B2

Le discours rapporté et indirect en yoruba

Ọ̀rọ̀ Àròyé

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de yoruba sur Settemila Lingue.

En bref

Pour rapporter une déclaration ou une information, le yoruba emploie très souvent : Ó sọ pé ó máa wá (« Il ou elle a dit qu’il ou elle viendrait »). Pour transmettre une consigne, une demande ou un souhait, on emploie , parfois dans la suite pé kí : Olùkọ́ sọ fún wa kí a kà ìwé (« Le professeur nous a dit de lire »). Contrairement au français, le yoruba n’impose pas une transposition automatique des temps après un verbe au passé : on conserve les marqueurs d’aspect et de temps qui correspondent au sens voulu.

Vue d’ensemble

Le discours rapporté consiste à faire connaître les paroles, les pensées ou les informations d’une autre personne. Il peut être direct, lorsque l’on reproduit les mots comme une citation, ou indirect, lorsque leur contenu est intégré dans sa propre phrase. En yoruba, le mot sert très souvent de marqueur de citation ou de complément : il ouvre la proposition (le groupe de mots organisé autour d’un sujet et d’un prédicat) qui contient ce qui a été dit, pensé, appris ou entendu.

Ce point apparaît au niveau B2 parce qu’il demande de coordonner plusieurs choix : le verbe introducteur, ou , les pronoms, les marqueurs comme ti, ń et máa, ainsi que le point de vue temporel. La structure de base reste néanmoins très régulière. Une fois le bon lien choisi, la proposition rapportée garde largement l’ordre ordinaire d’une phrase yoruba.

Pour un francophone, la différence la plus importante concerne la concordance des temps. Le français transforme souvent « il viendra » en « il a dit qu’il viendrait ». Le yoruba ne possède pas ce même mécanisme obligatoire : máa peut rester máa. Il faut donc transmettre le sens — action accomplie, en cours, habituelle ou future — plutôt que chercher un équivalent mot à mot du conditionnel français.

Comment cela fonctionne

1. Rapporter une déclaration avec

Le schéma le plus courant est le suivant :

sujet + verbe introducteur + pé + proposition rapportée

Dans Ó sọ pé ó máa wá, Ó sọ signifie « il ou elle a dit », introduit le contenu, et ó máa wá signifie que la venue est située plus tard par rapport au moment pertinent. ressemble souvent au « que » français, mais son emploi est plus large : il peut également introduire les mots d’une citation directe.

Fonction Structure yoruba Sens en français
déclaration sọ pé… dire que…
information adressée à quelqu’un sọ fún ẹni pé… dire à quelqu’un que…
information entendue gbọ́ pé… entendre que…
connaissance mọ̀ pé… savoir que…
pensée ou opinion rò pé… penser que…
annonce kéde pé… annoncer que…

Le destinataire se place avec fún :

  • Ó sọ pé… : « Il ou elle a dit que… »
  • Ó sọ fún mi pé… : « Il ou elle m’a dit que… »
  • Wọ́n sọ fún wa pé… : « Ils ou elles nous ont dit que… »

Le français permet « dire quelque chose à quelqu’un » et « raconter quelque chose à quelqu’un ». En yoruba, il faut faire apparaître clairement le destinataire avec fún lorsqu’il est exprimé. n’introduit pas le destinataire : il introduit le contenu.

2. Rapporter un ordre, une demande ou un souhait avec

Une consigne ne se rapporte généralement pas comme une simple affirmation. introduit l’action attendue, avec son propre sujet :

sujet + verbe de parole ou de demande + destinataire + kí + sujet de l’action + prédicat

Ainsi, Olùkọ́ sọ fún wa kí a kà ìwé contient deux sujets : Olùkọ́ est la personne qui parle, tandis que a désigne les personnes qui doivent lire. En français, on traduit naturellement par un infinitif, « le professeur nous a dit de lire ». Il ne faut pas en conclure que le yoruba emploie un infinitif : il construit une nouvelle proposition avec kí a….

