B2

Les noms verbaux et la nominalisation en basque

Aditz Izenak

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.

En bref

Le suffixe -tze permet de traiter une action comme un nom : ikasi « apprendre » devient ikastea « le fait d’apprendre ». Cette forme peut être sujet, complément ou recevoir une marque de cas : ikastea, ikasteko, ikastean, ikasteari. Les noms en -pen, comme azalpen « explication », sont en revanche des mots dérivés appartenant au lexique et ne se forment pas librement avec tous les verbes.

Vue d’ensemble

En français, on emploie souvent un infinitif ou un nom pour parler d’une action : « voyager est enrichissant », « avant de partir », « le développement du projet ». Le basque utilise très largement le nom verbal (aditz-izena), c’est-à-dire une forme du verbe qui fonctionne comme un nom. Son élément caractéristique est généralement -tze ou -te. Avec le déterminant singulier -a, on obtient par exemple bidaiatzea « le fait de voyager » et joatea « le fait d’aller, de partir ».

Ce mécanisme est particulièrement important à partir du niveau B2, car le nom verbal peut recevoir les mêmes marques de cas qu’un groupe nominal (un cas est une terminaison qui indique la fonction ou la relation du groupe). On rencontre ainsi joatearen ordez « au lieu de partir », iristean « en arrivant », ikasteko denbora « du temps pour étudier » ou erretzeari utzi « arrêter de fumer ». Une proposition entière peut donc être condensée autour d’un verbe nominalisé.

Il faut distinguer cette formation grammaticale des noms dérivés en -pen — et parfois en -men — tels que garapen « développement » ou aipamen « mention ». Ceux-ci désignent souvent une action, son résultat ou une notion liée au verbe, mais ils se mémorisent comme des noms à part entière. La différence ressemble en partie à celle qui sépare en français « expliquer » dans « le fait d’expliquer » du nom lexical « explication ».

Comment ça marche

Du verbe au nom verbal en -tze ou -te

On part du radical verbal employé dans les formes en -tzen/-ten. La forme exacte n’est pas toujours prévisible à partir de la seule traduction française : il est donc utile d’apprendre ensemble le participe et le nom verbal.

Verbe de citation Nom verbal sans déterminant Forme en -a Sens courant
ikasi ikaste ikastea apprendre, le fait d’apprendre
irakurri irakurtze irakurtzea lire, le fait de lire
hitz egin hitz egite hitz egitea parler, le fait de parler
joan joate joatea aller, partir
etorri etortze etortzea venir
jakin jakite jakitea savoir
hartu hartze hartzea prendre
edan edate edatea boire

Les variantes -te et -tze ne portent pas une différence de sens. Elles dépendent de la forme du verbe. Dans hitz egin, seul le verbe egin est nominalisé : hitz egitea, et non le nom hitz.

La forme en -a est celle que l’on voit souvent comme sujet ou comme complément. Le sujet est ce dont on dit quelque chose ; le complément d’objet est ici ce que l’on aime, décide ou évite. Comparez :

  • Ikastea garrantzitsua da. — Apprendre est important.
  • Irakurtzea gustatzen zait. — J’aime lire.
  • Euskara ikastea erabaki dut. — J’ai décidé d’apprendre le basque.

L’article -a ne se traduit pas nécessairement par « le » en français. Dans ces phrases, ikastea correspond naturellement à « apprendre » ou « le fait d’apprendre », selon le contexte.

Une action qui se décline comme un nom

Une fois nominalisée, l’action peut recevoir différentes terminaisons. Les frontières sont plus faciles à voir en séparant mentalement ikas-te-a-ren ou ikas-te-ko, mais les formes s’écrivent en un seul mot.

