Le mode impératif en turc
Emir Kipi
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de turc sur Settemila Lingue.
En bref
Pour donner un ordre à une personne que l’on tutoie, le turc emploie simplement le radical du verbe : gelmek (« venir ») devient Gel! (« Viens ! »). Avec plusieurs personnes ou dans une relation de politesse, on ajoute généralement -in/-ın/-ün/-un : Gelin! (« Venez ! »). La négation se place entre le radical et la terminaison : Gelme! (« Ne viens pas ! »), Gelmeyin! (« Ne venez pas ! »).
Vue d’ensemble
Le mode impératif (emir kipi) sert à demander à quelqu’un d’agir ou de ne pas agir. Il couvre donc l’ordre direct, mais aussi l’instruction, l’invitation, le conseil, l’avertissement et certaines demandes polies. On le rencontre très tôt dans la vie quotidienne : Bekle! (« Attends ! »), Buraya gelin. (« Venez ici. »), Dokunmayın. (« Ne touchez pas. »).
Cette notion est introduite au niveau A2 parce que sa règle de base est courte : avec sen, le radical suffit ; avec siz, on ajoute une terminaison. La difficulté réelle consiste surtout à choisir le bon niveau de politesse. Une forme grammaticalement correcte peut paraître brusque si la situation appelle une demande plus douce.
Le turc et le français ne répartissent pas les personnes de la même manière. L’impératif français possède notamment « allons » pour nous ; en turc, l’idée de « allons » appartient normalement au mode optatif, c’est-à-dire à la forme qui exprime une proposition ou un souhait : Gidelim! (« Allons-y ! »). En revanche, le turc possède un impératif de troisième personne, comme Gelsin! (« Qu’il ou elle vienne ! »), là où le français emploie généralement « que » suivi du subjonctif.
Formation et fonctionnement
Trouver le radical
Le radical est la partie du verbe qui porte son sens, avant les suffixes. Pour le trouver, on retire -mek ou -mak de l’infinitif :
| Infinitif turc | Radical | Impératif avec sen | Sens |
|---|---|---|---|
| gelmek | gel- | Gel! | Viens ! |
| yapmak | yap- | Yap! | Fais ! |
| oturmak | otur- | Otur! | Assieds-toi ! |
| okumak | oku- | Oku! | Lis ! |
| beklemek | bekle- | Bekle! | Attends ! |
Le pronom sujet — le mot qui indique qui doit agir — n’est normalement pas exprimé. On dit donc simplement Gel!, et non systématiquement Sen gel!. Le pronom sen devient utile pour contraster plusieurs personnes ou insister : Sen bekle, Ayşe gelsin. (« Toi, attends ; qu’Ayşe vienne. »).
Les principales personnes
Les suffixes changent selon l’harmonie vocalique : leur voyelle s’adapte à la dernière voyelle du radical. Dans le tableau, la lettre majuscule I représente l’une des quatre voyelles ı, i, u, ü.
| Personne visée | Construction | Exemple avec gelmek | Valeur courante |
|---|---|---|---|
| sen — une personne tutoyée | radical seul | Gel! | Viens ! |
| siz — plusieurs personnes ou vouvoiement | radical + -(y)In | Gelin! | Venez ! |
| siz — forme renforcée | radical + -(y)InIz | Geliniz! | Veuillez venir / venez |
| o — il, elle | radical + -sIn | Gelsin! | Qu’il ou elle vienne ! |
| onlar — ils, elles | radical + -sIn(lAr) | Gelsinler! | Qu’ils ou elles viennent ! |
Le y entre parenthèses est une consonne de liaison : il apparaît lorsque le radical se termine par une voyelle. Ainsi, oku- donne okuyun, et başla- donne başlayın.
