Les possessifs en norvégien
Eiendomspronomen
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de norvégien sur Settemila Lingue.
En bref
Le possessif norvégien s’accorde généralement avec ce qui est possédé : min bil « ma voiture », mitt hus « ma maison », mine bøker « mes livres ». Dans l’ordre le plus courant, il vient après un nom à la forme définie : bilen min, huset mitt, bøkene mine. À la troisième personne, sin/si/sitt/sine renvoie au sujet de la proposition, tandis que hans, hennes et deres renvoient à quelqu’un d’autre ou précisent le possesseur.
Vue d’ensemble
Un possessif indique à qui appartient ou se rattache une personne, une chose ou une idée : « mon appartement », « ta sœur », « nos projets ». Le nom est le mot qui désigne cette personne, cette chose ou cette idée. En norvégien, plusieurs possessifs changent selon le genre grammatical du nom — masculin, féminin ou neutre — et selon qu’il est au singulier ou au pluriel.
Ce point apparaît dès le niveau A1, juste après le genre des noms. La logique rappelle en partie le français : on dit « mon livre », « ma voiture », « mes clés » selon ce qui est possédé. Il faut toutefois prendre deux habitudes nouvelles. D’une part, le norvégien place très souvent le possessif après le nom. D’autre part, il distingue hans bok « son livre à lui » de boka si « son propre livre », lorsque le possesseur est le sujet.
Les exemples de cet article suivent principalement le bokmål, l’une des deux normes écrites du norvégien. Le féminin y est parfois traité comme un masculin commun : on peut ainsi rencontrer boka mi ou boken min. Les deux systèmes sont corrects, à condition de garder des formes cohérentes.
Comment ça fonctionne
Les formes de base
Les formes variables s’accordent avec le nom possédé, et non avec le genre naturel de la personne qui possède.
| Possesseur | Masculin | Féminin | Neutre | Pluriel | Sens principal |
|---|---|---|---|---|---|
| jeg | min | mi | mitt | mine | mon, ma, mes |
| du | din | di | ditt | dine | ton, ta, tes |
| han | hans | hans | hans | hans | son, sa, ses à lui |
| hun | hennes | hennes | hennes | hennes | son, sa, ses à elle |
| den/det | dens/dets | dens/dets | dens/dets | dens/dets | son, sa, ses d’une chose |
| vi | vår | vår | vårt | våre | notre, nos |
| dere | deres | deres | deres | deres | votre, vos |
| de | deres | deres | deres | deres | leur, leurs |
Comparez les quatre formes de la première personne :
- min bil — ma voiture ; bil est masculin ;
- mi bok — mon livre ; bok est ici traité comme féminin ;
- mitt hus — ma maison ; hus est neutre ;
- mine bøker — mes livres ; le nom est au pluriel.
Hans, hennes et deres sont invariables : hans bil, hans hus, hans bøker. Ils renseignent sur le possesseur, pas sur le genre du nom possédé. Ainsi, hennes bil est « sa voiture à elle », quel que soit le genre grammatical de bil.
Après le nom : la construction la plus courante
Dans la langue quotidienne, le schéma habituel est :
nom à la forme définie + possessif
La forme définie est la forme qui correspond à « le, la, les » et qui porte normalement un suffixe en norvégien : bil devient bilen, hus devient huset.
| Forme de base | Forme possessive courante | Traduction |
|---|---|---|
| en bil | bilen min | ma voiture |
| ei bok | boka di | ton livre |
| et hus | huset vårt | notre maison |
| barn | barna deres | leurs enfants / vos enfants |
Il ne faut donc pas juxtaposer le nom non défini et le possessif après celui-ci. On dit huset mitt, et non hus mitt dans la langue courante moderne.
Avant le nom : contraste ou mise en relief
Le possessif peut aussi précéder le nom. Le nom reste alors à la forme non définie :
possessif + nom non défini
- min bil — ma voiture ;
- mitt hus — ma maison ;
- våre barn — nos enfants.
Cette place est parfaitement grammaticale. Elle attire souvent davantage l’attention sur le possesseur, notamment pour corriger ou opposer : Det er min jakke, ikke din « C’est ma veste, pas la tienne ». Elle est également plus fréquente dans certains styles écrits ou expressions figées. Toutefois, une phrase neutre de conversation sonne souvent plus naturelle avec jakka mi.
Les deux constructions ne se mélangent pas :
- bilen min : nom défini, possessif après le nom ;
- min bil : possessif avant le nom, nom non défini.
Les formes féminines et le bokmål
Le bokmål permet deux traitements pour de nombreux noms féminins. Avec bok, on peut employer :
- le féminin : ei bok, boka mi, di bok ;
- le masculin commun : en bok, boken min, din bok.
