L’imparfait en espagnol
Pretérito Imperfecto
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de espagnol sur Settemila Lingue.
En bref
Le pretérito imperfecto espagnol correspond souvent à l’imparfait français : hablaba (« je parlais »), comía (« je mangeais »), vivíamos (« nous habitions »). Il présente une habitude, une description, un état ou une action en cours dans le passé, sans insister sur son début ni sur sa fin. Les verbes en -ar prennent les terminaisons en -aba, ceux en -er et -ir les terminaisons en -ía ; il n’existe que trois irréguliers : ser, ir et ver.
Vue d’ensemble
L’imparfait permet de planter le décor d’un souvenir : quel âge on avait, où l’on vivait, quel temps il faisait, ce que l’on aimait ou ce que l’on faisait régulièrement. Il sert aussi à montrer une action déjà en cours au moment où un autre événement survient : Dormía cuando sonó el teléfono (« Je dormais quand le téléphone a sonné »).
Cette notion est introduite au niveau A2. Pour un francophone, son sens général est familier, mais il faut apprendre à choisir le point de vue espagnol. L’aspect verbal (la manière de présenter le déroulement d’une action) compte autant que sa date : l’imparfait montre la situation de l’intérieur, sans borne nette, tandis que le pretérito indefinido présente normalement un événement achevé comme un tout.
La ressemblance avec le français constitue donc une excellente première boussole, pas une équivalence automatique. Comparez Vivíamos en Madrid (« Nous habitions à Madrid » : situation, cadre) et Vivimos en Madrid durante dos años (« Nous avons vécu à Madrid pendant deux ans » : période délimitée et achevée).
Comment se forme et s’emploie l’imparfait
La formation régulière
On part de l’infinitif (la forme non conjuguée, comme hablar ou vivir), on retire -ar, -er ou -ir, puis on ajoute la terminaison voulue. Les verbes en -er et en -ir ont exactement les mêmes terminaisons.
| Personne | hablar — parler | comer — manger | vivir — vivre, habiter |
|---|---|---|---|
| yo | hablaba | comía | vivía |
| tú | hablabas | comías | vivías |
| él, ella, usted | hablaba | comía | vivía |
| nosotros/as | hablábamos | comíamos | vivíamos |
| vosotros/as | hablabais | comíais | vivíais |
| ellos, ellas, ustedes | hablaban | comían | vivían |
À retenir :
- pour les verbes en -ar : -aba, -abas, -aba, -ábamos, -abais, -aban ;
- pour les verbes en -er et -ir : -ía, -ías, -ía, -íamos, -íais, -ían ;
- avec -ar, seule la forme en nosotros/as porte un accent écrit : hablábamos ;
- avec -er et -ir, toutes les terminaisons portent un accent sur le í : comía, vivíais.
Les formes de yo et de él/ella/usted sont identiques. Le contexte suffit souvent, mais on peut préciser le sujet si nécessaire : Yo vivía en Sevilla, pero ella vivía en Cádiz.
Les modifications de radical du présent ne se maintiennent pas. Ainsi, dormir donne dormía, pedir donne pedía et jugar donne jugaba. On ne forme pas ces verbes sur duerm-, pid- ou jueg-.
Les trois verbes irréguliers
Le système est remarquablement régulier. Il suffit de mémoriser ser (« être »), ir (« aller ») et ver (« voir »).
| Personne | ser | ir | ver |
|---|---|---|---|
| yo | era | iba | veía |
| tú | eras | ibas | veías |
| él, ella, usted | era | iba | veía |
| nosotros/as | éramos | íbamos | veíamos |
| vosotros/as | erais | ibais | veíais |
| ellos, ellas, ustedes | eran | iban | veían |
Ver conserve son e : veía, et non vía. Les participes ou radicaux irréguliers d’autres temps ne servent pas ici : hacer donne simplement hacía, tener donne tenía et decir donne decía.
1. Les habitudes et les répétitions
L’imparfait exprime ce qui arrivait régulièrement dans le passé, sans compter les occurrences. Des mots comme siempre (« toujours »), a menudo (« souvent »), todos los días (« tous les jours »), normalmente (« normalement ») ou de niño/a (« quand j’étais enfant ») le favorisent.
- Siempre comía a las dos. — Je mangeais toujours à deux heures.
- Los domingos íbamos a casa de mis abuelos. — Le dimanche, nous allions chez mes grands-parents.
Cependant, ce n’est pas l’adverbe qui décide à lui seul. Une répétition comptée et achevée appelle généralement l’indefinido : Ayer llamé tres veces (« Hier, j’ai appelé trois fois »).
2. Les descriptions et les états
Pour décrire des personnes, des lieux, une ambiance ou une situation passée, on emploie très souvent l’imparfait :
- caractéristiques : La casa era pequeña y tenía un jardín ;
- états physiques ou émotionnels : Estaba cansada, pero no tenía sueño ;
- pensées, goûts et connaissances : Creía que era fácil ;
- possession et relations : Tenían dos hijos.
