C1

Le Konjunktiv I complet en allemand

Konjunktiv I (vollständig)

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de allemand sur Settemila Lingue.

En bref

Le Konjunktiv I est un mode verbal surtout employé pour rapporter les paroles ou les idées d’autrui sans les présenter comme un fait personnellement garanti : Er sagt, er sei krank (« Il dit qu’il est malade »). Sa forme la plus visible est celle de la troisième personne du singulier. Lorsque sa forme se confond avec l’indicatif, on choisit souvent une Ersatzform (forme de remplacement), en général le Konjunktiv II : Sie sagten, sie hätten Zeit.

Vue d’ensemble

Le Konjunktiv I est un mode (une manière de présenter l’action, et non une époque comme le présent ou le passé). Dans le discours rapporté, il indique que l’énoncé est attribué à une autre source. Le locuteur peut ainsi restituer une déclaration avec une certaine neutralité : Die Ministerin erklärte, die Lage sei stabil. La phrase transmet la position de la ministre ; elle ne dit pas à elle seule si cette position est vraie ou fausse.

Au niveau B1, on rencontre d’abord les formes très fréquentes er sei, sie habe et er komme. Au niveau C1, il faut savoir construire le paradigme complet — toutes les personnes —, reconnaître les formes qui ressemblent à l’indicatif et choisir une solution claire. Il faut aussi maîtriser l’antériorité (er habe gearbeitet), la postériorité (er werde kommen), le passif et quelques emplois directifs ou formulaires.

Pour un francophone, la différence principale est importante : le français n’a pas de mode spécialement réservé au discours rapporté. Il emploie surtout l’indicatif et adapte souvent les temps : « Il a dit qu’il était malade. » L’allemand soutenu peut conserver le point de vue temporel de la source et signaler le rapport par le mode : Er sagte, er sei krank. Le Konjunktiv I ne correspond donc pas automatiquement au subjonctif français.

Fonctionnement

La formation du présent

Pour la plupart des verbes, on part du radical de l’infinitif, puis on ajoute les terminaisons -e, -est, -e, -en, -et, -en. Avec machen, le radical est mach-.

Personne Pronom Konjunktiv I de machen Indicatif présent Formes distinctes ?
1re du singulier ich mache mache non
2e du singulier du machest machst oui
3e du singulier er/sie/es mache macht oui
1re du pluriel wir machen machen non
2e du pluriel ihr machet macht oui
3e du pluriel / politesse sie/Sie machen machen non

La troisième personne du singulier est la plus utile : sa terminaison en -e contraste nettement avec l’indicatif en -t dans de nombreux verbes : er komme face à er kommt, sie gehe face à sie geht. Les formes du machest et ihr machet sont correctes, mais nettement moins fréquentes, car le discours rapporté porte souvent sur une troisième personne.

Certains radicaux demandent les adaptations orthographiques habituelles. On trouve ainsi du arbeitest et ihr arbeitet au Konjunktiv I de arbeiten : la voyelle d’appui évite un groupe de consonnes difficile. Les verbes à particule séparable gardent leur structure normale : er nehme teil dans une proposition principale, mais dass er teilnehme dans une subordonnée.

Les verbes essentiels

Sein possède un paradigme particulier et n’ajoute pas toujours les terminaisons au radical attendu. Il faut l’apprendre comme un ensemble.

Personne sein haben werden
ich sei habe werde
du seiest habest werdest
er/sie/es sei habe werde
wir seien haben werden
ihr seiet habet werdet
sie/Sie seien haben werden

Seien est particulièrement précieux, car il reste distinct de l’indicatif sind. En revanche, haben et werden se confondent avec l’indicatif aux première et troisième personnes du pluriel. Cette coïncidence explique le recours fréquent aux formes de remplacement.