Forme Valeur principale Exemple Traduction
-tzea / -tea action comme sujet ou objet ikastea apprendre, le fait d’apprendre
-tzeak / -teak action comme agent d’un verbe transitif erretzeak le fait de fumer, lorsqu’il provoque quelque chose
-tzearen / -tearen génitif, « du fait de » joatearen ordez au lieu de partir
-tzeari / -teari datif, relation exigée par certaines expressions erretzeari utzi arrêter de fumer
-tzean / -tean moment ou cadre de l’action iristean en arrivant, lors de l’arrivée
-tzeko / -teko but, destination ou relation à un nom ikasteko denbora du temps pour étudier
-tzera / -tera mouvement vers une activité jatera joan aller manger
-tzetik / -tetik origine, cessation ou point de départ hitz egitetik idaztera de la parole à l’écriture
-tzeaz / -teaz thème ou moyen selon la construction ikasteaz hitz egin parler de l’apprentissage

Ces équivalences sont des repères, non des traductions automatiques. Le sens vient à la fois du cas et du mot qui l’accompagne. Ainsi, -tzeko peut exprimer un but dans Euskara ikasteko etorri naiz « je suis venu pour apprendre le basque », mais il relie le nom verbal à un nom dans hitz egiteko modua « la manière de parler ».

Le contenu de l’action garde sa propre grammaire

Le nom verbal peut avoir ses propres compléments. Dans liburua irakurtzea « lire le livre », liburua reste l’objet de irakurri. Si l’auteur de l’action est exprimé et que le verbe nominalisé est transitif, cet auteur porte normalement l’ergatif, la marque du responsable d’une action transitive :

  • Jonek liburua irakurtzea gustatzen zait. — J’aime que Jon lise le livre.
  • Haurra goiz oheratzea nahi dut. — Je veux que l’enfant se couche tôt.

Dans le second exemple, oheratu est intransitif : haurra est donc à l’absolutif, sans marque ergative. Cette différence n’a pas d’équivalent direct dans l’infinitif français et demande une attention particulière.

Le sujet du nom verbal est souvent omis lorsqu’il est évident. Dans Goiz jaikitzea erabaki dut, on comprend normalement que la personne qui a décidé est aussi celle qui se lèvera : « j’ai décidé de me lever tôt ». Si les deux acteurs diffèrent, le basque peut préférer une proposition conjuguée, notamment avec -la ou le subjonctif selon le verbe et le sens. Le nom verbal n’est donc pas la solution unique à toute subordination française.

Les constructions les plus fréquentes

Certaines associations doivent être apprises comme des blocs :

Construction Fonction Exemple Sens
-tzearen ordez remplacement joatearen ordez au lieu de partir
-tzeko modua manière ou possibilité egiteko modua la manière de faire
-tzeko asmoa intention bidaiatzeko asmoa l’intention de voyager
-tzeko prest disponibilité hasteko prest prêt à commencer
-tzeari utzi arrêt erretzeari utzi arrêter de fumer
-tzeari ekin commencement résolu lan egiteari ekin se mettre au travail
-tzen saiatu tentative ulertzen saiatu essayer de comprendre
-tzera joan/etorri déplacement en vue d’une action erosketak egitera joan aller faire les courses

La dernière comparaison est utile : le but associé à un déplacement se construit très souvent avec -tzera, tandis que le but plus général emploie -tzeko. On dira ainsi liburutegira ikastera joan naiz « je suis allé à la bibliothèque pour étudier », mais azterketa gainditzeko ikasten dut « j’étudie pour réussir l’examen ».

Les noms dérivés en -pen et -men

Le suffixe -pen forme de nombreux noms abstraits liés à une action ou à son résultat. Sa variante -men apparaît dans certains mots. Contrairement à -tze, ce procédé est lexical : on ne peut pas prendre n’importe quel verbe et fabriquer avec certitude un nom naturel en -pen.

Verbe apparenté Nom dérivé Sens en français
azaldu azalpen explication
garatu garapen développement
aurkeztu aurkezpen présentation
laburtu laburpen résumé
adierazi adierazpen déclaration, expression
aipatu aipamen mention

Le contraste dépend du contexte :

  • Irakasleak araua azaltzea lagungarria izan da. — Le fait que le professeur explique la règle a été utile.
  • Irakaslearen azalpena lagungarria izan da. — L’explication du professeur a été utile.