Les quatre variantes de chaque terminaison suivent la dernière voyelle du radical :
| Dernière voyelle | Impératif avec siz | Impératif avec o | Exemples |
|---|---|---|---|
| e, i | -in | -sin | gelin, gelsin |
| a, ı | -ın | -sın | bakın, baksın |
| ö, ü | -ün | -sün | görün, görsün |
| o, u | -un | -sun | oturun, otursun |
Pour siz, la forme courte en -(y)In est la plus utile dans la conversation ordinaire : Buyurun, oturun. (« Je vous en prie, asseyez-vous. »). La forme longue en -(y)InIz, comme bekleyiniz ou dikkat ediniz, est plus soutenue. Elle apparaît souvent dans des annonces, des règlements ou des consignes écrites.
Former l’impératif négatif
La négation se construit avec -me/-ma, placé juste après le radical. La voyelle dépend de l’harmonie à deux variantes : -me après e, i, ö, ü et -ma après a, ı, o, u.
| Personne visée | Formule | gelmek (« venir ») | yapmak (« faire ») |
|---|---|---|---|
| sen | radical + -me/-ma | Gelme! | Yapma! |
| siz | radical + -me/-ma + -yIn | Gelmeyin! | Yapmayın! |
| o | radical + -me/-ma-sın | Gelmesin! | Yapmasın! |
| onlar | radical + -me/-ma-sınlar | Gelmesinler! | Yapmasınlar! |
Dans gelmeyin, le y relie la voyelle de -me à la terminaison -in. Il ne faut donc pas supprimer la marque négative : gelin signifie « venez », tandis que gelmeyin signifie « ne venez pas ».
Le français encadre généralement le verbe avec « ne… pas ». Le turc n’utilise pas deux mots séparés : toute la négation est intégrée au verbe. Cette différence mérite d’être automatisée dès le début.
La troisième personne
Les formes en -sin/-sın/-sun/-sün ne s’adressent pas directement à la personne qui doit agir. Elles expriment qu’un tiers doit, peut ou est autorisé à accomplir l’action :
- Ali gelsin. — Qu’Ali vienne.
- Çocuklar dışarıda oynasınlar. — Que les enfants jouent dehors.
- Kimse girmesin. — Que personne n’entre.
Selon le contexte, la traduction française peut employer « qu’il… », « laissez-le… », « il peut… » ou une autre tournure naturelle. Gitmesin! signifie littéralement « Qu’il ou elle ne parte pas ! » ; dans certaines situations, « Ne le/la laissez pas partir ! » rend mieux l’intention.
La place des compléments
Le turc place habituellement le verbe à la fin. Le complément d’objet direct — la personne ou la chose directement concernée par l’action — vient donc souvent avant l’impératif :
- Kapıyı aç. — Ouvre la porte.
- Beni dinleyin. — Écoutez-moi.
- Bu ilacı almayın. — Ne prenez pas ce médicament.
Contrairement au français, un pronom comme « me » ne se déplace pas après le verbe affirmatif : « écoute-moi » devient beni dinle, avec beni avant dinle.
Exemples en contexte
| Turc | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Gel! | Viens ! | Une personne tutoyée |
| Lütfen oturun. | Asseyez-vous, s’il vous plaît. | Vouvoiement ou plusieurs personnes |
| Bir dakika bekle. | Attends une minute. | Instruction familière |
| Kapıyı kapatın, lütfen. | Fermez la porte, s’il vous plaît. | Demande polie avec lütfen |
| Buraya park etmeyin. | Ne vous garez pas ici. | Interdiction adressée avec siz |
| Sakın dokunma! | Surtout, ne touche pas ! | sakın renforce l’avertissement négatif |
| Dikkatli ol. | Fais attention. | Littéralement « sois prudent » |
| Beni ara. | Appelle-moi. | Le complément précède le verbe |
| Formu doldurunuz. | Veuillez remplir le formulaire. | Forme longue, soutenue ou administrative |
| Çocuklar içeri gelsinler. | Que les enfants entrent. | Troisième personne du pluriel |
| Kimse konuşmasın. | Que personne ne parle. | Ordre négatif à la troisième personne |
| Biraz dinlenin. | Reposez-vous un peu. | Conseil formulé avec siz |
| Afiyet olsun! | Bon appétit ! | Formule figée avec olsun |
| Geçmiş olsun! | Bon rétablissement ! | Souhait figé adressé à une personne éprouvée |
| Sen burada kal, ben yardım çağırayım. | Toi, reste ici ; moi, je vais appeler de l’aide. | sen marque le contraste ; çağırayım n’est pas un impératif de 2e personne |
Erreurs fréquentes
Ajouter une terminaison à la forme avec sen
- Incorrect : Sen gelin!
