Le subjonctif (konjunktiv) en norvégien
Konjunktiv
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de norvégien sur Settemila Lingue.
En bref
Le konjunktiv norvégien n’est plus un mode productif : on ne conjugue pas librement tous les verbes au subjonctif comme en français. Il survit surtout dans des formules telles que Leve kongen! (« Vive le roi ! »), Gud bevare Norge! (« Que Dieu protège la Norvège ! ») et det være seg … (« que ce soit… »). Pour exprimer un souhait ou une situation irréelle, le norvégien moderne emploie plutôt gid, måtte, un temps du passé ou un verbe modal.
Vue d’ensemble
Le subjonctif est un mode verbal, c’est-à-dire une manière de présenter l’action : non comme un simple fait, mais comme un souhait, une éventualité ou une situation envisagée. Cette catégorie est familière aux francophones, car le français oppose encore il vient à je veux qu’il vienne. En norvégien contemporain, cette opposition n’organise plus la conjugaison courante.
Au niveau C1, l’objectif est donc double : reconnaître quelques formes anciennes encore vivantes et ne pas étendre leur emploi à des phrases ordinaires. On les rencontre dans des acclamations, des bénédictions, des textes solennels, des slogans, des prières, ainsi que dans plusieurs tournures figées. Certaines sont soutenues ou cérémonielles ; d’autres, notamment det være seg, restent tout à fait usuelles à l’écrit.
Le français peut ici induire en erreur. Une proposition qui exige le subjonctif en français — une proposition étant un groupe de mots organisé autour d’un verbe — ne prend généralement aucune forme spéciale en norvégien. La langue choisit selon le sens une forme ordinaire, une construction avec skal, må ou kan, ou encore un prétérit pour marquer l’irréel.
Fonctionnement
Une forme ancienne qui ressemble à l’infinitif
Dans les vestiges du présent du konjunktiv, le verbe a souvent la même apparence que l’infinitif, la forme citée dans le dictionnaire, mais sans la marque å. Il ne porte donc pas le -r habituel du présent. Cette description aide à reconnaître les formules ; elle ne constitue pas une règle permettant d’en créer librement.
| Infinitif | Présent ordinaire | Forme de konjunktiv conservée | Exemple figé |
|---|---|---|---|
| å leve | lever | leve | Leve kongen! |
| å bevare | bevarer | bevare | Gud bevare Norge! |
| å hjelpe | hjelper | hjelpe | Gud hjelpe oss! |
| å være | er | være | Det være seg … |
| å skje | skjer | skje | Skje din vilje. |
La forme ne varie ni selon la personne ni selon le nombre. Dans Leve kongen! et Leve dronningen!, leve reste identique. Le sujet suit souvent le verbe dans les acclamations, tandis qu’il le précède dans les formules avec Gud : Gud bevare …, Gud hjelpe ….
Les principaux modèles encore reconnaissables
| Valeur | Modèle | Sens et emploi |
|---|---|---|
| Acclamation | Leve + sujet | Souhait public : « Vive… ! » |
| Bénédiction ou invocation | Gud + forme sans -r | Souhait solennel : « Que Dieu… » |
| Énumération indifférente | det være seg + X ou Y | « que ce soit X ou Y », souvent à l’écrit |
| Concession figée | koste hva det koste vil | « coûte que coûte » |
| Souhait avec gid | gid + proposition | « si seulement », « pourvu que » selon le contexte |
| Souhait avec måtte | måtte + infinitif | Vœu solennel ou appuyé : « puisse… » |
Les quatre premiers modèles contiennent ou prolongent directement des vestiges traditionnels. Gid et måtte sont à apprendre à leurs côtés parce qu’ils remplissent aujourd’hui une fonction optative, c’est-à-dire qu’ils servent à formuler un vœu. Ils ne prouvent pas pour autant l’existence d’une conjugaison moderne complète du subjonctif.
Gid : « si seulement » et « pourvu que »
Gid est un mot introducteur de souhait. Quand le locuteur regrette une réalité présente, la proposition se met volontiers au prétérit, le temps normalement associé au passé :
- Gid det var sommer. — Si seulement c’était l’été.
- Gid jeg hadde mer tid. — Si seulement j’avais plus de temps.
Le prétérit var ou hadde ne situe pas nécessairement l’idée dans le passé. Il marque ici une distance par rapport à la réalité : ce n’est pas l’été, et je n’ai pas assez de temps. Pour un souhait dont la réalisation reste ouverte, on peut trouver une forme présente ou un modal : Gid det går bra! (« Pourvu que cela se passe bien ! »), Gid du må lykkes! (« Puisses-tu réussir ! »). Dans la conversation, bare est souvent plus spontané : Om jeg bare hadde mer tid!.
Måtte : un souhait construit avec un modal
Måtte est la forme passée de må, mais placé en tête d’un énoncé optatif, il correspond souvent à « puisse » ou « pourvu que ». Le verbe qui suit reste à l’infinitif sans å :
- Måtte det gå bra! — Pourvu que tout se passe bien !
