B2

Discours rapporté et citation en hawaïen

ʻŌlelo Hoʻohālua

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hawaïen sur Settemila Lingue.

En bref

Pour attribuer des paroles, l’hawaïen emploie souvent wahi a (« selon les paroles de »), tandis que penei annonce ce qui suit et pēlā renvoie à ce qui vient d’être dit. Avec ʻōlelo (« parler, dire »), on peut introduire une citation ou une proposition en e + verbe. Contrairement au français, le passage au discours indirect n’entraîne pas une concordance systématique des temps : les particules d’aspect restent choisies selon le déroulement réel des événements.

Vue d’ensemble

Rapporter une parole consiste soit à en reproduire les mots, soit à en donner le contenu. Une citation directe présente les paroles comme elles ont été prononcées : Wahi a Kawika, « E hele kākou. » Une formulation indirecte les intègre dans une phrase : Ua ʻōlelo ʻo ia e hele (« Il ou elle a dit de partir »). Cette distinction est familière à un francophone, mais l’hawaïen ne construit pas ces phrases en calquant « il a dit que… ».

Ce point apparaît au niveau B2 parce qu’il faut déjà savoir relier plusieurs propositions, reconnaître les particules verbales et suivre les pronoms. Une proposition est simplement un groupe de mots organisé autour d’un prédicat, c’est-à-dire ce que l’on affirme du sujet. En hawaïen, le prédicat vient souvent avant le sujet : Ua ʻōlelo ʻo ia se décompose en ua + « dire » + « il/elle ».

La difficulté principale pour un francophone n’est pas la ponctuation, mais le point de vue. Le français transforme volontiers aujourd’hui en ce jour-là ou un présent en imparfait après un verbe au passé. En hawaïen, on conserve ou on choisit plutôt les marqueurs qui correspondent directement au moment, à l’achèvement et au contexte. Cela ne signifie pas que rien ne change : les pronoms, les indications de lieu et les particules directionnelles peuvent devoir être adaptés lorsque le locuteur change.

Comment cela fonctionne

1. Attribuer une parole avec wahi a

Wahi a + personne ou groupe signifie littéralement quelque chose comme « selon les paroles de… ». En français naturel, on le rend selon le contexte par « selon… », « d’après… », « dit… » ou « a dit… ».

Schéma Fonction Exemple Sens
Wahi a + nom, + citation attribution avant les paroles Wahi a Kawika, « E hele kākou. » Kawika a dit : « Allons-y. »
Citation, wahi a + nom attribution après les paroles « E kali iki, » wahi a Malia. « Attends un peu », dit Malia.
Wahi a + groupe nominal, + énoncé source d’une information Wahi a ke kumu, ua mākaukau ka papa. Selon le professeur, la classe est prête.

Après a, le nom commun reçoit normalement son déterminant : wahi a ke kumu, « selon le professeur » ; wahi a ka poʻe kahiko, « selon les anciens ». Un nom propre se place directement après a : wahi a Kawika. La tournure n’exprime pas à elle seule une date précise. C’est le contexte, ou les particules de la parole citée, qui situe les faits.

Il est utile de ne pas réduire wahi a à un simple équivalent du verbe français « dire ». La tournure met l’accent sur la source de l’énoncé. Elle convient donc aussi bien à un récit qu’à la transmission d’une opinion, d’un enseignement ou d’une information.

2. Annoncer ou reprendre des paroles avec penei et pēlā

Penei signifie « ainsi, comme ceci » et pointe normalement vers ce qui va être formulé. Pēlā signifie « ainsi, comme cela » et reprend plus volontiers une manière de dire ou un contenu déjà accessible dans le contexte.

Forme Orientation habituelle Exemple Traduction naturelle
penei vers ce qui suit Penei kāna ʻōlelo: « E mālama i ka ʻāina. » Voici ses paroles : « Prenez soin de la terre. »
pēlā vers ce qui précède ou vers une manière connue Pēlā ʻo ia i ʻōlelo ai. C’est ainsi qu’il ou elle l’a dit.
penei ka ʻōlelo a… annonce une formulation transmise Penei ka ʻōlelo a ka poʻe kahiko. Voici ce que disaient les anciens.

