A1

L’alphabet vietnamien (*chữ Quốc ngữ*)

Chữ Quốc Ngữ

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de vietnamien sur Settemila Lingue.

En bref

Le vietnamien moderne s’écrit avec un alphabet latin de 29 lettres, mais plusieurs lettres munies d’un signe — ă, â, ê, ô, ơ, ư, đ — sont des lettres à part entière. À ces lettres s’ajoutent cinq signes de ton : avec le ton sans marque, ils permettent de noter les six tons du vietnamien. Il faut donc conserver chaque accent, car a, ă, â, á et à ne sont pas des variantes décoratives d’une même lettre.

Vue d’ensemble

L’écriture nationale vietnamienne porte le nom de chữ Quốc ngữ, souvent abrégé en Quốc ngữ. Elle utilise des caractères familiers à un francophone, mais le rapport entre lettres et sons n’est pas celui du français. Une lettre connue peut avoir une autre valeur, et un signe ajouté à une voyelle peut soit créer une autre voyelle, soit indiquer le ton de toute la syllabe.

C’est l’une des premières notions du niveau A1 : bien reconnaître les lettres permet de chercher un mot dans un dictionnaire, de saisir un nom sur un clavier et surtout de ne pas confondre des mots qui ne diffèrent que par un signe. L’orthographe vietnamienne fournit beaucoup d’informations sur la prononciation, mais elle ne la rend pas entièrement automatique. La réalisation exacte de plusieurs consonnes et de certains tons varie notamment entre le Nord, le Centre et le Sud.

Pour commencer, retenez trois idées : le vietnamien a son propre inventaire de 29 lettres ; les signes de forme vocalique et les signes de ton n’ont pas la même fonction ; enfin, l’écriture sépare généralement les syllabes par des espaces, même lorsqu’elles appartiennent à un seul mot composé.

Fonctionnement

Les 29 lettres

Voici l’ordre alphabétique vietnamien :

Majuscule Minuscule Repère essentiel
A a voyelle
Ă ă voyelle distincte, généralement brève
 â voyelle distincte
B b consonne
C c consonne
D d consonne ; prononciation régionale
Đ đ consonne distincte de d
E e voyelle
Ê ê voyelle distincte
G g consonne
H h consonne
I i voyelle
K k consonne
L l consonne
M m consonne
N n consonne
O o voyelle
Ô ô voyelle distincte
Ơ ơ voyelle distincte
P p consonne
Q q employé normalement dans qu
R r consonne ; prononciation régionale
S s consonne ; prononciation régionale
T t consonne
U u voyelle
Ư ư voyelle distincte
V v consonne ; prononciation régionale
X x consonne
Y y voyelle, souvent proche de i

Les lettres f, j, w et z ne font pas partie de cet alphabet traditionnel. On peut néanmoins les rencontrer dans des sigles, des marques, des noms étrangers, des termes scientifiques ou des usages numériques. Leur présence dans un texte ne modifie donc pas le nombre conventionnel de lettres vietnamiennes.

L’ordre alphabétique compte réellement les lettres modifiées. Par exemple, ă vient après a, et đ après d. Pour classer des mots ou utiliser un dictionnaire, il ne faut pas traiter ă comme un simple a accentué.

Les douze voyelles écrites

Le système de base comprend a, ă, â, e, ê, i, o, ô, ơ, u, ư, y. Un phonème est un son qui peut servir à distinguer des mots ; plusieurs de ces lettres représentent donc des phonèmes différents, et non des graphies interchangeables.

Série Ce qu’il faut distinguer Repère pour un francophone
a – ă – â trois voyelles différentes ă est généralement plus bref que a ; â ne se lit pas comme a français
e – ê deux voyelles différentes ê est en général plus fermé que e
o – ô – ơ trois voyelles différentes ơ se produit sans arrondir les lèvres comme pour o
u – ư deux voyelles différentes ư n’est ni le u de tu ni le ou de vous
i – y souvent le même son de base le choix dépend du mot et des conventions orthographiques

Les comparaisons avec le français ne sont que des points de départ. Il vaut mieux apprendre chaque voyelle avec un enregistrement et un mot modèle que chercher une équivalence parfaite. Les combinaisons comme ai, ao, ia, iê, ua, uô, ưa, ươ, oai ou ươi demandent ensuite un travail spécifique sur le système vocalique.

