Formation du pluriel en gallois
Ffurfiau Lluosog
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.
En bref
Le gallois n’a pas un équivalent unique du -s français : le pluriel peut prendre un suffixe comme -au, -iau, -od, -oedd, -ion ou -i, modifier une voyelle, ou être entièrement irrégulier. Il vaut donc mieux apprendre chaque nom (mot qui désigne une personne, un animal, un objet ou une idée) avec son pluriel : ci → cŵn, cath → cathod, plentyn → plant. Certains mots fonctionnent en sens inverse : une forme collective telle que coed « arbres, bois » donne un individu avec -en, coeden « un arbre ».
Vue d’ensemble
La formation du pluriel est l’un des premiers grands points de vocabulaire du niveau A1. Elle sert dès que l’on parle de personnes, d’animaux ou d’objets au nombre de plusieurs : plant « enfants », llyfrau « livres », cadeiriau « chaises ». La difficulté ne vient pas du sens, mais du fait qu’il n’existe pas de terminaison universelle comparable au -s du français.
Un suffixe (petit élément ajouté à la fin d’un mot) permet de former beaucoup de pluriels gallois. Toutefois, le choix du suffixe ne se déduit pas toujours de la forme du singulier. De plus, certaines voyelles changent, parfois en même temps que la terminaison. Un dictionnaire gallois indique donc généralement le pluriel à côté du singulier : cette information fait partie du mot à apprendre.
Pour débuter, il n’est pas nécessaire de deviner tous les pluriels. L’objectif pratique est de reconnaître quelques modèles fréquents, puis de mémoriser les paires rencontrées. Il faut aussi repérer les noms collectifs : leur forme de base évoque un ensemble, tandis qu’un suffixe dit singulatif permet d’isoler un seul membre de cet ensemble.
Fonctionnement
Le principe essentiel : apprendre une paire
En français, la différence entre chat et chats est souvent surtout visible à l’écrit. En gallois, le pluriel peut changer nettement l’apparence et la prononciation du mot. Comparez :
| Gallois | Français | Type de formation |
|---|---|---|
| cath → cathod | chat → chats | suffixe -od |
| afal → afalau | pomme → pommes | suffixe -au |
| ysgol → ysgolion | école → écoles | suffixe -ion |
| ci → cŵn | chien → chiens | changement de voyelle et forme irrégulière |
| plentyn → plant | enfant → enfants | forme irrégulière |
La meilleure unité de mémorisation n’est donc pas seulement cath, mais cath, cathod. Le genre du nom — masculin ou féminin — mérite également d’être appris avec cette paire, car il intervient dans d’autres constructions au singulier.
Les suffixes fréquents
Les terminaisons suivantes sont courantes, mais ce sont des familles de mots, pas des règles automatiques. Deux noms qui se ressemblent peuvent choisir des pluriels différents.
| Terminaison | Paire galloise | Sens |
|---|---|---|
| -au | afal → afalau | pomme → pommes |
| -au, avec modification interne | llyfr → llyfrau | livre → livres |
| -iau | cadair → cadeiriau | chaise → chaises |
| -iau, avec modification interne | gair → geiriau | mot → mots |
| -od | cath → cathod | chat → chats |
| -ion | ysgol → ysgolion | école → écoles |
| -oedd | blwyddyn → blynyddoedd | année → années |
| -i, avec changement de voyelle | gardd → gerddi | jardin → jardins |
| -ed | merch → merched | fille → filles |
| -on, avec modification du radical | athro → athrawon | professeur → professeurs |
Le radical est la partie centrale du mot qui porte son sens. Dans gardd → gerddi, on ne se contente pas d’ajouter -i : la voyelle change aussi. De même, llyfr → llyfrau ne s’obtient pas de manière fiable en appliquant une simple recette lettre par lettre.
Il est utile de reconnaître une terminaison quand on la voit. Il est moins utile de choisir au hasard entre -au, -iau et -ion pour fabriquer un mot qui n’a jamais été appris.
