B2

Les propositions temporelles et spatiales en hawaïen

ʻŌlelo Pili Kuhikuhi

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hawaïen sur Settemila Lingue.

En bref

Pour situer une action, l’hawaïen emploie notamment i ka wā « au moment où », ma mua o « avant », ma hope o « après » et a hiki i « jusqu’à ». Après ma mua o, ma hope o et a hiki i, une action est souvent transformée en nom avec ka + verbe + ʻana : ma mua o ka hele ʻana, « avant de partir ». Un lieu ou un moment déjà annoncé peut être repris par ai à la fin de la proposition : ka wahi aʻu i noho ai, « l’endroit où j’ai habité ».

Vue d’ensemble

Une proposition est un groupe de mots organisé autour d’un prédicat, c’est-à-dire ce que l’on affirme d’une personne ou d’une chose. Les propositions temporelles indiquent quand un événement se produit ; les propositions spatiales indiquent où il se produit. Elles permettent de passer de deux phrases indépendantes — « il est arrivé ; le cours a commencé » — à une relation précise : « quand il est arrivé, le cours a commencé ».

Au niveau B2, l’enjeu n’est plus seulement de connaître des mots comme mua « avant, devant » ou hope « après, derrière ». Il faut savoir quel type de groupe les suit. L’hawaïen peut présenter l’événement comme une proposition complète avec son propre sujet et ses marqueurs verbaux, ou comme un nom d’action (une action traitée comme un nom) en -ʻana. Le choix dépend donc de ce que l’on veut mettre en avant : le déroulement d’une scène, son repère ou sa limite.

Pour un francophone, deux habitudes demandent une attention particulière. D’abord, « avant de partir » n’est pas calqué avec un infinitif nu : on dit couramment ma mua o ka hele ʻana, littéralement « avant le fait de partir ». Ensuite, le français place où ou quand au début de la proposition relative, tandis que l’hawaïen peut annoncer ka wahi « l’endroit » ou ka wā « le moment », puis fermer la proposition avec ai.

Fonctionnement

Les quatre repères temporels essentiels

Structure hawaïenne Sens habituel Ce qui suit
i ka wā + proposition quand, au moment où une action avec ses marqueurs et son sujet
ma mua o + groupe nominal avant, avant de un nom ou une action nominalisée
ma hope o + groupe nominal après, après avoir un nom ou une action nominalisée
a hiki i + limite jusqu’à, jusqu’à ce que un moment, un lieu ou une action nominalisée

Ces expressions ne sont pas interchangeables. I ka wā donne le cadre dans lequel une action se produit. Ma mua o et ma hope o ordonnent deux repères. A hiki i indique le point atteint, donc la limite d’une durée ou d’un déplacement.

I ka wā suivi d’une proposition

Wā signifie ici « moment, période ». La structure complète peut introduire une proposition temporelle :

i ka wā + proposition verbale

  • I ka wā i hiki mai ai ʻo ia, ua hoʻomaka ka papa. — Au moment où il ou elle est arrivé(e), le cours a commencé.
  • I ka wā e hana ana au, e pāʻani ana nā keiki ma waho. — Pendant que je travaillais, les enfants jouaient dehors.

Dans le premier exemple, i hiki mai présente l’arrivée et ʻo ia en est le sujet. Ai reprend le moment annoncé par i ka wā et marque la relation « au moment où ». Il apparaît vers la fin du bloc subordonné : i ka wā [i hiki mai ai ʻo ia].

Le second exemple présente deux actions en cours avec e + verbe + ana. La traduction française choisit « pendant que », mais l’expression hawaïenne reste construite autour de « au moment où ». Il ne faut donc pas attribuer à wā seul toutes les nuances du temps français : les marqueurs verbaux précisent si l’action est accomplie, en cours, habituelle ou envisagée.

Quand la personne concernée est exprimée comme possesseur du « moment », une tournure plus compacte est possible : i koʻu wā kamaliʻi, « pendant mon enfance, lorsque j’étais enfant ». Ici, il n’y a pas nécessairement une seconde proposition verbale ; tout le groupe sert de cadre temporel.

