Le futur en norvégien
Futurum
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de norvégien sur Settemila Lingue.
En bref
Le norvégien n’a pas de terminaison verbale réservée au futur. Selon le sens, on emploie skal + infinitif pour un projet ou un engagement, kommer til å + infinitif pour une évolution attendue, vil + infinitif surtout pour une prédiction, ou simplement le présent lorsqu’un repère temporel rend l’avenir évident.
Vue d’ensemble
En français, le futur simple permet souvent de présenter un événement à venir sans préciser davantage : « elle arrivera demain ». En norvégien, on choisit plutôt une construction qui indique comment on envisage cet avenir. S’agit-il d’une décision, d’un programme, d’une conséquence prévisible ou d’un événement déjà fixé ? Cette nuance oriente le choix entre skal, vil, kommer til å et le présent.
Ce point est généralement abordé au niveau B1, car les formes elles-mêmes sont simples, mais leur emploi demande du discernement. Il faut notamment connaître les verbes modaux skal et vil. Un verbe modal exprime une intention, une possibilité, une obligation ou l’attitude du locuteur envers l’action. Il est suivi d’un infinitif, c’est-à-dire la forme non conjuguée du verbe, ici sans å : skal reise, et non skal å reise.
Il n’existe donc pas une traduction automatique du futur français. La phrase « je partirai demain » peut devenir Jeg skal reise i morgen si le départ est prévu, ou Jeg reiser i morgen si l’on annonce simplement un déplacement déjà organisé. Apprendre le futur norvégien, c’est avant tout apprendre à choisir le point de vue approprié.
Fonctionnement
Les quatre moyens principaux
| Construction | Idée centrale | Exemple | Traduction naturelle |
|---|---|---|---|
| skal + infinitif | projet, décision, engagement, programme | Jeg skal ringe henne. | Je vais l’appeler. |
| kommer til å + infinitif | conséquence ou événement attendu | Det kommer til å bli dyrt. | Cela va coûter cher. |
| vil + infinitif | prédiction, conséquence annoncée, registre souvent plus formel | Prisene vil stige. | Les prix augmenteront. |
| présent | événement fixé ou rendu futur par le contexte | Toget går klokka åtte. | Le train part à huit heures. |
Ces catégories se recoupent parfois. La différence ne porte pas toujours sur la date de l’événement, mais sur la manière dont le locuteur le présente.
Skal : intention, engagement ou programme
On emploie fréquemment skal lorsque le sujet a décidé d’agir, s’y engage ou suit un plan :
- Jeg skal reise i morgen. — Je pars demain / Je vais voyager demain.
- Vi skal kjøpe ny bil. — Nous allons acheter une nouvelle voiture.
- Hun skal møte legen på mandag. — Elle doit voir le médecin lundi / Elle a rendez-vous avec le médecin lundi.
Après skal, l’infinitif se construit sans å : skal reise, skal kjøpe, skal møte. Le modal skal est le verbe conjugué de la proposition ; le second verbe reste à l’infinitif.
Attention : skal ne marque pas toujours le futur. Selon la situation, il peut exprimer une obligation ou une consigne : Du skal være stille signifie « Tu dois te taire ». Le contexte permet donc de distinguer « c’est prévu » de « c’est exigé ».
Kommer til å : ce qui va probablement se produire
La structure est kommer til å + infinitif. Contrairement à la construction avec un modal, elle conserve å :
- Det kommer til å regne. — Il va pleuvoir.
- Hun kommer til å bli lege. — Elle va devenir médecin.
- Du kommer til å like Bergen. — Tu vas aimer Bergen.
Cette tournure convient bien aux prévisions, aux conséquences visibles et aux événements que le sujet ne maîtrise pas entièrement. Elle ressemble souvent au futur proche français avec « aller », mais la correspondance n’est pas absolue. Pour une décision personnelle nette, skal est souvent plus idiomatique : Jeg skal lage middag présente le repas comme mon projet ; Jeg kommer til å lage middag le présente plutôt comme ce qui va se passer.
Il ne faut pas traduire le français « aller + infinitif » avec le verbe norvégien gå. Jeg går lage middag est impossible. On choisit skal lage ou kommer til å lage selon la nuance.
Vil : prédiction, mais aussi volonté
Vil + infinitif peut annoncer une évolution ou une conséquence :
- Det vil regne. — Il pleuvra.
- Denne endringen vil hjelpe mange. — Ce changement aidera beaucoup de personnes.
- Resultatene vil bli publisert i juni. — Les résultats seront publiés en juin.
Dans les prévisions générales, les rapports, les explications et les textes informatifs, vil est courant. Dans la conversation quotidienne, kommer til å paraît souvent plus direct pour une prédiction concrète : Det kommer til å regne i kveld.
La difficulté vient du fait que vil exprime aussi la volonté ou le désir. Avec une personne comme sujet, Jeg vil reise se comprend normalement comme « Je veux partir », pas simplement « Je partirai ». Pour annoncer un projet, on dira plutôt Jeg skal reise ou, si le voyage est déjà fixé, Jeg reiser.
