Les verbes courants de base en yoruba
Àwọn Ọ̀rọ̀-Ìṣe Ìpìlẹ̀
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de yoruba sur Settemila Lingue.
En bref
En yoruba, le verbe ne change pas selon la personne : lọ garde la même forme dans Mo lọ (« je vais »), Ó lọ (« il ou elle va ») et Wọ́n lọ (« ils ou elles vont »). Le sujet et, si nécessaire, un marqueur placé avant le verbe indiquent qui agit et comment situer l’action dans le temps. Il faut donc mémoriser une seule forme par verbe, mais respecter soigneusement les tons et les voyelles pointées.
Vue d’ensemble
Les verbes courants permettent très vite de parler de déplacements, de besoins et d’activités quotidiennes. Au niveau A1, dix formes sont particulièrement utiles : wá « venir », lọ « aller », jẹ « manger », mu « boire », sùn « dormir », rí « voir », gbọ́ « entendre », mọ̀ « savoir, connaître », fẹ́ « vouloir, aimer » et ṣe « faire ». À partir de ce petit noyau, on peut déjà construire de nombreuses phrases naturelles.
Pour une personne francophone, la grande différence est l’absence de conjugaison personnelle. Il n’existe pas ici de série comparable à « vais, vas, va, allons… » : le verbe reste identique. En revanche, le pronom sujet est normalement exprimé, car la forme verbale ne permet pas de retrouver la personne. Dans Mo rí Adé, mo donne le sujet (« je »), rí l’action (« voir ») et Adé la personne vue.
La simplicité de la forme ne doit pas faire oublier la prononciation. Le yoruba distingue trois tons : le ton haut, marqué par un accent aigu, le ton bas, marqué par un accent grave, et le ton moyen, généralement non marqué. Les lettres ẹ, ọ et ṣ sont également distinctes de e, o et s. Ces signes font partie de l’orthographe : wá « venir » et wà « se trouver, exister » ne sont pas interchangeables.
Fonctionnement
Une forme verbale invariable
Le sujet (la personne ou la chose qui accomplit l’action) précède normalement le verbe. La structure la plus simple est :
sujet + verbe + complément
Le complément est ce qui complète le sens du verbe ; avec un verbe transitif, il peut être l’objet direct, c’est-à-dire la personne ou la chose directement touchée par l’action.
| Yoruba | Français | Repère |
|---|---|---|
| Mo lọ. | Je vais / je suis allé(e). | mo : je |
| O lọ. | Tu vas / tu es allé(e). | o : tu |
| Ó lọ. | Il ou elle va / est allé(e). | ó : il ou elle |
| A lọ. | Nous allons / sommes allé(e)s. | a : nous |
| Ẹ lọ. | Vous allez / êtes allé(e)(s). | ẹ : vous |
| Wọ́n lọ. | Ils ou elles vont / sont allé(e)s. | wọ́n : ils ou elles |
La colonne yoruba montre bien que lọ ne bouge jamais. Le français oblige à choisir une forme conjuguée et souvent un temps précis ; le yoruba répartit ces informations entre le sujet, d’éventuels marqueurs et le contexte.
Les dix verbes essentiels
| Verbe yoruba | Sens de base | Exemple bref |
|---|---|---|
| wá | venir | Ó wá. — Il ou elle vient / est venu(e). |
| lọ | aller | A lọ. — Nous allons / sommes allé(e)s. |
| jẹ | manger | Mo jẹ iṣu. — Je mange / j’ai mangé de l’igname. |
| mu | boire | Ó mu omi. — Il ou elle boit / a bu de l’eau. |
| sùn | dormir | Ọmọ náà sùn. — Cet enfant dort / a dormi. |
| rí | voir | Mo rí Adé. — Je vois / j’ai vu Adé. |
| gbọ́ | entendre | A gbọ́ orin. — Nous entendons / avons entendu une chanson. |
| mọ̀ | savoir, connaître | Wọ́n mọ̀ Bọ́lá. — Ils ou elles connaissent Bọ́lá. |
| fẹ́ | vouloir ; aimer | Mo fẹ́ omi. — Je veux de l’eau. |
| ṣe | faire, fabriquer, accomplir | Ó ṣe oúnjẹ. — Il ou elle prépare / a préparé le repas. |
Pour parler de l’action de manger sans préciser d’aliment, jẹun est très courant : Mo ń jẹun signifie « je suis en train de manger ». Devant un aliment, jẹ convient directement : Mo jẹ ìrẹsì (« je mange du riz »).
