L’imparfait en roumain : formation et emploi
Imperfectul
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En bref
L’imparfait roumain, appelé imperfectul, présente une action comme habituelle, en cours ou située à l’arrière-plan dans le passé : Mergeam la școală în fiecare zi signifie « J’allais à l’école tous les jours ». Ses terminaisons les plus visibles sont -am, -ai, -a, -am, -ați, -au ou leur série en -e- : -eam, -eai, -ea, -eam, -eați, -eau. Comme en français, il contraste souvent avec un passé qui raconte un événement achevé.
Vue d’ensemble
L’imparfait ne sert pas seulement à placer un fait avant le moment présent. Il indique surtout la manière dont on regarde ce fait : de l’intérieur, sans insister sur son début ni sur sa fin. Il convient donc aux habitudes, aux descriptions, aux états et aux actions qui étaient en train de se dérouler. Dans Ploua și oamenii așteptau autobuzul (« Il pleuvait et les gens attendaient le bus »), le décor est installé, mais aucun événement n’est présenté comme terminé.
Ce temps apparaît au niveau B1, après le perfectul compus, principal passé de la conversation roumaine. Pour un francophone, la logique générale est familière : l’opposition entre imperfectul et perfectul compus ressemble souvent à celle entre l’imparfait et le passé composé. La correspondance n’est toutefois pas automatique. Il faut choisir selon le point de vue porté sur l’action, et non traduire chaque forme française mot à mot.
L’imparfait roumain est un temps simple : il se forme avec un seul mot, sans auxiliaire. Le sujet — la personne ou la chose qui accomplit l’action — est souvent omis, car la terminaison du verbe donne déjà la personne : citeam peut signifier « je lisais » ou, selon le contexte, « nous lisions ».
Comment ça marche
Les deux séries principales de terminaisons
L’infinitif est la forme donnée dans le dictionnaire, comme a cânta (« chanter »). Le radical est la base à laquelle on rattache les marques de conjugaison. À l’imparfait, les verbes roumains suivent principalement deux séries : une série en -a- et une série en -ea-.
| Personne | a cânta — chanter | a vedea — voir | a merge — aller | a citi — lire |
|---|---|---|---|---|
| eu | cântam | vedeam | mergeam | citeam |
| tu | cântai | vedeai | mergeai | citeai |
| el / ea | cânta | vedea | mergea | citea |
| noi | cântam | vedeam | mergeam | citeam |
| voi | cântați | vedeați | mergeați | citeați |
| ei / ele | cântau | vedeau | mergeau | citeau |
On peut retenir les modèles ainsi :
- beaucoup de verbes en -a prennent -am, -ai, -a, -am, -ați, -au : a lucra → lucram ;
- les verbes en -ea, beaucoup de verbes en -e et ceux en -i prennent généralement la série en -eam : a vedea → vedeam, a merge → mergeam, a dormi → dormeam ;
- de nombreux verbes en -î suivent la série en -am : a coborî → coboram.
Certaines modifications du radical doivent s’apprendre avec le verbe : a face donne făceam, a da donne dădeam et a sta donne stăteam. Il est donc utile de mémoriser la première personne du singulier avec chaque verbe fréquent.
Une forme commune pour « je » et « nous »
La première personne du singulier et celle du pluriel ont toujours la même forme :
- eu mergeam — j’allais ;
- noi mergeam — nous allions.
Le contexte suffit généralement. Si une ambiguïté gêne la compréhension, on exprime le pronom sujet : Eu mergeam acasă, dar noi mergeam pe drumuri diferite (« Moi, je rentrais chez moi, mais nous prenions des chemins différents »). En dehors de ce besoin ou d’un contraste, eu et noi ne sont pas obligatoires.
Le verbe a fi (« être »)
Le verbe le plus important est irrégulier. Il ne se forme pas sur fi- :
| Personne | Forme | Traduction habituelle |
|---|---|---|
| eu | eram | j’étais |
| tu | erai | tu étais |
| el / ea | era | il / elle était |
| noi | eram | nous étions |
| voi | erați | vous étiez |
| ei / ele | erau | ils / elles étaient |
On emploie très souvent era et erau pour décrire le temps, une personne, un lieu ou une situation : Era liniște (« Il y avait du calme »), Străzile erau goale (« Les rues étaient vides »).
