Les propositions temporelles et l’enchaînement en yoruba
Gbólóhùn Àkókò àti Ìtòlẹ́sẹẹsẹ
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de yoruba sur Settemila Lingue.
En bref
Le yoruba relie deux actions dans le temps au moyen de groupes comme nígbà tí « quand », ṣáájú kí…tó « avant que », lẹ́yìn tí « après que » et títí…fi « jusqu’à ce que ». À la différence du français, il ne conjugue pas le verbe selon un temps grammatical : l’ordre des actions se comprend grâce au connecteur, au contexte et à des marqueurs tels que ti « action accomplie » ou ń « action en cours ».
Vue d’ensemble
Une proposition temporelle est un petit groupe avec un sujet et un verbe qui situe une autre action dans le temps. Dans Nígbà tí mo dé, ó ti lọ (« Quand je suis arrivé, il ou elle était déjà parti(e) »), nígbà tí mo dé donne le repère temporel, tandis que ó ti lọ apporte l’information principale. La première partie est dite subordonnée : elle dépend de l’autre proposition pour former le message complet.
Au niveau B1, ces structures permettent de dépasser une simple liste d’événements. On peut dire qu’une action en précède une autre, qu’elle lui succède, qu’elle dure jusqu’à une limite ou qu’elle se déroule en même temps. Elles sont donc indispensables pour raconter une journée, donner des consignes, expliquer une procédure ou rapporter un souvenir.
Pour un francophone, le changement essentiel est de ne pas chercher un équivalent mécanique du passé composé, du plus-que-parfait ou du subjonctif français. Le verbe yoruba ne change pas de terminaison selon le temps ni selon la personne. Ce sont surtout les mots de liaison et les marqueurs d’aspect — des mots placés avant le verbe qui indiquent si l’action est achevée, en cours ou habituelle — qui organisent le récit.
Fonctionnement
Les principaux schémas
| Relation | Schéma courant | Sens de base |
|---|---|---|
| repère ponctuel | nígbà tí + sujet + groupe verbal | quand, au moment où |
| antériorité | ṣáájú kí + sujet + tó + verbe | avant que le sujet ne fasse… |
| postériorité | lẹ́yìn tí + sujet + groupe verbal | après que le sujet a fait… |
| limite | títí + sujet + fi + verbe | jusqu’à ce que… |
| simultanéité en cours | bí + sujet + ti ń + verbe | tandis que, au moment où une action se déroulait |
Ces schémas sont des repères solides, mais ils ne sont pas de simples mots à remplacer terme pour terme. Kí…tó et …fi forment notamment des constructions complètes : mieux vaut les mémoriser avec une phrase entière.
Nígbà tí : « quand »
Nígbà signifie « moment, époque » et tí relie ce nom à la proposition qui le précise. Le groupe entier nígbà tí correspond donc à « au moment où » ou, plus naturellement en français, « quand ».
- Nígbà tí + sujet + verbe, proposition principale
- Nígbà tí mo dé, ó ti lọ. — Quand je suis arrivé, il ou elle était déjà parti(e).
La proposition en nígbà tí peut venir en tête, ce qui met le repère en avant, ou après la proposition principale : Ó ti lọ nígbà tí mo dé. L’ordre des groupes change le point de départ du message, mais pas nécessairement la relation temporelle.
Le second ti de ó ti lọ n’a pas la même fonction que tí dans nígbà tí. Le premier est un marqueur d’accompli : il présente le départ comme déjà réalisé. Les tons écrits aident à distinguer tí, mot de liaison, et ti, marqueur d’aspect.
Ṣáájú kí…tó : « avant que »
Pour annoncer qu’une action doit avoir lieu avant une autre, on emploie couramment :
- ṣáájú kí + sujet + tó + verbe
- Ṣáájú kí o tó lọ, jẹun. — Avant de partir, mange.
