Le datif en basque
Datiboa (NORI)
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.
En bref
Le datif basque répond à la question NORI ? (« à qui ? ») et désigne le plus souvent le destinataire ou le bénéficiaire d’une action. Avec un nom défini, retenez d’abord -ari au singulier et -ei au pluriel : haurrari « à l’enfant », haurrei « aux enfants ». Cette personne est également indiquée dans l’auxiliaire : Haurrari ipuina kontatu diot signifie « J’ai raconté une histoire à l’enfant ».
Vue d’ensemble
Un cas est une terminaison qui indique le rôle d’un nom dans la phrase. En français, on place généralement la préposition « à » devant le destinataire : « donner un livre à l’enfant », « dire la vérité à mes amis ». En basque, cette fonction est marquée à la fin du groupe nominal : haurra (« l’enfant ») devient haurrari (« à l’enfant »), et lagunak (« les amis ») devient lagunei (« aux amis »).
Le terme basque NORI vient de nor (« qui ? ») et correspond à la question « à qui ? ». Le groupe au datif est souvent l’objet indirect, c’est-à-dire la personne qui reçoit une chose, une parole, un message ou un service sans être directement l’objet de l’action. Dans Anek Mikeli mezua bidali dio (« Ane a envoyé le message à Mikel »), mezua est ce qui est envoyé, tandis que Mikeli est la personne qui le reçoit.
Le datif est introduit au niveau A2, après le système transitif NOR-NORK. Il ajoute une troisième relation fréquente : NORK indique qui agit, NOR ce qui est donné ou dit, et NORI à qui. Pour un francophone, la terminaison nominale est assez régulière ; la véritable nouveauté est que l’auxiliaire basque s’accorde aussi avec le destinataire. Il ne suffit donc pas d’ajouter -ri au nom : dut doit par exemple devenir diot, dizut ou diet selon la personne concernée.
Comment ça fonctionne
Repérer les trois rôles
Prenons la phrase suivante :
Nik haurrari ipuina kontatu diot. — J’ai raconté une histoire à l’enfant.
| Élément | Question basque | Fonction | Forme dans l’exemple |
|---|---|---|---|
| celui qui agit | NORK ? | agent à l’ergatif | nik « moi, j’ » |
| ce qui est raconté | NOR ? | objet direct à l’absolutif | ipuina « l’histoire » |
| celui qui reçoit le récit | NORI ? | destinataire au datif | haurrari « à l’enfant » |
| accord verbal | NOR-NORI-NORK | auxiliaire | diot « je le lui ai » |
L’ordre des groupes peut changer selon ce que l’on veut mettre en valeur. Ce sont surtout les terminaisons et l’auxiliaire qui indiquent les rôles, et non une place fixe comparable à l’ordre français.
Les formes définies les plus fréquentes
Pour former le datif défini, ne vous contentez pas de calquer la préposition française devant un nom inchangé. Partez du radical basque et observez la forme entière.
| Type | Absolutif | Datif | Sens |
|---|---|---|---|
| singulier, radical consonantique | haurra | haurrari | l’enfant → à l’enfant |
| singulier, radical vocalique | etxea | etxeari | la maison → à la maison |
| singulier, mot en -a | ama | amari | la mère → à la mère |
| pluriel, radical consonantique | lagunak | lagunei | les amis → aux amis |
| pluriel, radical vocalique | ikasleak | ikasleei | les élèves → aux élèves |
| pluriel avec r final | haurrak | haurrei | les enfants → aux enfants |
La règle pratique du débutant est donc :
- singulier défini : -ari, comme dans gizonari, irakasleari, etxeari ;
- pluriel défini : -ei, comme dans gizonei, irakasleei, etxeei.
On présente parfois le datif comme le suffixe général -ri. C’est juste du point de vue de la déclinaison, mais les formes visibles les plus utiles sont -ari au singulier défini et -ei au pluriel défini. Apprenez les mots sous leur forme complète plutôt que de chercher à séparer chaque lettre dès le départ.