Les verbes de modalité et plusieurs verbes courants perdent au Konjunktiv I les modifications vocaliques de leur indicatif :

Infinitif Indicatif, 3e personne Konjunktiv I, 3e personne Sens courant
können kann könne pouvoir
müssen muss müsse devoir, être obligé
dürfen darf dürfe avoir le droit
mögen mag möge souhaiter, apprécier selon le contexte
wollen will wolle vouloir
sollen soll solle devoir, être censé
wissen weiß wisse savoir

L’ordre des mots dans le discours rapporté

Le Konjunktiv I peut apparaître avec ou sans dass :

  • Er sagte, dass er keine Zeit habe. — Avec dass, le verbe conjugué va à la fin.
  • Er sagte, er habe keine Zeit. — Sans dass, la proposition rapportée garde l’ordre d’une proposition principale.

Le second modèle est très courant dans la presse et dans les comptes rendus. Le Konjunktiv I peut aussi introduire une question indirecte : Sie fragte, wann der Zug ankomme. Le mot interrogatif reste présent et le verbe se place à la fin.

Simultanéité, antériorité et postériorité

Les formes ne reproduisent pas mécaniquement le temps du verbe introducteur. Elles expriment surtout le rapport temporel entre la parole rapportée et son contenu.

Rapport temporel Construction Exemple Interprétation
simultanéité Konjunktiv I simple Er sagte, er sei müde. Il était fatigué au moment concerné.
antériorité habe/sei + participe passé Er sagte, er habe lange gewartet. L’attente avait déjà eu lieu.
postériorité werde + infinitif Er sagte, er werde später anrufen. L’appel devait avoir lieu plus tard.
accomplissement futur werde + participe passé + infinitif auxiliaire Er sagte, er werde bis Freitag angekommen sein. L’arrivée devait être accomplie avant vendredi.

Le participe passé (forme comme gemacht, gegangen ou geschrieben) suit les mêmes règles de choix entre haben et sein qu’à l’indicatif : sie habe gearbeitet, mais sie sei gegangen. Il n’existe pas ici une longue série de temps simples à mémoriser : les auxiliaires au Konjunktiv I portent l’information modale.

Les formes de remplacement : Ersatzformen

Quand le Konjunktiv I est identique à l’indicatif, le lecteur risque de ne plus voir qu’il s’agit d’un discours rapporté. Dans un style qui veut marquer clairement cette distance, on emploie alors le Konjunktiv II comme forme de remplacement :

Personne et verbe Konjunktiv I ambigu Remplacement clair
wir, haben wir haben wir hätten
sie, kommen sie kommen sie kämen
Sie, wissen Sie wissen Sie wüssten
wir, sein wir seien pas de remplacement nécessaire

Le Konjunktiv II n’est toutefois pas toujours distinct du prétérit, surtout avec les verbes faibles : sie arbeiteten peut être interprété de deux façons. La construction würde + infinitif donne alors une lecture plus nette : Sie sagten, sie würden länger arbeiten.

On peut résumer la stratégie soignée ainsi :

  1. employer le Konjunktiv I si sa forme est reconnaissable : er komme, sie seien ;
  2. s’il se confond avec l’indicatif, employer un Konjunktiv II distinct : sie kämen, wir hätten ;
  3. si cette deuxième forme reste elle-même ambiguë ou paraît trop rare, employer würde + infinitif : sie würden arbeiten.

Ce n’est pas une chaîne absolument mécanique dans tous les textes. Si le cadre du discours rapporté est déjà évident, certains auteurs gardent une forme identique à l’indicatif. De plus, le Konjunktiv II peut suggérer une réserve plus forte ou une irréalité, alors que le Konjunktiv I vise d’abord l’attribution neutre. Le contexte et le registre décident donc aussi du choix.

Le passif

La voix passive (construction qui met au premier plan ce qui subit l’action) se combine avec le Konjunktiv I :

Valeur Construction Exemple
processus au présent werde + participe passé Der Antrag werde geprüft.
processus antérieur sei + participe passé + worden Der Antrag sei geprüft worden.
état résultant sei + participe passé Die Tür sei geschlossen.
processus à venir werde + participe passé + werden Der Antrag werde morgen geprüft werden.

Dans le passif antérieur, on dit worden, et non geworden : sei geprüft worden.

