L’imparfait (Παρατατικός) en grec
Παρατατικός
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de grec sur Settemila Lingue.
En bref
Le παρατατικός présente une action passée comme en cours, répétée ou comme le cadre d’un récit : Έγραφα ένα γράμμα (« J’écrivais une lettre »), Πηγαίναμε κάθε μέρα (« Nous y allions tous les jours »). Il se forme sur le thème du présent, avec des terminaisons de passé : έγραφα, έγραφες, έγραφε… Il correspond souvent à l’imparfait français, mais le choix grec dépend surtout de la façon dont on envisage l’action, et non seulement de sa durée réelle.
Vue d’ensemble
Le παρατατικός est l’imparfait du grec moderne. On le rencontre dès le niveau A2 pour raconter des habitudes anciennes, décrire une situation, ou montrer qu’une action était déjà en train de se dérouler lorsqu’un autre événement est arrivé. Ainsi, Όταν ήμουν μικρός, έπαιζα ποδόσφαιρο signifie « Quand j’étais petit, je jouais au football » : il s’agit d’une période et d’une habitude, pas d’un match précis.
Pour un francophone, le premier réflexe est utile : « je faisais », « il pleuvait » et « nous habitions » appellent très souvent le παρατατικός. Toutefois, les deux systèmes ne se recouvrent pas toujours. Le grec oppose fortement l’aspect imperfectif (l’action vue de l’intérieur, sans insister sur sa fin) à l’aspect perfectif (l’action envisagée comme un tout achevé). Le παρατατικός exprime le premier ; l’αόριστος, ou aoriste, exprime généralement le second.
Ce temps s’appuie donc sur le présent. Les verbes γράφω (« écrire »), διαβάζω (« lire, étudier ») et μιλάω (« parler ») conservent au παρατατικός le même thème, c’est-à-dire la partie du verbe qui porte son sens. Au début, retenez surtout trois emplois : ce qui se passait, ce qui se répétait et ce qui décrivait la situation.
Formation et fonctionnement
Le modèle des verbes en -ω
Pour de nombreux verbes de la première conjugaison, on prend le thème du présent et on ajoute les terminaisons -α, -ες, -ε, -αμε, -ατε, -αν. La conjugaison est marquée : le pronom sujet est donc souvent omis.
| Personne | γράφω (« écrire ») | Équivalent français |
|---|---|---|
| εγώ | έγραφα | j’écrivais |
| εσύ | έγραφες | tu écrivais |
| αυτός / αυτή / αυτό | έγραφε | il / elle écrivait |
| εμείς | γράφαμε | nous écrivions |
| εσείς | γράφατε | vous écriviez |
| αυτοί / αυτές / αυτά | έγραφαν | ils / elles écrivaient |
La troisième personne du pluriel possède aussi une forme courante en -ανε, surtout à l’oral : γράφανε. Il ne faut pas en déduire que toutes les formes commencent par ε- : έγραφα, mais γράφαμε.
L’augment et la place de l’accent
Dans beaucoup de formes passées, un augment ε- apparaît devant un verbe court. L’augment est simplement un élément ajouté au début du verbe ; ici, il permet notamment de porter l’accent :
| Présent | Παρατατικός | Français |
|---|---|---|
| γράφω | έγραφα | j’écrivais |
| μένω | έμενα | je restais, j’habitais |
| βλέπω | έβλεπα | je voyais, je regardais |
| τρέχω | έτρεχα | je courais |
Avec un verbe plus long, l’accent peut reculer sans ajout de ε- : διαβάζω → διάβαζα, δουλεύω → δούλευα. Selon la personne, sa place change parfois : δούλευα, mais δουλεύαμε. L’accent écrit fait partie du mot grec ; mieux vaut apprendre chaque modèle en le prononçant plutôt que supprimer systématiquement une terminaison et ajouter ε-.
Les verbes composés peuvent aussi modifier ou conserver leur préfixe d’une manière qu’il vaut mieux apprendre avec le verbe. Au niveau A2, une forme mémorisée comme περιέγραφα (« je décrivais ») est plus sûre qu’une règle improvisée sur l’augment.