Un état est ici une situation présentée comme valable à ce moment-là, et non comme un changement soudain. Sabía la respuesta signifie « Je savais la réponse » ; supe la respuesta signifie plutôt « J’ai appris la réponse » ou « J’ai fini par savoir » selon le contexte.
3. L’âge, l’heure et la météo
L’imparfait est la forme normale lorsque l’âge, l’heure ou le temps qu’il faisait servent de cadre passé :
- Cuando tenía diez años… — Quand j’avais dix ans…
- Eran las ocho de la mañana. — Il était huit heures du matin.
- Hacía buen tiempo y no llovía. — Il faisait beau et il ne pleuvait pas.
Comme en français, l’âge se construit avec « avoir », mais l’espagnol utilise tener : tenía veinte años, jamais une traduction mot à mot avec ser.
4. Une action en cours et l’événement qui l’interrompt
L’imparfait montre l’action qui se déroulait déjà ; l’indefinido nomme l’événement ponctuel qui intervient :
action en cours à l’imparfait + cuando + événement à l’indefinido
Leía cuando llegó Ana. — Je lisais quand Ana est arrivée.
L’action en cours peut aussi être renforcée par estar à l’imparfait + gérondif (forme en -ando ou -iendo qui insiste sur le déroulement) : Estaba leyendo cuando llegó Ana. La forme simple leía suffit souvent ; estaba leyendo rend la progression plus explicite.
5. Deux actions simultanées à l’arrière-plan
Avec mientras (« pendant que »), deux imparfaits peuvent présenter deux activités en cours au même moment : Mientras yo cocinaba, Marta ponía la mesa. Il ne s’agit pas de deux événements successifs, mais de deux lignes parallèles dans la même scène.
Exemples en contexte
| Espagnol | Français | Point illustré |
|---|---|---|
| Cuando era niño, vivía cerca del mar. | Quand j’étais enfant, j’habitais près de la mer. | Âge de la vie et situation passée |
| Siempre comía a las dos. | Je mangeais toujours à deux heures. | Habitude |
| Antes íbamos al trabajo en autobús. | Avant, nous allions au travail en bus. | Habitude avec ir |
| La plaza era tranquila y tenía muchos árboles. | La place était calme et avait beaucoup d’arbres. | Description |
| Hacía buen tiempo, pero soplaba mucho viento. | Il faisait beau, mais le vent soufflait fort. | Météo et décor |
| Eran las once y todos dormían. | Il était onze heures et tout le monde dormait. | Heure et action en cours |
| No podía abrir la puerta porque no tenía la llave. | Je ne pouvais pas ouvrir la porte parce que je n’avais pas la clé. | État et explication |
| Veíamos las montañas desde la ventana. | Nous voyions les montagnes depuis la fenêtre. | Verbe irrégulier ver |
| Leía en el sofá cuando sonó el teléfono. | Je lisais sur le canapé quand le téléphone a sonné. | Arrière-plan et interruption |
| Mientras tú estudiabas, yo preparaba la cena. | Pendant que tu étudiais, je préparais le dîner. | Actions simultanées |
| De pequeña, no me gustaban las verduras. | Petite, je n’aimais pas les légumes. | Goût dans le passé |
| Pensábamos que la tienda cerraba a las ocho. | Nous pensions que le magasin fermait à huit heures. | Pensée et information passée |
| Todos los veranos alquilaban una casa en Galicia. | Tous les étés, ils louaient une maison en Galice. | Répétition saisonnière |
| Estaba trabajando cuando empezó a llover. | J’étais en train de travailler quand il a commencé à pleuvoir. | Déroulement explicite |
Erreurs fréquentes
Inventer des formes irrégulières
- Incorrect : Yo tuvía mucho tiempo.
- Correct : Yo tenía mucho tiempo.
- Pourquoi : les irrégularités de tener au présent ou à d’autres temps ne passent pas à l’imparfait. En dehors de ser, ir et ver, on applique les terminaisons régulières.
Oublier les accents écrits
- Incorrect : Comiamos juntos y viviamos en Madrid.
- Correct : Comíamos juntos y vivíamos en Madrid.
- Pourquoi : toutes les terminaisons des verbes en -er et -ir portent un accent sur í. Avec les verbes en -ar, retenez notamment hablábamos.
Mélanger les deux séries de terminaisons
- Incorrect : Ella hablía muy rápido.
- Correct : Ella hablaba muy rápido.
- Pourquoi : -aba appartient aux verbes en -ar ; -ía appartient aux verbes en -er et -ir.
Employer l’indefinido pour une habitude non délimitée
- Incorrect : Cuando era niño, fui al parque todos los días.
- Correct : Cuando era niño, iba al parque todos los días.
