi : le texte est déjà le COD de lire. Les personnes qui lisent sont alors introduites par à ; on peut aussi reformuler : La professeure demande aux élèves de lire le texte.
Accorder fait devant un infinitif
- Incorrect : Les robes que j’ai faites retoucher.
- Correct : Les robes que j’ai fait retoucher.
- Pourquoi : le participe passé fait reste invariable lorsqu’il est immédiatement suivi d’un infinitif. Cela vaut aussi avec se faire : Elles se sont fait photographier.
Confondre faire et se faire
- Incorrect pour parler d’un service reçu : Je fais couper les cheveux.
- Correct : Je me fais couper les cheveux.
- Pourquoi : le pronom me indique que mes propres cheveux sont concernés. Sans complément clair, je fais couper signifie seulement que j’organise l’action.
Comprendre se faire comme une action toujours volontaire
- Interprétation erronée : Il s’est fait voler son portefeuille voudrait dire qu’il a demandé le vol.
- Interprétation correcte : il a subi le vol.
- Pourquoi : se faire + infinitif peut désigner un service voulu, mais aussi un événement subi. Le sens du verbe et la situation permettent de trancher.
Notes d’usage
Dans la conversation, faire + infinitif est souvent plus naturel qu’une longue formulation avec demander à quelqu’un de. Je fais installer la fibre mardi met l’accent sur le résultat et l’organisation ; J’ai demandé au technicien d’installer la fibre mardi met davantage l’accent sur la demande et nomme l’interlocuteur.
Pour un service professionnel, l’agent reste très souvent implicite : se faire vacciner, faire réviser sa voiture, faire nettoyer un manteau. Il n’est pas nécessaire d’ajouter par le médecin, par le garagiste ou par le pressing si la situation suffit à l’identifier.
Le tour se faire + infinitif est particulièrement fréquent pour raconter une mésaventure : se faire arnaquer, se faire refuser l’entrée, se faire prendre son téléphone. Il appartient aussi bien à la langue courante qu’à des contextes plus formels, mais certains verbes familiers donnent naturellement une phrase familière. Dans un texte administratif ou très neutre, on peut préférer une tournure passive : Sa demande a été refusée plutôt que Il s’est fait refuser sa demande.
Enfin, faire + infinitif n’indique pas toujours un ordre conscient. Dans Le soleil fait fondre la neige ou Son accent me fait sourire, le sujet est simplement la cause d’un changement ou d’une réaction.
Pour aller plus loin
Faire faire : une répétition parfaitement correcte
Deux occurrences de faire peuvent se suivre lorsque l’action elle-même est exprimée par le verbe faire :
- Je fais faire un double des clés.
- La direction a fait faire une enquête indépendante.
- Nous ferons faire les travaux au printemps.
La répétition peut sembler lourde, mais elle est grammaticale et courante. Le premier faire est causatif ; le second signifie « réaliser » ou « fabriquer ».
Le choix entre à et par
Les deux prépositions ne sont pas toujours interchangeables sans nuance. Comparez :
- Le professeur fait réciter le poème aux élèves : les élèves reçoivent la consigne et récitent ;
- Le professeur fait enregistrer le poème par une comédienne : la comédienne est présentée comme l’exécutante choisie.
À est particulièrement naturel quand une personne est amenée à accomplir l’action, notamment dans un cadre éducatif ou hiérarchique. Par identifie clairement l’auteur du travail et convient bien à une prestation. Si la phrase devient difficile à comprendre, une proposition avec demander à, obliger à ou charger de est souvent préférable.
L’invariabilité de fait
Devant un infinitif, fait ne s’accorde jamais :
- La chanson qu’elle a fait écouter ;
- Les témoins qu’on a fait venir ;
- Elles se sont fait accompagner.
Cette règle est utile parce que le nom placé avant peut donner envie d’ajouter -e ou -s. En revanche, lorsque fait n’est pas suivi d’un infinitif, les règles ordinaires de l’accord peuvent s’appliquer : les erreurs qu’elle a faites. C’est donc la présence de l’infinitif qui permet de choisir.
Causalité, permission et contrainte
Selon le contexte, la même structure peut exprimer des relations différentes :
- provoquer : Cette nouvelle l’a fait sourire ;
- ordonner ou obliger : On lui a fait recommencer le formulaire ;
- organiser un service : Nous avons fait installer une alarme ;
- laisser survenir, dans quelques expressions : Faites-moi savoir votre décision.
Le faire causatif ne précise donc pas, à lui seul, si l’action est librement acceptée, imposée ou simplement causée. Pour lever un doute important, choisissez un verbe plus précis : demander, obliger, autoriser, convaincre ou charger quelqu’un de.
Conseils pratiques
- Transformez des actions ordinaires. Partez de Le mécanicien répare ma voiture, puis construisez Je fais réparer ma voiture par le mécanicien. Faites le même exercice avec livrer, installer, traduire, nettoyer et venir.
- Travaillez les pronoms par étapes. Dites d’abord Je fais lire le message à Léa, puis remplacez un complément à la fois : Je le fais lire à Léa, Je lui fais lire le message, enfin Je le lui fais lire.
- Classez les exemples avec se faire. Pendant une écoute ou une lecture, notez les occurrences dans deux colonnes : action choisie (se faire conseiller) et événement subi (se faire surprendre). Cette habitude aide à interpréter le tour grâce au contexte.
Notions liées
- Prérequis : Le verbe faire — ses formes conjuguées servent de base à toute la construction causative.