La concordance des temps en espagnol
Concordancia de Tiempos
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de espagnol sur Settemila Lingue.
En bref
Quand une proposition principale au présent commande le subjonctif, l’espagnol emploie en général le présent ou le passé composé du subjonctif : Quiero que vengas ; Dudo que haya venido. Après une principale située dans le passé ou au conditionnel, il choisit normalement l’imparfait ou le plus-que-parfait du subjonctif : Quería que vinieras ; Dudaba que hubiera venido. Le temps composé marque une action antérieure, tandis que le temps simple exprime surtout la simultanéité ou la postériorité.
Vue d’ensemble
La concordance des temps (concordancia de tiempos) est la relation entre le temps du verbe principal et celui d’une proposition subordonnée, c’est-à-dire une proposition qui dépend d’une autre. Dans Quería que vinieras, quería constitue la principale et que vinieras la subordonnée. Le choix de vinieras dépend à la fois du passé quería et de la relation temporelle entre les deux actions.
Cette question devient centrale au niveau C1, car il ne suffit plus de savoir former l’imparfait du subjonctif. Il faut distinguer deux axes : le repère temporel donné par la principale et le rapport de la subordonnée à ce repère — action simultanée, ultérieure ou déjà accomplie. Il faut aussi savoir quand le locuteur peut quitter ce repère pour rattacher l’information au présent.
Pour un francophone, le contraste le plus important est très concret. Le français courant dit « Je voulais que tu viennes », avec un subjonctif présent après un passé. L’espagnol courant maintient, lui, une concordance visible : Quería que vinieras. Les formes françaises « que tu vinsses » ou « qu’il fût venu » appartiennent aujourd’hui surtout à un registre littéraire, alors que vinieras et hubiera venido sont tout à fait ordinaires en espagnol parlé et écrit.
Fonctionnement
Première étape : choisir le mode
La concordance ne décide pas si la subordonnée doit être à l’indicatif ou au subjonctif. Ce choix vient d’abord du sens de la construction. Le subjonctif (mode qui présente le fait comme souhaité, envisagé, contesté ou évalué plutôt que simplement affirmé) apparaît notamment après un souhait, un ordre, un doute, une émotion, un jugement ou la recherche d’un référent non identifié :
- Quiero que vengas. — Je veux que tu viennes.
- Dudo que lo sepa. — Je doute qu’il le sache.
- Busco a alguien que sepa reparar esto. — Je cherche quelqu’un qui sache réparer cela.
Une fois le subjonctif requis, la concordance aide à en choisir le temps. Elle ne transforme donc pas automatiquement toute subordonnée suivant un passé en subjonctif.
Deux séries temporelles
On parle souvent de « série du présent » et de « série du passé ». Ces noms désignent le repère créé par le verbe principal, non la date absolue de chaque action.
| Repère de la principale | Forme simple de la subordonnée | Forme composée de la subordonnée |
|---|---|---|
| présent, futur, impératif, passé composé encore lié au présent | présent du subjonctif : venga | passé composé du subjonctif : haya venido |
| imparfait, passé simple, plus-que-parfait, conditionnel | imparfait du subjonctif : viniera/viniese | plus-que-parfait du subjonctif : hubiera/hubiese venido |
La série du présent apparaît ainsi dans Quiero que vengas et Espero que haya llegado. La série du passé apparaît dans Quería que vinieras et Esperaba que hubiera llegado.
Le passé composé de la principale mérite une nuance. Lorsqu’il garde un lien avec la situation actuelle, il appelle volontiers la série du présent : Te he llamado para que vengas (« Je t’ai appelé pour que tu viennes »). Si le récit traite l’événement comme clos et nettement passé, surtout dans les usages où le passé composé remplace souvent le passé simple, la série du passé est également naturelle : Le he pedido que viniera al día siguiente. Le contexte compte davantage que le seul nom du temps verbal.
