Les verbes d’action courants en māori
Kupu Mahi
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de maori sur Settemila Lingue.
En bref
Les verbes māoris ne se conjuguent pas selon la personne : haere reste haere, que le sujet soit « je », « tu » ou « ils ». Pour décrire une action en cours, retenez le modèle Kei te + verbe + sujet : Kei te mahi au « Je travaille / Je suis en train de travailler ». Le sujet vient donc après le verbe, et un complément est souvent introduit par i ou ki.
Vue d’ensemble
Les kupu mahi, les mots qui expriment une action ou un état, permettent de construire très tôt des phrases utiles. Dix verbes forment ici le noyau du vocabulaire : haere « aller », kai « manger », inu « boire », noho « être assis, rester, habiter », tū « être debout », mahi « travailler, faire », kite « voir », rongo « entendre, percevoir », hiahia « vouloir » et mōhio « savoir, connaître ». Ils servent à parler d’un déplacement, d’un repas, d’un lieu de vie, du travail ou encore de ce que l’on perçoit et sait.
Ce point apparaît au niveau A1, mais il introduit une différence fondamentale avec le français. En français, le verbe change souvent de forme : « je vais », « nous allons », « ils vont ». En māori, le verbe lui-même ne change pas. Ce sont des particules — de petits mots grammaticaux placés autour du verbe — qui indiquent comment envisager l’action : en cours, passée, à venir, terminée, etc.
L’ordre des mots demande également un nouveau réflexe. Une phrase d’action commence souvent par la particule, puis le verbe, puis le sujet (la personne ou la chose qui accomplit l’action). Vient ensuite, si nécessaire, le complément d’objet (la personne ou la chose sur laquelle porte l’action). Il est plus efficace d’apprendre des blocs comme Kei te kai au que de traduire chaque mot en conservant l’ordre français.
Comment ça fonctionne
Les dix verbes essentiels
Un même mot māori peut remplir plusieurs fonctions selon la construction. Kai peut ainsi désigner la nourriture ou l’action de manger ; mahi, le travail ou l’action de travailler. Le tableau donne d’abord les sens les plus utiles pour commencer.
| Verbe | Sens de base | Construction fréquente | Exemple bref |
|---|---|---|---|
| haere | aller, se déplacer | haere … ki + destination | Kei te haere au ki te kura. |
| kai | manger ; nourriture | kai … i + aliment précis | Kei te kai au i te āporo. |
| inu | boire | inu … i + boisson | Kei te inu ia i te wai. |
| noho | être assis, rester, séjourner, habiter | noho … ki + lieu | Kei te noho mātou ki Pōneke. |
| tū | être ou se tenir debout | souvent sans objet | Kei te tū te kaiako. |
| mahi | travailler, faire ; travail | seul ou avec un complément | Kei te mahi koe. |
| kite | voir, apercevoir, trouver | kite … i + chose vue | Kei te kite au i te maunga. |
| rongo | entendre, percevoir, ressentir | rongo … i + perception | Kei te rongo au i te waiata. |
| hiahia | vouloir, désirer | hiahia … ki te + verbe | Kei te hiahia au ki te haere. |
| mōhio | savoir, connaître | seul ou avec ki selon le complément | Kāore au e mōhio. |
Les macrons de tū et mōhio indiquent une voyelle longue. Ils font partie de l’orthographe : il faut donc les apprendre et les écrire, comme dans les autres mots māoris comportant ā, ē, ī, ō, ū.
Le modèle débutant : Kei te + verbe + sujet
Pour présenter une action comme en cours au moment où l’on parle, le modèle le plus sûr au niveau A1 est :
| Position | Fonction | Dans la phrase |
|---|---|---|
| 1 | particule d’aspect | Kei te |
| 2 | action | kai |
| 3 | sujet | au |
| 4 | complément éventuel | i te āporo |
On obtient Kei te kai au i te āporo « Je mange la pomme / Je suis en train de manger la pomme ». L’aspect est la manière de présenter le déroulement d’une action : ici, on la montre en cours. Il ne correspond pas toujours exactement à un temps verbal français.
