Les propositions de but et de résultat en finnois
Tarkoitus- ja Tuloslauseet
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de finnois sur Settemila Lingue.
En bref
Pour exprimer un but, le finnois emploie surtout jotta suivi du conditionnel : Opiskelen, jotta oppisin suomea « J’étudie afin d’apprendre le finnois ». Lorsque le sujet reste le même, une construction infinitive est souvent plus concise : Opiskelen oppiakseni suomea. Pour présenter un résultat, on utilise couramment niin…että avec un verbe à l’indicatif : Olen niin väsynyt, etten jaksa « Je suis si fatigué que je n’en peux plus ».
Vue d’ensemble
Une proposition de but indique l’objectif recherché : on fait une première action **pour qu’**une autre situation devienne possible. Une proposition de résultat présente au contraire la conséquence effectivement produite. Cette opposition est importante : jotta oppisin décrit ce que l’on espère atteindre, tandis que niin paljon, että opin présente ce qui s’est réellement produit.
Au niveau B1, le modèle essentiel est jotta + conditionnel. Le conditionnel est un mode verbal (une forme qui présente l’action comme envisagée, souhaitée ou hypothétique), reconnaissable au marqueur -isi- : oppisin, voisi, ymmärtäisivät. Son emploi peut surprendre un francophone : là où le français dit « pour que » avec le subjonctif, le finnois n’a pas de subjonctif et choisit normalement le conditionnel dans une proposition de but.
Le finnois dispose aussi de solutions plus compactes. La forme en -akse-/-äkse- correspond souvent à « pour + infinitif » lorsque l’auteur des deux actions est le même. Après un verbe de déplacement, la forme en -maan/-mään est très fréquente. Enfin, varten permet d’exprimer « pour, à l’intention de » devant un nom ou un pronom. Pour le résultat, le parallèle avec le français si… que est assez direct : niin…että.
Fonctionnement
Exprimer le but avec jotta
Le schéma de base est :
proposition principale + jotta + sujet + verbe au conditionnel
- Puhun hitaasti, jotta ymmärtäisit. — « Je parle lentement pour que tu comprennes. »
- Hän tuli, jotta voisi auttaa. — « Il/Elle est venu(e) afin de pouvoir aider. »
- Lähdimme ajoissa, jotta emme myöhästyisi. — « Nous sommes partis tôt pour ne pas être en retard. »
Une proposition est simplement un groupe organisé autour d’un verbe conjugué. Dans les exemples ci-dessus, la partie introduite par jotta possède son propre verbe et peut avoir un sujet différent de celui de la principale.
Le conditionnel souligne que le résultat est visé, mais pas encore acquis. Il ne situe pas à lui seul l’action dans le présent ou le passé. Le temps de la principale et le contexte fournissent ce repère :
- Opiskelen, jotta oppisin. — « J’étudie pour apprendre. »
- Opiskelin, jotta oppisin. — « J’étudiais afin d’apprendre. »
Dans les deux phrases, oppisin reste formellement identique. Dans un récit rétrospectif, le conditionnel passé peut aussi présenter un but qui n’a finalement pas été atteint. Cette structure, expliquée plus loin, est plus avancée et dépend fortement du contexte.
À la forme négative, le verbe négatif porte la personne et le conditionnel reste sur le verbe principal :
- jotta en myöhästyisi — « pour que je ne sois pas en retard »
- jotta hän ei unohtaisi — « pour qu’il/elle n’oublie pas »
- jotta emme häiritsisi muita — « pour que nous ne dérangions pas les autres »
Että à valeur de but
Että signifie très souvent « que » et introduit de nombreux types de propositions. Dans un contexte où la première action sert clairement un objectif, il peut aussi se rapprocher de jotta, surtout dans la langue courante :
- Harjoittelen joka päivä, että osaisin puhua sujuvammin. — « Je m’entraîne chaque jour pour savoir parler plus couramment. »
- Tule lähemmäksi, että kuulet paremmin. — « Approche-toi pour mieux entendre. »
Pour l’apprenant, jotta est le choix le plus transparent : il annonce sans ambiguïté un but. Että demande davantage d’appui du contexte, car Sanoin, että tulen veut simplement dire « J’ai dit que je viendrais » et non « J’ai dit afin de venir ».
Le conditionnel est le modèle central lorsque le but est souhaité ou envisagé. L’indicatif est néanmoins possible lorsque le locuteur présente le résultat attendu comme pratique, régulier ou assuré, notamment dans une consigne : Kirjoita osoite muistiin, jotta löydät perille « Note l’adresse pour trouver ton chemin ». Il vaut donc mieux comprendre la nuance que transformer « jotta exige toujours le conditionnel » en règle absolue.