Négation, questions et pronoms compléments
La négation se construit simplement avec nu devant le verbe : Nu știam (« Je ne savais pas »), Nu veneau des (« Ils ne venaient pas souvent »). Contrairement au français, il n’y a pas de seconde particule comparable à « pas ».
Une question peut garder le même ordre qu’une affirmation ; l’intonation ou le point d’interrogation fait la différence : Citeai ceva? (« Tu lisais quelque chose ? »). Un mot interrogatif se place normalement devant : Ce făceați? (« Que faisiez-vous ? »), Unde locuiai? (« Où habitais-tu ? »).
Les pronoms compléments, c’est-à-dire les petits mots qui remplacent la personne ou la chose concernée par l’action, se placent comme avec d’autres temps simples : Îl vedeam des (« Je le voyais souvent »), Mă trezeam devreme (« Je me réveillais tôt »), Nu le spuneam nimic (« Je ne leur disais rien »).
Les emplois essentiels
1. Une habitude répétée
Des expressions comme în fiecare zi (« tous les jours »), mereu (« toujours »), de obicei (« d’habitude »), adesea (« souvent ») ou pe atunci (« à cette époque ») accompagnent fréquemment l’imparfait :
În fiecare vară mergeam la mare. — « Chaque été, nous allions à la mer. »
La répétition n’a pas besoin d’être exprimée par un adverbe si le contexte la rend claire : Când eram student, găteam acasă (« Quand j’étais étudiant, je cuisinais chez moi »).
2. Une action en cours
L’imparfait montre une action déjà engagée à un moment du passé :
La ora zece, încă lucram. — « À dix heures, je travaillais encore. »
Il correspond ici à « être en train de », mais le roumain n’a pas besoin d’une tournure spéciale. Lucram suffit.
3. Le décor, un état ou une description
On l’emploie pour la météo, l’âge, l’apparence, les sentiments, les connaissances et les circonstances :
Era frig, aveam douăzeci de ani și locuiam la Brașov. — « Il faisait froid, j’avais vingt ans et j’habitais à Brașov. »
Les verbes comme a fi (« être »), a avea (« avoir »), a ști (« savoir »), a crede (« croire ») ou a vrea (« vouloir ») apparaissent donc souvent à l’imparfait.
4. L’arrière-plan face à un événement
Une action en cours à l’imparfait peut être interrompue par un événement au perfectul compus :
Dormeam când a sunat telefonul. — « Je dormais quand le téléphone a sonné. »
Ici, dormeam fournit la situation en cours ; a sunat fait avancer le récit. Le mot când (« quand ») n’impose aucun temps à lui seul : c’est le rôle de chaque action qui détermine le choix.
5. Deux actions simultanées
Si deux actions se déroulent en parallèle, les deux peuvent être à l’imparfait :
Eu găteam, iar el punea masa. — « Je cuisinais pendant qu’il mettait la table. »
Les conjonctions în timp ce (« pendant que ») et pe când (« tandis que ») rendent cette simultanéité explicite.
Imparfait ou perfectul compus ?
Le participe passé est une forme verbale employée avec un auxiliaire dans perfectul compus, par exemple citit dans am citit. Ce passé présente normalement un événement comme accompli. L’imparfait, lui, ouvre la scène ou montre ce qui durait et se répétait.
