C1

L’ordre des mots emphatique en danois

Emfatisk Ordstilling

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de danois sur Settemila Lingue.

En bref

En danois, on peut placer en tête l’élément que l’on veut opposer ou mettre en relief, mais la règle V2 reste valable : dans une proposition principale déclarative, le verbe conjugué occupe la deuxième position. Ainsi, Den bog har jeg læst signifie « Ce livre-là, je l’ai lu », avec den bog en première position et har en deuxième. Pour une mise en relief plus explicite, le danois emploie aussi les phrases clivées : Det er ham, der har gjort det (« C’est lui qui l’a fait »).

Vue d’ensemble

L’ordre neutre d’une phrase danoise place généralement le sujet au début : Jeg har læst den bog (« J’ai lu ce livre-là »). À partir du niveau C1, il faut cependant savoir choisir le premier élément en fonction du message. Un objet, un complément de temps, un lieu, un adjectif ou même une proposition entière peut prendre la première place. Ce déplacement s’appelle une mise en tête : on place au début ce qui sert de point de départ, de contraste ou de correction.

Cette liberté n’annule pas la syntaxe danoise. Le danois est une langue à ordre V2, c’est-à-dire que le verbe conjugué (la forme verbale qui porte le temps, comme har, var ou rejser) vient en deuxième position dans une proposition principale déclarative. Si le sujet n’est pas en tête, il passe normalement après ce verbe. La mise en relief repose donc sur un équilibre : le premier emplacement varie, mais la place du verbe reste stable.

Le danois dispose aussi de phrases clivées (des phrases en deux parties construites comme « c’est X qui/que… ») avec det er... ou det var.... Elles permettent d’identifier précisément une personne, un moment, un lieu ou un autre élément. Ces structures ressemblent souvent au français, mais les mots de liaison et l’ordre interne ne se correspondent pas toujours terme à terme.

Fonctionnement

1. La première place et la règle V2

On peut représenter une proposition principale danoise ainsi :

Première position Verbe conjugué Sujet, s’il n’est pas en tête Adverbe de phrase Reste de la phrase
Jeg har allerede læst den bog.
Den bog har jeg allerede læst.
I morgen rejser vi til Aarhus.
Sjovt var det ikke

La « première position » n’est pas nécessairement le premier mot : elle contient un constituant, c’est-à-dire un groupe de mots qui fonctionne comme un seul bloc. Dans Den meget lange bog har jeg endelig læst, tout le groupe den meget lange bog occupe un seul emplacement. Har reste donc bien en deuxième position grammaticale.

Lorsque le sujet est lui-même en tête, aucun changement visible n’apparaît :

  • Min søster har læst bogen. — Ma sœur a lu le livre.

Lorsqu’un autre élément passe en tête, le sujet suit le verbe conjugué :

  • Bogen har min søster læst. — Le livre, ma sœur l’a lu.
  • I går læste min søster bogen. — Hier, ma sœur a lu le livre.

Avec un temps composé ou un verbe modal, seul le premier verbe, celui qui est conjugué, occupe la place V2 :

  • Den bog har jeg læst.læst reste plus loin.
  • Sådan kan vi ikke løse problemet.løse reste à l’infinitif plus loin.

2. Quels éléments peut-on mettre en tête ?

Un objet

L’objet (la personne ou la chose sur laquelle porte l’action) peut être placé en tête pour établir un contraste :

  • Den bog har jeg læst, men den anden kender jeg ikke. — Ce livre-là, je l’ai lu, mais l’autre, je ne le connais pas.

Contrairement au français courant, le danois n’ajoute pas nécessairement un pronom objet de reprise. Le français dit naturellement « Ce livre, je **l’**ai lu » ; le danois intégré dit simplement Den bog har jeg læst, sans équivalent de l’.

Un complément de temps, de lieu ou de manière

Ces éléments servent souvent de cadre au message :

  • I morgen rejser vi. — Demain, nous partons.
  • På kontoret taler vi dansk. — Au bureau, nous parlons danois.
  • Sådan gør man ikke her. — Ici, on ne fait pas comme ça.

La mise en tête n’est pas toujours très emphatique. Les compléments de temps et de lieu apparaissent fréquemment en première position pour organiser un récit. L’effet devient plus nettement contrastif lorsque le contexte oppose deux moments, deux lieux ou deux manières de faire.

Un adjectif ou un attribut

Un attribut est un mot qui décrit le sujet après un verbe comme « être ». Placé en tête, il reçoit une valeur expressive, souvent accompagnée d’une négation ou d’un contraste :

  • Sjovt var det ikke. — Amusant, ça ne l’était pas.
  • Billig er lejligheden ikke, men den ligger godt. — Bon marché, l’appartement ne l’est pas, mais il est bien situé.