- Correct : Gel! ou, avec contraste, Sen gel!
- Pourquoi : avec une seule personne tutoyée, le radical constitue déjà l’impératif. Gelin correspond à siz, donc au pluriel ou au vouvoiement.
Employer la forme nue dans une situation formelle
- Mal adapté : Otur! à une cliente, à un inconnu ou à un supérieur.
- Mieux : Lütfen oturun.
- Pourquoi : otur est grammatical, mais relève du tutoiement et peut sembler sec. Oturun respecte la distance sociale ; lütfen adoucit encore la demande.
Oublier le y de liaison dans la négation polie
- Incorrect : Gelmein! / Yapmaın!
- Correct : Gelmeyin! / Yapmayın!
- Pourquoi : après -me/-ma, qui se termine par une voyelle, le turc insère y avant la terminaison : gel-me-y-in, yap-ma-y-ın.
Utiliser une forme française de négation autour du verbe
- Incorrect : une construction calquée mot à mot sur « ne… pas ».
- Correct : Konuşma! (« Ne parle pas ! »), Konuşmayın! (« Ne parlez pas ! »).
- Pourquoi : la négation verbale turque est un suffixe. Aucun équivalent séparé de « ne » n’est nécessaire.
Confondre -sin et -in
- Incorrect pour “Qu’il attende” : Bekleyin!
- Correct : Beklesin!
- Pourquoi : bekleyin s’adresse à vous : « attendez ». Beklesin concerne une troisième personne : « qu’il ou elle attende ».
Employer l’impératif pour « allons »
- Incorrect : chercher une terminaison impérative ordinaire de première personne du pluriel.
- Correct : Gidelim! (« Allons-y ! »), Başlayalım! (« Commençons ! »).
- Pourquoi : ces propositions inclusives se forment avec l’optatif en -(y)elim/-(y)alım, et non avec les formes centrales de l’impératif adressées à sen ou siz.
Notes d’usage
Un impératif n’est pas automatiquement impoli. Dans une urgence, une instruction claire ou entre proches, la forme courte est tout à fait naturelle : Dur! (« Arrête ! »), Bak! (« Regarde ! »), Çabuk gel! (« Viens vite ! »). Le ton de la voix, la relation entre les personnes et la situation comptent autant que la morphologie, c’est-à-dire la façon dont les suffixes sont construits.
Pour adoucir une demande, plusieurs moyens sont possibles :
- lütfen (« s’il vous plaît ») : Lütfen bekleyin.
- un petit modificateur comme biraz (« un peu ») : Biraz bekleyin.
- une formule interrogative : Kapıyı açar mısınız? (« Pourriez-vous ouvrir la porte ? »)
Cette dernière n’est pas grammaticalement un impératif : elle emploie une question au présent général. Elle est néanmoins très courante lorsque le français choisirait « pourriez-vous… ? ». Avec un inconnu, une demande de service ou un contexte professionnel, elle paraît souvent plus souple qu’un ordre direct.
La distinction sen/siz rappelle celle de « tu/vous », mais elle ne lui correspond pas toujours parfaitement. Siz sert à la fois à plusieurs personnes et à une seule personne vouvoyée. Pour lever une ambiguïté, le contexte suffit généralement. La forme longue -iniz ne signifie pas forcément qu’il y a davantage de destinataires : elle peut simplement donner un style plus officiel.