Personne chargée d’agir Forme après Exemple de sens
moi kí n… que je… / de me faire…
toi kí o… que tu… / de…
lui ou elle kí ó… qu’il ou elle…
nous kí a… que nous…
vous kí ẹ… que vous…
eux ou elles kí wọ́n… qu’ils ou elles…

Après certains verbes de demande, on rencontre aussi pé kí : Ó bẹ̀ mí pé kí n dúró (« Il ou elle m’a demandé de rester »). Il est plus utile d’apprendre les tours complets avec leur verbe que de considérer et comme deux mots français parfaitement interchangeables.

Pour transmettre une interdiction, se place dans la proposition en : Ó sọ fún mi kí n má lọ (« Il ou elle m’a dit de ne pas partir »). porte sur l’action interdite ; continue d’introduire la consigne rapportée.

3. Conserver le bon aspect au lieu de « reculer le temps »

Le yoruba indique surtout la manière dont le locuteur envisage l’événement grâce à des marqueurs d’aspect (petits mots qui montrent si l’action est accomplie, en cours ou habituelle) et à des marqueurs temporels. Les principaux repères utiles ici sont :

Marqueur Valeur courante Exemple yoruba Traduction naturelle
ti action déjà accomplie Mo gbọ́ pé wọ́n ti lọ. J’ai entendu dire qu’ils ou elles étaient déjà partis.
ń action en cours Ó sọ pé wọ́n ń ṣiṣẹ́. Il ou elle a dit qu’ils ou elles travaillaient.
máa futur ou valeur habituelle selon le contexte Ó sọ pé ó máa wá. Il ou elle a dit qu’il ou elle viendrait.
négation Wọ́n sọ pé kò sí. Ils ou elles ont dit qu’il ou elle n’était pas là.

La traduction française peut employer un imparfait, un plus-que-parfait ou un conditionnel, mais cela ne signifie pas que le yoruba a « transformé » un temps de la même façon. Dans wọ́n ti lọ, ti présente le départ comme accompli. Dans wọ́n ń ṣiṣẹ́, ń le présente comme en cours.

4. Ajuster les pronoms au nouveau point de vue

Comme en français, les pronoms doivent correspondre à la personne qui rapporte les paroles. Une citation telle que Bọ́lá sọ pé, “Mo ti jẹun” (« Bọ́lá a dit : “J’ai mangé” ») contient mo, parce que Bọ́lá parle d’elle-même dans la citation. Dans un récit indirect, on peut dire Bọ́lá sọ pé òun ti jẹun : òun renvoie alors clairement à Bọ́lá.

Le pronom sujet ó ne distingue ni le masculin ni le féminin. Ó sọ pé ó máa wá peut donc être ambigu hors contexte : la personne qui viendra peut être celle qui a parlé ou une autre personne déjà connue. Pour signaler explicitement que le sujet de la proposition rapportée est la personne dont on rapporte les paroles, òun est particulièrement utile : Adé sọ pé òun máa wá (« Adé a dit que lui, Adé, viendrait »).

5. Questions rapportées

Pour une question à laquelle on répond par oui ou non, bóyá signifie « si » ou « est-ce que, éventuellement » dans le contenu rapporté : Ó béèrè bóyá mo ti jẹun (« Il ou elle a demandé si j’avais mangé »). Ici, le si français n’exprime pas une condition ; il introduit une question indirecte.

Le yoruba peut aussi conserver une question sous forme de citation après , surtout lorsque l’on veut restituer les mots eux-mêmes : Ó béèrè pé, “Níbo ni o ń lọ?” (« Il ou elle a demandé : “Où vas-tu ?” »). Ce choix met davantage en scène la parole originale qu’une reformulation indirecte.