- Måtte du få et langt og lykkelig liv! — Puisses-tu avoir une vie longue et heureuse !
Cette tournure est productive, mais son ton est fréquemment solennel, littéraire ou cérémoniel. Elle constitue une stratégie moderne de formulation du souhait, et non une nouvelle terminaison de konjunktiv.
Ce qui remplace le subjonctif français
Il n’existe pas de correspondance automatique entre « que + subjonctif » et une forme norvégienne unique.
| Norvégien | Français | Choix norvégien |
|---|---|---|
| Jeg vil at han skal komme. | Je veux qu’il vienne. | skal + infinitif |
| Du må dra. | Il faut que tu partes. | verbe modal må |
| Selv om han er sliten … | Bien qu’il soit fatigué… | présent ordinaire er |
| Før du drar … | Avant que tu partes… | présent ordinaire drar |
| Jeg tviler på at hun vet det. | Je doute qu’elle le sache. | présent ordinaire vet |
| Slik at alle kan delta … | Pour que tout le monde puisse participer… | modal kan |
Dans ces phrases, employer une forme sans -r sur le modèle de leve serait incorrect. La construction dépend du sens : volonté, obligation, concession, temps, doute ou but.
Exemples en contexte
Les exemples suivants distinguent les véritables formules conservées des moyens modernes d’exprimer un souhait.
| Norvégien | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Leve kongen! | Vive le roi ! | Acclamation traditionnelle |
| Lenge leve kjærligheten! | Vive l’amour ! | lenge renforce l’idée de longue durée |
| Gud bevare Norge! | Que Dieu protège la Norvège ! | Formule solennelle |
| Gud hjelpe oss! | Que Dieu nous vienne en aide ! | Invocation ; parfois réaction emphatique |
| Skje din vilje. | Que ta volonté soit faite. | Formule religieuse ou solennelle |
| Alle kan delta, det være seg barn eller voksne. | Tout le monde peut participer, qu’il s’agisse d’enfants ou d’adultes. | Énumération de possibilités |
| Regelen gjelder overalt, det være seg hjemme eller på jobb. | La règle s’applique partout, que ce soit à la maison ou au travail. | Tour soutenu mais encore courant |
| Vi skal fullføre, koste hva det koste vil. | Nous irons jusqu’au bout, coûte que coûte. | Locution concessive figée |
| Komme hva komme vil, jeg står ved beslutningen. | Advienne que pourra, je maintiens ma décision. | Tour littéraire et appuyé |
| Gid det var sommer. | Si seulement c’était l’été. | Regret contraire à la réalité présente |
| Gid jeg hadde mer tid. | Si seulement j’avais plus de temps. | Prétérit à valeur irréelle |
| Gid det går bra! | Pourvu que tout se passe bien ! | Résultat encore incertain |
| Måtte du få en fin dag! | Puisses-tu passer une belle journée ! | Vœu chaleureux, de ton soutenu |
| Måtte det aldri skje igjen. | Puisse cela ne jamais se reproduire. | Souhait solennel avec négation |
| Om jeg bare kunne bli med! | Si seulement je pouvais venir avec vous ! | Solution conversationnelle moderne |
Erreurs fréquentes
Créer un subjonctif après chaque at
- Incorrect : Jeg vil at du komme i morgen.
- Correct : Jeg vil at du skal komme i morgen.
- Pourquoi : le français dit « je veux que tu viennes », mais le norvégien exprime ici la volonté avec skal suivi de l’infinitif. Komme seul n’est pas un subjonctif libre.
Ajouter le -r du présent dans une acclamation
- Incorrect pour une acclamation : Lever kongen!
- Correct : Leve kongen!
- Pourquoi : lever est le présent ordinaire et signifie « vit ». La formule de souhait conserve leve sans -r.
Prendre var pour une forme spéciale du verbe
- Analyse trompeuse : dans Gid det var sommer, var serait une conjugaison particulière du subjonctif.
- Analyse correcte : var est le prétérit ordinaire de å være.
- Pourquoi : c’est l’emploi du passé pour éloigner l’idée de la réalité qui produit le sens irréel ; la forme elle-même n’appartient pas à un paradigme distinct.
Employer systématiquement le présent après gid
- Mal choisi pour un regret présent : Gid det er sommer.
- Naturel : Gid det var sommer.
- Pourquoi : si l’on sait que ce n’est pas l’été, le prétérit marque le souhait contraire au fait. Le présent reste possible lorsque l’issue est encore ouverte : Gid det går bra!
Confondre invocation et impératif
- Invocation figée : Gud bevare Norge! — Que Dieu protège la Norvège !
- Impératif adressé directement à Dieu : Gud, bevar Norge! — Dieu, protège la Norvège !
