Le conditionnel présent en français
Conditionnel Présent
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de français sur Settemila Lingue.
En bref
Le conditionnel présent se forme avec le radical du futur simple et les terminaisons de l’imparfait : je parlerais, nous finirions, ils viendraient. Il sert surtout à présenter une action comme possible ou imaginaire, à formuler une demande avec politesse et à exprimer un futur vu depuis un moment passé. Dans une hypothèse avec si, on dit si + imparfait, conditionnel présent : Si j’avais le temps, je voyagerais.
Vue d’ensemble
Le conditionnel présent est une forme verbale qui présente souvent l’action selon l’attitude de la personne qui parle : possibilité, distance, souhait ou conseil. La grammaire scolaire le décrit généralement comme un mode, tandis que certaines analyses modernes le rattachent aux temps de l’indicatif ; cette différence de classement ne change ni sa formation ni ses emplois. Malgré son nom, il ne situe pas toujours l’action dans le présent. Dans Il a dit qu’il viendrait le lendemain, viendrait désigne une arrivée future par rapport à un moment du passé. Dans À ta place, je partirais, il exprime plutôt un conseil fondé sur une situation imaginaire.
Ce point apparaît généralement au niveau B1, une fois le futur simple connu. Le lien entre les deux formes est très utile : je viendrai annonce un fait futur, tandis que je viendrais le présente comme dépendant d’une condition, envisagé avec prudence ou vu depuis le passé. À l’oral, le contexte permet souvent de les distinguer ; à l’écrit, il faut surtout surveiller les terminaisons.
Le conditionnel est très fréquent dans la vie quotidienne. Il permet de demander quelque chose sans donner l’impression d’exiger (Je voudrais réserver une table), de conseiller (Vous devriez vous reposer), d’imaginer (On habiterait près de la mer) ou de rapporter une prévision ancienne (Elle pensait que le train arriverait à huit heures).
Comment ça marche
La formule de base
La construction combine deux éléments déjà connus :
radical du futur simple + terminaisons de l’imparfait
| Personne | Terminaison | Exemple avec parler |
|---|---|---|
| je | -ais | je parlerais |
| tu | -ais | tu parlerais |
| il, elle, on | -ait | il parlerait |
| nous | -ions | nous parlerions |
| vous | -iez | vous parleriez |
| ils, elles | -aient | elles parleraient |
Le radical est la partie du verbe à laquelle on ajoute la terminaison. Pour la plupart des verbes en -er et en -ir, on conserve l’infinitif entier : parler- et finir-. Pour les verbes en -re, on retire le e final : vendre → vendr-, attendre → attendr-.
Trois modèles réguliers complets
| Personne | parler | finir | vendre |
|---|---|---|---|
| je | parlerais | finirais | vendrais |
| tu | parlerais | finirais | vendrais |
| il, elle, on | parlerait | finirait | vendrait |
| nous | parlerions | finirions | vendrions |
| vous | parleriez | finiriez | vendriez |
| ils, elles | parleraient | finiraient | vendraient |
Ces terminaisons sont identiques pour tous les verbes, y compris les verbes irréguliers. Seul le radical peut changer.
Les principaux radicaux irréguliers
Les irrégularités sont les mêmes qu’au futur simple. Si l’on connaît je serai, j’aurai, j’irai, on peut former directement je serais, j’aurais, j’irais.
| Infinitif | Radical | Exemple au conditionnel |
|---|---|---|
| être | ser- | nous serions |
| avoir | aur- | tu aurais |
| aller | ir- | j’irais |
| faire | fer- | vous feriez |
| venir | viendr- | elle viendrait |
| tenir | tiendr- | ils tiendraient |
| pouvoir | pourr- | on pourrait |
| vouloir | voudr- | je voudrais |
| devoir | devr- | tu devrais |
| savoir | saur- | vous sauriez |
| voir | verr- | nous verrions |
| envoyer | enverr- | j’enverrais |
| recevoir | recevr- | elle recevrait |
| courir | courr- | ils courraient |
| mourir | mourr- | il mourrait |
| falloir | faudr- | il faudrait |
| pleuvoir | pleuvr- | il pleuvrait |
Falloir et pleuvoir sont surtout employés à la troisième personne du singulier : il faudrait, il pleuvrait.
La négation et les pronoms
Le conditionnel se comporte comme un temps simple. La négation encadre le verbe conjugué : Je ne viendrais pas seul. Les pronoms compléments (les petits mots qui remplacent la personne ou la chose concernée) se placent avant le verbe : *Tu pourrais **m’*aider ? ; Je le lui expliquerais volontiers.
Avec un infinitif, le pronom dépendant de cet infinitif reste généralement devant celui-ci : Je voudrais vous parler ; Nous pourrions nous retrouver demain.