Le verbe ne change pas avec le sujet :
| Sujet | Sens | Exemple |
|---|---|---|
| au / ahau | je, moi | Kei te mahi au. |
| koe | tu, toi | Kei te mahi koe. |
| ia | il, elle | Kei te mahi ia. |
| tāua | nous deux, toi compris | Kei te mahi tāua. |
| māua | nous deux, sans toi | Kei te mahi māua. |
| tātou | nous, toi compris | Kei te mahi tātou. |
| mātou | nous, sans toi | Kei te mahi mātou. |
| rātou | ils, elles, au moins trois | Kei te mahi rātou. |
Le français oblige à choisir « il » ou « elle », tandis que ia ne marque pas cette distinction. Le contexte permet de savoir de qui l’on parle.
Les compléments avec i et ki
Certains verbes se suffisent à eux-mêmes : Kei te tū ia « Il/elle est debout ». D’autres appellent souvent une information supplémentaire. Pour un verbe transitif — un verbe dont l’action porte sur quelqu’un ou quelque chose — i introduit fréquemment l’objet :
- Kei te kai au i te ika « Je mange le poisson. »
- Kei te inu ia i te wai « Il/elle boit l’eau. »
- Kei te kite koe i te whare « Tu vois la maison. »
- Kei te rongo mātou i te reo « Nous entendons la voix. »
Pour un déplacement vers une destination, on emploie ki : Kei te haere rātou ki te toa « Ils/elles vont au magasin ». Avec noho, ki peut introduire le lieu où l’on vit ou séjourne : E noho ana ia ki Rotorua « Il/elle habite à Rotorua ».
Il ne faut pas attribuer une traduction française fixe à chaque particule. I a plusieurs fonctions en māori : il peut notamment introduire un objet, mais aussi marquer le passé lorsqu’il est placé avant le verbe. Dans I kite au i te kurī « J’ai vu le chien », le premier I situe l’action dans le passé ; le second i introduit ce qui a été vu.
Hiahia suivi d’une autre action
Pour dire que l’on veut faire quelque chose, le modèle indispensable est :
Kei te hiahia + sujet + ki te + verbe
Ainsi :
- Kei te hiahia au ki te haere. « Je veux partir. »
- Kei te hiahia koe ki te kai? « Veux-tu manger ? »
- Kei te hiahia rātou ki te mahi. « Ils/elles veulent travailler. »
Le français utilise un infinitif dans « vouloir partir ». Le māori ne transforme pas haere en une forme spéciale comparable à l’infinitif français : le verbe reste inchangé, mais il est précédé ici de ki te.
Hiahia peut aussi porter sur une chose : Kei te hiahia au ki te wai « Je veux de l’eau ». La présence de te après ki ne signifie donc pas toujours la même chose : dans ki te wai, te est l’article de wai ; dans le modèle débutant ki te haere, l’ensemble introduit l’action souhaitée.
Parler de perception et de connaissance
Kite, rongo et mōhio sont proches dans certaines traductions françaises, mais ils ne désignent pas la même expérience :
- kite concerne ce que l’on voit ou découvre : Kei te kite au i a ia « Je le/la vois » ;
- rongo concerne ce que l’on entend, ressent ou perçoit : Kei te rongo au i te waiata « J’entends le chant » ;
- mōhio concerne ce que l’on sait ou connaît : Kāore au e mōhio « Je ne sais pas ».
Dans Kei te rongo au, le contexte peut conduire à « J’entends », « Je perçois » ou « Je comprends ce que tu veux dire ». Il vaut mieux partir du sens général de perception que d’associer automatiquement rongo à un seul verbe français.
