Le discours indirect au Konjunktiv I en allemand
Indirekte Rede (Konjunktiv I)
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En bref
Dans la langue formelle, l’allemand emploie le Konjunktiv I pour rapporter les paroles d’autrui sans les présenter comme celles du narrateur : Er sagt, er sei krank (« Il dit qu’il est malade »). On le forme le plus souvent avec le radical de l’infinitif et les terminaisons -e, -est, -e, -en, -et, -en. Les formes de troisième personne, notamment sei, habe et komme, sont les plus utiles au niveau B1.
Vue d’ensemble
Le discours indirect sert à restituer une déclaration, une question ou une demande sans citer exactement les mots prononcés. En français, on introduit généralement le contenu rapporté avec que et on emploie l’indicatif : « Elle affirme qu’elle n’a pas le temps. » L’allemand formel peut, lui, conserver une proposition indépendante sans dass et mettre son verbe au Konjunktiv I : Sie behauptet, sie habe keine Zeit.
Le Konjunktiv I est un mode verbal (une manière de présenter l’action, plutôt qu’un moment dans le temps). Ici, il signale surtout : « cette information vient de la personne citée ». Il ne dit pas automatiquement que le journaliste ou le narrateur croit ou ne croit pas cette information. Cette distinction est particulièrement importante dans la presse, les comptes rendus, les procès-verbaux et les textes universitaires.
Au niveau B1, l’objectif prioritaire est de reconnaître et d’employer les formes fréquentes à la troisième personne : er sei, sie habe, er komme. Une référence complète doit toutefois aussi expliquer les temps du discours indirect, les questions, les demandes et le remplacement par le Konjunktiv II lorsque la forme du Konjunktiv I n’est pas visible.
Fonctionnement
Du discours direct au discours indirect
Prenons une déclaration directe :
- Discours direct : Mara sagt: „Ich bin müde.“
- Discours indirect sans dass : Mara sagt, sie sei müde.
- Discours indirect avec dass : Mara sagt, dass sie müde sei.
Trois changements sont à observer :
- Les guillemets disparaissent. La phrase n’est plus une citation mot pour mot.
- Le point de vue s’adapte. ich devient ici sie, puisque le narrateur parle de Mara.
- Le verbe passe au Konjunktiv I. bin devient sei.
Sans dass, le contenu rapporté garde l’ordre d’une proposition principale : sujet + verbe + compléments, comme dans sie sei müde. Avec dass, il devient une proposition subordonnée (une partie de phrase dépendant d’une autre) et le verbe conjugué va à la fin : dass sie müde sei.
Formation du présent du Konjunktiv I
Pour la plupart des verbes, on part du radical de l’infinitif. Pour kommen, on enlève -en : komm-. On ajoute ensuite les terminaisons suivantes.
| Personne | Terminaison | kommen | haben | sein |
|---|---|---|---|---|
| ich | -e | komme | habe | sei |
| du | -est | kommest | habest | seiest |
| er / sie / es | -e | komme | habe | sei |
| wir | -en | kommen | haben | seien |
| ihr | -et | kommet | habet | seiet |
| sie / Sie | -en | kommen | haben | seien |
Les formes kommest, kommet, seiest ou seiet sont grammaticales, mais assez rares dans l’usage courant. Le discours rapporté porte très souvent sur une autre personne ; c’est pourquoi la troisième personne du singulier est centrale. À cette personne, la terminaison est normalement -e :
- er macht → er mache
- sie fährt → sie fahre
- er weiß → er wisse
- sie kann → sie könne
Même les verbes à changement de voyelle reviennent généralement au radical de l’infinitif : fährt devient fahre, et non fähre. Les verbes de modalité sont fréquents dans les consignes rapportées : könne, müsse, dürfe, solle, wolle, möge.
Quand la forme ressemble à l’indicatif
Certaines formes du Konjunktiv I sont identiques à celles de l’indicatif (le mode ordinaire qui présente un fait ou une déclaration directement). C’est notamment le cas de nombreux pluriels :
- indicatif : sie kommen
- Konjunktiv I : sie kommen
Dans un texte qui veut marquer clairement le discours indirect, on emploie alors habituellement une forme de remplacement au Konjunktiv II :
- peu distinct : Sie sagen, sie kommen später.
