Les pronoms personnels en vietnamien
Đại Từ Nhân Xưng
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de vietnamien sur Settemila Lingue.
En bref
En vietnamien, « je » et « vous » ne correspondent pas chacun à un mot unique : le pronom dépend de l’âge relatif, de la relation et de la situation. Pour débuter, tôi est un « je » neutre et respectueux, tandis que bạn convient surtout pour parler à une personne d’âge proche ; dans la vie courante, anh, chị, em, cô, chú, ông, bà servent aussi de pronoms. Pour « nous », retenez dès maintenant la différence entre chúng tôi (« nous », sans la personne à qui l’on parle) et chúng ta (« nous », en l’incluant).
Vue d’ensemble
Un pronom personnel est un petit mot qui représente les participants d’une conversation : la personne qui parle, celle à qui elle parle, ou une autre personne. En français, on choisit surtout entre tu et vous. Le vietnamien organise ce choix autrement. Il tient compte de l’âge relatif, du lien familial ou social, du degré de proximité et parfois du sexe de la personne. Le choix d’un pronom communique donc en même temps « qui ? » et « quelle relation avons-nous ? ».
C’est une notion de niveau A1, car aucune conversation ordinaire ne peut vraiment l’éviter. La règle de départ reste simple : tôi permet de parler de soi sans supposer une relation particulière, et bạn permet souvent de s’adresser à une personne de son âge. Mais ces deux formes ne suffisent pas dans toutes les situations. Entre Vietnamiens, des noms de parenté comme anh (« grand frère »), chị (« grande sœur ») ou em (« cadet ou cadette ») sont très souvent employés hors de la famille.
Pour un francophone, le point le plus déroutant est la réciprocité de ces termes. Anh peut vouloir dire « je » si l’homme qui parle se présente comme l’aîné, mais « tu/vous » s’il s’adresse à un homme un peu plus âgé. Il faut donc apprendre les pronoms par paires de relation, et non comme une simple liste d’équivalents français.
Comment ça fonctionne
Les trois rôles de base
La « personne grammaticale » indique le rôle dans l’échange : première personne pour celui qui parle, deuxième personne pour son interlocuteur, troisième personne pour quelqu’un dont on parle. Les verbes vietnamiens ne se conjuguent pas selon cette personne : tôi nói, bạn nói et họ nói gardent tous le même verbe nói (« parler »). Cela allège la forme du verbe, mais rend le choix du pronom particulièrement important.
| Rôle | Forme utile au début | Sens courant | À retenir |
|---|---|---|---|
| Première personne du singulier | tôi | je, moi | neutre, poli, assez sûr avec un inconnu |
| Deuxième personne du singulier | bạn | tu, vous | surtout avec une personne d’âge proche |
| Troisième personne du singulier | anh ấy / chị ấy | il / elle | homme ou femme, souvent d’une génération proche |
| Première personne du pluriel | chúng tôi / chúng ta | nous | exclusion ou inclusion de l’interlocuteur |
| Deuxième personne du pluriel | các bạn | vous | plusieurs personnes d’âge proche ou un public générique |
| Troisième personne du pluriel | họ | ils, elles | groupe absent dont on parle |
Tôi n’indique ni le sexe ni l’âge du locuteur. C’est un bon point d’appui dans une première rencontre, un cadre professionnel ou une situation où la relation n’est pas encore claire. Il peut toutefois paraître plus distant que les termes relationnels employés entre proches.
Bạn signifie aussi « ami, amie » comme nom. Comme pronom, il convient bien entre personnes d’âge comparable, dans les manuels, les questionnaires ou lorsqu’on s’adresse de façon générale au lecteur. Il ne remplace pas automatiquement le vous français : appeler bạn une personne nettement plus âgée peut sembler trop familier ou ignorer la hiérarchie d’âge.