Deux familles de signes à ne pas confondre

Le vietnamien superpose parfois deux informations sur une même voyelle.

  1. Le signe fait partie de la lettre : la brève de ă, le circonflexe de â, ê, ô, ou la corne de ơ, ư. Il indique quelle voyelle est écrite.
  2. Le signe indique le ton : accent grave, accent aigu, crochet au-dessus, tilde ou point souscrit. Il indique la mélodie et parfois la qualité de voix de toute la syllabe.

Ainsi, dans , la corne appartient à la lettre ơ, tandis que le crochet au-dessus note le ton hỏi. Dans , la corne forme ư et le point placé sous la lettre note le ton nặng. Un caractère peut donc cumuler les deux sortes de signes sans être « doublement accentué » au sens du français.

Les six tons dans l’écriture

Le ton est le mouvement ou le niveau de la voix porté par une syllabe. Il peut changer le sens du mot. Le tableau suivant montre les six possibilités sur la voyelle a ; la prononciation précise dépend de la variété régionale.

Nom vietnamien Forme Signe écrit Repère général
ngang a aucun ton non marqué
huyền à accent grave souvent descendant
sắc á accent aigu souvent montant
hỏi crochet au-dessus contour variable selon la région
ngã ã tilde souvent montant avec une interruption de voix au Nord
nặng point souscrit souvent bas, bref ou resserré

Ces repères ne remplacent pas l’écoute. En particulier, les tons hỏi et ngã sont couramment distingués dans une prononciation du Nord, mais peuvent se rapprocher ou se confondre dans plusieurs variétés du Sud. L’orthographe, elle, maintient toujours la distinction.

Où placer le signe de ton

Une syllabe n’a qu’un ton, même si son noyau vocalique — la partie construite autour de la ou des voyelles — contient plusieurs lettres. Le signe de ton apparaît alors sur la voyelle principale : chào, muốn, tiếng, người, ngoài.

Pour débuter, le plus sûr est de mémoriser le mot avec son signe plutôt que d’essayer de reconstruire toutes les règles de placement. Quelques repères sont néanmoins utiles :

  • sur une voyelle unique, le choix est direct : má, mẹ, ngủ ;
  • si le groupe contient ê ou ơ, le signe se place souvent sur cette lettre : tiếng, muốn, người ;
  • dans un groupe de trois voyelles, il se trouve normalement sur la voyelle centrale du noyau : chuối, ngoài ;
  • dans qu et gi, le u ou le i peut participer à l’écriture de la consonne initiale : on écrit donc quả, già, et non une marque sur la première lettre du groupe.

Certaines habitudes typographiques anciennes et modernes diffèrent dans des groupes comme oa, oe, uy. Vous pourrez donc rencontrer, par exemple, hòa et hoà. Cette variation de placement ne crée pas deux tons : dans tous les cas, il faut identifier le mot et suivre une convention cohérente.

Consonnes simples et groupes de lettres

La lettre đ est fondamentale. Elle note une consonne proche d’un d prononcé avec une articulation vietnamienne, tandis que d a d’autres prononciations selon la région. Écrire d à la place de đ peut donc produire un autre mot ou une forme inexistante.

Plusieurs sons sont représentés par deux ou trois lettres : ch, gh, gi, kh, ng, ngh, nh, ph, qu, th, tr. Ce sont des digrammes ou trigrammes, c’est-à-dire des groupes de deux ou trois lettres servant ensemble dans l’orthographe ; ils ne sont pas ajoutés aux 29 lettres de l’alphabet.