La construction en -akse-/-äkse-
Lorsque le sujet de l’action principale accomplit aussi l’action visée, le finnois écrit souvent une seule proposition avec l’infinitif long au translatif. Un infinitif est une forme non conjuguée du verbe, comme « faire » en français ; le translatif est ici la terminaison en -kse-, employée pour marquer le but. La forme reçoit un suffixe possessif qui indique qui réalise l’action.
| Personne qui poursuit le but | Forme de tehdä « faire » | Sens |
|---|---|---|
| minä « je » | tehdäkseni | pour que je fasse / afin de faire |
| sinä « tu » | tehdäksesi | pour que tu fasses / afin de faire |
| hän « il/elle » | tehdäkseen | pour qu’il/elle fasse |
| me « nous » | tehdäksemme | pour que nous fassions |
| te « vous » | tehdäksenne | pour que vous fassiez |
| he « ils/elles » | tehdäkseen | pour qu’ils/elles fassent |
La voyelle dépend de l’harmonie vocalique : -akse- avec les voyelles postérieures, -äkse- avec les voyelles antérieures. Dans la forme complète, les voyelles et le radical du verbe peuvent produire des résultats variés : oppia → oppiakseni, lukea → lukeakseni, tulla → tullakseen, tehdä → tehdäksemme.
Comparez :
- Hän avasi oven päästääkseen koiran ulos. — La même personne ouvre la porte et laisse sortir le chien.
- Hän avasi oven, jotta koira pääsisi ulos. — La personne ouvre la porte, mais c’est le chien qui sort.
Cette construction est concise et fréquente à l’écrit. Elle convient surtout à une action volontaire. Une proposition en jotta reste souvent plus naturelle si le but a son propre sujet, si l’on veut mettre ce sujet en relief ou si la phrase devient difficile à décoder.
Le but après un verbe de déplacement
Après des verbes tels que mennä « aller », tulla « venir » et lähteä « partir », le finnois emploie couramment l’infinitif en -maan/-mään :
- Menen kauppaan ostamaan maitoa. — « Je vais au magasin acheter du lait. »
- Tulimme auttamaan. — « Nous sommes venus aider. »
- Hän lähti ulos kävelemään. — « Il/Elle est sorti(e) marcher. »
Cette forme indique l’activité vers laquelle on se déplace. Elle ne prend pas le suffixe personnel de la construction en -akse-/-äkse- : le sujet se déduit du verbe de mouvement.
Varten : « pour » une personne ou une chose
Varten ne relie pas deux propositions. Il suit un nom ou un pronom au partitif (un cas, c’est-à-dire une terminaison qui marque la fonction du mot) et signifie « pour, en vue de, à l’intention de » :
- Tein sen sinua varten. — « Je l’ai fait pour toi. »
- Ostimme ruokaa juhlia varten. — « Nous avons acheté de la nourriture pour la fête. »
- Tämä huone on vieraita varten. — « Cette chambre est destinée aux invités. »
Il sert donc à nommer le bénéficiaire ou l’usage prévu, et non à introduire directement une action conjuguée.
Exprimer le résultat avec niin…että
Le schéma le plus courant est :
niin + adjectif/adverbe/quantité + että + conséquence
- Kahvi on niin kuumaa, etten voi juoda sitä. — « Le café est si chaud que je ne peux pas le boire. »
- Hän puhui niin nopeasti, että sanat menivät sekaisin. — « Il/Elle parlait si vite que les mots se mélangeaient. »
- Satoi niin paljon, että tiet tulvivat. — « Il a tellement plu que les routes ont été inondées. »
Le verbe de conséquence est normalement à l’indicatif lorsqu’on décrit un fait réel. C’est la grande différence avec le but : jotta + conditionnel regarde vers un objectif, tandis que niin…että + indicatif constate un effet.
Lorsque että est suivi d’un verbe négatif, les deux éléments se contractent souvent :
| Personne | Forme contractée | Exemple |
|---|---|---|
| minä | etten | etten jaksa « que je n’en peux plus » |
| sinä | ettet | ettet huomannut « que tu n’as pas remarqué » |
| hän | ettei | ettei hän kuullut « qu’il/elle n’a pas entendu » |
| me | ettemme | ettemme ehtineet « que nous n’avons pas eu le temps » |
| te | ettette | ettette eksy « que vous ne vous perdiez pas » |
| he | etteivät | etteivät he nähneet « qu’ils/elles n’ont pas vu » |
Ainsi, Olen niin väsynyt, etten jaksa contient historiquement et grammaticalement l’équivalent de että + en.
