Les constructions causatives en grec
Αιτιατολογικές Κατασκευές
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de grec sur Settemila Lingue.
En bref
Le grec moderne n’a pas de forme causative productive attachée au verbe : il combine généralement βάζω, κάνω ou αφήνω, la personne concernée, puis να + un verbe conjugué. Ainsi, Τον έβαλα να καθίσει signifie « Je l’ai fait asseoir », tandis que Τον άφησα να φύγει signifie « Je l’ai laissé partir ». Le choix du premier verbe précise s’il s’agit d’une consigne, d’une cause ou d’une permission.
Vue d’ensemble
Une construction causative sert à présenter une personne ou une chose comme la cause d’une autre action. Dans « Sofia a fait rire Nikos », Sofia provoque le rire, mais c’est Nikos qui rit. Le français emploie très facilement faire + infinitif ; le grec moderne, lui, n’a plus d’infinitif courant et utilise une proposition introduite par να.
Ce point apparaît au niveau B2 parce qu’il faut coordonner plusieurs éléments : le verbe qui exprime la cause, le complément qui subit la pression ou reçoit la permission, et un second verbe dont la personne et l’aspect doivent être choisis. La base est toutefois régulière une fois la structure repérée.
Les trois verbes centraux ne sont pas interchangeables. βάζω présente souvent une personne chargée d’accomplir une tâche ou poussée à agir ; κάνω insiste sur le résultat provoqué ; αφήνω marque l’absence d’empêchement, donc la permission. D’autres verbes, comme πείθω « convaincre » et αναγκάζω « obliger », permettent de préciser le degré de volonté de la personne concernée.
Fonctionnement
La structure de base
Le modèle le plus fréquent est :
responsable de la cause + verbe causatif + personne ou chose concernée à l’accusatif + να + verbe conjugué
L’accusatif est le cas, c’est-à-dire la forme grammaticale, du complément direct : la personne ou la chose sur laquelle porte l’action du premier verbe.
| Structure grecque | Traduction française | Rôle des éléments |
|---|---|---|
| Η Μαρία έβαλε τον Νίκο να μαγειρέψει. | Maria a demandé à Nikos de cuisiner / a fait cuisiner Nikos. | Maria donne l’impulsion ; Nikos cuisine. |
| Η είδηση με έκανε να χαρώ. | La nouvelle m’a fait plaisir. | La nouvelle est la cause ; c’est moi qui éprouve la joie. |
| Οι γονείς άφησαν τα παιδιά να παίξουν. | Les parents ont laissé les enfants jouer. | Les parents permettent ; les enfants jouent. |
Le groupe introduit par να contient un verbe personnel. Autrement dit, sa terminaison change selon la personne qui accomplit la seconde action :
| Grec | Français | Personne du verbe après να |
|---|---|---|
| Με έβαλε να καθίσω. | Il/Elle m’a fait asseoir. | première personne du singulier : c’est « moi » qui m’assieds |
| Τον έβαλα να καθίσει. | Je l’ai fait asseoir. | troisième personne du singulier : c’est « lui » qui s’assied |
| Μας έβαλαν να περιμένουμε. | Ils nous ont fait attendre. | première personne du pluriel : c’est « nous » qui attendons |
C’est une différence essentielle avec le français : l’infinitif français reste inchangé, alors que le second verbe grec indique son propre sujet.
La personne concernée : nom ou pronom faible
Avec un nom, l’article et le nom prennent l’accusatif : τον Νίκο, τη Μαρία, τα παιδιά. Avec un pronom faible, c’est-à-dire une courte forme non accentuée comme « me », « le » ou « les », on emploie με, σε, τον, την, το, μας, σας, τους, τις, τα.
À l’indicatif, ce pronom se place normalement avant le premier verbe :
- Τον έβαλα να δουλέψει. — Je l’ai fait travailler.
- Την έπεισα να έρθει. — Je l’ai convaincue de venir.
- Δεν τους αφήνει να φύγουν. — Il/Elle ne les laisse pas partir.
Le pronom est le complément de βάζω, κάνω, αφήνω ou πείθω, mais il indique aussi qui est le sujet compris du verbe après να. Dans Με έκανε να γελάσω, με dépend grammaticalement de έκανε, et la terminaison -σω de γελάσω confirme que c’est moi qui ris.