Troisième étape : situer l’action subordonnée
Dans chaque série, la forme simple et la forme composée n’ont pas la même fonction.
| Relation avec le repère principal | Série du présent | Série du passé |
|---|---|---|
| simultanéité ou état en cours | Dudo que esté en casa. | Dudaba que estuviera en casa. |
| postériorité, action prévue | Quiero que venga mañana. | Quería que viniera al día siguiente. |
| antériorité, action déjà accomplie | Dudo que haya salido. | Dudaba que hubiera salido. |
L’antériorité signifie simplement que l’action subordonnée a eu lieu avant le repère. Ainsi, dans Esperaba que hubiera llegado, l’arrivée devait précéder le moment où l’on attendait ou espérait. La forme composée hubiera llegado rend cette relation explicite.
L’imparfait du subjonctif ne signifie donc pas toujours « action passée ». Dans Quería que vinieras mañana, vinieras désigne une venue ultérieure par rapport au souhait passé. C’est le temps de la principale qui impose la série du passé ; l’adverbe mañana ou al día siguiente précise la postériorité.
Principales qui commandent la série du présent
Le présent et le futur prennent normalement le présent du subjonctif pour une action simultanée ou future :
- Insisto en que lo hagas ahora. — J’insiste pour que tu le fasses maintenant.
- Te avisaré para que puedas organizarte. — Je te préviendrai afin que tu puisses t’organiser.
- No creo que sea fácil. — Je ne crois pas que ce soit facile.
Pour une action déjà accomplie, on passe au passé composé du subjonctif :
- Me alegra que hayas aceptado. — Je suis heureux que tu aies accepté.
- Es posible que ya se hayan ido. — Il est possible qu’ils soient déjà partis.
Principales qui commandent la série du passé
Un imparfait, un passé simple ou un plus-que-parfait dans la principale entraîne normalement l’imparfait du subjonctif :
- Me pidió que esperara. — Il m’a demandé d’attendre.
- No creíamos que fuera necesario. — Nous ne pensions pas que ce fût nécessaire / que ce soit nécessaire.
- Habían cerrado la puerta para que nadie entrara. — Ils avaient fermé la porte pour que personne n’entre.
Si la subordonnée exprime un fait antérieur à ce repère passé, le plus-que-parfait du subjonctif est attendu :
- Me sorprendió que hubieras terminado tan pronto. — J’ai été surpris que tu aies terminé si tôt.
- Negó que ellos hubieran recibido el mensaje. — Il nia qu’ils eussent reçu le message / qu’ils aient reçu le message.
Le conditionnel appartient lui aussi généralement à la série du passé : Me gustaría que vinieras ; Sería mejor que lo hubieras consultado antes. Il ne faut pas calquer le français moderne « j’aimerais que tu viennes » en choisissant automatiquement vengas.
Les variantes en -ra et en -se
L’imparfait du subjonctif possède deux séries de formes : viniera/viniese, supiera/supiese. Le plus-que-parfait se construit de même avec hubiera ou hubiese suivi du participe passé (forme comme venido, hecho ou dicho) : hubiera venido/hubiese venido.
Dans la plupart des subordonnées, les deux variantes ont la même valeur grammaticale. Les formes en -ra sont aujourd’hui les plus fréquentes dans la conversation et dans de nombreux textes ; les formes en -se restent correctes et peuvent donner un ton plus soutenu selon le contexte. Le plus important est de reconnaître les deux, sans alterner mécaniquement pour « faire plus littéraire ».