Ma mua o et ma hope o

Mua renvoie à ce qui est devant ou antérieur ; hope, à ce qui est derrière ou postérieur. Avec ma et o, ces mots servent à placer un événement avant ou après un repère :

  • ma mua o ka papa — avant le cours ;
  • ma hope o ka pule — après la prière ;
  • ma mua o ka hele ʻana — avant le départ, avant de partir ;
  • ma hope o ka ʻai ʻana — après le repas, après avoir mangé.

Si le repère est une action, la structure la plus utile est :

ma mua o / ma hope o + ka + verbe + ʻana

La nominalisation transforme ici le verbe en nom d’action. Hele « aller, partir » donne ka hele ʻana « le fait d’aller, le départ ». Le français peut traduire ce même groupe par un nom, un infinitif ou une proposition : ma hope o ka ʻai ʻana devient naturellement « après avoir mangé ».

Pour indiquer qui accomplit l’action, un possessif peut remplacer ka :

  • ma mua o koʻu hele ʻana — avant que je parte, avant mon départ ;
  • ma hope o kona hoʻi ʻana mai — après son retour, après qu’il ou elle est revenu(e).

Koʻu signifie « mon/ma » dans cette relation ; kona, « son/sa ». Il ne faut pas ajouter ka devant eux. Les particules de direction restent attachées au groupe verbal, mais suivent ʻana : hoʻi ʻana mai « le fait de revenir vers ici », hele ʻana aku « le fait de partir en s’éloignant ».

A hiki i : atteindre une limite

Le verbe hiki évoque notamment le fait d’arriver ou d’atteindre. Dans l’expression a hiki i, l’ensemble marque le point jusqu’auquel une action continue :

  • a hiki i ka pō — jusqu’à la nuit ;
  • a hiki i ka hale — jusqu’à la maison ;
  • a hiki i ka pau ʻana o ka hana — jusqu’à la fin du travail ;
  • a hiki i kona hōʻea ʻana mai — jusqu’à son arrivée.

Après a hiki i, la limite peut donc être temporelle, spatiale ou événementielle. Avec une action, on retrouve la nominalisation en -ʻana. Dans ka pau ʻana o ka hana, ka pau ʻana désigne l’achèvement et o ka hana précise ce qui s’achève.

L’ensemble ne doit pas être confondu avec une phrase d’aptitude contenant hiki, comme Hiki iaʻu ke hana, « je peux le faire ». Dans a hiki i, on suit une progression jusqu’à un point de référence.

Construire un lieu avec kahi, wahi et ai

Kahi et wahi peuvent tous deux introduire l’idée d’un endroit. Lorsqu’un lieu est précisé par une proposition, le modèle fréquent est :

(ma) kahi / ka wahi + sujet de la proposition + marqueur verbal + verbe + ai

  • ka wahi aʻu i noho ai — l’endroit où j’ai habité ;
  • ma kahi a mākou i hālāwai ai — à l’endroit où nous nous sommes rencontrés ;
  • kahi e noho ai — un endroit où habiter.

Dans ka wahi aʻu i noho ai, aʻu indique que « je » suis la personne qui habite et ai reprend le lieu annoncé. Cette particule est dite anaphorique, c’est-à-dire qu’elle renvoie à un élément déjà mentionné. Selon le contexte, le français la rend par « où », « quand », « que » ou ne lui donne aucun mot séparé.

Une proposition spatiale peut aussi comporter un sujet ordinaire après ai, sur le modèle fourni par la proposition temporelle : ma kahi i kū ai ka hale kahiko, « à l’endroit où se trouvait l’ancienne maison ». Il est plus utile de mémoriser ces blocs complets que de chercher un unique mot hawaïen pour le français « où ».

Temps et lieu dans la phrase entière

Le cadre temporel ou spatial peut venir avant la proposition principale pour orienter immédiatement le lecteur :

  • Ma hope o ka papa, ua hoʻi mākou i ka hale. — Après le cours, nous sommes rentrés à la maison.
  • Ma kahi a mākou i hālāwai ai, aia kekahi lāʻau nui. — À l’endroit où nous nous sommes rencontrés se trouve un grand arbre.