Ṣáájú porte l’idée d’antériorité. Kí introduit ici la proposition dépendante, et tó marque le seuil avant lequel l’action principale doit se produire. En français, si les deux actions ont le même sujet, on préfère souvent un infinitif : « avant de partir ». Le yoruba conserve néanmoins un sujet exprimé dans la proposition : kí o tó lọ, littéralement une structure du type « avant que tu partes ».
Quand les sujets diffèrent, le même modèle reste transparent : Ṣáájú kí Adé tó dé, a parí iṣẹ́ náà (« Avant qu’Adé arrive, nous avons terminé le travail »).
Lẹ́yìn tí : « après que »
Lẹ́yìn signifie « après, derrière ». Devant une proposition, on trouve lẹ́yìn tí :
- lẹ́yìn tí + sujet + (ti) + verbe
- Lẹ́yìn tí wọ́n ti jẹun, wọ́n lọ. — Après avoir mangé, ils ou elles sont parti(e)s.
Le premier tí rattache la proposition à lẹ́yìn. Le second ti, devant jẹun, indique que le repas est accompli. Cette répétition est normale : les deux mots se ressemblent, mais n’ont pas le même rôle. Le contexte rend parfois l’accomplissement suffisamment clair pour qu’un énoncé ne mette pas autant l’accent sur ti ; pour apprendre à raconter une suite achevée, lẹ́yìn tí + sujet + ti + verbe est cependant un excellent modèle.
Títí…fi : « jusqu’à ce que »
Títí fixe une limite. Lorsqu’une action constitue cette limite, le schéma usuel comporte fi :
- proposition principale + títí + sujet + fi + verbe
- Dúró títí mo fi padà. — Attends jusqu’à ce que je revienne.
Dans cette construction, il ne faut pas traduire fi isolément. Il participe au lien entre la durée — ici, l’attente — et l’événement qui y met fin — le retour. Le français exige « jusqu’à ce que » suivi du subjonctif, mais le yoruba ne possède pas une conjugaison équivalente à ce subjonctif français.
Devant un nom ou une date plutôt que devant une action, on rencontre títí di : títí di ọ̀la (« jusqu’à demain »). On oppose donc utilement títí mo fi padà « jusqu’à ce que je revienne » et títí di ọ̀la « jusqu’à demain ».
Bí…ti ń : deux actions simultanées
Pour présenter une action qui se déroulait pendant qu’une autre avait lieu, le cadre bí + sujet + ti ń + verbe peut introduire l’arrière-plan :
- Bí mo ti ń lọ sí ọjà, mo rí Bọ́lá. — Alors que j’allais au marché, j’ai vu Bọ́lá.
Ici, ń signale une action en cours. Cette structure correspond selon le contexte à « tandis que », « alors que » ou « au moment où ». Il faut la distinguer de bí + sujet + bá…, qui sert couramment à exprimer une condition (« si… ») et relève d’un autre point de grammaire.
Placer les marqueurs d’aspect
Les connecteurs temporels indiquent la relation entre les propositions ; les marqueurs d’aspect précisent la manière dont on envisage chaque action.
| Marqueur | Valeur utile dans un récit | Exemple abrégé |
|---|---|---|
| ti | action déjà accomplie | ó ti lọ — il ou elle est déjà parti(e) |
| ń | action en cours | mo ń ṣiṣẹ́ — je suis en train de travailler |
| máa ń | action habituelle | a máa ń jẹun — nous mangeons habituellement |
| absence de marqueur | événement compris par le contexte | mo dé — je suis arrivé(e) / j’arrivai |
Ainsi, le français « Quand je suis arrivé, elle était partie » répartit l’information entre deux temps conjugués. Le yoruba peut opposer simplement mo dé à ó ti lọ. Le connecteur et ti suffisent à montrer que le départ précède l’arrivée.