Le modèle avec si
Pour imaginer une situation présente ou future considérée comme peu probable, irréelle ou simplement contraire à la réalité actuelle, on emploie :
si + imparfait → conditionnel présent
Si j’avais une voiture, je partirais plus souvent à la campagne.
La proposition introduite par si énonce la condition ; l’autre proposition donne la conséquence. Leur ordre peut changer sans modifier les temps : Je partirais plus souvent à la campagne si j’avais une voiture. On ne met normalement pas le conditionnel juste après ce si hypothétique.
Exemples en contexte
| Exemple en français | Sens ou reformulation | Emploi |
|---|---|---|
| Je voudrais un café, s’il vous plaît. | Je souhaite commander un café. | Demande polie |
| Pourriez-vous fermer la fenêtre ? | Est-ce que vous accepteriez de fermer la fenêtre ? | Demande formelle |
| Tu pourrais m’aider à porter ces cartons ? | Je te demande ton aide sans te l’imposer. | Demande atténuée |
| À ta place, je vérifierais l’adresse. | Mon conseil est de vérifier l’adresse. | Conseil |
| Vous devriez vous reposer quelques jours. | Il serait préférable que vous vous reposiez. | Recommandation |
| Si j’avais le temps, je voyagerais davantage. | Je ne dispose pas d’assez de temps actuellement. | Hypothèse présente |
| S’il faisait beau demain, nous déjeunerions dehors. | Le déjeuner dehors dépend d’une météo favorable. | Hypothèse future incertaine |
| Sans ton aide, je n’y arriverais pas. | Ton aide est nécessaire à ma réussite. | Condition exprimée sans si |
| Il a dit qu’il viendrait après le travail. | Dans le passé, il a annoncé sa venue ultérieure. | Futur dans le passé |
| Nous pensions que le magasin fermerait à vingt heures. | La fermeture était future par rapport à notre pensée. | Prévision rapportée |
| J’aimerais apprendre à jouer du piano. | J’exprime un souhait personnel. | Souhait |
| On pourrait prendre le train de neuf heures. | Je propose cette possibilité au groupe. | Suggestion |
| D’après la presse, l’entreprise supprimerait cinquante postes. | L’information est rapportée sans être confirmée ici. | Information non confirmée |
| Au cas où tu aurais un problème, appelle-moi. | Appelle-moi si un problème se présente. | Précaution |
Erreurs fréquentes
Mettre le conditionnel après le si de l’hypothèse
- Incorrect : Si j’aurais plus de temps, je lirais davantage.
- Correct : Si j’avais plus de temps, je lirais davantage.
- Pourquoi : dans ce modèle, la condition prend l’imparfait et la conséquence prend le conditionnel présent : si j’avais → je lirais.
Employer les terminaisons du futur simple
- Incorrect pour une hypothèse : À ta place, je partirai plus tôt.
- Correct : À ta place, je partirais plus tôt.
- Pourquoi : je partirai en -ai annonce un futur ; je partirais en -ais donne un conseil ou une conséquence éventuelle. À l’écrit, cette seule lettre change le sens.
Fabriquer un mauvais radical
- Incorrect : Je voudais réserver. / Nous pouvions venir si nous finissions tôt.
- Correct : Je voudrais réserver. / Nous pourrions venir si nous finissions tôt.
- Pourquoi : vouloir prend le radical voudr- et pouvoir le radical pourr-. Il faut ajouter les terminaisons sans supprimer les consonnes du radical.
Confondre les terminaisons de nous et de vous
- Incorrect : Nous aimeriez rester.
- Correct : Nous aimerions rester.
- Pourquoi : nous se termine par -ions et vous par -iez, comme à l’imparfait.
Utiliser une demande polie sans point d’interrogation ni intonation adaptée
- Mal adapté : Vous pourriez attendre ici. si l’on veut réellement poser une question.
- Mieux : Vous pourriez attendre ici ? ou Pourriez-vous attendre ici ?
- Pourquoi : la forme conditionnelle atténue la demande, mais la construction et l’intonation indiquent encore s’il s’agit d’une question, d’une suggestion ou d’une simple affirmation.
Remarques d’usage
Politesse et degré de distance
Je voudrais est l’une des tournures les plus usuelles pour commander, réserver ou demander un renseignement. Elle est polie sans être excessivement soutenue : Je voudrais deux billets pour Lyon. J’aimerais convient bien à un souhait ou à une demande plus personnelle : J’aimerais vous poser une question.
Avec pouvoir, l’inversion donne une formulation soignée : Pourriez-vous répéter ? À l’oral courant, Vous pourriez répéter ? est également naturel. Le conditionnel ne remplace toutefois pas les marques ordinaires de courtoisie : s’il vous plaît, une salutation et un ton adapté restent importants.