La première phrase met l’accent sur l’événement d’expliquer ; la seconde présente l’explication comme un contenu ou un résultat identifiable. Comme en français entre « expliquer » et « une explication », les deux formulations peuvent être proches sans être interchangeables.

Exemples en contexte

Basque Français Remarque
Ikastea garrantzitsua da. Apprendre est important. Le nom verbal est sujet.
Irakurtzea gustatzen zait. J’aime lire. Littéralement, la lecture « me plaît ».
Euskara ikastea erabaki dut. J’ai décidé d’apprendre le basque. Action prise comme objet de erabaki.
Erretzeak osasunari kalte egiten dio. Fumer nuit à la santé. -tzeak marque l’action qui produit l’effet.
Joatearen ordez, geratu naiz. Au lieu de partir, je suis resté. Génitif devant ordez.
Hitz egiteko modua oso argia da. Sa manière de parler est très claire. -tzeko dépend de modua.
Goiz jaikitzea kostatzen zait. J’ai du mal à me lever tôt. L’action est ce qui « me coûte ».
Etxetik irtetean, atea itxi dut. En sortant de chez moi, j’ai fermé la porte. -tean situe l’action dans le temps.
Kafea hartzera joan gara. Nous sommes allés prendre un café. But d’un déplacement avec -tzera.
Azterketa gainditzeko gehiago ikasi behar dut. Je dois étudier davantage pour réussir l’examen. But général avec -tzeko.
Erretzeari uztea ez da erraza. Arrêter de fumer n’est pas facile. erretzeari dépend de utzi ; l’ensemble est nominalisé par uztea.
Proiektuaren garapenaz hitz egin dugu. Nous avons parlé du développement du projet. Nom lexical en -pen.
Aurkezpena laburra baina argia izan da. La présentation a été courte mais claire. aurkezpen se décline comme un nom ordinaire.

Erreurs fréquentes

Employer le participe à la place du nom verbal

  • Incorrect : Ikasi garrantzitsua da.
  • Correct : Ikastea garrantzitsua da.
  • Pourquoi : ikasi est la forme de citation et le participe perfectif. Pour faire de l’action le sujet de da, il faut ici ikastea.

Ajouter systématiquement -a après -tze

  • Incorrect : Euskara ikastea etorri naiz.
  • Correct : Euskara ikastera etorri naiz.
  • Pourquoi : après un verbe de déplacement, le but prend couramment l’adlatif -ra : -tzera/-tera. La forme dépend de sa fonction, pas d’une règle « toujours -tzea ».

Confondre -tzeko et -tzearen

  • Incorrect : Joateko ordez, geratu naiz.
  • Correct : Joatearen ordez, geratu naiz.
  • Pourquoi : la locution X-ren ordez « au lieu de X » demande le génitif -ren. Appliqué à joatea, il donne joatearen.

Copier la structure française avec une préposition séparée

  • Incorrect : ordez joatea, geratu naiz pour « au lieu de partir ».
  • Correct : joatearen ordez, geratu naiz.
  • Pourquoi : le basque place normalement ordez après le groupe qu’il complète, et ce groupe porte la terminaison requise. Il faut mémoriser l’ensemble -tzearen ordez.

Fabriquer librement un nom en -pen

  • Incorrect : inventer un mot en ajoutant -pen à tout verbe.
  • Correct : employer un nom attesté, par exemple azalpen, ou choisir la construction régulière en -tze.
  • Pourquoi : -tze est un mécanisme grammatical très productif ; -pen/-men sert à créer des mots lexicaux dont l’usage doit être vérifié et appris.

Oublier le cas des participants à l’intérieur de l’action

  • Incorrect : Jon liburua irakurtzea gustatzen zait.
  • Correct : Jonek liburua irakurtzea gustatzen zait.
  • Pourquoi : dans l’action « Jon lit le livre », irakurri est transitif. Son agent Jonek reste à l’ergatif, même si toute l’action est devenue un groupe nominal.