Il peut aussi suivre le prédicat principal lorsque l’information nouvelle est le repère :

  • Ua kali mākou a hiki i ka pō. — Nous avons attendu jusqu’à la nuit.
  • Ua noho au ma ka wahi aʻu i hana ai. — J’ai habité à l’endroit où je travaillais.

La virgule aide la lecture en français et dans une présentation pédagogique, mais elle ne crée pas la relation grammaticale. Ce sont les expressions comme i ka wā, ma hope o et la structure en ai qui relient les blocs.

Exemples en contexte

Hawaïen Français Point à observer
I ka wā i hiki mai ai ʻo ia, ua hoʻomaka ka papa. Au moment où il ou elle est arrivé(e), le cours a commencé. Ai reprend le moment annoncé par i ka wā.
I ka wā e hana ana au, e pāʻani ana nā keiki ma waho. Pendant que je travaillais, les enfants jouaient dehors. Deux actions sont présentées dans leur déroulement.
I koʻu wā kamaliʻi, noho au ma Hilo. Quand j’étais enfant, j’habitais à Hilo. Le possessif koʻu encadre une période de la vie.
Ma mua o ka hele ʻana, e inu i ka wai. Avant de partir, bois de l’eau. L’action hele est nominalisée.
Ma mua o koʻu hele ʻana, ua pani au i ka puka. Avant mon départ, j’ai fermé la porte. Koʻu identifie la personne qui part.
Ma hope o ka pule, ua ʻai pū ka ʻohana. Après la prière, la famille a mangé ensemble. Le repère est ici un nom simple.
Ma hope o kona hoʻi ʻana mai, ua kamaʻilio māua. Après son retour, nous avons parlé tous les deux. Mai suit la forme en ʻana.
E kali a hiki i ka pau ʻana o ka hana. Attends jusqu’à la fin du travail. La fin de l’action constitue la limite.
Ua noho lākou ma laila a hiki i ka pō. Ils sont restés là jusqu’à la nuit. La limite est un moment exprimé par un nom.
Ua hele mākou a hiki i ka hale. Nous sommes allés jusqu’à la maison. A hiki i peut aussi fixer une limite spatiale.
ʻO kēia ka wahi aʻu i noho ai. C’est ici l’endroit où j’ai habité. Ai reprend ka wahi.
Ua hoʻi mākou i ka wahi a mākou i hālāwai ai. Nous sommes retournés à l’endroit où nous nous étions rencontrés. La proposition entière précise le lieu.
Aia ka puke ma kahi aʻu i waiho ai. Le livre est à l’endroit où je l’ai laissé. Ma kahi introduit la localisation.
E koho i kahi e noho ai. Choisis un endroit où habiter. E...ai présente ici un lieu envisagé.

Erreurs courantes

Calquer l’infinitif français après ma mua o

  • Incorrect : Ma mua o hele.
  • Correct : Ma mua o ka hele ʻana.
  • Pourquoi : l’action placée après ma mua o est normalement présentée comme un groupe nominal complet : ka + verbe + ʻana.

Oublier o après mua ou hope

  • Incorrect : Ma hope ka pule.
  • Correct : Ma hope o ka pule.
  • Pourquoi : dans ces expressions temporelles, o relie ma mua ou ma hope au repère qui suit.

Cumuler ka et un possessif

  • Incorrect : ma mua o ka koʻu hele ʻana
  • Correct : ma mua o koʻu hele ʻana
  • Pourquoi : koʻu détermine déjà le nom d’action. Il remplace l’article ka au lieu de s’y ajouter.

Oublier ai avec le lieu ou le moment repris

  • Incorrect : ka wahi aʻu i noho
  • Correct : ka wahi aʻu i noho ai
  • Pourquoi : dans ce modèle, ai ferme la proposition et reprend le rapport avec ka wahi.

Employer le mot interrogatif « où ? » dans une relative

  • Incorrect : ka wahi ma hea aʻu i noho ai
  • Correct : ka wahi aʻu i noho ai
  • Pourquoi : ma hea sert à poser une question sur un lieu. Une relative emploie ici ka wahi...ai, sans mot interrogatif.