Pour un francophone, le contraste pratique est proche de « comme ceci » contre « comme cela ». Il ne faut toutefois pas chercher une frontière mécanique dans chaque texte : le contexte discursif, c’est-à-dire l’organisation de ce qui est dit avant et après, reste déterminant.

3. Employer ʻōlelo comme verbe de parole

ʻŌlelo peut signifier « parler », « dire » ou « s’exprimer ». Il accepte les particules habituelles du groupe verbal :

  • Ua ʻōlelo ʻo ia… — il ou elle a parlé / a dit…
  • Ke ʻōlelo nei ʻo ia… — il ou elle parle en ce moment…
  • E ʻōlelo ana ʻo ia… — il ou elle va parler / parlera…
  • ʻAʻole ʻo ia i ʻōlelo… — il ou elle n’a pas parlé / n’a pas dit…

La particule ua présente le procès comme accompli. Elle ne correspond pas automatiquement à un seul temps français : selon le contexte, la traduction peut être un passé composé ou une autre formulation passée.

Une séquence en e + verbe après ʻōlelo rapporte souvent une consigne, une intention ou une action demandée :

Ua ʻōlelo ʻo ia e hele.

Il ou elle a dit de partir.

Lorsque l’auteur de l’action doit être indiqué, il apparaît dans la proposition en e :

Ua ʻōlelo ke kumu e kali mākou.

Le professeur a dit que nous devions attendre.

Cette construction ne doit pas être transformée mot à mot en « dire que » français. Le e appartient à la construction hawaïenne et la valeur exacte — ordre, conseil, action envisagée — se déduit du verbe introducteur et de la situation.

4. Rapporter un énoncé sans déplacer automatiquement le temps

Dans Wahi a Malia, ua pau ka hana, ua pau présente le travail comme terminé. Le fait que l’attribution soit comprise au passé ne force pas un changement supplémentaire. De même, une action en cours peut garder ke…nei si elle est encore en cours au moment pertinent, ou recevoir une autre construction si le repère temporel a réellement changé.

Comparez le raisonnement :

Situation Formulation hawaïenne Ce que marque la particule
le travail est considéré comme achevé Ua ʻōlelo ʻo ia, ua pau ka hana. ua : accomplissement
la pluie tombe au moment décrit Ua ʻōlelo ʻo ia, ke ua nei. ke…nei : déroulement immédiat
le départ est à venir ou envisagé Ua ʻōlelo ʻo ia e hele ana lākou. e…ana : déroulement projeté ou futur selon le contexte

La juxtaposition de deux propositions, parfois séparées à l’écrit par une virgule ou introduites comme une citation, est courante. Il n’existe pas toujours un mot autonome correspondant exactement au que de « elle a dit que… ». Pour éviter une ambiguïté, on peut conserver la citation directe ou reformuler avec wahi a, penei ou un groupe nominal.

5. Garder le point de vue clair

Même sans concordance automatique des temps, le passage de la citation au récit peut modifier les éléments qui dépendent de la personne qui parle :

  • au (« je ») peut devenir ʻo ia (« il/elle ») ;
  • kākou (« nous tous, interlocuteur compris ») ne doit pas être remplacé au hasard par mākou (« nous, sans l’interlocuteur ») ;
  • mai (« vers le point de référence, notamment le locuteur ») et aku (« en s’en éloignant ») peuvent changer selon le nouveau point de vue ;
  • i kēia lā (« aujourd’hui ») peut nécessiter une indication temporelle plus explicite si le récit est fait un autre jour.

Ainsi, « pas de déplacement systématique des temps » ne signifie pas « répéter tous les mots sans réfléchir ». Il faut préserver le sens de la parole depuis le nouveau cadre narratif.