Exemples en contexte
| Yoruba | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Nígbà tí mo dé, ó ti lọ. | Quand je suis arrivé(e), il ou elle était déjà parti(e). | ti place le départ avant l’arrivée. |
| Òjò ń rọ̀ nígbà tí a jáde. | Il pleuvait quand nous sommes sorti(e)s. | ń présente la pluie comme une action en cours. |
| Nígbà tí mo bá dé ilé, màá pè é. | Quand j’arriverai à la maison, je l’appellerai. | Le contexte oriente le repère vers l’avenir. |
| Ṣáájú kí o tó lọ, jẹun. | Avant de partir, mange. | Même sujet en français, mais sujet o exprimé en yoruba. |
| Ṣáájú kí Adé tó dé, a parí iṣẹ́ náà. | Avant qu’Adé arrive, nous avons terminé le travail. | Les deux propositions ont des sujets différents. |
| Lẹ́yìn tí wọ́n ti jẹun, wọ́n lọ. | Après avoir mangé, ils ou elles sont parti(e)s. | Le second ti marque le repas comme achevé. |
| Lẹ́yìn tí mo dé ilé, mo pè Bọ́lá. | Après être rentré(e) chez moi, j’ai appelé Bọ́lá. | Suite de deux événements accomplis. |
| Dúró títí mo fi padà. | Attends jusqu’à ce que je revienne. | fi appartient au schéma de la limite. |
| A dúró títí òjò fi dá. | Nous avons attendu jusqu’à ce que la pluie cesse. | La fin de la pluie met fin à l’attente. |
| Ó máa ṣiṣẹ́ títí di alẹ́. | Il ou elle travaillera jusqu’au soir. | títí di précède ici un nom de moment. |
| Bí mo ti ń lọ sí ọjà, mo rí Bọ́lá. | Alors que j’allais au marché, j’ai vu Bọ́lá. | Une action en cours sert d’arrière-plan. |
| Nígbà tí o bá parí, jẹ́ kí n mọ̀. | Quand tu auras terminé, fais-le-moi savoir. | La fin attendue sert de condition temporelle. |
Erreurs fréquentes
Oublier tó après ṣáájú kí
- À éviter : Ṣáájú kí o lọ, jẹun.
- Modèle conseillé : Ṣáájú kí o tó lọ, jẹun.
- Pourquoi : pour la relation « avant que », apprenez le cadre complet ṣáájú kí…tó. Calquer seulement le français « avant que » conduit facilement à une structure incomplète.
Supprimer le sujet parce que le français emploie un infinitif
- À éviter : Ṣáájú kí tó lọ, jẹun.
- Correction : Ṣáájú kí o tó lọ, jẹun.
- Pourquoi : dans kí o tó lọ, o est le sujet de lọ. Le français dit naturellement « avant de partir », mais ce raccourci ne se transpose pas mot à mot.
Confondre tí et ti
- À éviter : interpréter les deux mots de lẹ́yìn tí wọ́n ti jẹun comme un doublon inutile.
- Correction : garder Lẹ́yìn tí wọ́n ti jẹun, wọ́n lọ.
- Pourquoi : tí introduit la proposition liée à lẹ́yìn ; ti marque l’action accomplie. Les signes de ton font partie de l’orthographe yoruba et rendent cette différence visible.
Traduire « jusqu’à ce que » par títí seul
- À éviter : Dúró títí mo padà.
- Correction : Dúró títí mo fi padà.
- Pourquoi : devant une proposition verbale, títí…fi est le modèle à mémoriser. Devant une date ou un nom de moment, employez plutôt títí di, comme dans títí di ọ̀la.
Reproduire les temps français mot à mot
- À éviter : chercher une terminaison spéciale pour rendre « était parti ».
- Correction : Nígbà tí mo dé, ó ti lọ.
- Pourquoi : le yoruba organise le temps avec le contexte, les connecteurs et l’aspect. ti indique ici que le départ est déjà accompli au moment de l’arrivée.
Notes d’usage
Les propositions temporelles se placent avant ou après la proposition principale. En tête de phrase, elles établissent d’abord le décor : Nígbà tí mo dé, ó ti lọ. Après la principale, elles donnent le repère ensuite : Ó ti lọ nígbà tí mo dé. À l’écrit, une virgule après une longue proposition initiale améliore la lecture ; à l’oral, une courte pause joue le même rôle.