Exemples en contexte

Allemand Français Remarque
Er sagte, sie seien nicht zu Hause. Il a dit qu’ils n’étaient pas chez eux. Seien marque clairement le pluriel rapporté.
Sie behauptete, sie wisse nichts. Elle affirmait ne rien savoir. Wisse s’oppose à l’indicatif weiß.
Die Zeugin erklärte, sie habe den Mann nie gesehen. Le témoin a déclaré n’avoir jamais vu cet homme. Antériorité avec habe + participe passé.
Der Sprecher teilte mit, die Verhandlungen seien beendet. Le porte-parole a annoncé que les négociations étaient terminées. Passif d’état avec seien.
Er versicherte, er werde am Montag zurückkehren. Il a assuré qu’il reviendrait lundi. Événement postérieur avec werde.
Die Ärztin sagte, der Patient müsse sich ausruhen. La médecin a dit que le patient devait se reposer. Verbe de modalité au Konjunktiv I.
Ich erklärte, ich habe die Nachricht nicht erhalten. J’ai expliqué que je n’avais pas reçu le message. Première personne, forme identique à celle de la 3e personne.
Du sagtest, du habest keine Bedenken. Tu as dit que tu n’avais aucune objection. Deuxième personne du singulier, plutôt rare.
Ihr behauptet, ihr seiet rechtzeitig angekommen. Vous affirmez être arrivés à temps. Forme complète de la 2e personne du pluriel.
Sie sagten, sie hätten bereits bezahlt. Ils ont dit qu’ils avaient déjà payé. Hätten remplace le Konjunktiv I ambigu haben.
Die Forschenden erklärten, sie würden die Daten erneut prüfen. Les chercheurs ont déclaré qu’ils vérifieraient de nouveau les données. Würden prüfen évite une forme ambiguë.
Sie fragte, wann der nächste Zug abfahre. Elle a demandé quand partirait le prochain train. Question indirecte.
Der Antrag sei gestern abgelehnt worden. La demande aurait été rejetée hier, selon les informations rapportées. Passif antérieur ; le français reformule souvent la source.
Man nehme zwei Eier und verrühre sie mit dem Zucker. Prenez deux œufs et mélangez-les avec le sucre. Instruction impersonnelle de recette.
Es lebe die Freiheit! Vive la liberté ! Souhait ou acclamation, hors discours rapporté.

Erreurs fréquentes

Remplacer systématiquement le Konjunktiv I par l’indicatif

  • Incorrect dans un compte rendu soutenu : Der Zeuge sagte, er hat nichts gesehen.
  • Préférable : Der Zeuge sagte, er habe nichts gesehen.
  • Pourquoi : l’indicatif est courant dans la conversation, mais il efface le marquage explicite de la source recherché dans un texte formel.

Croire que le Konjunktiv I exprime forcément le doute

  • Interprétation trompeuse : Die Ministerin sagt, die Zahlen seien korrekt signifierait que le journaliste juge les chiffres faux.
  • Interprétation juste : la phrase attribue simplement cette affirmation à la ministre.
  • Pourquoi : une réserve peut naître du contexte, mais le mode ne constitue pas à lui seul une accusation de mensonge.

Garder une forme plurielle ambiguë

  • Peu clair : Sie sagten, sie haben genug Zeit.
  • Plus clair : Sie sagten, sie hätten genug Zeit.
  • Pourquoi : sie haben est à la fois indicatif et Konjunktiv I. Hätten rend le discours rapporté visible.

Appliquer la concordance des temps française

  • Calque maladroit : choisir automatiquement un passé allemand uniquement parce que le verbe introducteur est au passé.
  • Correct : Er sagte, er sei krank.
  • Pourquoi : sei présente ici un état simultané à la situation rapportée. L’allemand n’imite pas automatiquement « il a dit qu’il était malade ».

Confondre worden et geworden au passif

  • Incorrect : Der Vertrag sei unterschrieben geworden.
  • Correct : Der Vertrag sei unterschrieben worden.
  • Pourquoi : le parfait du passif de processus emploie worden.

Employer würde même lorsqu’une forme nette existe

  • Lourd dans un texte très soigné : Er sagte, er würde krank sein.
  • Plus direct : Er sagte, er sei krank.
  • Pourquoi : sei est bref, distinct et idiomatique. Würde sert surtout à résoudre une ambiguïté ou à exprimer une autre valeur du Konjunktiv II.