Les verbes en -άω / -ώ
De nombreux verbes accentués en -άω ou -ώ forment leur imparfait en -ούσα. Voici le modèle de μιλάω / μιλώ (« parler ») :
| Personne | Forme grecque | Équivalent français |
|---|---|---|
| εγώ | μιλούσα | je parlais |
| εσύ | μιλούσες | tu parlais |
| αυτός / αυτή / αυτό | μιλούσε | il / elle parlait |
| εμείς | μιλούσαμε | nous parlions |
| εσείς | μιλούσατε | vous parliez |
| αυτοί / αυτές / αυτά | μιλούσαν | ils / elles parlaient |
Le même modèle apparaît dans αγαπάω / αγαπώ → αγαπούσα (« j’aimais »), ρωτάω / ρωτώ → ρωτούσα (« je demandais ») et περνάω / περνώ → περνούσα (« je passais »). La forme incorrecte έμιλα vient souvent d’une application trop mécanique du modèle έγραφα.
Quelques verbes indispensables
Certains verbes très fréquents ont une forme qu’il faut mémoriser directement. Ils restent néanmoins faciles à reconnaître en contexte.
| Présent | Παρατατικός, 1re personne | Français |
|---|---|---|
| είμαι | ήμουν | j’étais |
| έχω | είχα | j’avais |
| κάνω | έκανα | je faisais |
| λέω | έλεγα | je disais |
| πάω / πηγαίνω | πήγαινα | j’allais |
| τρώω | έτρωγα | je mangeais |
| πίνω | έπινα | je buvais |
| ξέρω | ήξερα | je savais |
| θέλω | ήθελα | je voulais |
| μπορώ | μπορούσα | je pouvais |
Deux formes méritent une attention particulière : ήμουν est la première personne de είμαι, tandis que ήταν peut signifier « il/elle était » ou « ils/elles étaient ». Le contexte indique alors le sujet.
Les trois emplois essentiels
1. Une action en cours dans le passé
Στις οκτώ μαγείρευα. — « À huit heures, je cuisinais. » On se place à l’intérieur de l’action ; rien n’est dit sur son achèvement.
2. Une habitude ou une répétition passée
Κάθε καλοκαίρι μέναμε στη Νάξο. — « Chaque été, nous séjournions à Naxos. » Des expressions comme κάθε μέρα (« tous les jours »), συχνά (« souvent ») et πάντα (« toujours ») favorisent cet emploi.
3. Un état ou l’arrière-plan d’un récit
Ήταν νύχτα και έβρεχε. — « Il faisait nuit et il pleuvait. » Le παρατατικός installe le décor, décrit l’âge, les sentiments, la possession ou une situation déjà existante.
Négation, questions et petits pronoms
La négation se construit avec δεν devant le verbe : Δεν δούλευα εκεί (« Je ne travaillais pas là »). Une question ne demande pas d’auxiliaire : Δούλευες χθες; (« Tu travaillais hier ? »). Le point-virgule grec ; joue ici le rôle du point d’interrogation français.
Les pronoms compléments non accentués, c’est-à-dire les petits mots comme « me », « lui » ou « le », se placent normalement avant le verbe à l’indicatif : Μου έλεγε την αλήθεια (« Il me disait la vérité »), Τον έβλεπα κάθε μέρα (« Je le voyais tous les jours »).