Exemples en contexte
| Finnois | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Opiskelen, jotta oppisin suomea. | J’étudie afin d’apprendre le finnois. | But envisagé, conditionnel |
| Hän tuli, jotta voisi auttaa. | Il/Elle est venu(e) afin de pouvoir aider. | Les deux verbes ont le même sujet |
| Lähdimme ajoissa, jotta emme myöhästyisi. | Nous sommes partis tôt pour ne pas être en retard. | But négatif |
| Suljen oven, jotta täällä olisi hiljaisempaa. | Je ferme la porte pour qu’il y ait moins de bruit ici. | Changement souhaité |
| Harjoittelen joka päivä, että osaisin puhua sujuvammin. | Je m’entraîne chaque jour afin de parler plus couramment. | Että à valeur de but |
| Säästän rahaa matkustaakseni ensi kesänä. | J’économise pour voyager l’été prochain. | Même sujet, forme en -akseni |
| Hän soitti kysyäkseen neuvoa. | Il/Elle a téléphoné pour demander conseil. | Même sujet, forme en -äkseen |
| Menemme kirjastoon opiskelemaan. | Nous allons à la bibliothèque pour étudier. | Déplacement + -maan |
| Tein sen sinua varten. | Je l’ai fait pour toi. | Bénéficiaire + varten |
| Olen niin väsynyt, etten jaksa. | Je suis si fatigué(e) que je n’en peux plus. | Résultat négatif réel |
| Elokuva oli niin hyvä, että katsoin sen kahdesti. | Le film était si bon que je l’ai regardé deux fois. | Résultat constaté |
| Hän puhui niin hiljaa, ettemme kuulleet mitään. | Il/Elle parlait si bas que nous n’avons rien entendu. | Että + emme → ettemme |
| Lunta tuli niin paljon, että junat myöhästyivät. | Il est tombé tellement de neige que les trains ont eu du retard. | Quantité + conséquence |
| Ovi oli niin kapea, ettei sohva mahtunut sisään. | La porte était si étroite que le canapé n’est pas passé. | Että + ei → ettei |
Erreurs fréquentes
Employer le suffixe de la mauvaise personne
- Incorrect : Opiskelen oppiakseen suomea.
- Correct : Opiskelen oppiakseni suomea.
- Pourquoi : le sujet est « je » ; la forme doit donc finir par -ni. Oppiakseen renvoie à « il/elle » ou « ils/elles » et ne correspond pas au sujet de opiskelen.
Utiliser la construction infinitive avec deux sujets différents
- Incorrect : Avasin ikkunan lapsen saadakseen raitista ilmaa.
- Correct : Avasin ikkunan, jotta lapsi saisi raitista ilmaa.
- Pourquoi : c’est moi qui ouvre la fenêtre, mais c’est l’enfant qui reçoit de l’air frais. La proposition en jotta indique clairement ce changement de sujet.
Mettre automatiquement le conditionnel après niin…että
- Peu naturel pour un fait constaté : Olin niin väsynyt, etten jaksaisi kävellä.
- Correct : Olin niin väsynyt, etten jaksanut kävellä.
- Pourquoi : la phrase raconte une conséquence réelle dans le passé ; l’indicatif jaksanut convient. Jaksaisi présenterait plutôt une conséquence hypothétique et demanderait un autre contexte.
Calquer « si… que » avec kuin
- Incorrect : Olen niin väsynyt kuin en jaksa.
- Correct : Olen niin väsynyt, etten jaksa.
- Pourquoi : dans cette structure de résultat, le « que » français correspond à että, et non à kuin, qui sert notamment dans les comparaisons.
Employer le mauvais cas devant varten
- Incorrect : Tein tämän sinulle varten.
- Correct : Tein tämän sinua varten.
- Pourquoi : varten se construit avec le partitif : sinua, matkaa, vieraita. Sinulle peut signifier « pour toi » sans varten, par exemple dans Annoin tämän sinulle « Je t’ai donné ceci ».
Oublier la virgule entre deux propositions
- Incorrect : Puhun hitaasti jotta kaikki ymmärtäisivät.
- Correct : Puhun hitaasti, jotta kaikki ymmärtäisivät.
- Pourquoi : en finnois écrit, une subordonnée introduite par jotta ou että est normalement séparée de la principale par une virgule. La construction infinitive n’en demande pas : Opiskelen oppiakseni suomea.
Notes d’usage
Dans la langue soignée, jotta est particulièrement utile parce qu’il identifie immédiatement le rapport de but. Että est plus polyvalent et très courant à l’oral, mais il peut parfois laisser hésiter entre un but, un contenu rapporté et une conséquence. Pour produire une phrase claire à l’examen ou dans un texte professionnel, jotta constitue souvent le choix le plus sûr.