Les panneaux et consignes utilisent souvent l’impératif négatif : Girmeyiniz (« N’entrez pas »), Dokunmayınız (« Ne touchez pas »). Dans la langue actuelle, les versions plus courtes Girmeyin et Dokunmayın sont également normales. D’autres panneaux emploient une structure impersonnelle, par exemple Sigara içilmez (« Il est interdit de fumer ») ; cette forme n’est pas un impératif, même si sa fonction pratique est proche.
Pour aller plus loin
Les points suivants ne sont pas indispensables pour commencer à donner des consignes au niveau A2, mais ils permettent de mieux comprendre le turc réel.
Les premières personnes voisines de l’impératif
Pour proposer sa propre action, le turc emploie -(y)eyim/-(y)ayım : Ben yapayım. (« Laisse-moi le faire / Je vais le faire. »). Pour proposer une action commune, il emploie -(y)elim/-(y)alım : Kahve içelim. (« Prenons un café. »). Ces formes sont souvent regroupées avec l’impératif dans de grands tableaux pédagogiques, car elles complètent le sens de « faisons… ». Il est toutefois utile de reconnaître qu’elles appartiennent traditionnellement à l’optatif (istek kipi).
-sana/-senize dans la conversation
Dans la langue parlée, on peut rencontrer des formes comme Baksana! (« Regarde donc ! ») ou Gelsenize! (« Venez donc ! »). Elles attirent l’attention, encouragent ou expriment parfois l’impatience. Leur effet dépend beaucoup de l’intonation ; elles ne constituent donc pas un remplacement neutre de bak ou gelin. Il vaut mieux d’abord les reconnaître, puis observer leur emploi chez des locuteurs natifs avant de les utiliser librement.
Les impératifs lexicalisés en formules
Certaines formes de troisième personne sont devenues des souhaits conventionnels :
- Afiyet olsun! — Bon appétit !
- Geçmiş olsun! — Bon rétablissement ! / Bon courage après une épreuve.
- Kolay gelsin! — Bon courage dans votre travail !
- İyi yolculuklar olsun! — Bon voyage !
Ici, olsun est l’impératif de troisième personne de olmak (« être, devenir »). Une traduction mot à mot serait peu naturelle en français : il faut apprendre la formule avec la situation où elle s’emploie.
L’insistance et le sujet exprimé
Le sujet reste normalement absent, mais il peut créer un contraste net : Sen git, o kalsın. (« Toi, pars ; que lui ou elle reste. »). Cette structure montre bien la complémentarité entre le radical pour la deuxième personne et -sın pour la troisième. Elle montre aussi que l’ordre des mots turc peut servir à répartir les rôles sans ajouter de longues explications.
Conseils de pratique
- Transformez cinq verbes en série. Pour chaque radical, produisez les quatre formes les plus utiles : gel, gelin, gelme, gelmeyin. Recommencez avec yapmak, okumak, beklemek et görmek afin d’entraîner toutes les voyelles.
- Jouez une même scène avec deux relations sociales. Dites d’abord à un proche Kapıyı aç, puis à une personne vouvoyée Lütfen kapıyı açın. Cette opposition aide davantage que la mémorisation isolée des suffixes.
- Repérez la fonction, pas seulement la forme. Dans des annonces ou des dialogues, classez ce que vous entendez : ordre direct, interdiction, demande polie, conseil ou souhait figé. Notez aussi quand une question en -r mısınız? remplace un impératif pour adoucir la demande.
Notions liées
- Prérequis : Le présent progressif — il consolide l’identification du radical verbal et des personnes avant l’étude des ordres et des demandes.
Prérequis
Le présent continu en turc (şimdiki zaman)A1Plus de concepts de niveau A2
Ce concept dans d'autres langues
Comparer dans toutes les langues
Entraînez-vous à Emir Kipi en turc avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons turc · A2 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.
Pratiquer ce concept