Situer l’action dans le temps
Une phrase sans marqueur peut recevoir une lecture présente ou passée selon le type d’action et le contexte. Ó wá sí ilé est naturellement compris comme « il ou elle est venu(e) à la maison » dans un récit, mais ce n’est pas une terminaison de wá qui indique le passé. Un mot comme lánàá « hier » rend la situation explicite : Ó wá sí ilé lánàá.
Plusieurs marqueurs se placent entre le sujet et le verbe :
| Construction | Exemple yoruba | Valeur courante |
|---|---|---|
| sujet + ń + verbe | Mo ń jẹun. | Je suis en train de manger. |
| sujet + ti + verbe | Ó ti sùn. | Il ou elle a déjà dormi / s’est déjà endormi(e). |
| sujet + máa + verbe | A máa lọ lọ́la. | Nous irons demain. |
| sujet + verbe + indication de temps | Wọ́n wá lánàá. | Ils ou elles sont venu(e)s hier. |
Ń présente une action en cours. Ti indique qu’un fait est déjà accompli ou pertinent au moment considéré. Máa peut annoncer une action à venir, mais sert aussi, selon le contexte, à parler d’une habitude. À ce stade, le plus utile est de reconnaître ces marqueurs sans chercher une correspondance parfaite avec chacun des temps français.
Deux verbes à la suite
Après fẹ́ « vouloir », le deuxième verbe conserve lui aussi sa forme simple :
- Mo fẹ́ lọ. — Je veux partir.
- Ó fẹ́ sùn. — Il ou elle veut dormir.
- Wọ́n fẹ́ jẹun. — Ils ou elles veulent manger.
Il ne faut pas chercher une terminaison d’infinitif semblable à -er, -ir ou -re. L’infinitif est ici simplement la forme sous laquelle le verbe apparaît après fẹ́. Une construction avec láti peut exister dans d’autres contextes, mais elle n’est pas nécessaire dans ces phrases courtes.
Gbọ́dọ̀ « devoir, être obligé de » suit le même principe : A gbọ́dọ̀ ṣe é (« nous devons le faire »). La séquence ṣe é contient ṣe et un petit pronom complément signifiant « le / la / cela ».
Les petits pronoms après le verbe
Lorsque l’objet a déjà été mentionné, le yoruba peut employer une forme courte après le verbe. Sa voyelle s’accorde souvent phonétiquement avec la fin du verbe, ce qui donne des groupes à apprendre comme des blocs :
| Yoruba | Français | Groupe utile |
|---|---|---|
| Wọ́n mọ̀ ọ́. | Ils ou elles le/la connaissent. | mọ̀ ọ́ |
| A gbọ́ ọ. | Nous l’avons entendu. | gbọ́ ọ |
| Mo rí i. | Je l’ai vu(e). | rí i |
| A gbọ́dọ̀ ṣe é. | Nous devons le faire. | ṣe é |
Ces voyelles ne sont pas des terminaisons de conjugaison. Elles représentent l’objet de l’action, comme « le », « la » ou « cela » en français, même si leur forme ne se répartit pas exactement comme les pronoms français.