Choisir le bon verbe
| Verbe | Idée principale | Équivalent français fréquent | Exemple bref |
|---|---|---|---|
| βάζω κάποιον να… | confier une action, pousser ou amener quelqu’un à l’exécuter | faire faire, mettre quelqu’un à | Τον έβαλα να τηλεφωνήσει. |
| κάνω κάποιον/κάτι να… | provoquer directement une réaction, un état ou un événement | faire, amener à | Με έκανε να γελάσω. |
| αφήνω κάποιον να… | permettre, ne pas empêcher | laisser | Την άφησαν να μιλήσει. |
| πείθω κάποιον να… | obtenir l’action par des arguments | convaincre de | Τον έπεισα να δοκιμάσει. |
| αναγκάζω κάποιον να… | imposer l’action, sans véritable choix | obliger à, contraindre à | Τους ανάγκασαν να φύγουν. |
βάζω signifie aussi « mettre » au sens concret, mais devant une personne et να + verbe, il prend couramment le sens de « charger de » ou « faire faire ». Selon le contexte et le ton, il peut exprimer une simple demande organisée ou une pression réelle.
κάνω est particulièrement naturel pour les réactions : faire rire, faire pleurer, faire réfléchir, rendre nerveux. Il peut aussi introduire une conséquence concernant une chose : Ο αέρας έκανε την πόρτα να ανοίξει « Le vent a fait s’ouvrir la porte ».
αφήνω peut vouloir dire « laisser un objet quelque part » ou « quitter quelqu’un ». C’est la présence de να + verbe qui fait normalement apparaître le sens de permission : Άφησα το βιβλίο στο τραπέζι « J’ai laissé le livre sur la table », mais Τον άφησα να διαβάσει « Je l’ai laissé lire ».
Le choix de l’aspect après να
Le mode subjonctif grec est ici la construction en να + verbe. Le verbe qui suit να oppose souvent deux aspects, c’est-à-dire deux façons de regarder l’action : comme un événement global ou comme une activité répétée, prolongée ou habituelle.
| Aspect envisagé | Forme | Sens typique |
|---|---|---|
| global, ponctuel ou mené à son terme | να γράψει, να καθίσει, να φύγει | écrire une fois, s’asseoir, partir |
| continu, répété ou habituel | να γράφει, να κάθεται, να φεύγει | écrire régulièrement, rester assis, partir habituellement |
Comparez :
- Τον έβαλα να γράψει την αναφορά. — Je lui ai fait rédiger le rapport : une tâche délimitée.
- Τον έβαζα να γράφει κάθε μέρα. — Je le faisais écrire chaque jour : activité répétée.
- Δεν την αφήνω να καπνίσει εδώ. — Je ne la laisse pas fumer ici, dans cette situation.
- Δεν την αφήνω να καπνίζει στο σπίτι. — Je ne la laisse pas fumer à la maison, comme habitude.
La forme après να ne situe pas, à elle seule, l’action dans le présent ou dans le passé. C’est surtout le premier verbe et le contexte qui donnent le cadre temporel : Τον έβαλα… « je l’ai fait… », Τον βάζω… « je le fais… », Θα τον βάλω… « je le ferai… ».
La négation : deux portées différentes
Pour nier le premier verbe à l’indicatif, on emploie δεν. Pour nier le verbe dans la proposition en να, on emploie μη(ν) :
- Δεν τον έβαλα να φύγει. — Je ne l’ai pas fait partir.
- Τον έβαλα να μη φύγει. — Je lui ai demandé / je l’ai poussé à ne pas partir.
- Δεν τους αφήνει να μιλήσουν. — Il/Elle ne les laisse pas parler.
- Τους αφήνει να μη συμμετέχουν. — Il/Elle leur permet de ne pas participer.
La place de la négation change donc ce qui est nié : la causation elle-même ou l’action attendue.