Exemples en contexte

Yoruba Français Remarque
Ó sọ pé ó máa wá. Il ou elle a dit qu’il ou elle viendrait. introduit une déclaration.
Wọ́n sọ fún mi pé kò sí. Ils ou elles m’ont dit qu’il ou elle n’était pas là. fún mi marque le destinataire.
Olùkọ́ sọ fún wa kí a kà ìwé. Le professeur nous a dit de lire le livre. kí a introduit l’action demandée.
Mo gbọ́ pé wọ́n ti lọ. J’ai entendu dire qu’ils ou elles étaient partis. ti présente le départ comme accompli.
Bọ́lá sọ pé òun ti jẹun. Bọ́lá a dit qu’elle avait mangé. òun renvoie ici à Bọ́lá.
Adé sọ fún mi pé Bọ́lá ń bọ̀. Adé m’a dit que Bọ́lá était en chemin. Le nom évite toute ambiguïté de pronom.
Ó sọ pé wọ́n ń ṣiṣẹ́ nílé. Il ou elle a dit qu’ils ou elles travaillaient à la maison. L’action rapportée est en cours.
Dókítà sọ pé mo gbọ́dọ̀ sinmi. Le médecin a dit que je devais me reposer. L’obligation reste dans la proposition en .
Ó sọ fún wọn kí wọ́n dúró níbí. Il ou elle leur a dit d’attendre ici. wọn est destinataire ; wọ́n est sujet de l’action.
Ìyá sọ fún ọmọ náà kí ó má ṣe bẹ́ẹ̀. La mère a dit à l’enfant de ne pas faire cela. má ṣe rapporte une interdiction.
Ó bẹ̀ mí pé kí n dúró díẹ̀. Il ou elle m’a demandé de rester un peu. Demande avec pé kí.
Mo mọ̀ pé o kò fẹ́ lọ. Je sais que tu ne veux pas partir. complète un verbe de connaissance.
Wọ́n kéde pé ilé ẹ̀kọ́ máa ṣí lọ́la. Ils ou elles ont annoncé que l’école ouvrirait demain. Annonce portant sur un événement futur.
Ó béèrè bóyá mo ti jẹun. Il ou elle a demandé si j’avais mangé. Question indirecte fermée avec bóyá.
Adé sọ pé, “Mo máa dé lọ́la.” Adé a dit : « J’arriverai demain. » Citation directe introduite par .

Erreurs fréquentes

Calquer la concordance des temps française

  • À éviter : chercher à remplacer systématiquement máa par une forme supposée « passée » parce que le verbe sọ se traduit par « a dit ».
  • Correct : Ó sọ pé ó máa wá.
  • Pourquoi : le conditionnel « viendrait » appartient ici à la traduction française. Le yoruba garde le marqueur qui exprime correctement la relation future ou attendue.

Employer seul pour une consigne

  • Incorrect pour le sens visé : Olùkọ́ sọ fún wa pé a kà ìwé.
  • Correct : Olùkọ́ sọ fún wa kí a kà ìwé.
  • Pourquoi : présente la lecture comme l’action demandée. seul ferait plutôt attendre une information ou une citation, non une consigne intégrée.

Oublier fún devant le destinataire

  • Incorrect : Ó sọ mi pé kò sí.
  • Correct : Ó sọ fún mi pé kò sí.
  • Pourquoi : fún mi signifie ici « à moi ». Le français « il m’a dit » ne doit pas conduire à placer simplement mi après sọ.

Garder le pronom de la citation sans changer de point de vue

  • Confus en récit indirect : Bọ́lá sọ pé mo ti jẹun si le narrateur veut dire que Bọ́lá, et non lui-même, a mangé.
  • Clair : Bọ́lá sọ pé òun ti jẹun.
  • Pourquoi : mo désigne la personne qui prononce la phrase actuelle. òun peut reprendre Bọ́lá comme source des paroles.

Négliger les tons et les signes souscrits

  • À éviter : O so pe won ti lo.
  • Correct : Ó sọ pé wọ́n ti lọ.
  • Pourquoi : les accents et les lettres ọ, ẹ, ṣ font partie de l’orthographe yoruba. Leur absence gêne la lecture et peut effacer des distinctions de ton ou de mot.

Confondre les deux emplois français de « si »

  • Question rapportée : Ó béèrè bóyá mo ti jẹun. — « Il ou elle a demandé si j’avais mangé. »
  • Condition : Bí mo bá lọ… — « Si je pars… »
  • Pourquoi : bóyá introduit ici une interrogation indirecte, tandis que ouvre une condition. Le même mot français masque deux structures yoruba différentes.

Notes d’usage

Dans la conversation, est extrêmement fréquent après les verbes de parole, de perception et de pensée. Il ne faut donc pas le limiter au seul verbe sọ. Des groupes comme Mo gbọ́ pé… (« J’ai entendu que… »), Mo mọ̀ pé… (« Je sais que… ») et Mo rò pé… (« Je pense que… ») sont des cadres à mémoriser en bloc.

