B2

Les pronoms *den*, *det* et *de* en norvégien

Pronomenreferanser

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de norvégien sur Settemila Lingue.

En bref

Pour reprendre un nom déjà mentionné, le bokmål emploie den avec un nom singulier de genre commun, det avec un nom singulier neutre et de avec un pluriel. Det peut aussi reprendre une situation entière ou n’avoir aucun référent précis, notamment dans Det regner (« Il pleut ») et dans les phrases clivées comme Det var Kari som ringte (« C’est Kari qui a appelé »).

Vue d’ensemble

Les pronoms den, det et de permettent d’éviter de répéter un nom. On parle de référence anaphorique, c’est-à-dire qu’un mot renvoie à quelque chose qui vient d’être mentionné ou qui est déjà clair dans la conversation. Ainsi, après filmen (« le film »), on dit den ; après huset (« la maison »), det ; après barna (« les enfants »), de.

À partir du niveau B2, il ne suffit plus de mémoriser cette correspondance. Il faut aussi distinguer le det référentiel, qui représente une chose, un fait ou une proposition, du det impersonnel, qui sert seulement à remplir la place grammaticale du sujet. Il faut enfin reconnaître les constructions de mise en relief, appelées phrases clivées : la phrase est organisée en deux parties pour attirer l’attention sur un élément.

Pour un francophone, den et det ressemblent parfois à « il », « elle », « le », « la », « ce » ou « ça », mais il n’existe pas de correspondance unique. Le norvégien choisit souvent le pronom d’après le genre grammatical du nom repris, tandis que det couvre aussi de nombreux emplois rendus en français par « ce », « cela » ou un « il » impersonnel.

Fonctionnement

Reprendre un nom au singulier ou au pluriel

Un nom est un mot qui désigne, par exemple, une personne, un objet, un lieu ou une idée. En bokmål, les noms singuliers appartiennent au genre commun — masculin ou féminin dans le système à deux genres — ou au neutre. Le pronom reprend ce genre grammatical.

Nom repris Nombre et genre Pronom sujet Pronom complément Exemple bref
en film / filmen singulier, genre commun den den Filmen? Den var god.
ei bok / boka singulier, féminin den den Boka? Jeg har lest den.
et hus / huset singulier, neutre det det Huset? Det er gammelt.
barn / barna pluriel de dem Barna? De er ute. Jeg ser dem.

Den et det ont la même forme comme sujet et comme complément. Un complément est ici ce qui reçoit ou subit l’action : dans Jeg kjøpte den (« Je l’ai acheté »), den est ce qui a été acheté. Au pluriel, le bokmål écrit normalement de comme sujet, mais dem comme complément : De kommer (« Ils viennent »), jeg kjenner dem (« je les connais »).

Le genre dépend du mot norvégien, pas du mot français. Et bord (« une table ») est neutre : on le reprend donc par det, malgré le féminin de « table » en français. Inversement, en bok ou ei bok (« un livre ») se reprend par den.

Avec un adjectif placé après være (« être »), l’adjectif s’accorde généralement avec ce que représente le pronom :

Référent Structure Sens
bilen Den er dyr. Elle est chère.
huset Det er dyrt. Elle est chère. / Il est cher.
bilene De er dyre. Elles sont chères.

La traduction française varie selon le nom, mais les formes norvégiennes restent commandées par bilen, huset et bilene.

Reprendre une idée, un fait ou toute une phrase

Quand le référent n’est pas un nom précis, mais une déclaration, une situation ou quelque chose que l’on montre, le norvégien emploie généralement det :

  • Hun har sagt opp. Det visste jeg ikke. — « Elle a démissionné. Je ne le savais pas. »
  • Det var hyggelig å høre. — « Cela m’a fait plaisir de l’apprendre. »
  • Hva er det? — « Qu’est-ce que c’est ? »

Dans Det vet jeg ikke, det est placé au début pour en faire le thème : « Cela, je ne le sais pas. » Comme le norvégien suit la règle du verbe en deuxième position dans une proposition principale, vet vient immédiatement après det, puis le sujet jeg. Dire Det jeg vet ikke reproduirait à tort l’ordre français.

Det peut aussi être suivi d’une proposition relative, c’est-à-dire d’un groupe de mots qui précise ce dont on parle :

  • Det som skjedde, var alvorlig. — « Ce qui s’est passé était grave. » Ici, som est le sujet de skjedde et doit être exprimé.
  • Det jeg mener, er at vi må vente. — « Ce que je veux dire, c’est que nous devons attendre. » Ici, l’élément repris est le complément de mener ; som peut donc être omis.

Le sujet impersonnel det

Certaines phrases norvégiennes exigent un sujet grammatical même si personne ni aucun objet précis n’accomplit l’action. Det occupe alors cette place. Il ne reprend pas un nom : on parle de sujet impersonnel ou vide.