Exemples en contexte

Hawaïen Français Remarque
Wahi a Kawika, « E hele kākou. » Kawika a dit : « Allons-y. » kākou inclut la personne à qui l’on parle.
« E kali iki, » wahi a Malia. « Attends un peu », dit Malia. L’attribution suit la citation.
Wahi a ke kumu, ua mākaukau ka papa. Selon le professeur, la classe est prête. wahi a présente la source de l’information.
Ua ʻōlelo ʻo ia e hele. Il ou elle a dit de partir. e + verbe rapporte l’action demandée ou envisagée.
Ua ʻōlelo ke kumu e kali mākou. Le professeur a dit que nous devions attendre. Le sujet de kali est mākou.
Penei kāna ʻōlelo: « E mālama i ka ʻāina. » Voici ses paroles : « Prenez soin de la terre. » penei annonce les mots qui suivent.
Penei ka ʻōlelo a ka poʻe kahiko. Voici ce que disaient les anciens. Formule qui introduit une parole transmise.
Pēlā ʻo ia i ʻōlelo ai. C’est ainsi qu’il ou elle l’a dit. pēlā reprend une manière déjà évoquée.
Ua nīnau ʻo Leilani, « Aia i hea ʻo Kimo? » Leilani a demandé : « Où est Kimo ? » La question garde sa forme dans la citation.
Ua ʻōlelo ʻo Pua, « ʻAʻole au i ʻike. » Pua a dit : « Je ne savais pas / je n’ai pas vu. » La valeur précise de ʻike dépend du contexte.
Wahi a Malia, ke ua nei ma Hilo. Selon Malia, il pleut à Hilo. ke…nei décrit la pluie en cours.
I kāna ʻōlelo ʻana, ua ʻoluʻolu ʻo ia. Dans sa manière de parler, il ou elle était aimable. ka…ʻana transforme l’action de parler en groupe nominal.

Erreurs fréquentes

Ajouter un équivalent artificiel de « que »

  • À éviter : construire chaque discours indirect comme une traduction mot à mot de « Il a dit que… ».
  • Mieux : Ua ʻōlelo ʻo ia e hele ou, pour une information attribuée, Wahi āna… avec une proposition complète.
  • Pourquoi : l’hawaïen dispose de plusieurs stratégies — e + verbe, juxtaposition, citation directe et wahi a — plutôt que d’un unique mot passe-partout identique au « que » français.

Appliquer la concordance des temps française

  • À éviter : remplacer automatiquement chaque marqueur parce que ʻōlelo est accompagné de ua.
  • Mieux : Ua ʻōlelo ʻo ia, ke ua nei si la pluie est présentée comme en cours.
  • Pourquoi : les particules de la proposition rapportée décrivent son propre aspect et son propre repère temporel. Le passé du verbe « dire » ne commande pas mécaniquement leur forme.

Confondre penei et pēlā

  • À éviter : employer pēlā pour annoncer sans contexte une longue citation qui va suivre.
  • Mieux : Penei kāna ʻōlelo: …
  • Pourquoi : penei oriente normalement vers « ceci », donc vers la formulation à venir ; pēlā renvoie plutôt à « cela » ou à une manière déjà établie.

Oublier le déterminant après wahi a

  • Incorrect : Wahi a kumu…
  • Correct : Wahi a ke kumu…
  • Pourquoi : kumu est ici un nom commun défini, « le professeur ». Un nom propre, en revanche, apparaît directement : wahi a Kawika.

Changer un pronom inclusif en pronom exclusif

  • Parole originale : E hele kākou.
  • Sens : « Allons-y, toi compris. »
  • Erreur possible : rendre kākou comme si le destinataire était exclu.
  • Pourquoi : l’hawaïen encode dans ses pronoms une distinction absente de « nous » en français. Avant de rapporter la phrase, identifiez qui est inclus.

Négliger l’ʻokina et le kahakō

  • À éviter : olelo, pela, kana olelo ana.
  • Correct : ʻōlelo, pēlā, kāna ʻōlelo ʻana.
  • Pourquoi : l’ʻokina et le kahakō font partie de l’orthographe hawaïenne. Ils signalent des sons et peuvent distinguer des formes ; ce ne sont pas des ornements facultatifs.