Notes d’usage

Le Konjunktiv I appartient surtout à la presse, aux procès-verbaux, aux rapports, aux textes administratifs et aux récits qui enchaînent plusieurs voix. Dans la conversation quotidienne, l’indicatif est fréquent : Er hat gesagt, dass er später kommt. Cette phrase n’est pas fautive ; elle est simplement moins marquée comme discours rapporté.

Un texte peut annoncer la source une seule fois, puis poursuivre plusieurs phrases au Konjunktiv I. Le mode aide alors le lecteur à suivre la voix rapportée sans répéter constamment er sagte ou sie erklärte. À l’inverse, une alternance vers l’indicatif peut signaler le retour à la voix du narrateur — mais elle peut aussi relever d’un style moins strict. Il faut interpréter l’ensemble du passage.

Le français traduit souvent ces nuances par le conditionnel journalistique (« le ministre aurait démissionné »), par « selon… », ou simplement par l’indicatif. Aucune de ces solutions ne correspond mot à mot à toutes les occurrences du Konjunktiv I. Pour comprendre un texte allemand, demandez d’abord : « Qui prend en charge cette information ? » plutôt que « Quel temps français dois-je substituer ? »

Au-delà des bases : emplois avancés

Instructions, souhaits et formules

Hors du discours rapporté, le Konjunktiv I peut produire une injonction indirecte ou solennelle. Man nehme zwei Eier est typique des recettes traditionnelles, des démonstrations et de certains énoncés techniques. Man beachte den Unterschied signifie « que l’on remarque la différence » ou, plus naturellement, « notez la différence ». Ce tour est impersonnel et plus formel qu’un impératif ordinaire.

Dans Es lebe die Freiheit! ou Lang lebe die Königin!, il exprime un souhait. On le rencontre également dans des formules figées comme Sei es, wie es sei (« quoi qu’il en soit »), Dem sei hinzugefügt, dass … (« ajoutons à cela que… ») et Gott sei Dank (« Dieu merci »). Ces emplois ne doivent pas être analysés comme des paroles rapportées.

Le Konjunktiv I dans le raisonnement soutenu

Les textes scientifiques, juridiques ou mathématiques utilisent parfois des tours comme Es sei angenommen, dass … (« supposons que… »), Es sei x eine positive Zahl (« soit x un nombre positif ») ou Es sei darauf hingewiesen, dass … (« signalons que… »). Le mode crée ici un cadre hypothétique, une consigne intellectuelle ou une formulation impersonnelle. Cet usage prépare directement à la langue scientifique de niveau C2.

Distance, neutralité et choix éditorial

Le contraste entre Konjunktiv I et Konjunktiv II ne se réduit pas à « neutre » contre « douteux ». Le Konjunktiv II peut n’être qu’une forme de remplacement imposée par la morphologie : sie hätten ne prouve donc pas que l’auteur rejette l’affirmation. Pour évaluer la distance réelle, observez le verbe introducteur (behaupten est souvent plus réservé que erklären), les adverbes, les guillemets et le contexte général.

Dans un long passage, la clarté prime parfois sur la règle la plus élégante. Une rédaction peut conserver sie seien mais choisir sie würden arbeiten quelques lignes plus loin, simplement parce que les formes disponibles ne présentent pas la même netteté. La maîtrise avancée consiste moins à imposer une seule forme partout qu’à maintenir sans ambiguïté la frontière entre la source citée et la voix de l’auteur.

Conseils pratiques

  1. Apprenez d’abord trois colonnes utiles. Récitez la troisième personne du singulier de sein, haben, werden, können, müssen et wissen, puis ajoutez les formes du pluriel. Cela couvre une grande part des textes réels.
  2. Transformez une dépêche. Prenez cinq déclarations à l’indicatif et introduisez-les par Die Sprecherin erklärte, …. Vérifiez ensuite simultanéité, antériorité et postériorité, ainsi que les formes ambiguës.
  3. Codez les voix en lisant. Soulignez le Konjunktiv I d’une couleur, les Ersatzformen d’une autre et encadrez la source de l’information. Cet exercice évite de traiter le mode comme une simple liste de terminaisons.

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Prérequis

Le discours indirect au Konjunktiv I en allemandB1

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