Les noms de parenté employés comme pronoms
Dans la conversation, ces mots ne décrivent pas nécessairement une parenté réelle. Ils situent les interlocuteurs l’un par rapport à l’autre.
| Forme | Personne typiquement désignée | Emploi pronominal fréquent |
|---|---|---|
| anh | homme un peu plus âgé | « je » pour cet homme, ou « vous » en lui parlant |
| chị | femme un peu plus âgée | « je » pour cette femme, ou « vous » en lui parlant |
| em | personne plus jeune | « je » pour la personne plus jeune, ou « tu/vous » en lui parlant |
| cô | femme de la génération des parents, ou enseignante | « je » pour elle, ou « vous » en lui parlant |
| chú | homme plus jeune que le père, génération des parents | « je » pour lui, ou « vous » en lui parlant |
| ông | homme âgé, génération des grands-parents | « je » pour lui, ou « vous » en lui parlant |
| bà | femme âgée, génération des grands-parents | « je » pour elle, ou « vous » en lui parlant |
| con / cháu | enfant, ou personne d’une génération plus jeune | « je » face à un parent, un grand-parent ou un aîné |
Prenons une conversation entre une femme plus âgée et un homme plus jeune. La femme peut se désigner par chị et appeler l’homme em ; l’homme, lui, se désigne par em et appelle la femme chị. Les mêmes mots changent donc de personne grammaticale selon celui qui parle :
- Chị cảm ơn em. — « Je te remercie », dit la femme plus âgée au plus jeune.
- Em cảm ơn chị. — « Je vous remercie », répond le plus jeune à la femme.
La traduction française ne montre pas toute l’information sociale contenue dans la phrase vietnamienne. Selon la situation, le même chị peut être rendu par « je », « tu », « vous » ou « elle ».
Parler d’une troisième personne avec ấy
Quand anh, chị, cô, chú, ông, bà désignent une personne absente, on leur ajoute souvent ấy : anh ấy (« il, cet homme-là »), chị ấy (« elle, cette femme-là »), cô ấy (« elle »), ông ấy (« il, cet homme âgé »). Ấy aide à montrer qu’il s’agit de la personne dont on parle et non de l’interlocuteur.
Dans la conversation, le contexte peut parfois rendre ấy inutile, mais un débutant gagne en clarté à l’utiliser. Il existe aussi nó pour « il/elle » en parlant notamment d’un enfant, d’un animal, d’un proche plus jeune ou d’une personne avec beaucoup de familiarité. Employé envers un adulte qui mérite du respect, nó peut être dépréciatif : ce n’est donc pas un équivalent universel de « il/elle ».
Deux formes indispensables de « nous »
Le français ne distingue pas les deux groupes possibles derrière « nous ». Le vietnamien le fait :
| Forme | Qui est inclus ? | Exemple de situation |
|---|---|---|
| chúng tôi | le locuteur et son groupe, mais pas l’interlocuteur | Notre entreprise vous répondra demain. |
| chúng ta | le locuteur, son groupe et l’interlocuteur | Nous allons commencer ensemble. |
| chúng mình | généralement le locuteur et l’interlocuteur, dans un ton proche | Nous deux / notre groupe d’amis allons manger. |
Ainsi, Chúng tôi đi rồi annonce que « nous » partons sans la personne à qui l’on parle. Chúng ta đi nhé propose au contraire de partir ensemble. Cette distinction est une vraie règle de sens, pas seulement une nuance de politesse.
Pour former certains pluriels, các se place devant le terme : các bạn (« vous tous »), các anh, các chị, các em. Le choix du terme relationnel reste le même ; các indique simplement que plusieurs personnes sont concernées.
Place et omission du pronom
L’ordre de base est sujet + verbe + complément : Tôi học tiếng Việt (« J’apprends le vietnamien »). Le sujet est la personne ou la chose dont on dit ce qu’elle fait. Contrairement au français, le vietnamien peut omettre un pronom quand le contexte suffit :
- Ăn cơm chưa? — « Tu as déjà mangé ? » / formule courante pour prendre des nouvelles.
- Đi đâu đấy? — « Tu vas où ? »
Cette omission ne vient pas d’une terminaison verbale, puisque le verbe ne change pas. Elle repose entièrement sur la situation partagée. Au niveau A1, mieux vaut conserver le pronom dans une phrase isolée et apprendre progressivement les omissions entendues dans de vrais dialogues.
