A2

Les noms verbaux et infinitifs en turc

İsim-Fiiller

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En bref

Le turc transforme un verbe en nom principalement avec -mak/-mek, -ma/-me et -(y)ış/iş/uş/üş. La première forme sert surtout d’infinitif (yüzmek, « nager »), la deuxième nomme une action et peut recevoir des suffixes de cas ou de possession (yüzme, « la nage, le fait de nager »), tandis que la troisième évoque souvent une manière de faire ou devient un nom lexicalisé (gülüş, « rire, façon de rire »). Le bon choix dépend donc à la fois du sens et du mot qui suit.

Vue d’ensemble

Un nom verbal est une forme construite sur un verbe mais employée comme un nom : elle permet de parler d’une action comme d’une chose, d’un projet ou d’une activité. Dans Yürümek sağlıklıdır (« Marcher est bon pour la santé »), l’action de marcher est le sujet de la phrase, c’est-à-dire ce dont on parle. Dans Yürümeyi seviyorum (« J’aime marcher »), elle est le complément d’objet du verbe sevmek, autrement dit ce que l’on aime.

Cette notion apparaît au niveau A2, mais elle touche à un principe central du turc : on ajoute des suffixes les uns après les autres. Là où le français emploie souvent un infinitif précédé de de, à ou pour, le turc choisit une forme nominale puis, si nécessaire, un cas — un suffixe qui indique la fonction du nom dans la phrase. Ainsi, « commencer à travailler » se dit çalışmaya başlamak, avec le datif -(y)a/-(y)e, tandis que « avoir peur de voler » se dit uçmaktan korkmak, avec l’ablatif -dan/-den/-tan/-ten.

Les trois familles ne sont pas interchangeables. -mak/-mek présente volontiers l’action de façon générale ou comme infinitif lié à certains verbes. -ma/-me est plus nettement nominal et accepte facilement les marques de possession : gelmem peut signifier « ma venue » ou « le fait que je vienne ». -(y)ış/iş/uş/üş attire plutôt l’attention sur la façon dont l’action se déroule, mais beaucoup de mots ainsi formés ont acquis un sens propre, comme giriş (« entrée ») et çıkış (« sortie »).

Formation et fonctionnement

1. Trouver le radical et respecter l’harmonie vocalique

Le radical est la partie du verbe qui reste lorsque l’on retire l’infinitif. Pour gelmek (« venir »), c’est gel- ; pour okumak (« lire »), c’est oku-.

Les suffixes changent de voyelle selon la dernière voyelle du radical. C’est l’harmonie vocalique, c’est-à-dire l’accord des voyelles à l’intérieur du mot.

Dernière voyelle du radical Infinitif Nom d’action Forme en -(y)Iş
a, ı -mak -ma -(y)ış
e, i -mek -me -(y)iş
o, u -mak -ma -(y)uş
ö, ü -mek -me -(y)üş

On obtient par exemple bakmak (« regarder »), bakma (« action de regarder »), bakış (« regard, façon de regarder ») ; ou gülmek, gülme, gülüş. Dans la troisième famille, y sert de consonne de liaison après un radical terminé par une voyelle : anla-y-ışanlayış (« compréhension, manière de comprendre »), yürü-y-üşyürüyüş (« marche, promenade »).

2. -mak/-mek : l’infinitif et l’action en général

-mak/-mek correspond le plus directement à l’infinitif français, la forme non conjuguée comme « venir » ou « lire ». C’est aussi la forme sous laquelle les verbes figurent dans un dictionnaire turc.

On l’emploie notamment :

  • comme sujet général : Erken kalkmak zor. (« Se lever tôt est difficile. ») ;
  • comme attribut, après « être » sous-entendu : Amacım Türkçe öğrenmek. (« Mon objectif est d’apprendre le turc. ») ;
  • devant certains verbes lorsque l’auteur des deux actions est le même : Dinlenmek istiyorum. (« Je veux me reposer. ») ;
  • avec için pour exprimer un but : Seni görmek için geldim. (« Je suis venu pour te voir. »).