Indéfini, nombres et noms propres
Quand le groupe n’est pas simplement « le… » ou « les… », les formes changent légèrement.
| Groupe | Datif | Exemple |
|---|---|---|
| une personne | pertsona bati | Pertsona bati galdetu diot. — J’ai demandé à une personne. |
| deux amis | bi laguni | Bi laguni idatzi diet. — J’ai écrit à deux amis. |
| Ane | Aneri | Aneri mezua bidali diot. — J’ai envoyé un message à Ane. |
| Mikel | Mikeli | Mikeli liburua eman diot. — J’ai donné le livre à Mikel. |
Avec un nom propre terminé par une voyelle, on rencontre généralement -ri : Ane → Aneri. Après une consonne, la marque est généralement -i : Mikel → Mikeli, Jon → Joni. Dans l’orthographe ordinaire, on écrit ces formes sans trait d’union.
Après un nombre, le nom est souvent à la déclinaison indéfinie : bi laguni, et non la forme définie plurielle lagunei. Pour le niveau A2, retenez surtout les groupes très fréquents bati (« à un/une ») et bi laguni (« à deux amis »).
Les pronoms au datif
Les pronoms ne se forment pas toujours de façon transparente. Il est préférable de les apprendre comme une petite série autonome.
| Personne | Forme de base | Datif NORI | Sens |
|---|---|---|---|
| moi | ni | niri | à moi / me |
| toi, vous singulier | zu | zuri | à toi / à vous |
| lui, elle | hura | hari | à lui / à elle |
| nous | gu | guri | à nous / nous |
| vous pluriel | zuek | zuei | à vous |
| eux, elles | haiek | haiei | à eux / à elles |
On rencontre aussi les démonstratifs honi (« à celui-ci / à celle-ci »), horri (« à celui-là / à celle-là ») et hari (« à celui ou celle qui est plus éloigné(e) »).
Comme l’auxiliaire indique déjà la personne au datif, le pronom est souvent omis. Esan didazu veut déjà dire « tu me l’as dit ». On ajoute niri pour préciser, contraster ou insister : Niri esan didazu, ez Aneri (« Tu me l’as dit à moi, pas à Ane »).
Le datif dans l’auxiliaire
Avec des verbes comme eman (« donner »), esan (« dire »), kontatu (« raconter »), bidali (« envoyer ») ou erakutsi (« montrer »), l’auxiliaire peut encoder trois participants. Comparez ces formes avec un objet direct singulier de troisième personne :
| NORK | NORI | Modèle | Traduction |
|---|---|---|---|
| nik « je » | hari « à lui/elle » | eman diot | je le lui ai donné |
| nik | zuri « à toi/vous » | eman dizut | je te/vous l’ai donné |
| zuk « tu/vous » | niri « à moi » | eman didazu | tu me l’as donné |
| hark « il/elle » | niri | eman dit | il/elle me l’a donné |
| guk « nous » | haiei « à eux/elles » | eman diegu | nous le leur avons donné |
| haiek « ils/elles » | guri « à nous » | eman digute | ils/elles nous l’ont donné |
Il n’existe pas un seul équivalent de « lui » que l’on ajouterait devant le verbe comme en français. Les informations sont fusionnées dans des formes telles que diot, dizut, didazu et diegu. Au début, mémorisez-les dans une phrase entière.
Si l’objet direct est pluriel, l’auxiliaire le signale également, souvent par le groupe -zki- :
- Amari lorea eman diot. — J’ai donné la fleur à ma mère.
- Amari loreak eman dizkiot. — J’ai donné les fleurs à ma mère.
- Hark niri gutuna bidali dit. — Il/elle m’a envoyé la lettre.
- Hark niri gutunak bidali dizkit. — Il/elle m’a envoyé les lettres.
Le destinataire ne change pas entre les deux phrases ; c’est le nombre de choses données ou envoyées qui provoque diot → dizkiot ou dit → dizkit.