Les changements de voyelle
Plusieurs pluriels modifient la voyelle ou la diphtongue du singulier. Une diphtongue est un groupe de deux sons vocaliques prononcés dans la même syllabe. Certains mots n’ajoutent aucune terminaison visible ; d’autres combinent modification interne et suffixe.
| Singulier et pluriel | Français | Observation |
|---|---|---|
| ci → cŵn | chien → chiens | changement important du mot |
| tŷ → tai | maison → maisons | ŷ devient ai |
| troed → traed | pied → pieds | oe devient ae |
| gŵr → gwŷr | homme → hommes | voyelle et structure interne modifiées |
| bachgen → bechgyn | garçon → garçons | voyelles et terminaison modifiées |
| llygad → llygaid | œil → yeux | modification interne et terminaison |
| brawd → brodyr | frère → frères | forme irrégulière |
Les accents circonflexes de tŷ, cŵn, gŵr et gwŷr ne sont pas décoratifs : ils signalent notamment une voyelle longue. Les omettre peut rendre la lecture et la prononciation moins claires.
Les pluriels irréguliers
Certains mots très courants ont une forme qu’il faut mémoriser telle quelle :
- plentyn → plant — enfant → enfants ;
- brawd → brodyr — frère → frères ;
- llaw → dwylo — main → mains ;
- dant → dannedd — dent → dents.
Ces formes très fréquentes montrent pourquoi le pluriel doit être traité comme une information lexicale, c’est-à-dire comme une partie du mot à mémoriser, et non comme le résultat garanti d’une terminaison unique.
Les collectifs et le singulatif en -yn ou -en
Le gallois possède des noms dont la forme de base présente naturellement une matière ou un ensemble. Pour désigner un seul élément, on emploie un singulatif (forme qui extrait un individu d’un groupe), souvent en -yn ou -en.
| Forme individuelle → collectif | Français | Remarque |
|---|---|---|
| coeden → coed | un arbre → des arbres, du bois | singulatif féminin en -en |
| aderyn → adar | un oiseau → des oiseaux | singulatif masculin en -yn |
| pysgodyn → pysgod | un poisson → des poissons | singulatif en -yn |
| deilen → dail | une feuille → des feuilles, du feuillage | singulatif en -en |
| seren → sêr | une étoile → des étoiles | singulatif en -en |
Pour un francophone, cette logique peut sembler inversée. On est tenté de prendre coeden comme base puis de considérer coed comme un pluriel irrégulier. Historiquement et grammaticalement, il est plus utile de comprendre coed comme la forme collective, à laquelle -en donne l’arbre individuel. Dans l’apprentissage quotidien, retenez néanmoins les deux formes ensemble.
Les suffixes correspondent souvent au genre du singulatif : -yn donne un nom masculin et -en un nom féminin. Cette indication aide, mais elle ne dispense pas de vérifier le genre du mot appris.
L’article ne marque pas le nombre
L’article défini gallois prend les formes y, yr ou ’r selon les sons et le mot précédent, mais il n’a pas de forme spéciale pour le pluriel. Contrairement au français, où le/la s’oppose à les, c’est le nom qui montre le nombre :
| Gallois | Français | Nombre |
|---|---|---|
| y ci | le chien | singulier |
| y cŵn | les chiens | pluriel |
| yr ysgol | l’école | singulier |
| yr ysgolion | les écoles | pluriel |
| y ferch | la fille | singulier avec mutation douce de merch |
| y merched | les filles | pluriel sans cette mutation liée au féminin singulier |
Une mutation est un changement de la première consonne provoqué par l’environnement grammatical. Ici, le féminin singulier merch devient ferch après l’article, tandis que le pluriel reste merched. Il ne faut donc pas recopier automatiquement au pluriel une mutation apprise avec le féminin singulier.
Le gallois n’a pas non plus d’article indéfini équivalent à un/une ou des. Hors contexte numérique, ci peut donc signifier « chien » ou « un chien », et cŵn « chiens » ou « des chiens ».