Certaines alternances dépendent de la voyelle suivante :

Son ou groupe Avant e, ê, i Dans les autres contextes Exemples
son initial de type /k/ k c, ou qu selon le mot kẹo, cá, quê
g gh g ghế, gà
ng ngh ng nghe, nhà

Ces choix sont orthographiques : gh et g, ou ngh et ng, ne signalent pas à eux seuls deux prononciations opposées. Ils permettent notamment de garder une lecture stable devant différentes voyelles.

Espaces, syllabes et majuscules

En vietnamien, un espace sépare habituellement les syllabes, c’est-à-dire les unités rythmiques prononcées en un seul élan, et pas nécessairement les mots au sens français. Việt Nam forme un nom propre en deux syllabes ; cảm ơn constitue une expression en deux syllabes. Ne concluez donc pas que chaque élément séparé correspond toujours à un mot français autonome.

La majuscule s’emploie au début d’une phrase et dans les noms propres. Dans Việt Nam, les deux éléments du nom du pays prennent une majuscule. Les signes restent présents sur les capitales : Đ, Ă, Ư, Ế sont des caractères normaux, et non des solutions facultatives.

Exemples en contexte

Vietnamien Français Point à observer
xin chào [sin tɕàːo] bonjour chào porte le ton huyền ; la transcription phonétique est approximative et régionale
cảm ơn [kǎːm ɤːn] merci combine la voyelle a et le ton hỏi ; ơ est une lettre distincte
Việt Nam Vietnam deux syllabes séparées ; majuscules et point souscrit conservés
đ la lettre đ elle est distincte de d et note un son de type /d/ vietnamien
Tôi tên là Lan. Je m’appelle Lan. ô est une lettre ; Tôi porte en plus le ton ngang, donc aucun signe tonal
Bạn khỏe không? Comment allez-vous ? kh est un groupe de consonnes ; porte le ton hỏi
Tôi ở Hà Nội. J’habite à Hanoï. cumule la corne de ơ et le crochet du ton hỏi
Đây là nhà tôi. Voici ma maison. ne pas remplacer le Đ initial par D
Tôi muốn uống nước. Je veux boire de l’eau. les signes se placent sur la voyelle principale des groupes et ươ
Cô ấy nghe tiếng Việt. Elle entend le vietnamien. ngh s’écrit devant e ; tiếng porte le ton sur ê
Quả này rất ngon. Ce fruit est très bon. dans quả, le signe tonal se place sur a, pas sur u
Ngoài trời mưa. Il pleut dehors. dans ngoài, le signe tonal apparaît au cœur du groupe vocalique

Les indications entre crochets des deux premiers exemples donnent seulement une orientation phonétique. Elles ne représentent pas toutes les prononciations régionales possibles.

Erreurs fréquentes

1. Supprimer les signes comme s’ils étaient facultatifs

  • Incorrect : cam on
  • Correct : cảm ơn
  • Pourquoi : enlever les signes efface à la fois l’identité de certaines voyelles et les tons. Un lecteur peut parfois deviner grâce au contexte, mais la forme standard exige cảm ơn.

2. Confondre d et đ

  • Incorrect : Day là nhà tôi.
  • Correct : Đây là nhà tôi.
  • Pourquoi : d et đ sont deux lettres différentes. La barre de đ n’est ni une fantaisie typographique ni un accent que l’on peut omettre.

3. Traiter ă, â, ê, ô, ơ, ư comme des lettres ordinaires accentuées

  • Incorrect : remplacer nước par nuoc ou nôc
  • Correct : nước
  • Pourquoi : la corne de ư et celle de ơ identifient les voyelles ; l’accent aigu indique ensuite le ton. Modifier l’un des signes change l’orthographe et souvent le mot.

4. Appliquer les valeurs phonétiques françaises

  • Incorrect : prononcer phở exactement comme si l’on lisait les lettres d’un mot français.
  • Correct : apprendre ensemble la forme phở, son enregistrement et son ton.
  • Pourquoi : ph, ơ et le ton hỏi obéissent au système vietnamien. La ressemblance graphique avec le français ne garantit pas une ressemblance sonore.