Le choix peut dépendre de la région, du style et des habitudes personnelles. Pour apprendre efficacement, mémorisez chaque nom avec son article et réutilisez la même série de formes. Évitez par exemple de commencer avec ei bok puis de produire mécaniquement boken mi : ce mélange est peu cohérent.
« Son propre » : sin, si, sitt, sine
Le possessif réfléchi renvoie au sujet, c’est-à-dire à la personne ou à la chose qui accomplit l’action dans la proposition. Il n’existe qu’à la troisième personne.
| Nom possédé | Forme | Exemple | Sens |
|---|---|---|---|
| masculin | sin | Han vasker bilen sin. | Il lave sa propre voiture. |
| féminin | si | Hun leser boka si. | Elle lit son propre livre. |
| neutre | sitt | Barnet finner rommet sitt. | L’enfant retrouve sa chambre. |
| pluriel | sine | De besøker vennene sine. | Ils rendent visite à leurs propres amis. |
La différence est essentielle :
- Erik besøker broren sin. — Erik rend visite à son propre frère ;
- Erik besøker broren hans. — Erik rend visite au frère d’un autre homme.
De même, Anna tok veska si signifie qu’Anna a pris son propre sac, alors que Anna tok veska hennes indique normalement le sac d’une autre femme. Le français laisse souvent cette différence au contexte ; le norvégien l’inscrit dans le choix du possessif.
Un possessif employé seul
Comme en français « le mien » ou « la tienne », le possessif peut apparaître sans nom lorsque celui-ci est déjà connu :
- Denne boka er mi. — Ce livre est le mien.
- Er bilen deres? — Est-ce votre voiture ? / Est-ce leur voiture ?
- Mitt rom er mindre enn ditt. — Ma chambre est plus petite que la tienne.
L’accord reste celui du nom sous-entendu : boka appelle mi, rom appelle mitt/ditt, et un nom pluriel appelle mine/dine/våre.
Exemples en contexte
| Norvégien | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Hvor er nøklene mine? | Où sont mes clés ? | Pluriel, possessif après le nom défini |
| Jeg finner ikke mobilen min. | Je ne trouve pas mon téléphone. | Masculin : min |
| Hun selger huset sitt. | Elle vend sa propre maison. | Neutre réfléchi : sitt |
| Hun selger huset hennes. | Elle vend la maison de cette autre femme. | hennes ne renvoie pas au sujet |
| Vi besøker foreldrene våre i helga. | Nous rendons visite à nos parents ce week-end. | Pluriel : våre |
| Er dette jakka di? | C’est ta veste ? | Féminin : di |
| Nei, det er jakka hans. | Non, c’est sa veste à lui. | hans est invariable |
| Barnet leker på rommet sitt. | L’enfant joue dans sa chambre. | Le possesseur est le sujet barnet |
| De tok med barna sine. | Ils ont emmené leurs propres enfants. | Sujet pluriel, chose possédée au pluriel |
| Jeg liker den nye jobben min. | J’aime mon nouveau travail. | Adjectif et possessif après une structure définie |
| Dette er vårt første besøk i Bergen. | C’est notre première visite à Bergen. | Possessif placé avant pour présenter le groupe nominal |
| Kaffen deres står på bordet. | Votre café est sur la table. | deres peut aussi signifier « leur » selon le contexte |
| Min søster bor i Tromsø, men broren min bor i Oslo. | Ma sœur habite à Tromsø, mais mon frère habite à Oslo. | Les deux places sont possibles dans une même phrase |
| Den røde sykkelen er min. | Le vélo rouge est le mien. | Possessif employé seul |
Erreurs fréquentes
Accorder avec la personne qui possède
- Incorrect : Hun bor i mitt hus pour dire « Elle habite dans sa propre maison ».
- Correct : Hun bor i huset sitt.
- Pourquoi : sitt est neutre parce que hus est neutre, et réfléchi parce que la maison appartient au sujet hun. La personne qui possède est une femme, mais cela ne commande pas une forme féminine.
Oublier la forme définie devant un possessif placé après
- Incorrect : bil min
- Correct : bilen min
- Pourquoi : après le nom, le possessif exige normalement la forme définie du nom. À l’inverse, avant le nom, on dit min bil, sans suffixe défini.
Employer hans ou hennes pour le propre objet du sujet
- Incorrect dans le sens visé : Lars vasker bilen hans si Lars lave sa propre voiture.
- Correct : Lars vasker bilen sin.
- Pourquoi : sin renvoie au sujet de la proposition. Bilen hans suggère que la voiture appartient à un autre homme déjà mentionné.
Employer sin avec jeg, du ou vi
- Incorrect : Jeg finner boka si.
- Correct : Jeg finner boka mi.
- Pourquoi : sin/si/sitt/sine ne s’emploie qu’avec un possesseur à la troisième personne : han, hun, den, det ou de. Pour « mon », « ton » et « notre », utilisez min/din/vår et leurs variantes.