Exemples en contexte
| Grec | Français | Ce que montre l’exemple |
|---|---|---|
| Έγραφα ένα γράμμα όταν μπήκε η Μαρία. | J’écrivais une lettre quand Maria est entrée. | Action en cours interrompue |
| Μιλούσε στο τηλέφωνο όλο το πρωί. | Il/Elle parlait au téléphone toute la matinée. | Activité envisagée dans son déroulement |
| Πηγαίναμε κάθε μέρα στην παραλία. | Nous allions à la plage tous les jours. | Habitude passée |
| Όταν ήμουν μικρός, φοβόμουν το σκοτάδι. | Quand j’étais petit, j’avais peur du noir. | État pendant l’enfance ; locuteur masculin |
| Όταν ήμουν μικρή, έμενα στη Θεσσαλονίκη. | Quand j’étais petite, j’habitais à Thessalonique. | Forme féminine μικρή |
| Έβρεχε και φυσούσε δυνατά. | Il pleuvait et le vent soufflait fort. | Décor d’un récit |
| Δεν είχα αυτοκίνητο τότε. | Je n’avais pas de voiture à l’époque. | État négatif dans le passé |
| Τι έκανες όταν σου τηλεφώνησα; | Que faisais-tu quand je t’ai téléphoné ? | Question et action ponctuelle à l’aoriste |
| Κάθε βράδυ διαβάζαμε μαζί. | Chaque soir, nous étudiions ensemble. | Répétition régulière |
| Η Άννα μαγείρευε ενώ τα παιδιά έπαιζαν. | Anna cuisinait pendant que les enfants jouaient. | Deux actions simultanées |
| Παλιά δούλευαν τα Σάββατα. | Autrefois, ils travaillaient le samedi. | Ancienne habitude |
| Στις δέκα ακόμα κοιμόσουν. | À dix heures, tu dormais encore. | Situation en cours à un moment précis |
| Δεν καταλάβαινα τι μου έλεγε. | Je ne comprenais pas ce qu’il/elle me disait. | État mental et pronom complément |
| Θέλαμε να φύγουμε, αλλά δεν μπορούσαμε. | Nous voulions partir, mais nous ne pouvions pas. | Deux états ou dispositions |
Erreurs fréquentes
Employer l’aoriste pour une habitude
- Incorrect : Κάθε μέρα πήγα στο σχολείο.
- Correct : Κάθε μέρα πήγαινα στο σχολείο.
- Pourquoi : κάθε μέρα présente ici une habitude. Πήγα envisage normalement un déplacement comme un événement achevé ; πήγαινα décrit ce qui se répétait.
Croire que toute phrase française à l’imparfait exige le παρατατικός
- Incorrect : Χθες έγραφα το γράμμα σε δύο ώρες si l’on veut dire qu’on l’a terminé en deux heures.
- Correct : Χθες έγραψα το γράμμα σε δύο ώρες.
- Pourquoi : l’action est délimitée et achevée. Malgré les ressemblances entre les deux langues, il faut choisir selon le point de vue grec : déroulement ou événement complet.
Ajouter l’augment à toutes les personnes
- Incorrect : εγράφαμε, εδουλεύαμε
- Correct : γράφαμε, δουλεύαμε
- Pourquoi : l’augment n’est pas un préfixe obligatoire à toutes les formes. Il apparaît lorsque la structure et l’accentuation du mot l’appellent.
Mélanger les modèles en -ω et en -άω / -ώ
- Incorrect : έμιλα στο τηλέφωνο.
- Correct : μιλούσα στο τηλέφωνο.
- Pourquoi : μιλάω / μιλώ suit le modèle en -ούσα, et non celui de γράφω → έγραφα.
Employer le thème de l’aoriste
- Incorrect : έγραψα κάθε βράδυ pour « j’écrivais chaque soir ».
- Correct : έγραφα κάθε βράδυ.
- Pourquoi : γραψ- est le thème perfectif de έγραψα ; le παρατατικός conserve le thème imperfectif du présent, γραφ-.
Oublier l’accent écrit
- Incorrect : εβλεπα, ημουν, διαβαζα
- Correct : έβλεπα, ήμουν, διάβαζα
- Pourquoi : l’accent n’est pas décoratif : il indique la syllabe accentuée et fait partie de l’orthographe du grec moderne.
Remarques d’usage
Des indicateurs comme κάθε μέρα, συνήθως (« d’habitude »), συχνά, τότε (« alors, à cette époque »), παλιά (« autrefois ») et ενώ (« pendant que ») rendent le παρατατικός probable, mais aucun mot ne choisit automatiquement le temps. Χθες (« hier ») peut accompagner les deux : Χθες στις οκτώ έτρωγα (« Hier à huit heures, je mangeais »), mais Χθες έφαγα στις οκτώ (« Hier, j’ai mangé à huit heures »).
Le français offre souvent un bon équivalent avec son imparfait, notamment pour le décor et les habitudes. En revanche, une durée chiffrée ne signifie pas nécessairement « action en cours ». Δούλεψα δύο ώρες signifie « J’ai travaillé deux heures » et présente ces deux heures comme un bloc terminé ; Δούλευα όταν τηλεφώνησες signifie « Je travaillais quand tu as téléphoné » et ouvre une vue sur le déroulement.