- marquage clair : Sie sagen, sie kämen später.
De même : Sie erklären, sie hätten keine Zeit. Ici, hätten remplace le Konjunktiv I haben, qui serait identique à l’indicatif. Avec sein, aucun remplacement n’est nécessaire au pluriel, car seien se distingue bien de sind : Sie sagen, sie seien bereit.
Cette présence du Konjunktiv II ne transforme pas forcément la phrase en hypothèse. Dans ce contexte précis, il peut simplement rendre visible le discours indirect.
Présent, antériorité et postériorité
Le nom « Konjunktiv I » ne désigne pas un temps unique. Le rapport temporel se construit avec des auxiliaires.
| Rapport temporel | Construction | Exemple | Sens en français |
|---|---|---|---|
| Action simultanée | forme simple | Er sagt, er arbeite heute. | Il dit qu’il travaille aujourd’hui. |
| Action antérieure | habe ou sei + participe passé | Er sagt, er habe gearbeitet. | Il dit qu’il a travaillé. |
| Action antérieure avec déplacement | sei + participe passé | Sie sagt, sie sei gegangen. | Elle dit qu’elle est partie. |
| Action postérieure | werde + infinitif | Er sagt, er werde morgen kommen. | Il dit qu’il viendra demain. |
Le participe passé est la forme employée dans les temps composés, par exemple gearbeitet ou gegangen. Le choix entre habe et sei suit le même principe qu’au parfait allemand : arbeiten se construit avec haben, tandis que gehen se construit avec sein.
Contrairement au français, le passage d’un verbe introducteur au passé n’impose pas mécaniquement un recul du temps du verbe rapporté :
- Er sagt, er sei krank. — Il dit qu’il est malade.
- Er sagte, er sei krank. — Il a dit qu’il était malade.
Dans les deux phrases allemandes, sei peut présenter l’état comme simultané aux paroles. C’est le contexte qui situe précisément la maladie dans le temps.
Pronoms et repères de temps ou de lieu
Le changement de mode ne suffit pas. Il faut aussi adopter le point de vue du narrateur :
- Ich rufe dich morgen an. → Lena sagt, sie rufe mich morgen an.
- Wir treffen uns hier. → Sie sagten, sie träfen sich dort.
Les pronoms (ich, du, mein) et les repères comme heute, morgen, hier ne changent que si la situation de communication le demande. Si l’on rapporte les paroles le même jour et au même endroit, heute et hier peuvent parfaitement rester inchangés. Il n’existe donc pas de tableau de conversion automatique valable dans tous les contextes.
Rapporter une question ou une demande
Une question sans mot interrogatif est introduite par ob (« si » au sens de « est-ce que ») :
- Er fragt: „Hast du Zeit?“ → Er fragt, ob ich Zeit habe.
Avec un mot interrogatif, on conserve ce mot :
- Sie fragt: „Wann kommt der Zug?“ → Sie fragt, wann der Zug komme.
Pour rapporter un ordre, un conseil ou une demande, l’allemand emploie souvent sollen ; mögen apparaît dans des formulations plus soutenues ou polies :
- Der Arzt sagte: „Bleiben Sie zu Hause.“ → Der Arzt sagte, ich solle zu Hause bleiben.
- Die Vorsitzende bat ihn: „Kommen Sie herein.“ → Die Vorsitzende bat ihn, er möge hereinkommen.