Exemples en contexte
| Basque | Traduction | Remarque |
|---|---|---|
| Amari loreak eman dizkiot. | J’ai donné des fleurs à ma mère. | amari est singulier ; dizkiot indique plusieurs fleurs. |
| Niri esan didazu. | Tu me l’as dit. | niri met « moi » en relief. |
| Haurrari ipuina kontatu diot. | J’ai raconté une histoire à l’enfant. | Destinataire singulier en -ari. |
| Lagunei deitu diet. | J’ai appelé mes amis. | En basque, la personne appelée est au datif. |
| Anek Mikeli mezua bidali dio. | Ane a envoyé un message à Mikel. | Nom propre après consonne : Mikeli. |
| Irakasleak ikasleei ariketa azaldu die. | Le professeur a expliqué l’exercice aux élèves. | Destinataires pluriels en -ei. |
| Zuri kafea prestatu dizut. | Je vous ai préparé un café. | zuri peut correspondre à « à toi » ou au « vous » singulier. |
| Guk haiei egia esan diegu. | Nous leur avons dit la vérité. | haiei signifie « à eux / à elles ». |
| Joni giltzak itzuli dizkiote. | Ils/elles ont rendu les clés à Jon. | Objet direct pluriel : dizkiote. |
| Bi laguni idatzi diet. | J’ai écrit à deux amis. | Après bi, forme indéfinie laguni. |
| Medikuari galdera bat egin diogu. | Nous avons posé une question au médecin. | galdera bat egin se construit avec un destinataire. |
| Ez diot inori ezer esan. | Je n’ai rien dit à personne. | inori est le datif de « personne » dans la négation. |
| Nori eman diozu liburua? | À qui avez-vous donné le livre ? | nori pose directement la question du destinataire. |
| Opari hau zuretzat da, baina bihar emango dizut. | Ce cadeau est pour vous, mais je vous le donnerai demain. | zuretzat exprime la destination ; dizut le destinataire de eman. |
Erreurs courantes
Oublier la marque du datif
- Incorrect : Ama loreak eman dizkiot.
- Correct : Amari loreak eman dizkiot.
- Pourquoi : la mère est la destinataire. Elle répond à NORI ? et doit donc être au datif : amari.
Garder un auxiliaire sans accord datif
- Incorrect : Haurrari ipuina kontatu dut.
- Correct : Haurrari ipuina kontatu diot.
- Pourquoi : dut n’encode qu’un objet et un agent dans le modèle NOR-NORK. Avec haurrari, l’auxiliaire doit aussi indiquer le destinataire : diot.
Employer l’auxiliaire singulier avec plusieurs objets
- Incorrect : Amari loreak eman diot.
- Correct : Amari loreak eman dizkiot.
- Pourquoi : loreak désigne plusieurs fleurs. Le groupe -zki- de dizkiot marque ici l’objet direct pluriel.
Traduire mécaniquement « appeler » comme un verbe français transitif
- Incorrect : Lagunak deitu ditut dans le sens standard « j’ai téléphoné à mes amis ».
- Correct : Lagunei deitu diet.
- Pourquoi : avec deitu, la personne appelée se construit au datif en basque standard. La structure du verbe ne se copie pas toujours d’une langue à l’autre.
Confondre niri et nik
- Incorrect : Nik esan didazu pour « Tu me l’as dit ».
- Correct : Niri esan didazu.
- Pourquoi : nik signifie « moi » comme agent d’une action transitive ; niri signifie « à moi ». Ici, c’est « tu » qui parles et « moi » qui reçois l’information.
Ajouter la terminaison à la mauvaise forme
- Incorrect : haurrariak ou lagunakei.
- Correct : haurrari, lagunei.
- Pourquoi : les marques de cas remplacent les terminaisons absolutives -a et -ak dans la forme déclinée ; elles ne s’ajoutent pas après elles comme un mot séparé.
Notes d’utilisation
Le français « à » ne correspond pas toujours au datif basque. Dans « aller à Bilbao », « à » indique un lieu et le basque emploie une marque de direction : Bilbora joan. Dans « être à la maison », on dit etxean egon, avec une marque de lieu. Le datif est avant tout lié à un participant — destinataire, bénéficiaire ou personne concernée — et non à toutes les prépositions françaises « à ».