Exemples en contexte
| Gallois | Français | Point observé |
|---|---|---|
| Mae ci yn yr ardd. | Il y a un chien dans le jardin. | ci au singulier |
| Mae cŵn yn yr ardd. | Il y a des chiens dans le jardin. | pluriel irrégulier de ci |
| Mae’r cathod yn cysgu. | Les chats dorment. | pluriel en -od |
| Mae’r plant yn chwarae tu allan. | Les enfants jouent dehors. | plentyn → plant |
| Mae’r ysgolion ar gau heddiw. | Les écoles sont fermées aujourd’hui. | pluriel en -ion |
| Ble mae’r cadeiriau? | Où sont les chaises ? | pluriel en -iau |
| Mae’r llyfrau ar y bwrdd. | Les livres sont sur la table. | llyfr → llyfrau |
| Mae tair coeden yn yr ardd. | Il y a trois arbres dans le jardin. | après un nombre, singulier coeden |
| Mae coed ar y bryn. | Il y a des arbres sur la colline. | collectif coed |
| Mae aderyn ar y ffenestr. | Il y a un oiseau sur la fenêtre. | singulatif aderyn |
| Mae adar yn yr awyr. | Il y a des oiseaux dans le ciel. | collectif adar |
| Mae’r dail yn cwympo yn yr hydref. | Les feuilles tombent en automne. | deilen → dail |
| Mae ganddi lygaid glas. | Elle a les yeux bleus. | llygad → llygaid |
| Mae fy nannedd i’n brifo. | J’ai mal aux dents. | dant → dannedd |
| Mae’r merched yma’n dysgu Cymraeg. | Les filles d’ici apprennent le gallois. | merch → merched |
Erreurs fréquentes
Ajouter -au à tous les noms
- Incorrect : cathau
- Correct : cathod
- Pourquoi : -au est fréquent, mais ce n’est pas la marque générale du pluriel. Le pluriel de cath appartient à la famille en -od.
Employer le pluriel après un nombre
- Incorrect en gallois standard : dau gŵn
- Correct : dau gi — deux chiens
- Pourquoi : après un nombre précis, le gallois emploie normalement le nom au singulier. Dau provoque en plus une mutation douce : ci → gi. La structure diffère donc nettement du français deux chiens.
Prendre un collectif pour un singulier
- Incorrect : un coed pour « un arbre »
- Correct : coeden — un arbre
- Pourquoi : coed évoque les arbres ou le bois collectivement. Le suffixe singulatif -en désigne un arbre individuel.
Conserver la mutation du féminin singulier au pluriel
- Incorrect : y ferched
- Correct : y merched — les filles
- Pourquoi : y ferch contient la mutation douce de merch après l’article au féminin singulier. Cette mutation ne se reporte pas au pluriel.
Deviner le singulier en retirant une terminaison
- Incorrect : supposer que le singulier de plant est une forme obtenue en retirant une lettre
- Correct : plentyn → plant
- Pourquoi : beaucoup de paires comportent un changement interne ou une relation collectif–singulatif. Remonter au singulier exige souvent de connaître le mot.
Négliger les signes diacritiques
- À éviter : ci → cwn, ty → tai
- Correct : ci → cŵn, tŷ → tai
- Pourquoi : le circonflexe fait partie de l’orthographe et renseigne sur la longueur de la voyelle. Apprenez-le avec le mot plutôt que de l’ajouter après coup.
Notes d’usage
Parler d’un nombre précis
Avec un nombre cardinal, c’est-à-dire un nombre qui répond à « combien ? », le nom reste normalement au singulier : dau gi « deux chiens », tair cath « trois chats », pedair cadair « quatre chaises ». Les petits nombres ont eux-mêmes des formes liées au genre, comme dau et dwy, tri et tair, pedwar et pedair. Les mutations après certains nombres forment un autre point d’apprentissage ; l’essentiel ici est de ne pas mettre automatiquement le nom au pluriel.