Exemples en contexte
| Allemand | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Er sagt, er sei krank. | Il dit qu’il est malade. | sei rapporte un état simultané. |
| Sie meint, sie habe keine Zeit. | Elle dit qu’elle n’a pas le temps. | habe est la troisième personne de haben. |
| Er behauptet, er komme morgen. | Il affirme qu’il viendra demain. | komme rapporte une venue à venir dans ce contexte. |
| Die Sprecherin erklärt, die Lage sei stabil. | La porte-parole déclare que la situation est stable. | Registre institutionnel typique. |
| Jonas sagt, er wohne jetzt in Köln. | Jonas dit qu’il habite maintenant à Cologne. | wohne se distingue de l’indicatif wohnt. |
| Mila berichtet, sie habe den Vertrag unterschrieben. | Mila indique qu’elle a signé le contrat. | Antériorité : habe + participe passé. |
| Der Zeuge sagt, er sei um acht Uhr angekommen. | Le témoin dit qu’il est arrivé à huit heures. | ankommen forme le temps composé avec sein. |
| Die Firma teilt mit, sie werde neue Stellen schaffen. | L’entreprise annonce qu’elle créera de nouveaux postes. | Postériorité : werde + infinitif. |
| Die beiden erklären, sie seien unschuldig. | Tous les deux déclarent être innocents. | seien est distinct de l’indicatif sind. |
| Die Gäste sagen, sie hätten gut geschlafen. | Les invités disent qu’ils ont bien dormi. | hätten remplace le Konjunktiv I haben, non distinct. |
| Sie behaupten, sie kämen pünktlich. | Ils affirment qu’ils arriveront à l’heure. | kämen remplace la forme ambiguë kommen. |
| Die Journalistin fragt, ob der Minister zurücktreten werde. | La journaliste demande si le ministre démissionnera. | Question indirecte avec ob. |
| Er wollte wissen, warum sie so früh gehe. | Il voulait savoir pourquoi elle partait si tôt. | Le mot interrogatif warum est conservé. |
| Der Chef sagte, ich solle den Bericht überarbeiten. | Le chef m’a dit de remanier le rapport. | Une consigne rapportée avec solle. |
Erreurs fréquentes
Employer le Konjunktiv II à la place de sei
- Incorrect dans un simple compte rendu : Er sagt, er wäre krank.
- Forme neutre attendue : Er sagt, er sei krank.
- Pourquoi : sei est le Konjunktiv I de sein et marque clairement la source rapportée. wäre est un Konjunktiv II ; il peut être une forme de remplacement ou créer, selon le contexte, une nuance plus distante, mais il n’est pas nécessaire ici.
Copier l’ordre français après dass
- Incorrect : Sie sagt, dass sie habe keine Zeit.
- Correct : Sie sagt, dass sie keine Zeit habe.
- Pourquoi : dass introduit une subordonnée allemande ; le verbe conjugué se place à la fin.
Ajouter dass sans changer l’ordre des mots
- Incorrect : Er behauptet, dass er komme morgen.
- Correct : Er behauptet, er komme morgen.
- Également correct : Er behauptet, dass er morgen komme.
- Pourquoi : sans dass, l’ordre de la proposition principale est possible ; avec dass, komme doit aller à la fin.
Oublier d’adapter les personnes
- Incorrect : Nora sagt, ich sei müde si Nora parle d’elle-même.
- Correct : Nora sagt, sie sei müde.
- Pourquoi : le ich de Nora devient sie du point de vue de la personne qui rapporte ses paroles. La forme correcte dépend toujours de l’identité du locuteur et du destinataire.
Laisser un pluriel ambigu dans un texte formel
- Peu clair : Sie sagen, sie haben keine Beweise.
- Marquage formel : Sie sagen, sie hätten keine Beweise.
- Pourquoi : haben est à la fois indicatif et Konjunktiv I au pluriel. hätten rend le discours rapporté immédiatement reconnaissable.
Traduire automatiquement le passé français par un passé allemand
- Calque maladroit : Er sagte, er war krank, dans un compte rendu formel qui attribue encore l’information au locuteur.
- Forme attendue : Er sagte, er sei krank.
- Pourquoi : l’allemand n’applique pas la même concordance des temps que le français. Le passé de sagte n’oblige pas à abandonner le Konjunktiv I.
Remarques d’usage
Dans la conversation quotidienne, le Konjunktiv I est beaucoup moins systématique que dans l’écrit formel. On entend très naturellement l’indicatif avec dass : Er hat gesagt, dass er krank ist. Une tournure avec sei peut paraître journalistique, administrative ou soigneusement distanciée, sans être vieillie ni incorrecte.
Les verbes introducteurs indiquent la nature des paroles : sagen (dire), meinen (dire ou penser), erklären (déclarer, expliquer), behaupten (affirmer), berichten (rapporter), mitteilen (communiquer) ou zugeben (admettre). Ils peuvent déjà exprimer une attitude. Behaupten, par exemple, peut suggérer que l’affirmation demande à être vérifiée ; cette nuance vient du verbe, pas du Konjunktiv I à lui seul.