Exemples en contexte
| Yoruba | Français | Note |
|---|---|---|
| Mo fẹ́ lọ. | Je veux partir. | fẹ́ suivi directement de lọ |
| Ó wá sí ilé. | Il ou elle est venu(e) à la maison. | sí introduit la destination |
| Wọ́n mọ̀ ọ́. | Ils ou elles le/la connaissent. | pronom complément après mọ̀ |
| A gbọ́dọ̀ ṣe é. | Nous devons le faire. | obligation + pronom complément |
| Mo ń jẹun báyìí. | Je suis en train de manger maintenant. | action en cours avec ń |
| Ó mu omi lẹ́yìn iṣẹ́. | Il ou elle a bu de l’eau après le travail. | mu avec une boisson |
| Ọmọ náà ti sùn. | Cet enfant s’est déjà endormi. | fait accompli avec ti |
| Mo rí ọ̀rẹ́ mi ní ọjà. | J’ai vu mon ami(e) au marché. | objet exprimé par un nom |
| Ẹ gbọ́ orin náà? | Entendez-vous cette chanson ? | ẹ : vous |
| A máa lọ lọ́la. | Nous irons demain. | lecture future grâce au contexte |
| Bọ́lá fẹ́ oúnjẹ. | Bọ́lá veut de la nourriture. | fẹ́ devant un nom |
| Adé ṣe oúnjẹ fún wa. | Adé a préparé le repas pour nous. | ṣe peut signifier « préparer » |
| Ó fẹ́ràn orin. | Il ou elle aime la musique. | fẹ́ràn exprime clairement le goût ou l’affection |
| Ẹ wá síbí. | Venez ici. | demande adressée à plusieurs personnes ou avec respect |
| Má lọ! | Ne pars pas ! | interdiction avec má |
Erreurs fréquentes
Conjuguer le verbe sur le modèle français
- Incorrect : inventer plusieurs formes de lọ pour « je vais », « nous allons » et « ils vont ».
- Correct : Mo lọ, A lọ, Wọ́n lọ.
- Pourquoi : la personne est portée par le sujet ; lọ reste invariable.
Omettre le sujet parce qu’il semble évident
- Incorrect : Lọ pour affirmer simplement « je vais ».
- Correct : Mo lọ.
- Pourquoi : sans contexte particulier, la forme verbale seule n’identifie pas la personne. Lọ! peut en revanche servir d’ordre : « Va ! »
Négliger les tons ou les points souscrits
- Incorrect : écrire wa en pensant que cela représente toujours wá.
- Correct : Ó wá (« il ou elle est venu(e) »), avec l’accent aigu.
- Pourquoi : les tons distinguent des mots. Wá « venir » s’oppose notamment à wà « se trouver, exister ». De même, ọ n’est pas une simple variante décorative de o.
Employer toujours jẹ sans tenir compte de la construction
- Peu naturel dans une réponse isolée : Mo ń jẹ.
- Plus naturel : Mo ń jẹun. — « Je suis en train de manger. »
- Pourquoi : jẹ s’emploie volontiers avec l’aliment, comme dans Mo jẹ iṣu. Pour l’activité de manger prise seule, jẹun est une forme très courante.
Traduire « aimer » automatiquement par fẹ́
- Ambigu : Mo fẹ́ orin.
- Plus clair pour un goût : Mo fẹ́ràn orin. — « J’aime la musique. »
- Pourquoi : fẹ́ exprime souvent « vouloir » ; fẹ́ràn marque clairement l’affection ou le fait d’apprécier. Le contexte reste important lorsque l’on parle d’une personne.
Ajouter un temps passé au verbe lui-même
- Incorrect : modifier wá comme si le yoruba possédait une terminaison comparable à celle d’un passé français.
- Correct : Ó wá lánàá. — « Il ou elle est venu(e) hier. »
- Pourquoi : wá reste inchangé ; lánàá et le contexte placent l’événement dans le passé.
Notes d’usage
Le pronom ẹ sert à s’adresser à plusieurs personnes. Il peut aussi marquer le respect envers une seule personne, notamment une personne plus âgée ou à qui l’on doit de la déférence. Il ne correspond donc pas uniquement au pluriel français « vous ». Le choix dépend de la relation sociale et de la situation.
Dans l’écriture soignée, conservez les marques de ton et les points souscrits. Certains messages informels les omettent pour des raisons de clavier, mais cette habitude crée de vraies ambiguïtés pour un apprenant. Mieux vaut d’abord lire et écrire gbọ́, mọ̀, fẹ́ et sùn correctement ; la reconnaissance des graphies non marquées viendra ensuite.