5. Mettre le ton sur la première voyelle visible

  • Incorrect : qủa, ngừơi
  • Correct : quả, người
  • Pourquoi : la marque se place sur la voyelle principale du noyau, pas automatiquement sur la première voyelle écrite. Dans qu, le u fait partie de l’initiale orthographique.

6. Coller toutes les syllabes d’un même mot

  • Incorrect : ViệtNam, cảmơn
  • Correct : Việt Nam, cảm ơn
  • Pourquoi : l’écriture vietnamienne sépare normalement les syllabes, y compris à l’intérieur de nombreux noms et expressions qui correspondent à une seule idée en français.

Notes d’usage

Dans les messages rapides, certaines personnes omettent les signes lorsqu’un clavier adapté n’est pas disponible. Cette pratique informelle ne constitue pas un bon modèle d’apprentissage : les ambiguïtés augmentent vite, et une orthographe sans tons paraît négligée dans un texte soigné. Il est préférable d’installer dès le début une méthode de saisie vietnamienne.

Les systèmes de clavier les plus répandus, notamment Telex et VNI, produisent les mêmes caractères finaux mais utilisent des séquences de touches différentes. Le choix dépend de vos habitudes ; l’objectif est de pouvoir taper facilement ă, â, đ, ê, ô, ơ, ư et les cinq marques tonales. Après la saisie, relisez particulièrement les groupes vocaliques, car un signe de ton peut avoir été posé sur la mauvaise lettre.

L’orthographe est largement commune aux régions, tandis que la prononciation varie. Par exemple, d, gi, r, s, x, tr et ch ne présentent pas partout les mêmes oppositions. À l’A1, choisissez une variété de référence pour l’écoute et la prononciation, mais gardez l’orthographe standard : elle vous permettra de reconnaître les mots de toutes les régions.

Pour aller plus loin

Vous n’avez pas besoin de maîtriser tous ces détails dès maintenant, mais vous les rencontrerez plus tard. L’écriture vietnamienne est assez régulière à l’échelle de la syllabe : la consonne initiale, le noyau vocalique, une éventuelle consonne finale et le ton forment un ensemble. Cependant, une même lettre finale peut avoir une réalisation différente selon le contexte, et des voyelles proches sur la page demandent des positions de langue et de lèvres très précises.

Le choix entre i et y n’est pas toujours prévisible à partir du son seul. On trouve des conventions lexicales et des préférences graphiques, parfois avec des variantes admises dans certains mots ou noms. Pour produire un écrit fiable, mémorisez donc la graphie rencontrée dans un dictionnaire plutôt que de décider uniquement à l’oreille.

Les différences régionales n’annulent pas les distinctions orthographiques. Deux mots écrits avec hỏi et ngã peuvent être prononcés de manière très proche par certains locuteurs du Sud, tout en restant distincts à l’écrit. De même, des consonnes que certains accents rapprochent continuent d’avoir des graphies différentes. À un niveau avancé, cette séparation entre norme écrite et systèmes sonores régionaux devient essentielle pour comprendre les différences entre le Nord et le Sud.

Enfin, l’alphabet latin ne signifie pas que l’histoire écrite du vietnamien se limite au Quốc ngữ. Des systèmes plus anciens, dont le chữ Nôm, appartiennent à l’histoire culturelle et littéraire de la langue. Ils ne sont toutefois pas nécessaires pour lire et écrire le vietnamien courant moderne.

Conseils pratiques

  1. Apprenez par séries contrastées. Écrivez et écoutez a–ă–â, e–ê, o–ô–ơ et u–ư. Prononcez chaque série lentement devant un miroir pour surveiller l’arrondissement des lèvres, puis associez chaque lettre à un mot réel.
  2. Copiez le mot entier, signes compris. Ne mémorisez jamais une base comme cam on avec l’idée d’ajouter les accents plus tard. Une bonne fiche porte directement cảm ơn, avec un enregistrement de la variété régionale que vous étudiez.
  3. Faites une dictée en deux passages. Au premier passage, notez les consonnes et les voyelles ; au second, vérifiez les tons. Comparez ensuite caractère par caractère, notamment d/đ, o/ô/ơ et u/ư.

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