Dans un article de presse, une première phrase peut nommer la source, puis plusieurs phrases au Konjunktiv I poursuivre le compte rendu. Le mode verbal aide alors le lecteur à comprendre que les informations restent attribuées à cette source. En français, il faut souvent répéter « selon lui », « d’après elle » ou choisir des verbes comme « affirmer » et « assurer » pour produire un effet comparable.
Le choix entre une construction sans dass et une construction avec dass est en partie stylistique. La première est compacte et fréquente dans les comptes rendus : Der Minister sagte, die Reform sei notwendig. La seconde rend le lien syntaxique explicite : Der Minister sagte, dass die Reform notwendig sei.
Pour aller plus loin
Le Konjunktiv I ne signifie pas « faux »
Il marque d’abord une attribution. Dans Die Polizei teilte mit, der Vermisste sei gefunden worden, le rédacteur transmet une information de la police sans nécessairement en douter. Pour exprimer clairement le scepticisme, il faut le contexte, un adverbe ou une formulation explicite : angeblich (« prétendument »), vorgeblich (« soi-disant »), Das ist jedoch nicht bestätigt (« Cela n’est toutefois pas confirmé »).
Le remplacement par le Konjunktiv II dépend de la clarté
La règle pratique est la suivante : si le Konjunktiv I est identique à l’indicatif, une forme distincte du Konjunktiv II peut le remplacer. Si cette forme ne permet pas non plus une distinction suffisante ou semble peu naturelle, würde + infinitif peut apparaître. Il faut néanmoins éviter de remplacer mécaniquement toutes les formes : er sei et er habe sont nettes, fréquentes et préférables dans un discours indirect formel.
Le système produit donc souvent un mélange cohérent dans le même passage :
- Der Trainer sagt, Paul sei fit und könne spielen. Die anderen Spieler hätten sich ebenfalls gut vorbereitet und würden morgen anreisen.
sei et könne sont des Konjunktiv I distincts ; hätten et würden anreisen servent de formes de remplacement pour le pluriel.
Passif et verbes de modalité
Le discours indirect peut contenir des structures plus complexes :
- Die Behörde erklärt, der Antrag werde geprüft. — L’administration déclare que la demande est en cours d’examen.
- Der Anwalt sagt, die Frist müsse verlängert werden. — L’avocat dit que le délai doit être prolongé.
- Die Zeitung berichtet, das Gebäude sei verkauft worden. — Le journal rapporte que le bâtiment a été vendu.
Dans werde geprüft, werden sert à former le passif. Dans werde kommen, il marque une action future. C’est l’autre verbe — participe passé geprüft ou infinitif kommen — qui permet de reconnaître la construction.
Autres emplois à reconnaître
À un niveau plus avancé, le Konjunktiv I ne se limite pas au discours indirect. Il peut apparaître dans des consignes ou des formulations figées : Man nehme zwei Eier (« Prendre deux œufs » dans le style d’une recette), Es sei denn, ... (« à moins que… »), Wie dem auch sei (« quoi qu’il en soit »). Ces emplois appartiennent au système général du Konjunktiv I, mais ils ne doivent pas être confondus avec sa fonction de citation indirecte étudiée ici.
Conseils pratiques
- Transformez de courtes citations. Partez chaque jour de trois phrases en ich : „Ich bin müde. Ich habe viel gearbeitet. Ich komme morgen.“ Rapportez-les avec un nom : Lea sagt, sie sei müde, sie habe viel gearbeitet und sie komme morgen.
- Apprenez par séries temporelles. Pour un même verbe, entraînez-vous à produire simultanéité, antériorité et postériorité : er arbeitet — er habe gearbeitet — er werde arbeiten. Cette série évite de réduire le Konjunktiv I à une seule forme présente.
- Repérez la source en lisant la presse. Soulignez d’abord le verbe introducteur, puis chaque forme comme sei, habe, könne, müsse, werde. Demandez-vous jusqu’où se prolongent les paroles rapportées et pourquoi un éventuel hätte ou würde a été choisi.
Notions liées
- Prérequis : Konjunktiv II : wäre, hätte — utile pour comprendre les formes de remplacement lorsque le Konjunktiv I se confond avec l’indicatif.
- Étape suivante : Konjunktiv I complet — approfondit toutes les personnes, les formes de remplacement et les autres emplois formels du mode.
Prérequis
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