Le français n’aide pas toujours à choisir la construction. Après istemek (« vouloir »), l’infinitif nu convient : gitmek istiyorum. Après sevmek (« aimer »), l’action définie prend normalement l’accusatif : gitmeyi seviyorum. Après başlamak (« commencer »), elle prend le datif : gitmeye başladım. Il faut donc apprendre le verbe turc avec la forme qu’il commande, plutôt que de traduire mécaniquement « de » ou « à ».

3. Les cas ajoutés à l’action

Lorsqu’un cas commençant par une voyelle suit l’infinitif, le turc moderne emploie généralement la base en -ma/-me : okumak devient okumayı à l’accusatif et okumaya au datif. Avec l’ablatif et le locatif, le k reste : okumaktan, okumakta.

Fonction Construction courante Exemple Sens
forme nue -mak/-mek Yüzmek kolay. Nager est facile.
accusatif, objet déterminé -mayı/-meyi Yüzmeyi seviyorum. J’aime nager.
datif, direction ou début -maya/-meye Yüzmeye başladım. J’ai commencé à nager.
ablatif, origine ou cause -maktan/-mekten Yüzmekten korkuyorum. J’ai peur de nager.
locatif, surtout soutenu -makta/-mekte Çalışmakta. Il/elle est en train de travailler.

Le y de -mayı/-meyi et -maya/-meye évite la rencontre de deux voyelles. Comparez oku-ma-y-ı et oku-ma-y-a.

Avec des postpositions, la forme dépend de la construction entière :

  • yemek için : « pour manger » ;
  • yemekten sonra : « après avoir mangé » ;
  • uyumadan önce : « avant de dormir ».

La dernière tournure comporte -madan/-meden, qui signifie ici « sans faire / avant de faire ». Elle ressemble au nom en -ma/-me, mais fonctionne comme une forme adverbiale du verbe ; il est utile de la mémoriser comme un ensemble au niveau A2.

4. -ma/-me : le fait de faire et le nom d’activité

-ma/-me forme un nom d’action, c’est-à-dire un nom qui désigne le fait d’accomplir le verbe. Cette forme apparaît souvent dans le vocabulaire quotidien :

  • okuma : lecture, fait de lire ;
  • yazma : écriture, fait d’écrire ;
  • yüzme : natation ;
  • bekleme odası : salle d’attente ;
  • okuma yazma : lecture et écriture, fait de savoir lire et écrire.

Contrairement à -mak/-mek, cette forme reçoit naturellement un suffixe possessif. Ici, « possessif » ne signifie pas toujours posséder une chose : il indique souvent qui accomplit l’action.

Personne qui accomplit l’action Forme de gelmek Sens de base
moi gelmem ma venue, le fait que je vienne
toi gelmen ta venue, le fait que tu viennes
lui/elle gelmesi sa venue, le fait qu’il/elle vienne
nous gelmemiz notre venue, le fait que nous venions
vous gelmeniz votre venue, le fait que vous veniez
eux/elles gelmeleri leur venue, le fait qu’ils/elles viennent

Un autre suffixe de cas peut ensuite s’ajouter : gelme-n-i istiyorum (« je veux que tu viennes »), gelme-s-i-ne sevindim (« je me suis réjoui de sa venue »). L’ordre est donc radical + nom d’action + personne + cas.

Pour un débutant, la distinction la plus utile est celle-ci :

  • même personne pour les deux verbes : Gitmek istiyorum. (« Je veux partir. ») ;
  • personnes différentes : Senin gitmeni istiyorum. (« Je veux que tu partes. »).

La seconde construction annonce les propositions nominales plus avancées. Il suffit d’abord de savoir la reconnaître.

5. -(y)ış/iş/uş/üş : manière, déroulement ou résultat

Cette forme peut désigner la manière caractéristique dont une action est faite :

  • gülüşü : son rire, sa façon de rire ;
  • bakışı : son regard, sa façon de regarder ;
  • yürüyüşü : sa démarche, sa façon de marcher.

Elle produit aussi des noms autonomes très courants : giriş (« entrée »), çıkış (« sortie »), dönüş (« retour »), alışveriş (« achats, courses »), yürüyüş (« promenade, marche »). Leur sens ne se déduit pas toujours mot à mot du verbe ; mieux vaut les apprendre comme du vocabulaire.