Exemples en contexte
| Vietnamien | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Tôi là người Việt. | Je suis vietnamien / vietnamienne. | tôi est neutre et ne marque pas le sexe. |
| Bạn nói tiếng Anh. | Tu parles anglais. | Pour une personne d’âge proche. |
| Anh ấy sống ở Hà Nội. | Il habite à Hanoï. | ấy marque la troisième personne. |
| Chúng tôi làm việc ở đây. | Nous travaillons ici. | L’interlocuteur ne fait pas partie du groupe. |
| Chúng ta bắt đầu nhé. | Commençons. | Le locuteur inclut son interlocuteur. |
| Em tên là gì? | Comment t’appelles-tu ? | Question adressée à une personne plus jeune. |
| Em cảm ơn chị. | Je vous remercie. | Le plus jeune parle à une femme plus âgée. |
| Chị có khỏe không? | Comment allez-vous ? | On s’adresse à une femme un peu plus âgée. |
| Ông uống trà không ạ? | Voulez-vous du thé, monsieur ? | Adresse respectueuse à un homme âgé ; ạ renforce la politesse. |
| Cô ấy là giáo viên. | Elle est enseignante. | cô ấy désigne ici une femme adulte. |
| Họ đang đợi ở ngoài. | Ils / Elles attendent dehors. | họ ne précise pas le sexe du groupe. |
| Các bạn có câu hỏi không? | Avez-vous des questions ? | Adresse à plusieurs personnes. |
| Mai nói bạn ấy sẽ đến. | Mai dit que cette personne viendra. | bạn ấy peut désigner un homme ou une femme d’âge proche. |
| Con nhớ mẹ. | Tu me manques, maman. | Littéralement : « Moi, ton enfant, je pense à maman. » |
Erreurs courantes
Employer bạn avec toute personne à qui l’on dirait « vous »
- Mal choisi : Bạn khỏe không? — à une dame nettement plus âgée.
- Mieux : Bà khỏe không ạ?
- Pourquoi : le vous français ne donne aucune indication d’âge. En vietnamien, bà reconnaît ici la génération de l’interlocutrice, tandis que ạ ajoute une marque de respect.
Croire que anh et chị signifient toujours « il » et « elle »
- Incorrect dans l’échange : Anh cảm ơn anh — dit par un jeune homme à un homme plus âgé.
- Correct : Em cảm ơn anh.
- Pourquoi : le jeune locuteur se nomme em et appelle l’homme plus âgé anh. Ces mots expriment les deux places dans la relation, pas une personne grammaticale fixe.
Confondre chúng tôi et chúng ta
- Mal choisi : Chúng tôi đi ăn nhé! — si l’on invite l’interlocuteur à venir.
- Correct : Chúng ta đi ăn nhé!
- Pourquoi : chúng tôi exclut la personne à qui l’on parle ; chúng ta l’inclut. Le petit mot nhé transforme ici la phrase en proposition amicale.
Utiliser nó comme un « il/elle » neutre dans tous les cas
- Mal choisi : Nó là giám đốc. — à propos d’une directrice respectée que l’on connaît peu.
- Mieux : Bà ấy là giám đốc. ou Cô ấy là giám đốc., selon son âge et la relation.
- Pourquoi : nó peut convenir pour un enfant, un animal ou dans une relation très familière, mais peut rabaisser un adulte dans un autre contexte.
Calquer une formule française sans vérifier les rôles
- Mal choisi : apprendre tôi–bạn comme une paire valable avec tout le monde.
- Mieux : observer une paire complète, par exemple em–chị, em–anh ou cháu–bà.
- Pourquoi : le vietnamien demande d’identifier simultanément la manière de se nommer et celle de nommer l’autre. Une moitié de la paire ne suffit pas.
Notes d’usage
Le choix initial n’est pas toujours évident, même pour les locuteurs natifs. On peut demander l’âge assez tôt dans une rencontre, non seulement par curiosité, mais pour établir une façon naturelle de s’adresser l’un à l’autre. Dans un contexte où cette question serait déplacée, tôi et un titre professionnel ou un terme respectueux permettent souvent de rester prudent.
Les pronoms peuvent aussi évoluer au cours d’une relation. Deux collègues commencent parfois avec tôi puis adoptent anh–em ou chị–em quand leur âge relatif et leur degré de proximité sont mieux établis. Ce changement ne signifie pas nécessairement une familiarité excessive : il peut au contraire rendre l’échange plus chaleureux et plus naturel.