Cette construction est marquée : elle exprime une appréciation forte et ne remplace pas automatiquement l’ordre neutre Det var ikke sjovt.

Une proposition entière

Une proposition subordonnée (un groupe contenant son propre sujet et son propre verbe, dépendant d’une autre proposition) peut former le premier bloc :

  • Selvom det regnede, gik vi en tur. — Bien qu’il pleuve, nous sommes allés nous promener.
  • Hvad hun egentlig mente, forstod ingen. — Ce qu’elle voulait vraiment dire, personne ne l’a compris.

Toute la subordonnée compte comme la première position. Le verbe de la proposition principale vient ensuite : gik ou forstod. L’ordre interne de la subordonnée suit ses propres règles ; la règle V2 de la principale ne doit pas y être appliquée mécaniquement.

3. Mise en tête simple et structure thème-commentaire

Dans une structure thème-commentaire, le thème est ce dont on parle et le commentaire est ce que l’on en dit. Deux constructions proches doivent être distinguées.

Mise en tête intégrée :

  • Den bog har jeg allerede læst. — Ce livre-là, je l’ai déjà lu.

Le groupe den bog appartient directement à la phrase. Il n’y a ni virgule ni pronom de reprise en danois.

Détachement avec reprise :

  • Den bog, den har jeg allerede læst. — Ce livre-là, lui, je l’ai déjà lu.

Ici, den bog est posé comme thème en dehors de la structure principale, puis repris par den. Cette construction s’entend surtout dans la conversation et crée une pause nette. Elle ressemble davantage au détachement français, mais le choix de la reprise dépend du nom danois : den, det ou de, par exemple.

La différence est donc autant syntaxique que prosodique : la mise en tête simple intègre le thème dans la phrase, tandis que le détachement en fait une annonce séparée.

4. Les phrases clivées avec det er...

La structure de base est :

det + er/var + élément mis en relief + proposition qui l’identifie

  • Det er ham, der har gjort det. — C’est lui qui l’a fait.
  • Det var Anna, jeg talte med. — C’est avec Anna que j’ai parlé.
  • Det er i morgen, vi rejser. — C’est demain que nous partons.

Det reste invariable : il ne s’accorde ni avec une personne ni avec un pluriel. Le temps de er peut changer selon le repère choisi : Det er Maja... (« C’est Maja… »), Det var Maja... (« C’était Maja… »).

Quand employer der ou som ?

Quand l’élément mis en relief est le sujet de la proposition suivante, der est très fréquent ; som est également possible :

  • Det var naboen, der ringede. — C’est le voisin qui a appelé.
  • Det er Sara, som står for projektet. — C’est Sara qui est responsable du projet.

Der ne peut pas représenter un objet. Si la personne mise en relief est l’objet ou dépend d’une préposition, on emploie souvent som ou aucun mot de liaison :

  • Det var hende, (som) jeg så på stationen. — C’est elle que j’ai vue à la gare.
  • Det er Peter, (som) jeg venter på. — C’est Peter que j’attends.

Avec un moment ou un lieu, la proposition de liaison apparaît très souvent sans pronom relatif :

  • Det er på fredag, vi mødes. — C’est vendredi que nous nous retrouvons.
  • Det var i Odense, de lærte hinanden at kende. — C’est à Odense qu’ils ont fait connaissance.

On rencontre aussi at après certains compléments adverbiaux, notamment à l’écrit : Det var først senere, at vi forstod hvorfor. Il ne faut donc pas chercher un unique équivalent danois du français « qui » ou « que » ; la fonction de l’élément dans la proposition détermine la construction.

Formes interrogatives et négatives

Une phrase clivée peut servir à vérifier ou à corriger une information :

  • Er det i dag, vi skal mødes? — C’est aujourd’hui que nous devons nous voir ?
  • Det er ikke prisen, der er problemet. — Ce n’est pas le prix qui pose problème.
  • Det var ikke Lars, men Sofie, der tog beslutningen. — Ce n’est pas Lars, mais Sofie, qui a pris la décision.

La clivée dirige l’attention vers un choix précis. Elle est donc particulièrement naturelle lorsqu’une autre possibilité a été évoquée ou doit être écartée.