| Point de vue | Imparfait | Événement achevé au perfectul compus |
|---|---|---|
| habitude / occurrence unique | Mergeam des la Iași. — J’allais souvent à Iași. | Am mers ieri la Iași. — Je suis allé hier à Iași. |
| action en cours / action qui survient | Citeam când… — Je lisais quand… | …a intrat Ana. — …Ana est entrée. |
| état / changement | Era liniște. — C’était calme. | S-a făcut liniște. — Le calme s’est installé. |
| activité vue de l’intérieur / résultat | Scriam raportul. — J’écrivais le rapport. | Am scris raportul. — J’ai écrit le rapport. |
Une indication de durée ne décide pas tout. În 2010 locuiam la Cluj décrit la situation de cette époque, alors que Am locuit la Cluj trei ani présente trois années comme une période terminée. Il faut donc se demander : « Est-ce que je plante le décor ou est-ce que je raconte un fait délimité ? »
Exemples en contexte
| Roumain | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Mergeam la școală în fiecare zi. | J’allais à l’école tous les jours. | Habitude passée. |
| Citeai ceva? | Tu lisais quelque chose ? | Question sur une action en cours. |
| Era frumos afară. | Il faisait beau dehors. | Description du temps. |
| Când eram mic, jucam fotbal. | Quand j’étais petit, je jouais au football. | État et habitude. |
| La ora opt, Ana încă lucra. | À huit heures, Ana travaillait encore. | Action en cours à une heure précise. |
| În timp ce eu găteam, el punea masa. | Pendant que je cuisinais, il mettait la table. | Deux actions simultanées. |
| Ploua și bătea vântul. | Il pleuvait et le vent soufflait. | Décor d’un récit. |
| Nu știam răspunsul. | Je ne connaissais pas la réponse. | État mental à la forme négative. |
| Avea douăzeci de ani și locuia la Sibiu. | Elle avait vingt ans et habitait à Sibiu. | Âge et situation. |
| Copiii dormeau când a început furtuna. | Les enfants dormaient quand l’orage a commencé. | Arrière-plan puis événement. |
| Voi ce făceați acolo? | Et vous, que faisiez-vous là-bas ? | Deuxième personne du pluriel. |
| Îl vedeam des la bibliotecă. | Je le voyais souvent à la bibliothèque. | Pronom complément et répétition. |
| Pe atunci, oamenii nu foloseau internetul. | À cette époque, les gens n’utilisaient pas Internet. | Situation générale dans le passé. |
| În fiecare seară ne plimbam prin parc. | Chaque soir, nous nous promenions dans le parc. | Verbe pronominal et habitude. |
| Voiam să vă întreb ceva. | Je voulais vous demander quelque chose. | Intention formulée avec douceur. |
Erreurs fréquentes
Employer le perfectul compus pour une habitude entière
- Incorrect : Când eram mic, am jucat fotbal în fiecare zi.
- Correct : Când eram mic, jucam fotbal în fiecare zi.
- Pourquoi : le jeu est présenté comme une habitude répétée, pas comme un match ou une période achevée au premier plan. Le perfectul compus resterait possible dans un autre contexte, par exemple Am jucat fotbal ieri (« J’ai joué au football hier »).
Employer l’imparfait pour une suite d’actions terminées
- Incorrect : Ieri mă trezeam, mâncam și plecam la serviciu si l’on raconte trois événements uniques.
- Correct : Ieri m-am trezit, am mâncat și am plecat la serviciu.
- Pourquoi : ieri introduit ici une succession achevée qui fait progresser le récit. La phrase à l’imparfait signifierait plutôt que cette suite constituait une routine, à condition que le contexte l’indique.
Confondre les personnes
- Incorrect : Noi mergeau la piață.
- Correct : Noi mergeam la piață.
- Pourquoi : -au marque la troisième personne du pluriel (ei/ele). Avec noi, la terminaison est -am ou -eam, identique à celle de eu.
Former a fi sur l’infinitif
- Incorrect : Când fiam copii…
- Correct : Când eram copii…
- Pourquoi : a fi est irrégulier à l’imparfait : eram, erai, era, eram, erați, erau.
Copier mécaniquement le temps français
- Incorrect dans le sens visé : Eram bolnav trei zile pour annoncer une période de maladie terminée et comptée.
- Correct : Am fost bolnav trei zile. — « J’ai été malade pendant trois jours. »
- Pourquoi : les imparfaits français et roumain se ressemblent beaucoup, mais la délimitation de l’événement reste décisive. Si l’on décrit simplement une situation à un moment donné, Eram bolnav când m-ai sunat (« J’étais malade quand tu m’as appelé ») est tout à fait naturel.
Croire que când exige toujours l’imparfait
- Incorrect : choisir automatiquement l’imparfait après când.
- Correct : Când am intrat, Maria citea. — « Quand je suis entré, Maria lisait. »
- Pourquoi : am intrat est l’événement ponctuel ; citea est l’action déjà en cours. Les deux verbes peuvent aussi être à l’imparfait pour des habitudes : Când veneam acasă, Maria citea (« Quand je rentrais, Maria lisait »).