Exemples en contexte
| Māori | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Kei te haere au ki te kura. | Je vais à l’école. | ki introduit la destination. |
| Kei te kai ngā tamariki i te parāoa. | Les enfants mangent le pain. | Le sujet suit le verbe ; i introduit l’aliment. |
| Kei te inu ia i te wai. | Il/elle boit de l’eau. | ia peut désigner un homme ou une femme. |
| Kei te noho mātou ki Pōneke. | Nous habitons à Wellington, sans inclure la personne à qui nous parlons. | mātou est un « nous » exclusif. |
| Kei te tū te kaiako. | L’enseignant(e) est debout. | tū porte un macron. |
| Kei te mahi koe i te kāinga. | Tu travailles à la maison. | Le lieu vient après le sujet. |
| Kei te kite au i te maunga. | Je vois la montagne. | kite prend ici un objet avec i. |
| Kei te rongo au i te waiata. | J’entends le chant. | rongo exprime une perception. |
| Kei te hiahia au ki te haere. | Je veux partir. | Modèle hiahia … ki te + verbe. |
| Kei te hiahia koe ki te kai? | Veux-tu manger ? | L’intonation et le point d’interrogation signalent la question. |
| Ka kite koe. | Tu verras. | ka présente ici l’événement à venir. |
| I kite ia i te kurī. | Il/elle a vu le chien. | Le premier I marque le passé ; le second i, l’objet. |
| Kei te rongo au. | J’entends / Je comprends. | La traduction précise dépend du contexte. |
| Kāore au e mōhio. | Je ne sais pas. | Formule négative très courante à mémoriser entière. |
| Ka kite anō. | À bientôt. | Littéralement, l’idée de « se voir de nouveau ». |
Erreurs fréquentes
1. Reproduire l’ordre français
- À éviter : Au kei te kai.
- Forme attendue : Kei te kai au.
- Pourquoi : dans une phrase d’action neutre, la particule et le verbe précèdent normalement le sujet. Commencez par le bloc Kei te + action, puis ajoutez la personne.
2. Supprimer la particule pour traduire un présent français
- À éviter pour dire « je travaille en ce moment » : Mahi au.
- Forme attendue : Kei te mahi au.
- Pourquoi : le verbe nu existe dans certains environnements grammaticaux, notamment des consignes, mais il ne remplace pas automatiquement un présent français. Au niveau A1, kei te donne un cadre clair à l’action en cours.
3. Oublier i devant l’objet
- À éviter : Kei te kite au te kurī.
- Forme attendue : Kei te kite au i te kurī.
- Pourquoi : la chose vue est l’objet de kite et elle est ici introduite par i. La même structure apparaît souvent avec kai, inu et rongo.
4. Employer i à la place de ki pour une destination
- À éviter pour exprimer un mouvement vers l’école : Kei te haere au i te kura.
- Forme attendue : Kei te haere au ki te kura.
- Pourquoi : ki indique ici la direction ou le but du déplacement : « vers, à destination de ».
5. Calquer « vouloir + infinitif »
- À éviter : Kei te hiahia au haere.
- Forme attendue : Kei te hiahia au ki te haere.
- Pourquoi : une autre action souhaitée est introduite par ki te dans ce modèle. Apprenez hiahia … ki te … comme une seule charpente.
6. Omettre les macrons
- À éviter : tu, mohio lorsque les mots visés sont tū, mōhio.
- Forme attendue : Kei te tū ia. ; Kāore au e mōhio.
- Pourquoi : la longueur des voyelles fait partie de la prononciation et peut distinguer des mots. Un macron n’est pas un accent facultatif.
Notes d’usage
Un mot peut être verbe ou nom
Le māori ne répartit pas toujours les mots dans les mêmes catégories rigides que le français. Kai signifie « manger » dans Kei te kai au, mais « nourriture, repas » dans He pai te kai « Le repas est bon ». De même, mahi signifie « travailler » dans Kei te mahi au et « travail, tâche » dans te mahi. La particule et la place du mot dans la phrase indiquent sa fonction.
Noho couvre plusieurs idées françaises
Selon le lieu et la situation, noho peut correspondre à « être assis », « rester », « séjourner » ou « habiter ». Il n’est donc pas nécessaire de chercher un verbe māori différent pour chaque traduction française. Kei te noho ia peut décrire une personne assise ou qui reste quelque part ; un complément de lieu rend souvent le sens plus précis.
Entendre n’est pas écouter volontairement
Rongo porte sur le fait de percevoir ou de ressentir. Pour l’action volontaire d’écouter ou de prêter attention, on rencontre très souvent whakarongo, généralement avec ki : Whakarongo ki te kaiako « Écoute l’enseignant(e) ». Cette distinction ressemble assez bien à celle entre « entendre » et « écouter » en français, même si les emplois ne se recouvrent pas toujours mot pour mot.