L’expression donnée traditionnellement comme gelişi güzel illustre l’idée de « selon la façon dont cela vient ». Dans l’orthographe turque actuelle, l’adverbe lexicalisé s’écrit en un seul mot : gelişigüzel, « au hasard, sans méthode ». Cette formation est donc utile à comprendre, mais ce mot doit être mémorisé avec son orthographe moderne.

Exemples en contexte

Turc Français Remarque
Yüzmek istiyorum. Je veux nager. Infinitif après istemek ; même personne pour les deux actions.
Her gün yürümek sağlıklıdır. Marcher tous les jours est bon pour la santé. L’action entière est le sujet.
Amacım iyi Türkçe konuşmak. Mon objectif est de bien parler turc. Infinitif après un nom qui exprime un objectif.
Seni görmek için geldim. Je suis venu pour te voir. -mek için exprime le but.
Kitap okumayı seviyorum. J’aime lire des livres. Sevmek reçoit ici l’action à l’accusatif.
Düzenli çalışmaya başladık. Nous avons commencé à travailler régulièrement. Başlamak commande le datif.
Uçmaktan korkuyor musun? As-tu peur de prendre l’avion ? Korkmak se construit avec l’ablatif.
Yemekten sonra kahve içiyoruz. Nous buvons du café après avoir mangé. Infinitif à l’ablatif devant sonra.
Okuma yazma biliyor. Il/elle sait lire et écrire. Groupe lexical courant avec deux noms d’action.
Bekleme odası ikinci katta. La salle d’attente est au deuxième étage. Bekleme entre dans un nom composé.
Senin gelmeni istiyorum. Je veux que tu viennes. Le suffixe -n indique que « tu » accomplis l’action.
Geç kalmasına şaşırdım. J’ai été surpris qu’il/elle soit en retard. Nom d’action possessif, puis datif.
Çocuğun gülüşü herkesi neşelendirdi. Le rire de l’enfant a égayé tout le monde. Gülüş évoque le rire ou la façon de rire.
Bana bakışı değişti. Sa façon de me regarder a changé. Bakış met l’accent sur le regard.
Acil çıkış nerede? Où est la sortie de secours ? Çıkış est devenu un nom autonome.
Soruları gelişigüzel cevaplama. Ne réponds pas aux questions au hasard. Gelişigüzel est un adverbe lexicalisé.

Erreurs fréquentes

Employer toujours -mak/-mek après un autre verbe

  • Incorrect : Türkçe öğrenmek seviyorum.
  • Correct : Türkçe öğrenmeyi seviyorum.
  • Pourquoi : Sevmek traite ici l’activité aimée comme un objet déterminé ; la forme attendue porte l’accusatif -(y)ı/-(y)i.

Traduire directement les prépositions françaises

  • Incorrect : Çalışmak başladım.
  • Correct : Çalışmaya başladım.
  • Pourquoi : « Commencer à » ne se traduit pas mot à mot. En turc, başlamak commande le datif : -maya/-meye.

Oublier l’auteur d’une deuxième action

  • Incorrect : Sen gitmek istiyorum.
  • Correct : Senin gitmeni istiyorum.
  • Pourquoi : dans la phrase française « je veux que tu partes », « je » veut mais « tu » pars. Le turc marque cette différence avec senin et le possessif de deuxième personne dans gitmeni.

Confondre nom d’action et négation

  • Ambigu : gelme
  • Selon le contexte : Gelme! (« Ne viens pas ! ») ou gelme (« venue, fait de venir »).
  • Pourquoi : le suffixe négatif -ma/-me et le suffixe du nom d’action ont la même forme. La place dans la phrase, l’intonation et les suffixes suivants lèvent généralement l’ambiguïté. L’infinitif négatif est gelmemek : gel-me-mek.

Appliquer seulement deux variantes à -(y)Iş

  • Incorrect : yürüyiş
  • Correct : yürüyüş
  • Pourquoi : ce suffixe suit l’harmonie à quatre variantes : -ış, -iş, -uş, -üş. Après ü, on choisit -üş et l’on insère y après la voyelle finale du radical.