Exemples en contexte
| Grec | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Τον έβαλα να καθίσει. | Je l’ai fait asseoir. | βάζω + action ponctuelle |
| Η δασκάλα έβαλε τους μαθητές να ξαναγράψουν την άσκηση. | La professeure a fait réécrire l’exercice aux élèves. | tâche imposée ou donnée |
| Με έβαλαν να περιμένω δύο ώρες. | Ils m’ont fait attendre deux heures. | la personne concernée est με |
| Ο προϊστάμενος τον βάζει να δουλεύει κάθε Σάββατο. | Son responsable le fait travailler tous les samedis. | action habituelle |
| Με έκανε να γελάσω. | Il/Elle m’a fait rire. | réaction provoquée |
| Αυτή η μουσική με κάνει να νιώθω καλύτερα. | Cette musique me fait me sentir mieux. | état qui dure |
| Η ερώτησή σου με έκανε να σκεφτώ. | Ta question m’a fait réfléchir. | conséquence intellectuelle |
| Ο δυνατός αέρας έκανε την πόρτα να ανοίξει. | Le vent violent a fait s’ouvrir la porte. | cause non humaine |
| Δεν τους αφήνει να φύγουν. | Il/Elle ne les laisse pas partir. | permission refusée |
| Άφησε τα παιδιά να παίξουν έξω. | Il/Elle a laissé les enfants jouer dehors. | permission accordée |
| Οι γονείς μου με αφήνουν να χρησιμοποιώ το αυτοκίνητο. | Mes parents me laissent utiliser la voiture. | permission habituelle |
| Την έπεισα να έρθει. | Je l’ai convaincue de venir. | action obtenue par persuasion |
| Δεν μπόρεσαν να τον πείσουν να αλλάξει γνώμη. | Ils n’ont pas réussi à le convaincre de changer d’avis. | πείθω avec un résultat manqué |
| Η κακοκαιρία μάς ανάγκασε να ακυρώσουμε το ταξίδι. | Le mauvais temps nous a obligés à annuler le voyage. | contrainte due à une situation |
| Μην τον αναγκάζεις να απαντήσει τώρα. | Ne l’oblige pas à répondre maintenant. | impératif négatif |
Erreurs fréquentes
Employer un infinitif sur le modèle français
- Incorrect : Τον έκανα γελάσει.
- Correct : Τον έκανα να γελάσει.
- Pourquoi : le grec moderne ne construit pas l’équivalent de « faire rire » avec un infinitif. Il faut να, puis une forme verbale accordée avec la personne qui accomplit la seconde action.
Conjuguer le second verbe selon le premier sujet
- Incorrect : Με έβαλε να περιμένει. pour dire « Il m’a fait attendre ».
- Correct : Με έβαλε να περιμένω.
- Pourquoi : le sujet de περιμένω est « moi », représenté par με. La troisième personne περιμένει signifierait qu’une autre personne attend.
Copier la place des pronoms français
- Incorrect : Έβαλα τον να δουλέψει.
- Correct : Τον έβαλα να δουλέψει.
- Pourquoi : à l’indicatif, le pronom faible τον se place avant έβαλα. Un nom complet, en revanche, reste après le verbe : Έβαλα τον Νίκο να δουλέψει.
Employer δεν dans la proposition en να
- Incorrect : Τον έπεισα να δεν φύγει.
- Correct : Τον έπεισα να μην φύγει.
- Pourquoi : δεν nie normalement un verbe à l’indicatif ; après να, la négation est μη ou μην.
Traiter βάζω, κάνω et αναγκάζω comme des synonymes
- Peu naturel ou trompeur : Η ταινία με ανάγκασε να κλάψω si l’on veut seulement dire que le film a provoqué des larmes.
- Naturel : Η ταινία με έκανε να κλάψω.
- Pourquoi : αναγκάζω exprime une contrainte. Pour une émotion causée spontanément, κάνω convient mieux.
Oublier l’accusatif du nom
- Incorrect : Έβαλα ο Νίκος να τηλεφωνήσει.
- Correct : Έβαλα τον Νίκο να τηλεφωνήσει.
- Pourquoi : Nikos est le complément direct de έβαλα, donc ο Νίκος devient τον Νίκο à l’accusatif.
Notes d’usage
Dans la conversation courante, βάζω κάποιον να… est très fréquent pour répartir des tâches : un parent fait ranger une chambre, un responsable charge quelqu’un d’appeler un client. Sa force dépend beaucoup de la situation. Τον έβαλα να μου στείλει το αρχείο peut décrire une consigne assez neutre, tandis que Με βάζουν να δουλεύω χωρίς διάλειμμα évoque nettement une contrainte.