On le trouve notamment :

  • avec la météo et les conditions ambiantes : Det regner, Det er kaldt, Det blir mørkt ;
  • devant un infinitif qui porte le véritable contenu : Det er viktig å øve (« Il est important de s’entraîner ») ;
  • devant une proposition introduite par at : Det er mulig at hun kommer (« Il est possible qu’elle vienne ») ;
  • dans une construction de présentation : Det står en bil utenfor (« Il y a une voiture garée dehors »), Det kom mange gjester (« Beaucoup d’invités sont arrivés ») ;
  • avec finnes : Det finnes flere løsninger (« Il existe plusieurs solutions »).

Le français utilise lui aussi des sujets impersonnels, mais pas toujours dans les mêmes structures. Det finnes correspond souvent à « il existe » ou « il y a », et non à une traduction mot à mot de det.

La phrase clivée avec det er … som

Une phrase clivée met un élément en relief. La structure la plus courante est :

Det + forme de være + élément mis en relief + proposition qui l’identifie

Comparez :

  • Kari ringte i går. — « Kari a appelé hier. » Information neutre.
  • Det var Kari som ringte i går. — « C’est Kari qui a appelé hier. » On insiste sur Kari.
  • Det var i går Kari ringte. — « C’est hier que Kari a appelé. » On insiste sur le moment.

Le temps de være situe souvent la mise en relief : Det er Ola som lager maten (« C’est Ola qui prépare le repas »), Det var Ola som laget maten (« C’était Ola qui avait préparé le repas »). La suite de la phrase conserve le sens principal.

Dans Det er det jeg mener, les deux det n’ont pas exactement le même rôle. Le premier introduit la construction d’identification ; le second signifie « ce/cela » et renvoie au contenu dont on parle : « C’est cela que je veux dire. »

Exemples en contexte

Norvégien Français Point à observer
Filmen? Den var god. Le film ? Il était bon. Filmen est de genre commun.
Har du sett boka? Jeg lånte den i går. As-tu vu le livre ? Je l’ai emprunté hier. Den est complément et reprend boka.
Hvor er passet? Det ligger i veska. Où est le passeport ? Il est dans le sac. Passet est neutre.
Jeg liker dette bordet, men det er for dyrt. J’aime cette table, mais elle est trop chère. Det et dyrt s’accordent avec bordet.
Barna? De leker ute. Les enfants ? Ils jouent dehors. De reprend un pluriel.
Jeg møtte naboene og snakket lenge med dem. J’ai rencontré les voisins et j’ai longuement parlé avec eux. Dem, et non de, est complément de med.
Toget er forsinket. Det skjer ofte om vinteren. Le train est en retard. Cela arrive souvent en hiver. Det reprend toute la situation.
Det vet jeg ikke. Cela, je ne le sais pas. Élément thématisé, puis verbe en deuxième position.
Det som bekymrer meg, er prisen. Ce qui m’inquiète, c’est le prix. Som est sujet de bekymrer.
Det jeg trenger, er litt tid. Ce dont j’ai besoin, c’est d’un peu de temps. Le relatif complément n’est pas exprimé.
Det regner fortsatt. Il pleut encore. Det est un sujet impersonnel.
Det er vanskelig å forklare forskjellen. Il est difficile d’expliquer la différence. L’infinitif apporte le contenu réel.
Det står noen ved døra. Il y a quelqu’un à la porte. Construction de présentation.
Det var Mari som fant nøklene. C’est Mari qui a trouvé les clés. La personne est mise en relief.
Det er det jeg mener. C’est ce que je veux dire. Premier det introducteur, second det référentiel.

Erreurs fréquentes

Choisir le pronom d’après le genre français

  • Erreur : Bordet? Den er gammel.
  • Correction : Bordet? Det er gammelt.
  • Pourquoi : Et bord est neutre en norvégien. Il faut donc det et la forme neutre gammelt, même si « table » est féminin en français.

Employer det pour tout nom inanimé

  • Erreur : Bilen er ny. Det er veldig dyrt.
  • Correction : Bilen er ny. Den er veldig dyr.
  • Pourquoi : Det ne signifie pas simplement « chose ». Lorsqu’il reprend un nom précis, il en suit le genre ; en bil demande den.

Écrire de comme complément pluriel

  • Erreur : Jeg så de på stasjonen.
  • Correction : Jeg så dem på stasjonen.
  • Pourquoi : En bokmål standard, de est la forme sujet et dem la forme complément : De så meg, mais jeg så dem.

Oublier l’inversion après un det placé en tête

  • Erreur : Det jeg forstår ikke.
  • Correction : Det forstår jeg ikke.
  • Pourquoi : Dans cette phrase principale, det occupe la première place et le verbe conjugué doit venir en deuxième position. Attention : Det jeg ikke forstår, er hvorfor han dro est une autre structure, où jeg ikke forstår appartient à une proposition relative.