À la troisième personne du pluriel, on entend des variantes telles que έγραφαν et γράφανε. La première convient partout et constitue un bon choix à l’écrit. La seconde est très courante dans la conversation ; elle n’a rien d’incompréhensible ou d’exceptionnel.
Pour aller plus loin
Cette partie n’est pas indispensable pour commencer, mais elle aide à reconnaître des emplois que l’on rencontre rapidement dans une conversation ou un récit.
Le contraste narratif avec l’aoriste
Dans une histoire, le παρατατικός peint souvent le fond et l’aoriste fait avancer les événements :
Έβρεχε, ο κόσμος έτρεχε να κρυφτεί και ξαφνικά έσβησαν τα φώτα.
« Il pleuvait, les gens couraient se mettre à l’abri et, soudain, les lumières se sont éteintes. » Les deux premières actions constituent la scène ; έσβησαν introduit l’événement global. Cette opposition est plus utile qu’une règle simpliste « long contre court » : un événement très court peut être présenté dans son déroulement, et une longue période comme un tout achevé.
| Point de vue | Παρατατικός | Αόριστος |
|---|---|---|
| Lecture en cours / lecture achevée | Διάβαζα το βιβλίο. | Διάβασα το βιβλίο. |
| Sens naturel | Je lisais le livre. | J’ai lu le livre. |
| Thème verbal | διαβαζ- | διαβασ- |
Les formes en -όμουν
Les verbes dont le présent se termine en -ομαι ont souvent un imparfait en -όμουν : ντύνομαι → ντυνόμουν (« je m’habillais »), έρχομαι → ερχόμουν (« je venais »), φοβάμαι → φοβόμουν (« j’avais peur »). Un modèle fréquent est ντυνόμουν, ντυνόσουν, ντυνόταν, ντυνόμασταν, ντυνόσασταν, ντύνονταν. Ces formes relèvent de la voix dite médiopassive, c’est-à-dire une série de terminaisons qui sert aux verbes passifs, réfléchis et à plusieurs verbes de sens actif. Il suffit d’abord de les reconnaître ; leur système complet mérite une étude séparée.
Une demande rendue plus douce
Comme l’imparfait français dans « je voulais vous demander… », certains imparfaits grecs atténuent une demande présente : Ήθελα να σας ρωτήσω κάτι (« Je voulais vous demander quelque chose »). Au café, Ήθελα έναν καφέ (« Je voudrais un café », littéralement « je voulais un café ») peut adoucir la formulation. Le temps ne renvoie alors pas forcément à un désir révolu ; il crée une distance polie.
Le παρατατικός peut aussi suggérer une tentative ou une action répétée selon le contexte : Σε έπαιρνα τηλέφωνο, αλλά δεν απαντούσες (« J’essayais de t’appeler / je t’appelais, mais tu ne répondais pas »). La nuance vient de la situation, pas d’une nouvelle terminaison.
Conseils pour s’entraîner
- Apprenez les formes par familles. Conjuguez à voix haute un verbe court (γράφω → έγραφα), un verbe long (διαβάζω → διάβαζα) et un verbe en -άω / -ώ (μιλάω → μιλούσα). Ajoutez ensuite ήμουν et είχα, indispensables pour raconter.
- Transformez une routine présente en souvenir. Partez de Κάθε μέρα πηγαίνω στη δουλειά puis dites Όταν έμενα στην Αθήνα, κάθε μέρα πήγαινα στη δουλειά με τα πόδια. Cette transformation fait sentir le lien entre thème du présent et imparfait.
- Racontez une scène en deux couches. Donnez d’abord trois éléments de décor au παρατατικός, puis un événement à l’aoriste : « il pleuvait, les gens attendaient, je lisais… puis le bus est arrivé ». Cette opposition est plus efficace à mémoriser que des listes isolées.
Notions liées
- Prérequis : Le présent des verbes du groupe A — le παρατατικός reprend le thème imperfectif du présent.
- Étape suivante : Aoriste ou imparfait — pour choisir le bon point de vue dans un récit passé.
- À combiner avec : Les connecteurs temporels — όταν, ενώ, πριν et αφού permettent d’organiser les événements dans le temps.
Prérequis
Le présent grec du groupe A en -ωA1Concepts qui s'appuient sur celui-ci
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