Le français oblige souvent à choisir entre présent et passé dans la traduction, alors qu’une phrase yoruba brève peut laisser cette information au contexte. Une traduction double comme « va / est allé(e) » sert à montrer ce fonctionnement ; dans une conversation réelle, les phrases précédentes, un adverbe de temps ou la situation permettent généralement de trancher.
Enfin, ṣe possède un champ très large : faire une tâche, accomplir une action, fabriquer ou préparer quelque chose. La traduction française varie donc avec le complément. Il est plus efficace de mémoriser ṣe iṣẹ́ (« travailler, faire un travail »), ṣe oúnjẹ (« préparer un repas ») et ṣe é (« le faire ») que de chercher un seul équivalent valable partout.
Pour aller plus loin
Les points suivants ne sont pas à maîtriser immédiatement au niveau A1, mais ils expliquent des formes que l’on rencontre vite.
D’abord, plusieurs verbes peuvent se suivre dans une construction verbale en série, c’est-à-dire une suite de verbes partageant le même sujet et décrivant les étapes d’une même action. Dans Mo lọ ra oúnjẹ (« je suis allé(e) acheter de la nourriture »), lọ et ra s’enchaînent sans conjonction équivalente à « et ». La langue construit ainsi des relations de mouvement, de but, de moyen ou de résultat.
Ensuite, les tons séparent parfois des verbes qui paraissent identiques à l’écrit lorsqu’on retire les accents. Jẹ renvoie notamment à « manger », tandis que jẹ́ entre dans d’autres emplois, par exemple l’idée de permettre ou certaines constructions d’identification. De même, il ne faut pas confondre le verbe ṣe « faire » avec ṣé, forme fréquente pour introduire ou encadrer une question. Ces distinctions deviennent beaucoup plus faciles si l’on apprend chaque nouveau mot avec son ton.
La négation possède aussi ses propres formes. Pour une interdiction, má précède directement le verbe : Má lọ! (« Ne pars pas ! »). Dans une déclaration négative, on rencontre notamment ò ou kò, avec des variations liées au sujet et à la structure. Il vaut mieux les étudier comme un système complet plutôt que de placer mécaniquement un unique mot devant toutes les phrases positives.
Enfin, máa, ń, ti et d’autres éléments relèvent de l’aspect, c’est-à-dire de la manière dont on présente le déroulement d’une action : en cours, accomplie, habituelle, projetée, etc. Cette organisation ne reproduit pas exactement le découpage des temps français. Les équivalences données ici sont donc des traductions naturelles, non des identités grammaticales absolues.
Conseils pratiques
- Travaillez par mini-séries de sujets. Prenez un verbe, par exemple rí, et dites Mo rí…, Ó rí…, A rí…, Wọ́n rí…. L’objectif est de changer le sujet sans jamais modifier le verbe.
- Apprenez le son avec l’orthographe. Enregistrez-vous en lisant les paires wá / wà et les verbes gbọ́, mọ̀, fẹ́, sùn. Vérifiez à la fois le ton et la qualité des voyelles ẹ/ọ.
- Créez des phrases liées à votre journée. Le soir, produisez cinq phrases courtes avec un repère réel : Mo ń jẹun báyìí, Mo rí ọ̀rẹ́ mi, Mo fẹ́ sùn. Ajoutez ensuite ń, ti, máa ou un mot comme lánàá seulement quand le sens l’exige.
Notions associées
- Étape suivante : Les activités quotidiennes — réutiliser ces verbes pour décrire une journée.
- Étape suivante : Les transports et le déplacement — approfondir lọ, wá et les expressions de destination.
- Étape suivante : Le désir, la capacité et l’obligation — développer les constructions avec fẹ́ et gbọ́dọ̀.
- Approfondissement : Les verbes séparables et les associations verbe-nom — reconnaître les unités verbales formées de plusieurs éléments.
- Approfondissement : Les constructions causatives avec mú et jẹ́…kí — exprimer le fait de provoquer ou de faire accomplir une action.
- Approfondissement : Les groupes adverbiaux et la manière — préciser comment une action est réalisée.
- Plus tard : Le changement d’état avec di — exprimer ce que quelqu’un ou quelque chose devient.
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