Pour éviter un ton autoritaire, le grec dispose de formulations plus explicites et plus nuancées : του ζήτησα να… « je lui ai demandé de… », του είπα να… « je lui ai dit de… », τον παρακάλεσα να… « je l’ai prié de… ». Attention au cas : avec λέω et ζητάω, la personne est souvent un complément indirect, par exemple του είπα ; avec les constructions étudiées ici, on trouve l’accusatif τον έβαλα, τον άφησα, τον έπεισα.
Dans les ordres affirmatifs, la position du pronom change parce que l’impératif grec positif le place après le verbe : Βάλ’ τον να περιμένει « Fais-le attendre », Άφησέ με να εξηγήσω « Laisse-moi expliquer ». Cette position ne doit pas être généralisée aux phrases déclaratives : on dit Τον έβαλα et Με άφησε.
Enfin, le français « faire faire quelque chose » peut rester vague sur l’identité de l’exécutant. En grec, il est souvent plus naturel de la préciser : Έβαλα έναν τεχνικό να επισκευάσει το πλυντήριο « J’ai fait réparer le lave-linge par un technicien ». Une traduction mot à mot de toutes les constructions françaises en κάνω produirait donc des phrases peu idiomatiques.
Pour aller plus loin
Une échelle allant de la permission à la contrainte
Ces verbes permettent de présenter le degré de contrôle avec précision :
αφήνω (permettre) → πείθω (convaincre) → βάζω (faire exécuter, pousser) → αναγκάζω (contraindre)
Cette échelle n’est pas absolue : le contexte, l’intonation et la relation entre les personnes comptent. Elle aide néanmoins à éviter le réflexe français consistant à traduire plusieurs nuances par le seul verbe « faire ».
Les constructions sans agent humain
Avec κάνω, le responsable de la cause peut être un événement, une parole ou une chose :
- Η καθυστέρηση μας έκανε να χάσουμε την πτήση. — Le retard nous a fait manquer le vol.
- Τα λόγια του την έκαναν να αλλάξει γνώμη. — Ses paroles l’ont amenée à changer d’avis.
Le complément de κάνω peut lui aussi être une chose : Η ζέστη έκανε το χιόνι να λιώσει « La chaleur a fait fondre la neige ». Il ne s’agit donc pas toujours de donner un ordre ; la structure peut simplement relier une cause à son résultat.
La voix passive avec πείθω et αναγκάζω
Quand on veut mettre au premier plan la personne soumise à la persuasion ou à la contrainte, les formes passives sont utiles :
- Πείστηκε να έρθει. — Il/Elle s’est laissé convaincre de venir.
- Αναγκάστηκε να παραιτηθεί. — Il/Elle a été contraint(e) de démissionner.
La voix passive est la forme qui présente le participant comme recevant ou subissant l’action. Dans ces phrases, l’auteur de la persuasion ou de la contrainte peut rester non exprimé. Cette construction est particulièrement fréquente avec αναγκάζομαι να… « être obligé de… ».
Causation grammaticale et verbes de sens causatif
Le grec possède aussi des verbes qui incluent déjà une idée de résultat, comme ανοίγω « ouvrir » ou σκοτώνω « tuer ». Cela ne constitue pas pour autant un mécanisme régulier permettant de transformer n’importe quel verbe en causatif. Pour produire librement le sens « amener quelqu’un ou quelque chose à faire X », les constructions avec να restent le moyen central.
Conseils pratiques
- Travaillez par paires de rôles. Prenez une phrase simple, par exemple Ο Νίκος γελάει « Nikos rit », puis ajoutez une cause : Η Μαρία έκανε τον Νίκο να γελάσει. Vérifiez toujours qui cause l’événement et qui accomplit le second verbe.
- Transformez les personnes. Faites varier une même phrase : Με έβαλε να γράψω, Τον έβαλα να γράψει, Μας έβαλαν να γράψουμε. Cet exercice automatise à la fois le pronom et la terminaison après να.
- Classez les situations par nuance. Pour chaque exemple rencontré, demandez-vous s’il exprime une permission, une persuasion, une tâche, une contrainte ou une simple conséquence. Choisissez ensuite entre αφήνω, πείθω, βάζω, αναγκάζω et κάνω plutôt que de partir directement du français « faire ».
Notions associées
- Prérequis : Le subjonctif — la construction να + verbe, indispensable pour former les causatives grecques.
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Le subjonctif en grec moderneA2Plus de concepts de niveau B2
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