Le discours direct reste naturel, y compris dans un récit. peut alors jouer le rôle d’un introducteur de citation, et l’intonation ou la ponctuation à l’écrit indique le passage aux paroles citées. Dans le discours indirect, au contraire, les pronoms et les repères comme « ici », « aujourd’hui » ou « demain » sont interprétés depuis la situation du narrateur. Si le récit se fait plus tard, on peut préciser le repère par un groupe nominal tel que ọjọ́ yẹn (« ce jour-là ») ou par une date, plutôt que compter sur une transposition grammaticale automatique.

Le respect se manifeste aussi dans les paroles rapportées. Le pronom peut désigner plusieurs personnes ou une seule personne à qui l’on marque du respect. Dans Ó sọ fún bàbá kí ẹ dúró, le choix de doit être compris grâce à la situation sociale, et non comme un simple pluriel mécanique.

Enfin, une traduction française doit parfois choisir « il » ou « elle », alors que ó, òun et wọn n’expriment pas le genre grammatical de la même manière que les pronoms français. Cette précision ajoutée par le français ne se trouve pas nécessairement dans la phrase yoruba.

Pour aller plus loin

Òun et le point de vue de la personne citée

Dans les récits complexes, òun peut avoir une valeur logophorique (il renvoie à la personne dont on rapporte les paroles, les pensées ou le point de vue). Comparez :

  • Adé sọ pé òun máa lọ. — la lecture naturelle met Adé au centre : Adé dit que lui-même partira.
  • Adé sọ pé ó máa lọ. — sans contexte supplémentaire, ó peut laisser ouverte l’identité exacte de la personne qui partira.

Ce contraste est précieux lorsque plusieurs personnes de troisième personne figurent dans le même passage. Répéter un nom reste toutefois la solution la plus sûre si l’ambiguïté risque de gêner le lecteur.

Rapporter plusieurs niveaux de parole

Le yoruba permet d’enchâsser une proposition dans une autre, c’est-à-dire de placer un contenu rapporté à l’intérieur d’un premier contenu : Bọ́lá sọ pé Adé gbọ́ pé wọ́n ti lọ (« Bọ́lá a dit qu’Adé avait entendu dire qu’ils ou elles étaient partis »). Chaque ouvre un nouveau niveau. À l’écrit, mieux vaut ne pas multiplier ces niveaux sans nécessité : répéter les noms et couper une longue phrase en deux améliore souvent la clarté.

Choisir entre information, citation et consigne

À un niveau avancé, le choix ne dépend pas seulement de la forme originale. Il dépend aussi de la manière dont le narrateur présente les paroles :

  • pé + proposition met en avant un contenu tenu pour une déclaration, une pensée ou une information ;
  • pé + citation restitue la voix et les mots du locuteur ;
  • ou pé kí présente une action souhaitée, demandée ou ordonnée ;
  • bóyá présente une question indirecte à réponse positive ou négative.

Dans un discours officiel ou oratoire, le verbe introducteur peut préciser l’acte accompli : annoncer, expliquer, ordonner, avertir ou déclarer. La structure grammaticale de base reste reconnaissable, mais le choix du verbe et la répétition éventuelle de la source deviennent essentiels pour attribuer correctement chaque parole.

Conseils pratiques

  1. Transformez des mini-dialogues. Écrivez une citation avec mo, puis rapportez-la avec le nom du locuteur et òun : Bọ́lá sọ pé, “Mo ti jẹun”Bọ́lá sọ pé òun ti jẹun. Faites ensuite le même exercice avec a, et wọ́n.
  2. Classez les phrases par lien. Pendant une écoute, notez séparément les groupes contenant , et bóyá. Demandez-vous à chaque fois s’il s’agit d’une information, d’une action demandée ou d’une question.
  3. Gardez les tons dans vos cartes de révision. Mémorisez des cadres complets tels que sọ fún mi pé…, sọ fún wa kí a… et béèrè bóyá…. Relire ces formes à voix haute aide à ne pas réduire l’apprentissage à une traduction française.

Notions associées

  • Prérequis : Conjonctions et connecteurs — pour relier correctement les propositions et reconnaître le rôle des mots de liaison.
  • Pour approfondir : Registre formel et oratoire — pour attribuer les paroles, choisir des verbes introducteurs précis et rapporter un discours public avec le registre approprié.

Prérequis

Conjonctions et connecteurs en yorubaA2

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