Inversement, certains verbes basques demandent le datif là où le français n’affiche pas « à ». Lagunei deitu diet se traduit naturellement par « J’ai appelé mes amis », mais lagunei reste grammaticalement au datif. Il faut donc apprendre la construction avec le verbe : norbaiti deitu (« appeler quelqu’un »), norbaiti galdetu (« demander à quelqu’un »), norbaiti lagundu (« aider quelqu’un » selon la construction standard enseignée).
Distinguez aussi NORI et NORENTZAT. Le datif présente quelqu’un comme destinataire réel d’une action : Zuri oparia eman dizut (« Je vous ai donné le cadeau »). La forme en -entzat signifie plutôt « pour, à l’intention de » : Opari hau zuretzat da (« Ce cadeau est pour vous »). Une même personne peut être désignée par les deux formes, mais le point de vue n’est pas identique.
Enfin, les pronoms et même les groupes nominaux peuvent être omis quand le contexte et l’auxiliaire suffisent. Dizut contient déjà l’idée « je… à toi/vous ». Les exprimer sert souvent à lever une ambiguïté ou à créer un contraste : Zuri eman dizut, ez hari (« Je l’ai donné à vous, pas à lui/elle »).
Au-delà des bases
Les points suivants ne sont pas à maîtriser entièrement au niveau A2, mais ils expliquent des formes très courantes que vous rencontrerez ensuite.
Le datif ne sert pas seulement à nommer le destinataire d’un don ou d’une parole. Il peut désigner la personne qui éprouve une sensation, un goût ou une impression. Dans Hori gustatzen zait (« Cela me plaît / J’aime cela »), hori est ce qui plaît et « moi » est encodé comme destinataire ou personne concernée dans zait. Ce type de phrase utilise le système NOR-NORI, sans agent ergatif. Il faut donc distinguer la présence du cas datif et le choix précis de la famille d’auxiliaires.
Le basque utilise aussi volontiers le datif pour présenter une personne comme affectée par un événement, notamment dans des situations non voulues : Joni autoa hondatu zaio peut se comprendre comme « La voiture de Jon est tombée en panne » avec l’idée que cela lui est arrivé. Le français choisirait souvent un possessif ou une tournure avec « avoir », alors que le basque met la personne concernée au datif.
Dans le système complet NOR-NORI-NORK, un seul auxiliaire peut réunir le nombre de l’objet direct, la personne du destinataire, la personne de l’agent et le temps. Dizkiot signifie ainsi, dans un contexte approprié, « je les lui ai », tandis que dizkidazu signifie « tu me les as ». La structure est régulière, mais le paradigme complet est volumineux. À ce niveau, mieux vaut automatiser quelques formes fréquentes plutôt que mémoriser une grille entière sans contexte.
Enfin, le datif peut avoir des effets discursifs plus subtils : il peut signaler l’intérêt personnel, l’implication ou la personne touchée par un fait. Ces emplois varient davantage selon le verbe et le contexte. Ils prolongent cependant la même idée centrale : NORI désigne la personne vers qui va l’action ou celle qui en subit particulièrement les conséquences.
Conseils de pratique
- Travaillez par trios. Pour chaque phrase, soulignez NORK, entourez NOR et encadrez NORI : Nik / liburua / Aneri eman diot. Cette analyse rend l’auxiliaire beaucoup moins mystérieux.
- Transformez une phrase à la fois. Partez de Amari lorea eman diot, mettez l’objet au pluriel (loreak → dizkiot), puis changez le destinataire (lagunei → dizkiet). Ne modifiez qu’un élément pour entendre ce que l’auxiliaire encode.
- Apprenez les verbes avec leur construction. Notez norbaiti esan, norbaiti deitu, norbaiti galdetu plutôt que seulement esan, deitu, galdetu. Vous éviterez ainsi de calquer automatiquement le français.
Concepts liés
- Prérequis : Accord verbal transitif NOR-NORK — pose les bases de l’accord entre l’agent ergatif et l’objet absolutif.
- Étape suivante : Accord verbal datif NOR-NORI — explique les constructions comme gustatzen zait, où une personne ressent ou reçoit une expérience.
- Approfondissement : Accord trivalent NOR-NORI-NORK — développe le paradigme complet des auxiliaires qui encodent les trois participants.
Prérequis
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