Exemples en contexte
| Espagnol | Français | Point observé |
|---|---|---|
| Quiero que vengas esta tarde. | Je veux que tu viennes cet après-midi. | Présent principal, action future : présent du subjonctif. |
| Quería que vinieras aquella tarde. | Je voulais que tu viennes cet après-midi-là. | Repère passé, action future depuis ce repère : imparfait du subjonctif. |
| Espero que haya llegado bien. | J’espère qu’il est bien arrivé. | L’arrivée précède l’espoir actuel. |
| Esperaba que hubiera llegado antes de las ocho. | J’espérais qu’il serait arrivé avant huit heures. | L’arrivée attendue est antérieure au repère passé. |
| Dudo que Marta lo sepa. | Je doute que Marta le sache. | Doute actuel et situation simultanée. |
| Dudé que Marta lo supiera. | J’ai douté que Marta le sache. | Doute situé dans le passé. |
| Busco a alguien que sepa reparar bicicletas. | Je cherche quelqu’un qui sache réparer des vélos. | Personne non identifiée, recherche actuelle. |
| Buscaba a alguien que supiera reparar bicicletas. | Je cherchais quelqu’un qui sache réparer des vélos. | Recherche passée : supiera. |
| Te llamaré para que me cuentes qué pasó. | Je t’appellerai pour que tu me racontes ce qui s’est passé. | Le futur principal reste dans la série du présent. |
| Cerró la ventana para que no entrara el humo. | Il a fermé la fenêtre pour que la fumée n’entre pas. | But dépendant d’une action passée. |
| Me alegra que hayas podido venir. | Je suis heureux que tu aies pu venir. | Évaluation présente d’un fait accompli. |
| Me alegró que hubieras podido venir. | J’ai été heureux que tu aies pu venir. | Évaluation passée d’un fait déjà accompli. |
| Me gustaría que fueras más directo. | J’aimerais que tu sois plus direct. | Le conditionnel appelle normalement l’imparfait du subjonctif. |
| El director pidió que el informe estuviera listo al día siguiente. | Le directeur a demandé que le rapport soit prêt le lendemain. | Postériorité par rapport à une demande passée. |
| Negó que la Tierra sea plana. | Il a nié que la Terre soit plate. | Le présent sea rattache une vérité toujours valable au moment actuel. |
Erreurs fréquentes
Employer le présent du subjonctif par réflexe français
- Incorrect : Quería que vengas conmigo.
- Correct : Quería que vinieras conmigo.
- Pourquoi : dans la concordance neutre, la principale au passé appelle l’imparfait du subjonctif. Le français courant conserve « viennes », mais l’espagnol ne suit pas ici le même modèle.
Prendre l’imparfait du subjonctif pour un simple passé
- Incorrect : Quería que vendrías al día siguiente.
- Correct : Quería que vinieras al día siguiente.
- Pourquoi : la venue est future par rapport au souhait, mais une subordonnée de volonté introduite par que demande le subjonctif. L’imparfait vinieras peut exprimer cette postériorité ; le conditionnel vendrías n’est pas approprié dans cette structure.
Oublier la forme composée pour une action antérieure
- Forme imprécise : Dudaba que saliera antes de nuestra llegada.
- Forme plus claire : Dudaba que hubiera salido antes de nuestra llegada.
- Pourquoi : si le départ a précédé le moment où nous sommes arrivés et où se situe le doute, hubiera salido marque explicitement cette antériorité. La forme simple peut recevoir d’autres lectures selon le contexte.
Appliquer la concordance avant de choisir le mode
- Incorrect : Sabía que estuviera en casa.
- Correct : Sabía que estaba en casa.
- Pourquoi : saber affirmatif présente normalement l’information comme un fait, donc à l’indicatif. La concordance des temps ne suffit pas à justifier un subjonctif.
Mettre un plus-que-parfait après toute principale passée
- Incorrect : Le pedí que hubiera venido al día siguiente.
- Correct : Le pedí que viniera al día siguiente.
- Pourquoi : la venue demandée doit suivre la demande ; elle n’est pas antérieure. Le plus-que-parfait hubiera venido inverserait la relation temporelle attendue.
Croire que les formes en -se appartiennent uniquement aux livres anciens
- À ne pas conclure : quisiese serait incorrect dans la langue actuelle.
- Correct : Quería que vinieras et Quería que vinieses.
- Pourquoi : les deux séries sont correctes. -ra est souvent plus fréquent, mais -se reste vivant, surtout dans certains styles et chez certains locuteurs.
Remarques d’usage
La concordance espagnole est forte, mais elle n’est pas une opération automatique. Le locuteur peut choisir le point de vue temporel depuis lequel il présente la subordonnée. La phrase neutre Me pidió que fuera hoy rapporte la demande depuis un repère passé. Me pidió que vaya hoy peut se rencontrer si la demande reste à exécuter et si hoy est le jour où l’on parle : le locuteur rattache alors l’action à son présent. Cette rupture de concordance doit correspondre à un changement réel de perspective ; elle ne constitue pas un remplacement général de fuera par vaya.
Le même principe explique le présent dans Negó que la Tierra sea plana. Fuera alignerait simplement la subordonnée sur le récit passé ; sea présente l’affirmation comme valable au moment où l’on parle. Les vérités générales, les caractéristiques encore actuelles et les actions toujours à venir peuvent ainsi favoriser la série du présent, selon le sens recherché.