La construction en -akse-/-äkse- donne un style compact. Elle est fréquente dans les textes informatifs et administratifs, mais elle n’est pas réservée à un registre soutenu : Soitin varatakseni ajan « J’ai téléphoné pour prendre rendez-vous » est tout à fait courant. Dans une conversation spontanée, une proposition en jotta ou une forme en -maan/-mään peut néanmoins être plus facile à formuler.
Le français emploie « pour + infinitif » très largement. En finnois, il faut choisir selon la structure : tulin auttamaan après un déplacement, soitin kysyäkseni pour un objectif volontaire du même sujet, ou soitin, jotta hän auttaisi si une autre personne doit agir. Il n’existe donc pas une traduction unique de « pour ».
La particule niin peut porter sur un adjectif (niin väsynyt), un adverbe (niin nopeasti) ou une quantité (niin paljon). À l’oral et lorsque le lien de conséquence est déjà évident, elle peut parfois disparaître : Olin väsynyt, etten jaksanut lähteä « J’étais fatigué(e), si bien que je n’ai pas eu la force de partir ». Le modèle complet niin…että reste cependant le plus facile à reconnaître et à produire.
Pour aller plus loin
Le conditionnel passé dans un but non réalisé
Le conditionnel passé se forme avec l’auxiliaire olla au conditionnel et un participe passé (une forme verbale servant ici à construire un temps composé) : olisi auttanut, olisimme ehtineet. Il peut présenter rétrospectivement un but qui n’a pas abouti :
- Hän lähti aikaisin, jotta olisi ehtinyt junaan, mutta myöhästyi silti. — « Il/Elle est parti(e) tôt pour avoir son train, mais l’a tout de même manqué. »
Cette formulation met l’échec en relief. Dans un récit ordinaire, le conditionnel simple reste souvent possible : Hän lähti aikaisin, jotta ehtisi junaan.
Une conséquence envisagée peut elle aussi être au conditionnel
L’indicatif est normal pour un résultat réel, mais niin…että n’interdit pas le conditionnel. Si toute la situation est imaginée, le résultat l’est également :
- Olisin niin iloinen, että tanssisin koko yön. — « Je serais si heureux/heureuse que je danserais toute la nuit. »
Ce n’est donc pas la conjonction seule qui commande le mode. Le locuteur choisit l’indicatif pour le fait constaté et le conditionnel pour le scénario imaginé.
Les structures équivalant à « trop… pour »
À un niveau plus avancé, la forme en -akse-/-äkse- apparaît aussi après liian « trop » ou tarpeeksi « assez » pour présenter une conséquence possible ou impossible :
- Olen liian väsynyt lähteäkseni ulos. — « Je suis trop fatigué(e) pour sortir. »
- Hän on tarpeeksi kokenut johtaakseen projektia. — « Il/Elle a assez d’expérience pour diriger le projet. »
La forme ressemble à l’infinitif de but, mais la relation logique est différente : elle évalue si une conséquence est possible, au lieu de nommer directement l’objectif d’une action.
But, bénéficiaire et cause ne se confondent pas
Trois phrases françaises avec « pour » peuvent exiger trois structures finnoises :
- Teen töitä säästääkseni rahaa. — « Je travaille pour économiser de l’argent » : objectif de l’action.
- Teen ruokaa ystäviä varten. — « Je prépare à manger pour des amis » : bénéficiaires.
- Kiitos avusta. — « Merci pour l’aide » : cause ou motif, exprimé ici par un cas grammatical et non par varten.
Avant de traduire « pour », demandez-vous donc s’il introduit une action visée, une personne bénéficiaire ou une raison.
Conseils pratiques
- Transformez des paires de phrases. Partez de Haluan oppia suomea. Opiskelen joka päivä. Puis reliez-les avec jotta : Opiskelen joka päivä, jotta oppisin suomea. Si le sujet reste le même, créez aussi Opiskelen joka päivä oppiakseni suomea.
- Classez les exemples par relation logique. À l’écoute ou à la lecture, notez « objectif » devant jotta et « conséquence » devant niin…että. Vérifiez ensuite le mode du verbe : conditionnel pour un objectif envisagé, indicatif pour un résultat constaté.
- Apprenez les formes personnelles en bloc. Répétez avec trois verbes utiles : tehdäkseni, tehdäksesi, tehdäkseen ; oppiakseni, oppiaksesi, oppiakseen ; auttaakseni, auttaaksesi, auttaakseen. Cela évite de laisser le suffixe de la troisième personne partout.
Notions liées
- Prérequis : Le conditionnel — nécessaire pour former oppisin, voisi et les autres verbes des propositions de but.
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