Le français oppose fortement tu et vous, notamment grâce à la conjugaison. Le vietnamien n’a ni cette opposition exacte ni des terminaisons correspondantes. La politesse résulte d’un ensemble : le pronom, le terme d’adresse, le ton et des particules comme ạ. Traduire chaque forme par « tu » ou « vous » aide à comprendre une phrase, mais ne suffit pas pour choisir la bonne forme dans une nouvelle situation.
Enfin, l’usage varie selon les familles, les régions, les milieux professionnels et les individus. Les tableaux donnent des repères fiables, pas un calcul automatique fondé uniquement sur l’âge apparent. Quand un interlocuteur se désigne lui-même par un terme ou emploie un terme pour vous, ce choix constitue souvent le meilleur modèle à reprendre.
Au-delà des bases : usages avancés
Cette partie n’est pas à maîtriser dès le niveau A1, mais elle explique des formes que l’on rencontre rapidement.
Dans des relations proches, d’autres paires apparaissent. Mình peut signifier « soi-même », « je » dans un ton doux, ou « nous » selon le contexte ; entre partenaires, mình peut même servir à appeler l’autre avec affection. Tớ–cậu est une paire familière entre amis, particulièrement associée à l’usage du Nord. Tao–mày exprime une très grande intimité dans certains groupes, mais devient facilement agressif ou insultant. Un apprenant ne devrait pas employer cette dernière paire simplement parce qu’il l’entend dans une série.
À l’oral familier, on rencontre aussi tụi mình, tụi tôi ou bọn mình pour différents « nous ». Leur fréquence et leur couleur varient selon les régions et les groupes. La distinction fondamentale reste celle entre groupe inclusif et exclusif, mais le registre devient plus relâché que celui de chúng ta et chúng tôi.
La troisième personne peut être formulée avec un nom, un titre ou une relation plutôt qu’avec un pronom général : thầy pour un enseignant, bác sĩ pour un médecin, ou le prénom de la personne. Il arrive même qu’un locuteur parle de lui-même par son prénom. Ce procédé, naturel dans certains rapports familiaux ou affectifs, semblerait enfantin ou théâtral s’il était calqué directement en français.
Les pronoms ne codent donc pas seulement la grammaire. Ils accomplissent une action sociale : montrer du respect, créer de la proximité, rappeler une hiérarchie ou, parfois, manifester un conflit. À un niveau avancé, le véritable objectif n’est plus de trouver « le mot vietnamien pour je », mais de comprendre ce que chaque choix dit de la relation à ce moment précis.
Conseils de pratique
- Apprenez des paires avec une scène. Dessinez deux personnes et notez dans les deux sens : jeune homme em ↔ homme un peu plus âgé anh. Puis créez deux phrases, une prononcée par chacun. Cette méthode évite de mémoriser anh = il ou em = tu.
- Entraînez l’inclusion. Imaginez cinq situations avec « nous » : inviter un ami, parler au nom de votre entreprise, proposer une activité au groupe. Décidez chaque fois si l’interlocuteur est inclus, puis choisissez chúng ta ou chúng tôi.
- Écoutez avant d’imiter. Dans un dialogue, relevez qui dit tôi, em, anh, chị et à qui. Notez l’âge approximatif, la relation et l’évolution éventuelle des formes. Reprenez les choix proposés par un interlocuteur natif plutôt que de deviner à partir du français.
Concepts associés
- Pour construire des phrases : Là (« être ») — permet d’indiquer une identité avec un pronom.
- Pour parler de possession et d’existence : Có (« avoir », « il y a ») — s’emploie sans conjugaison après le sujet.
- Étape suivante : Structure verbale de base — développe l’ordre sujet-verbe-complément et les marqueurs temporels.
- Approfondissement essentiel : Termes d’adresse issus de la parenté — détaille le système de anh, chị, em, cô, chú et d’autres relations.
- Étape suivante : La possession — pour former sách của tôi (« mon livre ») et des structures proches.
- Plus tard : Formes réfléchies et réciproques — pour exprimer « soi-même » et « l’un l’autre ».
- Niveau avancé : Le vietnamien formel — approfondit les choix de registre dans les échanges officiels.
- Niveau avancé : Le vietnamien familier et l’argot — aide à reconnaître les formes familières sans les employer hors contexte.
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