Exemples en contexte

Danois Français Remarque
Den bog har jeg læst. Ce livre-là, je l’ai lu. Objet mis en tête ; har reste en V2.
I morgen rejser vi til Sverige. Demain, nous partons en Suède. Le complément de temps sert de cadre.
På den måde kan vi spare tid. De cette manière, nous pouvons gagner du temps. Seul le modal conjugué kan est en V2.
Sjovt var det ikke. Amusant, ça ne l’était pas. Attribut initial, effet nettement expressif.
Den løsning tror jeg ikke på. Cette solution, je n’y crois pas. Le groupe lié à la préposition est mis en contraste.
Hvad han lovede, husker jeg tydeligt. Ce qu’il a promis, je m’en souviens clairement. Une proposition entière occupe la première position.
Den gamle computer, den virker stadig. Le vieil ordinateur, lui, fonctionne encore. Thème détaché, repris par den.
Det er ham, der har gjort det. C’est lui qui l’a fait. La personne mise en relief est le sujet de har gjort.
Det var mig, du talte med. C’est avec moi que tu as parlé. La personne n’est pas le sujet ; aucun relatif n’est nécessaire.
Det er i morgen, vi rejser. C’est demain que nous partons. Mise en relief du moment.
Det var på stationen, de mødtes. C’est à la gare qu’ils se sont rencontrés. Mise en relief du lieu.
Det er ikke tiden, men pengene, der mangler. Ce n’est pas le temps qui manque, mais l’argent. Correction explicite entre deux possibilités.
Aldrig har jeg set så meget sne. Jamais je n’ai vu autant de neige. Adverbe négatif initial ; registre soutenu ou dramatique.
Bogen har jeg læst, men filmen har jeg ikke set. Le livre, je l’ai lu, mais le film, je ne l’ai pas vu. Deux mises en tête construisent un contraste parallèle.

Erreurs fréquentes

Oublier l’inversion après un élément initial

  • Incorrect : I morgen vi rejser til Aarhus.
  • Correct : I morgen rejser vi til Aarhus.
  • Pourquoi : I morgen occupe la première position ; le verbe conjugué rejser doit donc venir avant le sujet vi.

Copier la reprise pronominale du français

  • Incorrect : Den bog har jeg læst den.
  • Correct : Den bog har jeg læst.
  • Pourquoi : dans la mise en tête intégrée, den bog est déjà l’objet. Le français reprend naturellement « ce livre » par « l’ », mais le danois ne le fait pas. Une véritable dislocation est différente : Den bog, den har jeg læst.

Employer der pour un objet

  • Incorrect : Det var hende, der jeg så.
  • Correct : Det var hende, som jeg så. ou Det var hende, jeg så.
  • Pourquoi : der peut introduire ici un sujet, comme dans hende, der ringede, mais pas l’objet de .

Ajouter der après un complément de temps

  • Incorrect : Det er i morgen, der vi rejser.
  • Correct : Det er i morgen, vi rejser.
  • Pourquoi : i morgen n’est pas le sujet de rejser. La proposition de liaison se construit normalement sans der dans cet exemple.

Traiter deux mots initiaux comme deux positions séparées

  • Incorrect : Den meget lange har bog jeg læst.
  • Correct : Den meget lange bog har jeg læst.
  • Pourquoi : le groupe nominal complet den meget lange bog forme un seul bloc. Il ne faut pas le couper pour placer le verbe après son premier mot.

Mettre chaque information importante en tête

  • Peu naturel sans contexte : Kaffe drikker jeg om morgenen. På arbejde tager jeg bussen. Min chef ser jeg klokken ni.
  • Plus neutre : Jeg drikker kaffe om morgenen. Jeg tager bussen på arbejde. Jeg ser min chef klokken ni.
  • Pourquoi : la mise en tête signale un cadre ou un contraste. Sans opposition réelle, son accumulation donne un ton artificiel ou théâtral.

Notes d’usage

La mise en tête d’un complément de temps ou de lieu est courante dans tous les registres. Elle sert souvent à enchaîner les événements plutôt qu’à exprimer une émotion : Efter mødet gik vi hjem (« Après la réunion, nous sommes rentrés »). En revanche, un objet ou un attribut placé en tête est plus dépendant du contexte. Den bog har jeg læst suppose généralement que ce livre est déjà présent dans la conversation ou qu’on l’oppose à un autre.

À l’oral, l’intonation renforce la mise en relief. Le constituant initial peut recevoir l’accent principal, et un thème détaché est suivi d’une pause : Den bog, den har jeg læst. À l’écrit, la virgule permet justement de distinguer ce détachement de la mise en tête intégrée, qui ne prend normalement pas de virgule.