- Pourquoi : bevare est le vestige optatif ; bevar est l’impératif, la forme servant à donner un ordre ou à adresser une demande directe. La virgule indique aussi que Gud est interpellé.
Donner un ton solennel à une demande banale
- Possible mais théâtral au quotidien : Måtte du komme tidsnok!
- Plus naturel selon l’intention : Jeg håper du kommer tidsnok. — J’espère que tu arriveras à l’heure.
- Pourquoi : måtte convient aux vœux appuyés. Une phrase avec jeg håper est généralement plus neutre dans la conversation.
Notes d’usage
Les formules n’ont pas toutes le même registre. Leve …! reste disponible dans les discours, les slogans et les célébrations : Leve friheten! (« Vive la liberté ! »). Gud bevare … et Skje din vilje évoquent plus nettement la religion, la cérémonie ou un effet volontairement dramatique. Komme hva komme vil est littéraire, tandis que koste hva det koste vil s’est lexicalisé et fonctionne comme une locution entière.
Det være seg mérite une attention particulière, car il est moins rare que l’étiquette « subjonctif ancien » pourrait le laisser croire. On le rencontre dans la presse, les essais, les règlements et les exposés pour introduire des possibilités : det være seg X, Y eller Z. Dans une conversation détendue, enten det er X eller Y (« que ce soit X ou Y ») paraît souvent plus simple.
Gid est parfaitement compréhensible, mais sa fréquence et sa couleur stylistique varient selon les locuteurs et le contexte. Pour un regret, om bare ou simplement bare est très courant ; pour une espérance, jeg håper at … est neutre. Il vaut donc mieux apprendre gid à la fois comme mot vivant et comme marqueur expressif, sans en faire la solution par défaut à chaque subjonctif français.
Les exemples de cet article suivent principalement le bokmål. En nynorsk, certaines formes ont une autre graphie, notamment vere là où le bokmål écrit være : on pourra donc rencontrer det vere seg. Le principe — vestiges figés plutôt que conjugaison productive — demeure le même.
Pour aller plus loin
Une catégorie historique, plusieurs analyses modernes
Les grammaires ne classent pas toujours chaque formule de la même façon. Leve, bevare, hjelpe et være sont des survivances morphologiques claires dans des cadres restreints. Gid est plutôt une particule de souhait accompagnée d’une proposition, et måtte un verbe modal employé de manière optative. Pour apprendre à communiquer, la distinction essentielle est pratique : certaines expressions doivent être mémorisées telles quelles, alors que les constructions avec temps du passé et modaux permettent de créer de nouveaux énoncés.
Irréel ne signifie pas toujours konjunktiv
Le norvégien exprime couramment l’hypothèse contraire aux faits avec le prétérit ou le plus-que-parfait, sans forme spéciale :
- Hvis jeg hadde mer tid, ville jeg lære nynorsk. — Si j’avais plus de temps, j’apprendrais le nynorsk.
- Hvis jeg hadde visst det, ville jeg ha kommet tidligere. — Si je l’avais su, je serais venu plus tôt.
Le plus-que-parfait désigne ici une action antérieure à une autre situation passée ; il se forme avec hadde et un participe passé. Ces phrases relèvent du conditionnel et de l’irréel sémantique, mais leurs verbes ont les mêmes formes que dans d’autres emplois du passé. Il faut donc séparer la valeur exprimée — souhait, hypothèse, irréalité — de l’étiquette morphologique « subjonctif ».
Produire une formule nouvelle : avec prudence
Le modèle Leve + nom accepte encore une certaine créativité dans les slogans : Leve mangfoldet! (« Vive la diversité ! »). Les invocations avec Gud restent également reconnaissables, mais elles donnent immédiatement une couleur solennelle ou ironique selon le contexte. En revanche, transformer au hasard un verbe présent en forme sans -r ne produit pas du norvégien soutenu : cela produit le plus souvent une phrase fautive ou un infinitif sans construction.
Pour un apprenant avancé, la meilleure compétence n’est donc pas de bâtir un grand tableau de conjugaison inexistant. Elle consiste à identifier le registre, à mémoriser les quelques cadres productifs ou semi-figés, puis à choisir une construction moderne naturelle quand le français emploie son subjonctif.
Conseils pratiques
- Apprenez des blocs complets. Retenez Leve …!, Gud bevare …!, det være seg … et koste hva det koste vil avec leur contexte, plutôt qu’une prétendue terminaison générale.
- Classez les souhaits par sens. Associez le regret irréel à gid/om bare + prétérit, l’espoir neutre à jeg håper, et le vœu solennel à måtte + infinitif.
- Reformulez cinq subjonctifs français. Pour chaque phrase, demandez-vous si le norvégien a besoin de skal, må, kan, d’un présent ordinaire ou d’un passé irréel. Cette étape évite le calque mot à mot.
Concepts associés
- Prérequis : Le présent — permet d’opposer les formes ordinaires en -r, comme lever et bevarer, aux vestiges leve et bevare.
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