Notes d’usage

Wahi a est particulièrement utile quand l’essentiel est l’origine d’une affirmation. En français, « selon » est souvent une meilleure traduction que « a dit », notamment dans un exposé, un récit historique ou une présentation d’avis. Une traduction naturelle doit donc tenir compte de la fonction de la phrase, pas seulement de chaque mot.

La citation directe est une solution claire lorsque les pronoms, la direction ou le moment risqueraient de devenir ambigus. La ponctuation des textes hawaïens modernes peut suivre diverses conventions éditoriales. Guillemets, deux-points et virgules aident le lecteur, mais ils ne remplacent pas les marqueurs grammaticaux. Dans les textes plus anciens ou dans la transcription d’un récit oral, la frontière de la citation peut être moins visible qu’en français contemporain.

Les particules directionnelles ajoutées aux verbes de parole sont importantes dans le discours vivant. ʻŌlelo mai présente la parole comme orientée vers le point de référence, alors que ʻōlelo aku l’oriente à l’écart de celui-ci ou vers une autre personne. Leur traduction française peut rester simplement « dire », mais leur choix révèle la perspective de la scène.

Enfin, le sujet de ʻōlelo suit normalement le prédicat, conformément à l’ordre hawaïen : Ua ʻōlelo ʻo ia, Ua ʻōlelo ke kumu. Le marqueur ʻo apparaît devant un pronom personnel ou un nom propre sujet, mais pas devant le groupe nominal commun ke kumu.

Pour aller plus loin

La parole peut elle-même devenir un nom grâce à ka + verbe + ʻana. Ka ʻōlelo ʻana désigne « le fait de parler » ou « la parole en tant qu’action ». Avec un possesseur, on obtient par exemple kāna ʻōlelo ʻana, « le fait qu’il ou elle parle / sa manière de parler ». C’est la structure de I kāna ʻōlelo ʻana, ua ʻoluʻolu ʻo ia. Selon le contexte, le français choisira « en parlant », « dans ses paroles » ou « dans sa manière de parler » plutôt qu’une traduction littérale lourde.

À un niveau plus avancé, on rencontre aussi des propositions relatives, c’est-à-dire des groupes qui précisent un nom :

  • ka mea āna i ʻōlelo ai — ce qu’il ou elle a dit ;
  • ka ʻōlelo aʻu i lohe ai — les paroles que j’ai entendues ;
  • pēlā ʻo ia i ʻōlelo ai — c’est ainsi qu’il ou elle a parlé.

Le ai final renvoie à un élément placé plus tôt dans la structure. Dans pēlā ʻo ia i ʻōlelo ai, il rattache la manière « ainsi » à l’action de parler. Cette construction dépasse la simple formule de citation, mais elle est très fréquente dès que le récit devient plus élaboré.

Il faut également distinguer le contenu d’une parole de sa manière. Wahi a Malia identifie Malia comme source ; penei présente la formulation ; pēlā…ai décrit ou reprend la manière ; ka mea āna i ʻōlelo ai transforme le contenu en « ce qu’elle a dit ». Choisir entre ces structures rend le texte plus précis et évite de répéter constamment ua ʻōlelo ʻo ia.

Conseils de pratique

  1. Transformez les citations dans les deux sens. Partez de Wahi a Kimo, « E kali kākou. », puis reformulez avec Ua ʻōlelo ʻo Kimo…. Vérifiez à chaque fois qui est inclus par kākou, mākou, māua ou kāua.
  2. Classez les exemples par fonction. Dans un récit hawaïen, notez d’une couleur wahi a pour la source, d’une autre penei/pēlā pour l’orientation du discours, puis entourez les particules ua, ke…nei et e…ana. Vous verrez que le temps de « dire » ne commande pas automatiquement celui du contenu.
  3. Lisez les citations à voix haute. Marquez une pause après wahi a… ou penei kāna ʻōlelo. Cette pratique aide à percevoir les limites des propositions même lorsque la ponctuation est discrète.

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