Dans un récit, le présent historique — un présent employé pour rendre des événements passés plus vivants — suit normalement sa forme grammaticale : En 1492 Colón exige que la tripulación continúe. Si l’on revient au récit passé, on obtient Colón exigió que la tripulación continuara. Ce choix relève du cadrage narratif, pas d’une différence dans l’ordre réel des événements.
Dans le discours soutenu comme dans la conversation, l’imparfait du subjonctif espagnol reste naturel. Le français écrit peut parfois traduire No creíamos que fuera necesario par « Nous ne croyions pas que ce fût nécessaire », mais cette traduction très littéraire donne une fausse impression sur le registre espagnol : fuera n’est ni recherché ni archaïque.
Pour aller plus loin
Concordance au subjonctif et discours rapporté à l’indicatif
Il faut distinguer la concordance étudiée ici des décalages du discours rapporté (paroles reformulées sans citation directe). Après un verbe déclaratif affirmatif, l’indicatif est fréquent :
| Paroles ou pensée de départ | Récit au passé | Relation temporelle |
|---|---|---|
| «Está cansada». | Dijo que estaba cansada. | simultanéité dans le passé |
| «Ha terminado». | Dijo que había terminado. | antériorité |
| «Vendrá mañana». | Dijo que vendría al día siguiente. | futur vu depuis le passé |
Avec un ordre, un souhait ou un doute rapporté, on retrouve en revanche le subjonctif : Dijo que cerráramos la puerta ; Esperaba que volviéramos pronto. Le conditionnel vendría convient dans Dijo que vendría parce qu’il rapporte une affirmation sur l’avenir ; il ne convient pas dans Quería que viniera, qui rapporte un souhait.
Concordance et temps réel
Les temps verbaux codent un point de vue, pas seulement une chronologie. Comparez :
- No sabía que eras médico. — Je ne savais pas que tu étais médecin : le locuteur affirme le fait à l’indicatif.
- No creía que fueras médico. — Je ne pensais pas que tu étais médecin : le fait est placé sous le doute, au subjonctif.
- No creo que fueras médico entonces. — Je ne crois pas que tu aies été médecin à cette époque : une principale présente peut être suivie d’un imparfait du subjonctif lorsque la subordonnée renvoie expressément à une situation passée.
Ce dernier exemple montre pourquoi la table des deux séries est un guide, non une machine. Le rapport temporel voulu peut justifier un temps « décalé ». De même, Dudo que estuviera allí ayer est naturel : le doute est actuel, mais la présence supposée appartient à hier.
Valeurs littéraires à ne pas confondre
Dans un style littéraire ou journalistique soutenu, une forme en -ra peut parfois avoir la valeur d’un plus-que-parfait de l’indicatif : el discurso que pronunciara años antes équivaut alors à el discurso que había pronunciado años antes. Cet emploi hérité est distinct de l’imparfait du subjonctif commandé par quería que.... Il faut surtout savoir le reconnaître ; dans la langue neutre, había pronunciado est plus transparent.
Les formes en -se n’ont pas cette valeur indicative historique. Cette différence explique que -ra et -se soient interchangeables dans de nombreuses subordonnées au subjonctif, mais pas absolument dans tous leurs emplois stylistiques.
Conseils de pratique
- Travaillez par paires. Transformez une principale présente en principale passée : Quiero que vengas → Quería que vinieras ; Me alegra que hayas venido → Me alegró que hubieras venido. Cette méthode fait mémoriser les correspondances comme un système.
- Tracez une petite ligne du temps. Placez d’abord le repère principal, puis demandez-vous si l’action subordonnée est simultanée, ultérieure ou antérieure. N’utilisez une forme composée que pour l’antériorité.
- Repérez les écarts avec le français. À l’écoute d’un balado ou d’une série en espagnol, notez les séquences quería que + imparfait du subjonctif, me alegró que + plus-que-parfait du subjonctif et me gustaría que + imparfait du subjonctif. Reformulez ensuite les phrases au présent.
Notions liées
- Prérequis : L’imparfait du subjonctif — formes en -ra et en -se utilisées après un repère passé ou conditionnel.
Prérequis
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