Notes d’usage
L’imparfait appartient aussi bien à la langue parlée qu’à la langue écrite. Dans une conversation, il sert souvent à évoquer une ancienne routine ou à expliquer les circonstances d’un événement. Dans un récit, il crée l’arrière-plan, tandis que le perfectul compus met généralement les faits principaux au premier plan.
Les pronoms sujets sont moins fréquents qu’en français. On dira naturellement Mergeam acasă plutôt que Eu mergeam acasă, sauf pour insister sur « moi » ou opposer plusieurs personnes. En revanche, quand la forme en -am/-eam pourrait désigner aussi bien « je » que « nous », le contexte doit être assez clair ; sinon, eu ou noi lève l’ambiguïté.
Avec a vrea (« vouloir »), l’imparfait voiam adoucit une demande : Voiam să vă întreb ceva (« Je voulais vous demander quelque chose »). Comme en français, ce recul dans le passé peut être une marque de politesse plutôt qu’une véritable indication chronologique. La forme normative recommandée est voiam. On entend aussi vroiam dans l’usage familier, mais il vaut mieux employer voiam dans une langue soignée.
Pour aller plus loin
Le choix du temps change la perspective
Les deux temps peuvent parfois décrire la même réalité, mais pas sous le même angle :
- Am locuit la București zece ani. présente dix années comme une période achevée : « J’ai habité à Bucarest pendant dix ans. »
- În 2015 locuiam la București. situe le lecteur à l’intérieur de cette période : « En 2015, j’habitais à Bucarest. »
Cette distinction, appelée aspect (la manière de présenter le déroulement ou l’achèvement d’une action), est plus importante que la durée réelle. Une action très courte peut être envisagée en cours, et une action longue peut être présentée comme achevée.
Era să : « avoir failli »
La construction era să suivie du subjonctif — une forme verbale introduite ici par să — exprime un événement qui a presque eu lieu :
Era să cad. — « J’ai failli tomber. »
Il ne faut pas analyser cette expression comme une simple description avec « être ». C’est une tournure courante à mémoriser dans son ensemble.
Avea să : un événement futur vu depuis le passé
Avea să suivi du subjonctif peut annoncer ce qui se produira plus tard par rapport au moment raconté :
Nu știa că avea să devină celebru. — « Il ne savait pas qu’il allait devenir célèbre. »
Cette construction se rencontre notamment dans les récits et les biographies. Elle donne souvent l’impression que la suite était déjà inscrite dans le cours des événements.
Une tournure hypothétique familière
Dans la langue parlée, deux imparfaits peuvent parfois remplacer une structure conditionnelle plus complète :
Dacă știam, veneam. — littéralement « Si je savais, je venais », mais au sens de « Si j’avais su, je serais venu. »
Cette tournure est naturelle dans la conversation, mais elle est marquée comme familière. Dans un texte formel, on préférera les formes du plus-que-parfait et du conditionnel requises par la norme. Il suffit d’abord de savoir reconnaître cet emploi ; sa maîtrise vient après les usages fondamentaux de l’imparfait.
Conseils pour s’entraîner
- Construisez des paires. Prenez une activité et opposez l’habitude à l’événement unique : Mergeam des la cinema / Am mers ieri la cinema. Cette méthode entraîne le choix du temps, pas seulement les terminaisons.
- Racontez une photo ancienne. Décrivez le lieu, le temps, l’âge et les actions en cours avec cinq verbes à l’imparfait : era, avea, purta, vorbea, se uita. Ajoutez ensuite un événement au perfectul compus.
- Apprenez les verbes par la première personne. Notez ensemble a merge — mergeam, a face — făceam, a fi — eram. Transformez ensuite chaque forme pour tu, el/ea, voi et ei/ele, en prêtant une attention particulière à -ați/-eați et -au/-eau.
Notions liées
- Prérequis : Le passé composé roumain (Perfectul Compus) — le passé principal avec lequel l’imparfait contraste dans les récits.
- Étape suivante : Le plus-que-parfait roumain (Mai-mult-ca-perfectul) — il situe une action avant une autre action déjà passée.
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