Notes d’usage

Le nom verbal est extrêmement courant dans la langue quotidienne, et pas seulement dans un registre soutenu. Des expressions comme jatea gustatzen zait « j’aime manger », lanera joateko « pour aller au travail » ou hitz egiteari utzi « cesser de parler » appartiennent à l’usage ordinaire. Les nominalisations lexicales en -pen sont fréquentes dans la presse, l’administration et les textes spécialisés, mais nombre d’entre elles sont également banales dans la conversation, par exemple azalpen.

Le français aide parfois, car son infinitif peut lui aussi être sujet : « voyager est agréable ». Il devient toutefois trompeur dès qu’une préposition française entre en jeu. « Pour », « en », « au lieu de » ou « à » ne correspondent pas à une préposition basque unique : le basque choisit une terminaison — -tzeko, -tzean, -tzearen, -tzeari ou -tzera — selon la construction.

À l’oral comme à l’écrit, un nom verbal trop chargé peut devenir difficile à suivre. Lorsqu’il faut préciser le temps, la personne, la cause ou l’attitude du locuteur, une proposition conjuguée est souvent plus claire. Comparez le groupe compact Jon etortzea « le fait que Jon vienne » avec une proposition en -la, qui permet d’énoncer un fait ou une opinion dans une structure pleinement conjuguée. Le choix dépend du verbe principal et de ce que l’on veut mettre au premier plan : l’action comme notion, ou l’énoncé comme information.

Pour aller plus loin

Empiler les cas et les dépendances

Une nominalisation peut elle-même contenir une autre nominalisation. Dans erretzeari uztea « le fait d’arrêter de fumer », erretzeari est au datif parce que utzi l’exige, puis uztea nominalise toute l’expression « arrêter ». On peut encore décliner l’ensemble : erretzeari uzteko erabakia « la décision d’arrêter de fumer ». Il faut analyser de l’intérieur vers l’extérieur :

  1. erre → erretze : fumer comme activité ;
  2. erretzeari utzi : cesser cette activité ;
  3. uzteko erabakia : la décision de cesser.

Cette construction en couches est fréquente dans les textes argumentatifs et administratifs. Pour la comprendre, cherchez d’abord le dernier nom, ici erabakia, puis identifiez ce qui le complète.

-tzean et la simultanéité

La forme -tzean présente souvent l’action comme le moment ou le cadre d’un autre événement : etxera iristean « en arrivant à la maison ». Elle ne donne pas à elle seule toutes les nuances temporelles françaises. Selon le contexte, on la traduira par « quand », « en », « lors de » ou « au moment de ». Si la chronologie exacte est essentielle — avant, après, jusqu’à — le basque emploie aussi des constructions comme aurretik, ondoren et arte.

Nom verbal, nom lexical et style

Le choix entre -tze et un nom lexical modifie souvent le point de vue. Le nom verbal garde une impression d’action et accepte facilement des participants : zuzendariak plana aurkeztea « le fait que la directrice présente le plan ». Le nom aurkezpena « la présentation » évoque plus facilement un événement identifié, un exposé ou son contenu. Dans un texte, alterner les deux permet d’éviter des chaînes abstraites tout en conservant la précision.

D’autres suffixes basques peuvent former des noms d’action, de résultat ou d’agent. Ils relèvent de la formation du vocabulaire et ne doivent pas être confondus avec le système grammatical régulier présenté ici. Pour produire une phrase nouvelle sans connaître le nom lexical consacré, la forme en -tze est généralement le choix le plus sûr.

Conseils pour s’entraîner

  1. Apprenez les verbes par trois formes. Notez par exemple ikasi — ikasten — ikastea et joan — joaten — joatea. Vous retiendrez ainsi naturellement le choix entre -te et -tze.
  2. Transformez une même action avec plusieurs cas. À partir de irakurri, créez irakurtzea, irakurtzeko, irakurtzean, irakurtzeari et irakurtzera, puis rédigez une phrase pour chaque forme.
  3. Repérez le mot qui commande la terminaison. Dans vos lectures, soulignez des blocs tels que -tzearen ordez, -tzeari utzi et -tzeko asmoa. Les apprendre comme des associations est plus efficace que de traduire chaque terminaison isolément.

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