Ka kite anō comme formule de départ
Le verbe kite apparaît dans la formule Ka kite anō, employée pour prendre congé avec l’idée de « on se reverra ». Il ne s’agit pas d’analyser chaque salutation mot à mot avant de l’utiliser : mémorisez l’expression complète, avec anō « de nouveau ».
Pour aller plus loin
Les points qui suivent ne sont pas à maîtriser immédiatement au niveau A1, mais ils expliquent des formes que l’on rencontre rapidement.
D’autres particules autour du même verbe
Comme le verbe ne se conjugue pas, on peut garder haere, kai ou kite et modifier la présentation de l’action :
| Forme | Valeur générale | Exemple | Traduction possible |
|---|---|---|---|
| kei te + verbe | action en cours, situation immédiate | Kei te kai au. | Je mange en ce moment. |
| i + verbe | action passée | I kai au. | J’ai mangé. |
| ka + verbe | action qui commence, événement à venir ou étape d’un récit | Ka kite koe. | Tu verras. |
| e + verbe + ana | action en cours ou habituelle selon le contexte | E noho ana mātou ki Pōneke. | Nous habitons à Wellington. |
| kua + verbe | action accomplie ou nouvel état pertinent maintenant | Kua haere ia. | Il/elle est parti(e). |
Ces équivalents français sont des repères, non des traductions automatiques. Ka, en particulier, n’est pas simplement un « futur » universel : le contexte peut lui donner une valeur de commencement ou d’enchaînement dans un récit.
La direction avec mai et atu
Après un verbe de mouvement, mai indique généralement un mouvement vers la personne qui parle ou le point de référence, tandis que atu indique un mouvement qui s’en éloigne :
- Haere mai! « Viens ! / Bienvenue ! »
- Haere atu! « Va-t’en ! / Continue en t’éloignant ! », selon le contexte et le ton.
Là où le français change souvent de verbe entre « venir » et « aller », le māori peut combiner haere avec une particule directionnelle. Le choix exprime le point de vue spatial du locuteur.
Les formes passives
Plus tard, on découvre que la voix passive — une construction qui met au premier plan ce qui subit l’action — est très importante en māori. Plusieurs verbes prennent alors un suffixe qui doit être appris avec eux :
- I kainga te kai e ngā tamariki. « La nourriture a été mangée par les enfants. »
- Kua kitea te pukapuka. « Le livre a été retrouvé. »
- Ka mahia te mahi. « Le travail sera fait. »
Les formes kainga, kitea et mahia ne suivent pas toutes un unique suffixe prévisible. Il est donc prudent d’apprendre progressivement la forme passive avec chaque verbe, plutôt que d’en inventer une à partir d’une règle trop simple.
Ordres et invitations
Dans les consignes, on peut rencontrer e devant le verbe, par exemple E tū! « Debout ! / Levez-vous ! » ou E noho! « Asseyez-vous ! ». Ces formes appartiennent au système des ordres et des demandes. Elles expliquent pourquoi un verbe sans kei te n’est pas forcément incorrect en soi : c’est la construction entière et l’intention qui déterminent la forme appropriée.
Conseils pratiques
- Travaillez avec des charpentes complètes. Choisissez chaque jour trois verbes et produisez Kei te + verbe + au, puis remplacez au par koe, ia et rātou. Le verbe doit rester exactement identique.
- Ajoutez un complément adapté. Associez haere à une destination avec ki, puis kai, inu, kite et rongo à un objet avec i. Par exemple : haere ki te toa, inu i te wai, kite i te maunga.
- Écoutez par blocs, macrons compris. Répétez à voix haute Kei te hiahia au ki te haere, Ka kite koe et Kāore au e mōhio. Enregistrez-vous si possible et vérifiez que tū et mōhio comportent bien une voyelle longue.
Notions liées
- Prérequis : Structure de base de la phrase — pour placer la particule, le verbe, le sujet et le complément dans l’ordre māori.
- Étape suivante : Activités quotidiennes — pour réutiliser les verbes dans une routine avec ara, moe, horoi, whakatā, pānui et tuhi.