Le présent à valeur future
Le présent suffit lorsque la date, l’heure ou le contexte montre clairement que l’action est future. Il est particulièrement naturel pour les horaires, les rendez-vous, les départs et les événements organisés :
- Vi drar neste uke. — Nous partons la semaine prochaine.
- Flyet lander klokka 19. — L’avion atterrit à 19 heures.
- Jeg møter Erik etter jobb. — Je retrouve Erik après le travail.
Sans repère temporel, le présent peut retrouver son sens habituel. Vi drar peut vouloir dire « nous partons maintenant » ; Vi drar neste uke ne laisse aucun doute sur l’avenir.
Négation, questions et ordre des mots
Dans une proposition principale ordinaire, ikke se place après le verbe conjugué :
| Type de phrase | Schéma | Exemple |
|---|---|---|
| Affirmation | sujet + verbe conjugué + complément verbal | Jeg skal reise. |
| Négation | sujet + verbe conjugué + ikke + complément verbal | Jeg skal ikke reise. |
| Question | verbe conjugué + sujet + complément verbal | Skal du reise? |
| Avec kommer til å | sujet + kommer + ikke + til å + infinitif | Det kommer ikke til å skje. |
Le norvégien suit aussi la règle dite V2 : dans une proposition principale, le verbe conjugué occupe la deuxième position syntaxique. Si un complément de temps ouvre la phrase, le sujet passe après le verbe :
- I morgen skal jeg reise. — Demain, je pars.
- Neste år kommer de til å flytte. — L’année prochaine, ils vont déménager.
- På fredag møtes vi igjen. — Vendredi, nous nous retrouvons.
Dans une proposition subordonnée (un groupe introduit par exemple par « que », « parce que » ou « si »), ikke précède généralement le verbe conjugué : Jeg vet at hun ikke skal reise (« Je sais qu’elle ne va pas partir »). Cette différence d’ordre est importante, même si le choix de la forme du futur ne change pas.
Exemples en contexte
| Norvégien | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Jeg skal reise i morgen. | Je vais voyager demain. | Projet décidé avec skal. |
| Vi skal spise hos foreldrene mine på søndag. | Nous allons manger chez mes parents dimanche. | Programme convenu. |
| Skal du jobbe i helgen? | Vas-tu travailler ce week-end ? | Question sur le programme. |
| Det vil regne. | Il pleuvra. | Prédiction, formulation assez neutre ou formelle. |
| Den nye veien vil redusere reisetiden. | La nouvelle route réduira le temps de trajet. | Conséquence annoncée. |
| Hun kommer til å bli lege. | Elle va devenir médecin. | Évolution attendue. |
| Se på de skyene! Det kommer til å regne. | Regarde ces nuages ! Il va pleuvoir. | Prévision fondée sur un indice présent. |
| Du kommer til å forstå mer etter hvert. | Tu vas comprendre de plus en plus avec le temps. | Résultat attendu. |
| Vi drar neste uke. | Nous partons la semaine prochaine. | Présent avec repère futur. |
| Toget går klokka 07.42. | Le train part à 7 h 42. | Horaire fixé. |
| I morgen skal jeg ikke stå opp tidlig. | Demain, je ne vais pas me lever tôt. | Verbe en deuxième position, négation après skal. |
| Når du kommer hjem, skal vi spise. | Quand tu rentreras, nous mangerons. | Présent dans la subordonnée temporelle. |
| Hvis det regner, blir vi hjemme. | S’il pleut, nous resterons à la maison. | Présent après hvis et présent à valeur future dans la principale. |
| Innen fredag skal vi ha sendt rapporten. | D’ici vendredi, nous aurons envoyé le rapport. | Action qui sera achevée avant une échéance. |
Erreurs fréquentes
Ajouter å après skal ou vil
- Incorrect : Jeg skal å reise i morgen.
- Correct : Jeg skal reise i morgen.
- Pourquoi : skal et vil sont des verbes modaux ; l’infinitif qui les suit se construit sans å. En revanche, on dit bien kommer til å reise.
Employer vil comme un futur français passe-partout
- Incorrect pour annoncer un projet : Jeg vil besøke Oslo neste uke.
- Correct : Jeg skal besøke Oslo neste uke.
- Pourquoi : la première phrase signifie le plus souvent « Je veux visiter Oslo ». Skal présente la visite comme un projet décidé.
Traduire littéralement « aller + infinitif »
- Incorrect : Hun går bli lege.
- Correct : Hun kommer til å bli lege.
- Pourquoi : le futur proche français ne se traduit pas mot à mot. Le norvégien emploie ici la construction complète kommer til å.
Oublier l’inversion après un complément placé en tête
- Incorrect : I morgen jeg skal jobbe hjemme.
- Correct : I morgen skal jeg jobbe hjemme.
- Pourquoi : dans une proposition principale, le verbe conjugué occupe la deuxième position. I morgen prend la première ; skal vient donc avant le sujet.
Mal placer la négation
- Incorrect : Jeg ikke skal reise.