Supprimer le sujet impersonnel

  • Erreur : Er kaldt i dag.
  • Correction : Det er kaldt i dag.
  • Pourquoi : Contrairement au français familier qui peut parfois tronquer une phrase, le norvégien exige ici le sujet formel det.

Confondre reprise et répétition détachée

  • Forme lourde : Filmen, den var god dans un texte neutre.
  • Forme neutre : Filmen var god ou Jeg så filmen. Den var god.
  • Pourquoi : La reprise nom + pronom dans la même proposition existe à l’oral pour poser un thème ou créer un contraste, mais elle est marquée. Il ne faut pas l’ajouter automatiquement à chaque sujet.

Notes d’usage

Dans la langue parlée, la distinction entre de et dem varie selon les dialectes et les locuteurs. Certaines variétés utilisent une même forme dans les deux fonctions. Pour un texte en bokmål soigné, la distinction de sujet / dem complément reste le choix sûr. De se prononce traditionnellement comme di dans la norme orale, même si les réalisations régionales sont nombreuses.

La majuscule change parfois l’interprétation. De a servi, et sert encore dans quelques contextes très formels ou anciens, de pronom de politesse singulier ou pluriel. Dans l’usage contemporain, cet emploi est rare ; un de minuscule désigne normalement « ils/elles ».

Pour parler d’une personne singulière, on emploie d’ordinaire han, hun ou le pronom non genré hen, selon la personne et le contexte. Traiter une personne comme den ou det peut paraître déshumanisant. De, en revanche, reprend naturellement plusieurs personnes.

Enfin, den, det et de peuvent être démonstratifs, c’est-à-dire servir à montrer ou à opposer : Jeg tar den (« Je prends celui-là / celle-là »), Det huset er gammelt (« Cette maison-là est ancienne »), de bøkene (« ces livres-là »). L’accent de la voix et le contexte permettent souvent de distinguer la simple reprise (« il/elle/ils ») de la valeur démonstrative (« celui-là/celle-là/ceux-là »).

Pour aller plus loin

Référentiel ou impersonnel ?

Un moyen pratique de les distinguer consiste à demander ce que det remplace. Dans Jeg hørte nyheten. Det overrasket meg, on peut répondre : det représente nyheten ou le fait annoncé ; il est référentiel. Dans Det regner, aucune chose ne pleut : det est seulement le sujet grammatical.

La frontière peut toutefois dépendre de l’analyse et du contexte. Dans Det er fint at du kommer, det annonce la proposition at du kommer. On peut l’appeler « anticipateur » : il occupe d’abord la place du sujet, tandis que le contenu évalué arrive après. Pour bien employer la construction, il n’est pas nécessaire de trancher l’étiquette ; retenez le modèle Det er + adjectif + infinitif/proposition.

Det som et det … som

Ces deux suites se ressemblent mais ne font pas le même travail :

  • det som + verbe signifie souvent « ce qui » : Det som teller, er innsatsen (« Ce qui compte, c’est l’effort ») ;
  • det er X som + verbe met X en relief : Det er innsatsen som teller (« C’est l’effort qui compte »).

Ce contraste est utile à l’écrit comme à l’oral. Le premier groupe transforme une idée en sujet de la phrase ; le second corrige, identifie ou oppose une information.

La mise en relief et le contexte

La phrase clivée n’est pas une simple variante décorative. Elle répond souvent à une question implicite ou rectifie une supposition :

  • Var det Per som ringte? — Nei, det var Anne som ringte.
  • « C’est Per qui a appelé ? — Non, c’est Anne qui a appelé. »

Dans un récit, trop de phrases clivées rendent le style insistant. Utilisez-les lorsqu’un contraste est réellement pertinent : qui a agi, quand, où ou pourquoi.

Conseils pour s’entraîner

  1. Travaillez par familles de noms. Notez cinq groupes comme bilen — den, boka — den, huset — det, barna — de/dem. Ajoutez une phrase avec un adjectif pour vérifier aussi l’accord : Huset er gammelt. Det er gammelt.
  2. Classez les occurrences de det. En écoutant un dialogue ou en lisant un article, marquez chaque det comme « nom », « idée entière », « impersonnel » ou « mise en relief ». Cette activité développe plus vite le bon réflexe qu’une traduction mot à mot.
  3. Transformez une phrase neutre. À partir de Sara kjøpte bilen på mandag, créez Det var Sara som kjøpte bilen puis Det var på mandag Sara kjøpte bilen. Dites à voix haute ce qui est corrigé ou contrasté dans chaque version.

Notions associées

  • Prérequis : Les pronoms personnels — pour revoir les formes de sujet et comprendre la différence entre une personne grammaticale et la reprise d’un nom.

Prérequis

Les pronoms personnels en norvégienA1

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