Confondre limite et capacité

  • Incorrect : interpréter E kali a hiki i ka pō comme une phrase sur ce que quelqu’un « peut » faire.
  • Correct : « Attends jusqu’à la nuit. »
  • Pourquoi : l’expression entière a hiki i indique le point atteint ; ce n’est pas la construction d’aptitude hiki iā...ke....

Notes d’utilisation

Le français distingue nettement « quand », « lorsque », « pendant que », « avant que » et « après que ». L’hawaïen répartit souvent ces nuances entre le repère nominal et les marqueurs du verbe. Ainsi, i ka wā peut être traduit par « quand », « lorsque » ou « pendant que » selon l’aspect des actions et le contexte. Il vaut mieux comprendre la scène que choisir une traduction fixe.

De même, le subjonctif français de « avant que je parte » n’exige pas un mode correspondant en hawaïen. Ma mua o koʻu hele ʻana traite le départ comme un nom d’action. La grammaire française de la traduction ne doit donc pas être projetée sur la structure hawaïenne.

Le groupe ka pule mérite une attention contextuelle : pule peut notamment évoquer la prière ou la semaine. Dans ma hope o ka pule, la situation permet normalement de comprendre s’il s’agit d’« après la prière » ou d’« après la semaine ». Une phrase plus développée peut lever l’ambiguïté.

À l’écrit, conservez l’ʻokina et les kahakō : wā, ʻana, aʻu, āna. Ils font partie de l’orthographe et peuvent distinguer des mots ou des formes grammaticales. Lisez aussi les particules de direction avec le verbe : hiki mai situe une arrivée vers le point de référence, tandis que hele aku présente un mouvement qui s’en éloigne.

Pour aller plus loin

Les deux grandes stratégies de cet article peuvent se combiner. Un événement peut être nominalisé à l’intérieur d’un cadre temporel, et un lieu peut lui-même être précisé par une relative :

  • Ma hope o kona hiki ʻana mai i ka wahi a mākou i noho ai, ua hoʻomaka ka hālāwai. — Après son arrivée à l’endroit où nous habitions, la réunion a commencé.

Pour analyser une telle phrase, procédez de l’intérieur vers l’extérieur. Repérez d’abord ka wahi...ai, « l’endroit où… ». Puis rassemblez kona hiki ʻana mai i ka wahi..., « son arrivée à cet endroit ». Enfin, rattachez le tout à ma hope o, « après ». Cette lecture par blocs évite de traduire mot à mot une longue suite de particules.

Un moment peut aussi devenir l’antécédent d’une relative, comme un lieu :

  • ka manawa aʻu i hiki ai — le moment où je suis arrivé(e) ;
  • ka lā a kākou e hui ai — le jour où nous nous retrouverons.

Dans le second exemple, e...ai oriente la rencontre vers un moment envisagé. L’opposition avec i...ai ne se réduit toutefois pas à une règle mécanique « présent contre passé » : les particules expriment la manière dont le procès est présenté dans son contexte. À un niveau avancé, il faut observer ensemble le repère temporel, le marqueur verbal et la proposition principale.

Enfin, a hiki i peut relier non seulement une durée à sa limite, mais aussi les étapes d’un déplacement ou d’un récit. Une phrase comme Ua hele mākou a hiki i ka hale construit le parcours jusqu’à la maison. Dans des chaînes de propositions plus longues, cette expression aide ainsi à faire progresser le récit d’un point à l’autre.

Conseils de pratique

  1. Transformez une action en repère. Partez de hele, ʻai, hoʻi mai et pau ka hana, puis formez ma mua o ka hele ʻana, ma hope o ka ʻai ʻana, ma hope o kona hoʻi ʻana mai et a hiki i ka pau ʻana o ka hana.
  2. Associez chaque lieu ou moment à ai. Apprenez comme des blocs ka wahi aʻu i noho ai, ka manawa aʻu i hiki ai et ka lā a kākou e hui ai. Changez ensuite seulement le sujet ou le verbe.
  3. Dessinez une ligne ou un trajet. Placez le repère après ma mua o, avant ma hope o et au bout de la flèche avec a hiki i. Cette représentation visuelle rend les trois relations plus faciles à distinguer.

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