Inventer librement des noms en -(y)Iş

  • Peu naturel dans certains contextes : former systématiquement un mot en -(y)ış pour traduire « manière de… ».
  • Plus sûr : employer un mot attesté, ou une construction comme konuşma biçimi (« manière de parler ») et yapma şekli (« façon de faire »).
  • Pourquoi : cette formation existe bien, mais sa productivité est limitée par l’usage. De nombreux noms en -(y)Iş sont lexicalisés.

Notes d’usage

À l’oral comme à l’écrit, -mak/-mek est la forme normale pour citer un verbe : “Gitmek” ne demek? (« Que signifie gitmek ? »). Les noms en -ma/-me sont fréquents dans les intitulés et les noms composés : yüzme kursu (« cours de natation »), danışma masası (« bureau d’information »), araştırma merkezi (« centre de recherche »). Dans ce rôle, ils se traduisent souvent par un nom français plutôt que par un infinitif.

Le français permet une longue série de constructions avec l’infinitif sans en indiquer explicitement le sujet : « avant de partir », « après avoir mangé », « pour apprendre ». Le turc répartit ces sens entre plusieurs suffixes et postpositions. Il est donc plus efficace de retenir des blocs complets — -mek için, -mekten sonra, -meye başlamak, -meyi sevmek — que de chercher un équivalent unique de l’infinitif français.

Certaines formes en -(y)Iş subissent les alternances ordinaires du radical devant un suffixe commençant par une voyelle : git- donne gidiş, et- donne ediş. Ce ne sont pas des exceptions propres aux noms verbaux, mais le résultat des changements consonantiques généraux du turc.

Pour aller plus loin

Les points suivants dépassent le noyau A2 : il n’est pas nécessaire de les produire immédiatement, mais ils apparaissent souvent dans des textes et des conversations.

La négation avec un possessif

On peut nier l’action avant d’ajouter le nom verbal et la personne :

  • gelmem = « ma venue / le fait que je vienne » : gel-me-m ;
  • gelmemem = « le fait que je ne vienne pas » : gel-me-me-m ;
  • Onun gelmemesine şaşırdım. = « J’ai été surpris qu’il/elle ne vienne pas. »

La répétition de me paraît déroutante, mais chaque élément a un rôle : le premier nie le verbe, le second nominalise l’action.

Les propositions nominales

Quand le nom d’action possède son propre auteur, il peut former une petite proposition intégrée dans une phrase plus grande : Doktor erken yatmamı söyledi (« Le médecin m’a dit de me coucher tôt »). Yatmamı réunit yat- (« se coucher »), -ma (nom d’action), -m (« moi » comme auteur) et (accusatif).

Cette construction est particulièrement courante après les verbes de volonté, de demande, de permission ou d’empêchement. Elle ne correspond pas toujours à un infinitif français : selon le contexte, le français choisira « de faire » ou « que quelqu’un fasse ».

Le style en -makta/-mekte

La forme locative -makta/-mekte peut servir à présenter une action en cours, surtout dans un registre administratif, informatif ou soutenu : Başvurular devam etmektedir (« Les candidatures sont toujours en cours »). Dans la conversation courante, le présent continu en -(I)yor est généralement plus naturel : Çalışıyor plutôt que çalışmakta. Il faut surtout reconnaître cette forme dans les annonces et les textes officiels.

Conseils pratiques

  1. Apprenez les associations complètes. Faites quatre cartes avec un même verbe : yüzmek istiyorum, yüzmeyi seviyorum, yüzmeye başladım, yüzmekten korkuyorum. Vous retiendrez ainsi le cas commandé par chaque verbe.
  2. Décomposez les mots de droite à gauche. Dans gelmesini (gel-me-si-n-i), repérez d’abord l’accusatif -i et son n de liaison, puis le possessif -si, puis le nom d’action -me. Cette habitude rend les longues formes turques beaucoup moins opaques.
  3. Classez les mots en -(y)Iş comme du vocabulaire. Notez ensemble giriş/çıkış, gidiş/dönüş et bakış/gülüş, puis observez dans des phrases si le mot désigne une action, une manière ou un objet concret.

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Prérequis

Le présent continu en turc (şimdiki zaman)A1

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