Conseil, suggestion et reproche
Devoir au conditionnel sert souvent à conseiller : Tu devrais appeler le médecin. Selon le ton, la même forme peut devenir un reproche léger : Tu devrais répondre à tes messages. Pouvoir propose une option moins directive : On pourrait commencer plus tôt.
Le choix du conditionnel ne rend donc pas automatiquement une phrase aimable. Vous devriez mieux travailler peut sembler sévère ; le contexte et la relation entre les personnes comptent autant que la conjugaison.
Prononciation et orthographe
Dans une grande partie de la francophonie, je parlerais, tu parlerais, il parlerait et ils parleraient ont la même terminaison prononcée, proche de è. Les lettres finales ne s’entendent pas, mais elles indiquent la personne à l’écrit. Nous parlerions et vous parleriez ont des terminaisons nettement audibles.
La distinction orale entre le futur je parlerai et le conditionnel je parlerais varie selon les régions et les locuteurs. Il est donc risqué de s’appuyer uniquement sur le son : la condition, le repère temporel et le reste de la phrase donnent souvent l’indice décisif.
Pour aller plus loin
Le futur vu depuis le passé
Dans le discours indirect (quand on rapporte les paroles ou la pensée de quelqu’un), un futur peut devenir un conditionnel si le point de départ est passé :
- Léa dit : « Je viendrai demain. » → Léa dit qu’elle viendra demain.
- Léa a dit : « Je viendrai demain. » → Léa a dit qu’elle viendrait le lendemain.
Le conditionnel ne rend pas ici la venue hypothétique à lui seul. Il marque d’abord une action future par rapport au verbe passé a dit. Les repères de temps peuvent aussi changer : demain devient souvent le lendemain, selon le moment où l’on rapporte les paroles.
L’information rapportée avec prudence
Les médias emploient le conditionnel pour attribuer une information à une source sans la présenter comme définitivement vérifiée : Le suspect se trouverait à l’étranger. Cette forme signifie approximativement « selon les informations disponibles ». Elle ne prouve pas que l’information est fausse ; elle signale une distance prudente de la personne qui écrit ou parle.
Dans un texte clair, il vaut mieux préciser la source : Selon plusieurs témoins, le véhicule serait parti vers minuit. Le conditionnel seul ne dit ni qui affirme le fait ni sur quels éléments l’affirmation repose.
Les conditions sans si
Une condition peut être exprimée autrement :
- Avec un peu plus de temps, nous terminerions aujourd’hui.
- Sans cette erreur, le résultat serait correct.
- À votre place, je demanderais un second avis.
- Même avec une réduction, ce serait trop cher.
Le groupe introduit par avec, sans ou à la place de fournit le cadre imaginaire ; la conséquence reste au conditionnel.
Au cas où et les autres si
Au cas où est normalement suivi du conditionnel : Prends un chargeur au cas où la batterie serait vide. Cette construction exprime une précaution, non le modèle ordinaire si + imparfait.
Par ailleurs, si ne présente pas toujours une condition. Dans Je me demandais s’il viendrait, si introduit une question indirecte et signifie « est-ce qu’il viendrait ? ». Le conditionnel est alors possible. Cette phrase ne contredit donc pas la règle de base qui interdit si j’aurais dans une hypothèse.
Le conditionnel passé
Pour imaginer une conséquence non réalisée dans le passé, on utilise le conditionnel passé, formé avec aurais ou serais et un participe passé (la forme verbale de fait, venu, choisi) : J’aurais accepté si j’avais été libre. Le conditionnel présent, lui, vise une conséquence actuelle ou future : J’accepterais si j’étais libre. Cette distinction constitue l’étape suivante après la maîtrise des formes présentées ici.
Conseils pour s’entraîner
- Associez futur et conditionnel. Pour chaque verbe, écrivez deux formes côte à côte : je viendrai / je viendrais, nous ferons / nous ferions. Vous mémoriserez ainsi un seul radical et deux séries de terminaisons.
- Transformez des situations réelles. Partez d’un fait comme Je n’ai pas de voiture et ajoutez une hypothèse : Si j’avais une voiture, je partirais le week-end. Variez ensuite les personnes et les verbes.
- Préparez des phrases utiles. Entraînez-vous avec Je voudrais…, J’aimerais…, Pourriez-vous… ?, À votre place, je… et On pourrait…. Dites-les à voix haute pour travailler à la fois la conjugaison, l’intonation et la politesse.
Notions liées
- Prérequis : Le futur simple — le conditionnel reprend ses radicaux réguliers et irréguliers.
- À approfondir : Les phrases conditionnelles avec si — pour comparer les hypothèses réelles, possibles et irréelles.
- Étape suivante : Le conditionnel passé — pour exprimer une conséquence passée non réalisée, un regret ou un reproche rétrospectif.