- Pourquoi : il s’agit d’une routine ouverte sur toute une période de l’enfance. Fui conviendrait à une sortie achevée : Ayer fui al parque.
Choisir l’imparfait uniquement parce qu’une action a duré
- Incorrect dans le sens d’une période achevée : Vivía allí durante tres años.
- Correct : Viví allí durante tres años.
- Pourquoi : une longue durée peut être présentée comme une période complète, avec un début et une fin. La longueur de l’action ne détermine donc pas le temps ; c’est la façon de l’envisager qui compte.
Remarques d’usage
Les pronoms sujets sont souvent omis en espagnol, car la terminaison indique déjà la personne : Vivíamos en Madrid est plus naturel que Nosotros vivíamos en Madrid si aucun contraste n’est nécessaire. On ajoute yo, tú ou nosotros pour lever une ambiguïté ou opposer deux sujets : Yo cocinaba y él limpiaba.
En Espagne, vosotros/as est la forme familière du pluriel : ¿Qué hacíais? Dans la majeure partie de l’Amérique hispanophone, on emploie ustedes avec la troisième personne du pluriel : ¿Qué hacían? Les emplois fondamentaux de l’imparfait restent les mêmes.
Certains verbes changent sens selon le point de vue. L’imparfait présente un état déjà installé, tandis que l’indefinido peut marquer son apparition ou son résultat :
| Imparfait | Indefinido | Contraste fréquent |
|---|---|---|
| sabía | supe | je savais / j’ai appris |
| conocía | conocí | je connaissais / j’ai rencontré, fait connaissance avec |
| podía | pude | je pouvais / j’ai réussi à, j’ai pu |
| quería | quise | je voulais / j’ai voulu, j’ai essayé de |
Ces correspondances dépendent du contexte, mais elles montrent pourquoi une traduction mot à mot ne suffit pas.
Pour aller plus loin
Les points suivants dépassent la règle essentielle du niveau A2. Il n’est pas nécessaire de les maîtriser tout de suite, mais ils expliquent des emplois très courants.
L’imparfait de politesse ou d’atténuation
Dans une demande, l’imparfait rend l’intention moins brusque : Quería pedirle un favor (« Je voulais vous demander un service ») ou Venía a recoger un paquete (« Je venais chercher un colis »). Le locuteur parle pourtant de son intention présente. Cet imparfait crée une distance polie, comme le fait souvent le français avec « je voulais… ».
Le futur vu depuis un moment passé
Après un verbe de parole ou de pensée au passé, l’imparfait peut désigner une action qui était encore future à ce moment-là : Dijo que venía al día siguiente (« Il a dit qu’il venait le lendemain »). Le déplacement de temps dans le discours indirect (les paroles rapportées sans les citer exactement) sera étudié plus en détail à un niveau ultérieur.
Le cadre d’un récit n’est pas une règle rigide
On résume souvent ainsi : imparfait = décor, indefinido = actions principales. C’est très utile au début, mais le choix dépend surtout du regard porté sur l’événement. Llovía toda la tarde ouvre la scène ou décrit son déroulement ; Llovió toda la tarde présente cette pluie comme un épisode achevé. Les deux phrases peuvent parler du même après-midi, avec une perspective différente.
Les jeux, rêves et situations imaginées
Dans les jeux d’enfants, l’imparfait peut distribuer des rôles imaginaires : Yo era la médica y tú eras el paciente (« Moi, j’étais la médecin et toi, tu étais le patient »). On le rencontre aussi pour installer le cadre d’un rêve : Soñé que vivía en una isla. Cet emploi prolonge son rôle habituel de description d’un monde envisagé de l’intérieur.
Conseils pratiques
- Apprenez trois blocs, pas des dizaines d’exceptions. Récitez une fois le modèle en -aba, une fois celui en -ía, puis les trois irréguliers era, iba, veía. Conjuguez ensuite cinq verbes fréquents comme trabajar, hacer, tener, poder et dormir.
- Transformez un souvenir en décor puis en événements. Écrivez quatre phrases de cadre à l’imparfait (Era verano. Hacía calor. Estábamos en Valencia. Vivíamos cerca de la playa.), puis ajoutez deux actions achevées à l’indefinido. Cette alternance entraîne le vrai choix entre les temps.
- Cherchez les indices de sens plutôt que les mots déclencheurs. À l’écoute ou à la lecture, classez chaque imparfait entendu : habitude, description, état, heure/météo ou action en cours. Vérifiez ensuite si un indefinido fait avancer le récit.
Notions liées
- Prérequis : Le pretérito indefinido — le passé achevé avec lequel l’imparfait construit les récits.
- Étape suivante : Indefinido ou imperfecto — approfondir le choix du point de vue entre les deux temps.
- Pour aller plus loin : Le discours indirect — comprendre les changements de temps quand on rapporte des paroles au passé.