Croire que deres désigne toujours plusieurs possesseurs
- Interprétation trop étroite : traduire systématiquement deres hus par « leur maison ».
- Selon le contexte : Er dette huset deres? peut signifier « Est-ce votre maison ? » lorsque l’on parle à plusieurs personnes, ou « Est-ce leur maison ? » lorsque l’on parle d’un autre groupe.
- Pourquoi : deres correspond à la fois à dere « vous » au pluriel et à de « ils/elles ».
Mélanger au hasard les séries féminine et masculine
- Peu cohérent : apprendre ei jente mais produire systématiquement jenten min.
- Cohérent : ei jente — jenta mi ou en jente — jenten min.
- Pourquoi : le bokmål autorise souvent les deux genres pour certains noms, mais une série stable facilite l’accord et donne une langue plus naturelle.
Remarques d’usage
La construction postposée — vennen min, familien vår, huset deres — domine largement dans la conversation neutre. La construction antéposée — min venn, vår familie, deres hus — n’est pas fautive ; elle peut mettre en valeur le lien de possession ou créer un contraste. Il vaut mieux éviter une règle trop rigide du type « le possessif vient toujours après ».
Avec les parties du corps et les objets personnels évidents, le norvégien peut omettre le possessif lorsque le contexte suffit. Le français fait lui aussi souvent ce choix : Jeg vasker hendene signifie naturellement « Je me lave les mains ». Ajouter hendene mine est possible si l’on veut insister ou lever une ambiguïté.
Deres pour « votre/vos » s’adresse à plusieurs personnes. L’ancienne forme de politesse De/Deres, avec une majuscule, existe encore dans des textes très formels ou anciens, mais elle est rare dans la Norvège contemporaine. Dans la plupart des échanges, du s’adresse à une personne et dere à plusieurs, sans distinction formelle comparable à « tu/vous » en français.
Dens et dets servent à reprendre un possesseur non humain : organisasjonen og dens medlemmer « l’organisation et ses membres », selskapet og dets ansatte « l’entreprise et son personnel ». Ces formes se rencontrent surtout dans l’écrit soutenu ou administratif. Dans la langue courante, une reformulation, un génitif en -s ou une construction réfléchie est souvent plus naturelle.
Au-delà des bases : emplois avancés
Vous n’avez pas besoin de maîtriser toutes ces nuances au niveau A1, mais elles expliquent des formes fréquentes dans les textes plus élaborés.
Avec un adjectif, la place du possessif modifie toute la structure. Après le nom, on emploie la construction définie complète : den gamle bilen min « ma vieille voiture », det nye huset vårt « notre nouvelle maison », de gode vennene hennes « ses bons amis à elle ». Avant le nom, l’adjectif prend aussi généralement sa forme en -e, mais le nom ne reçoit pas le suffixe défini : min gamle bil, vårt nye hus, hennes gode venner.
Le possessif réfléchi dépend du sujet de la proposition, c’est-à-dire du petit ensemble organisé autour de son propre verbe. Comparez :
- Per sa at Kari tok bilen sin. — Per a dit que Kari avait pris sa propre voiture ; dans la proposition introduite par at, le sujet est Kari.
- Per sa at Kari tok bilen hans. — Per a dit que Kari avait pris sa voiture à lui ; hans peut ici renvoyer à Per.
Cette règle locale évite bien des ambiguïtés, mais le contexte reste important lorsque plusieurs personnes de même genre sont mentionnées. Dans un texte exigeant, répéter un nom — Pers bil, Karis bil — peut être plus clair qu’accumuler les pronoms.
Enfin, la possession ne se limite pas aux possessifs. Le génitif en -s est courant avec un nom de personne ou d’institution : Annas bok, Norges hovedstad. On choisit donc entre boka hennes « son livre à elle » et Annas bok « le livre d’Anna » selon que le possesseur a déjà été identifié ou doit être nommé explicitement.
Conseils pratiques
- Apprenez les noms avec leur genre. Faites quatre mini-séries : bilen min, boka mi, huset mitt, vennene mine. Le possessif devient ainsi un exercice de genre et de nombre, pas une liste abstraite.
- Transformez chaque groupe dans les deux ordres. Passez de min bil à bilen min, puis de vårt hus à huset vårt. Vérifiez que le nom est non défini avant le possessif et défini après.
- Entraînez le contraste sin/hans/hennes. Inventez des paires avec deux personnes : Eva tok veska si puis Eva tok veska hennes. Dites à voix haute à qui appartient l’objet dans chaque phrase.
Notions liées
- Prérequis : Le genre des noms en norvégien — indispensable pour choisir entre min/mi/mitt/mine, din/di/ditt/dine et vår/vårt/våre.
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