Le choix français entre « quand », « lorsque », « une fois que », « alors que » ou « après avoir » dépend souvent du style. Un même connecteur yoruba peut donc recevoir plusieurs traductions naturelles. Il vaut mieux identifier la relation réelle — repère, antériorité, limite ou simultanéité — que s’attacher à une traduction unique.
Dans une narration, les tons et les points souscrits ne sont pas décoratifs : tí, títí, lẹ́yìn, ṣáájú et wọ́n doivent être écrits avec leurs signes. Dans des messages informels, on peut rencontrer une orthographe simplifiée, mais l’apprentissage avec les signes complets évite des ambiguïtés et favorise une prononciation plus sûre.
Pour aller plus loin
Quand le futur ressemble à une condition
Dans une proposition temporelle tournée vers l’avenir, on peut rencontrer bá, par exemple Nígbà tí mo bá dé… (« quand j’arriverai… »). Bá ne correspond pas à un futur conjugué français. Il présente l’événement comme le repère attendu dont dépend la suite. La proposition principale peut ensuite porter sa propre valeur future : Nígbà tí mo bá dé ilé, màá pè é (« Quand j’arriverai à la maison, je l’appellerai »).
Cette proximité entre temps futur et condition est logique : tant que l’arrivée n’a pas eu lieu, elle reste le préalable à l’appel. Toutefois, nígbà tí oriente clairement la phrase vers le temps, tandis que bí…bá seul introduit typiquement une condition. À ce stade, retenez surtout les phrases entières au lieu d’attribuer un seul équivalent français à bá.
Combiner relation temporelle et aspect
Une même proposition temporelle peut contenir différents aspects :
- nígbà tí ó ń ṣiṣẹ́ — pendant qu’il ou elle travaillait ;
- lẹ́yìn tí ó ti ṣiṣẹ́ — après qu’il ou elle a travaillé ;
- nígbà tí ó máa ń ṣiṣẹ́ — aux moments où il ou elle travaillait habituellement.
Cette combinaison permet des récits beaucoup plus précis sans conjuguer le verbe. Aux niveaux plus avancés, on rencontre aussi plusieurs marqueurs ensemble, par exemple ti ń pour une activité commencée auparavant et encore envisagée dans son déroulement. La logique reste la même : le connecteur relie les moments, et l’aspect montre comment chaque action est vue.
Enchaîner plusieurs étapes
Dans une recette ou une procédure, on peut alterner une proposition complète et un simple groupe adverbial : lẹ́yìn náà signifie « après cela, ensuite », sans introduire à lui seul un nouveau sujet et un nouveau verbe. Comparez :
- Lẹ́yìn tí o ti jẹun, mu omi. — Après avoir mangé, bois de l’eau.
- Jẹun. Lẹ́yìn náà, mu omi. — Mange. Ensuite, bois de l’eau.
Le premier énoncé met explicitement les deux actions en relation ; le second les présente comme deux étapes successives. Cette différence est utile pour varier le rythme d’un récit.
Conseils pratiques
- Apprenez des cadres, pas des mots isolés. Faites quatre cartes avec nígbà tí…, ṣáájú kí…tó, lẹ́yìn tí…ti et títí…fi. Changez ensuite le sujet et le verbe sans modifier l’ossature.
- Dessinez une ligne du temps. Pour chaque phrase, placez les deux actions et entourez celle qui est déjà achevée. Vous verrez plus facilement pourquoi ó ti lọ précède mo dé.
- Racontez une routine en trois versions. Dites d’abord deux phrases séparées, puis reliez-les avec nígbà tí ou lẹ́yìn tí, enfin changez l’ordre des propositions. Enregistrez-vous en conservant les tons et une légère pause entre les deux groupes.
Notions associées
- Prérequis : Conjonctions et mots de liaison — pour relier des groupes et comprendre la différence entre coordination et subordination.
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