Les phrases clivées sont naturelles aussi bien à l’oral qu’à l’écrit. Elles sont toutefois plus explicites et plus insistantes qu’une phrase neutre. Vi rejser i morgen annonce simplement le départ ; Det er i morgen, vi rejser corrige ou précise le jour. Comme en français, la clivée peut suggérer que le reste de l’information est déjà admis : on sait qu’un départ aura lieu, mais on identifie son moment.

Enfin, le français fournit un bon point de départ, mais pas un modèle mot à mot. « C’est lui qui… » correspond assez directement à Det er ham, der..., tandis que « Ce livre, je l’ai lu » exige en français le pronom l’, absent de la mise en tête danoise simple. Il faut donc retenir la fonction de chaque élément plutôt que traduire automatiquement qui par der et que par som.

Pour aller plus loin

Mise en tête négative ou restrictive

Des mots comme aldrig (« jamais »), kun (« seulement ») ou des groupes comme ikke én gang (« pas une seule fois ») peuvent être placés en tête. La règle V2 continue de s’appliquer :

  • Aldrig har hun beklaget sig. — Jamais elle ne s’est plainte.
  • Kun sådan kan problemet løses. — Ce n’est qu’ainsi que le problème peut être résolu.
  • Ikke én gang ringede han. — Pas une seule fois il n’a appelé.

Ces tours ont souvent une couleur rhétorique, formelle ou dramatique. Dans la conversation ordinaire, Hun har aldrig beklaget sig est généralement plus neutre.

Contrastes parallèles

La mise en tête devient particulièrement efficace lorsque deux phrases présentent la même structure :

  • Te drikker jeg gerne; kaffe kan jeg ikke lide. — Du thé, j’en bois volontiers ; le café, je n’aime pas ça.
  • Planen forstår jeg, men begrundelsen accepterer jeg ikke. — Le projet, je le comprends, mais la justification, je ne l’accepte pas.

Le parallélisme indique clairement ce qui reste constant et ce qui change. C’est un procédé fréquent dans l’argumentation, les discours et la prose soignée.

Pseudo-clivées

Une pseudo-clivée commence par une proposition qui désigne le contenu à identifier, puis donne l’élément essentiel après er :

  • Det, jeg savner mest, er ro. — Ce qui me manque le plus, c’est le calme.
  • Hvad vi har brug for, er mere tid. — Ce dont nous avons besoin, c’est de plus de temps.

L’ordre est l’inverse d’une clivée comme Det er ro, jeg savner mest. La pseudo-clivée convient bien lorsqu’on veut préparer le lecteur avant de livrer la réponse ou la conclusion.

La V2 dans certaines propositions rapportées

Dans la norme de base, une subordonnée avec at conserve l’ordre subordonné : Jeg tror, at han allerede har læst bogen (« Je crois qu’il a déjà lu le livre »). Dans certains énoncés rapportés, surtout après des verbes comme sige ou tro et souvent sans at, on peut rencontrer un ordre ressemblant à celui d’une principale : Jeg tror, den bog har han allerede læst. Cette possibilité dépend du type de proposition, du registre et de l’effet de voix directe. Elle ne justifie pas d’appliquer partout la règle V2 à l’intérieur des subordonnées.

La frontière avec les structures rhétoriques devient ici importante : plus la syntaxe s’éloigne de l’ordre neutre, plus elle véhicule une attitude, un rythme ou une stratégie argumentative. À ce stade, la question n’est plus seulement « cette phrase est-elle grammaticale ? », mais aussi « quel élément le locuteur veut-il faire ressortir, et pourquoi ? »

Conseils pratiques

  1. Transformez une phrase neutre de plusieurs façons. Partez de Jeg har læst bogen i weekenden et produisez Bogen har jeg læst i weekenden, I weekenden har jeg læst bogen puis Det er bogen, jeg har læst. Pour chaque version, dites quelle information est corrigée ou opposée.
  2. Repérez le verbe conjugué. Dans un article ou un entretien danois, soulignez le premier constituant puis entourez le verbe en V2. Cette méthode évite de compter les mots au lieu des blocs syntaxiques.
  3. Travaillez avec un mini-dialogue. Posez une question qui crée un contraste, puis répondez avec la mise en relief appropriée : Læste du avisen? — Nej, bogen har jeg læst. Le contexte rend l’ordre marqué naturel et mémorable.

Concepts associés

  • Prérequis : Ordre des mots de base — pour maîtriser la règle V2 et l’inversion avant de déplacer un élément à des fins de contraste.
  • Étape suivante : Structures rhétoriques — pour exploiter l’ordre marqué avec la litote, le parallélisme et d’autres effets argumentatifs ou stylistiques.

Prérequis

L’ordre des mots de base en danoisA1

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