- Correct : Jeg skal ikke reise.
- Pourquoi : dans une proposition principale, ikke suit le verbe conjugué. Dans une subordonnée, l’ordre change : fordi jeg ikke skal reise (« parce que je ne vais pas partir »).
Surcharger une phrase dont le présent suffit
- Peu naturel dans un simple horaire : Toget kommer til å gå klokka åtte.
- Naturel : Toget går klokka åtte.
- Pourquoi : pour un horaire établi, le présent est généralement le choix le plus simple. La première phrase pourrait convenir si l’on insistait sur une conséquence ou une prévision, mais pas comme annonce neutre.
Remarques d’usage
Le choix dépend autant de la situation que du degré de certitude. Skal ne signifie pas nécessairement que l’événement se réalisera avec certitude ; il indique surtout une intention, une décision ou un arrangement. Un projet peut encore échouer. À l’inverse, kommer til å peut exprimer une forte conviction à propos d’un événement indépendant de la volonté : Det kommer til å gå bra (« Ça va bien se passer »).
Dans les textes institutionnels, scientifiques ou explicatifs, vil sert volontiers à présenter une conséquence : Økt temperatur vil påvirke naturen (« La hausse des températures affectera la nature »). Dans une conversation, kommer til å påvirke est également possible et peut sembler moins formel. Det vil regne est grammatical, mais pour la météo de ce soir, beaucoup de locuteurs choisiraient spontanément Det kommer til å regne ou le présent Det regner i kveld dans une prévision.
Le présent est très fréquent en norvégien et ne doit pas être considéré comme un futur « incomplet ». Dès qu’un complément comme i morgen, neste uke, senere ou une situation clairement planifiée situe l’action dans l’avenir, aucune forme supplémentaire n’est nécessaire.
Après når (« quand ») et hvis (« si »), le norvégien emploie normalement le présent pour une condition ou un moment futur : Når hun kommer, skal vi begynne. Le français dit aussi le présent après si, mais emploie souvent le futur après « quand » : « Quand elle arrivera… ». Il faut donc résister à la tentation de reproduire systématiquement ce futur dans la subordonnée norvégienne.
Pour aller plus loin
Le futur vu depuis le passé
Pour parler d’un événement qui était encore futur à un moment passé, on rencontre notamment skulle et ville, formes passées de skal et vil :
- Jeg visste at hun skulle komme. — Je savais qu’elle allait venir.
- Ingen trodde at laget ville vinne. — Personne ne pensait que l’équipe gagnerait.
Skulle présente souvent un projet, une attente ou un événement prévu ; ville convient à une prédiction ou à une conséquence envisagée depuis le passé. Selon le contexte, ces formes ont aussi d’autres valeurs, notamment conditionnelles. Il faut donc les interpréter dans la phrase entière.
La forme kom til å + infinitif demande une attention particulière au passé : elle peut signifier qu’une action s’est produite involontairement. Jeg kom til å slette filen signifie normalement « J’ai supprimé le fichier par mégarde », et non « J’allais supprimer le fichier ».
Une action achevée dans l’avenir
Pour dire qu’une action sera terminée avant un moment futur, on peut employer skal ha ou vil ha suivi du participe passé (la forme verbale utilisée notamment dans « j’ai fait ») :
- Innen fredag skal vi ha sendt rapporten. — D’ici vendredi, nous aurons envoyé le rapport.
- Om ti år vil byen ha vokst mye. — Dans dix ans, la ville aura beaucoup grandi.
Ici, ha sendt et ha vokst situent l’achèvement avant l’échéance. Cette structure est surtout utile lorsque l’ordre entre deux moments futurs compte.
Plusieurs verbes modaux
Le norvégien peut combiner un futur avec une possibilité ou une nécessité :
- Du vil kunne se forskjellen. — Tu pourras voir la différence.
- Vi kommer til å måtte vente. — Nous allons devoir attendre.
Dans vil kunne, les deux infinitifs suivent la construction modale sans å. Dans kommer til å måtte vente, å appartient à kommer til å, puis måtte est suivi de vente sans nouvel å. Ces chaînes sont utiles, mais mieux vaut d’abord maîtriser les quatre choix de base.
Conseils pratiques
- Classez les phrases par intention. Prenez dix événements futurs et demandez-vous s’il s’agit d’un projet contrôlé, d’une prévision, d’un horaire ou d’un simple fait daté. Formulez-les ensuite avec skal, kommer til å, vil ou le présent.
- Transformez l’ordre des mots. Partez de Jeg skal jobbe hjemme i morgen, puis déplacez le repère temporel : I morgen skal jeg jobbe hjemme. Ajoutez ensuite la négation : I morgen skal jeg ikke jobbe hjemme.
- Écoutez les nuances réelles. Dans un bulletin météo, un horaire et une conversation sur les projets du week-end, relevez les formes choisies. Ne notez pas seulement la traduction française : indiquez pourquoi le locuteur a probablement retenu cette construction.
Notions liées
- Prérequis : Les verbes modaux — pour maîtriser skal, vil et l’infinitif sans å.