Le pluriel revient quand il n’y a pas de nombre exact : cŵn « des chiens », llawer o gŵn « beaucoup de chiens », y cŵn « les chiens ». Ainsi, connaître ci → cŵn reste indispensable même si l’on dit dau gi.
Variantes et dictionnaires
On peut rencontrer plus d’un pluriel pour un même nom selon la région, le registre ou le sens précis. Certains emprunts récents suivent aussi des modèles différents des noms traditionnels. Quand deux formes sont attestées, il vaut mieux choisir d’abord celle donnée comme courante dans votre dictionnaire ou votre méthode, tout en apprenant à reconnaître l’autre.
L’orthographe standard reste un repère précieux, mais la prononciation et certaines préférences lexicales varient entre le nord et le sud du pays de Galles. Cette variation ne change pas le conseil de base : mémoriser le pluriel avec le singulier.
Genre et pluriel
Le genre grammatical joue surtout un rôle visible au singulier, notamment dans les mutations après l’article et avec certains adjectifs. Au pluriel, l’opposition masculin–féminin n’entraîne pas la même mutation de l’article. Pourtant, le genre reste à apprendre : il réapparaît dès que l’on revient au singulier et il aide à choisir certaines formes des nombres.
Au-delà des bases
Cette partie n’est pas à maîtriser au niveau A1, mais elle explique des formes que l’on rencontre rapidement dans des textes authentiques.
Le pluriel appartient parfois au sens, pas seulement à la forme
Deux formes d’un même nom ne sont pas toujours interchangeables comme le seraient simplement arbre et arbres. Un collectif peut présenter une réalité comme une masse, une espèce ou un ensemble. Le singulatif attire au contraire l’attention sur un individu. Pysgod peut parler de poissons de façon générale ; pysgodyn isole un poisson. Cette distinction ressemble davantage au contraste français entre du feuillage et une feuille qu’à la seule opposition singulier–pluriel.
Les adjectifs ne suivent pas une règle française d’accord en -s
Un adjectif est un mot qui décrit un nom, comme glas « bleu ». Après un nom pluriel, de nombreux adjectifs gallois gardent la même forme : llygaid glas « des yeux bleus ». Quelques adjectifs possèdent toutefois une forme plurielle propre, surtout dans certains usages établis. Il ne faut donc ni ajouter un -s français, ni supposer que tous les adjectifs gallois sont absolument invariables : apprenez les formes plurielles réellement rencontrées.
Une terminaison peut cacher plusieurs étapes historiques
Des paires comme bachgen → bechgyn ou llygad → llygaid combinent plusieurs changements. Les analyser peut aider un lecteur avancé à reconnaître des familles de mots, mais il serait trompeur d’en tirer une formule productive pour tous les noms. En production, la paire mémorisée demeure plus sûre que l’analogie.
Une forme collective peut commander une traduction variable
Selon le contexte, coed peut se traduire par « arbres », « bois » ou une expression collective. La traduction française ajoute souvent un article et choisit explicitement le nombre, alors que le gallois laisse davantage le contexte préciser la lecture. Il faut donc comprendre la scène entière plutôt que de remplacer chaque mot par un équivalent fixe.
Conseils pratiques
- Créez des cartes par paires. Notez au recto ci et au verso cŵn, puis ajoutez une courte phrase pour chaque nombre. Pour un collectif, écrivez clairement coed « collectif » et coeden « individu ».
- Classez sans transformer cela en règle absolue. Faites de petites listes : -od (cathod), -ion (ysgolion), changement de voyelle (cŵn, tai, traed), collectif–singulatif (adar–aderyn). Le classement aide la mémoire, mais la paire reste prioritaire.
- Repérez trois informations dans le dictionnaire. Pour tout nouveau nom, relevez le genre, le pluriel et, s’il y en a une, la forme collective ou singulative. Prononcez ensuite le singulier et le pluriel à voix haute afin d’associer le changement écrit au changement sonore.
Concepts liés
- Prérequis : Genre des noms — le genre explique certaines mutations au singulier et le choix de formes numériques comme dau/dwy ou tri/tair.