C1

Les constructions causatives en basque

Aditz Kausatiboak

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de basque sur Settemila Lingue.

En bref

Le basque forme couramment un verbe causatif avec -arazi : jan « manger » devient janarazi « faire manger, nourrir », et ikusi « voir » devient ikusarazi « faire voir, montrer ». Comme cette construction ajoute celui qui provoque l’action, il faut réorganiser les cas et choisir l’auxiliaire d’après tous les participants : Haurra etorrarazi dut « J’ai fait venir l’enfant », mais Haurrari ogia janarazi diot « J’ai fait manger le pain à l’enfant ».

Vue d’ensemble

Une construction causative présente une personne, une chose ou un événement comme la cause d’une autre action. En français, on emploie très souvent faire suivi d’un infinitif : « faire venir quelqu’un », « faire lire un texte à quelqu’un ». Le basque peut concentrer cette idée dans le verbe grâce à -arazi : etorri « venir » → etorrarazi « faire venir » ; irakurri « lire » → irakurrarazi « faire lire ».

La formation du mot n’est pourtant que la première étape. Le basque marque le rôle des groupes nominaux par des cas (des terminaisons qui indiquent leur fonction) et fait souvent correspondre l’auxiliaire à plusieurs participants. Une causative ajoute le causateur, c’est-à-dire l’être ou la chose qui provoque l’action. L’acteur de départ devient le causé, autrement dit la personne que l’on fait agir. Il peut alors apparaître à l’absolutif ou au datif selon la structure du verbe de base.

Ce point est étudié ici au niveau C1, car il mobilise l’accord NOR-NORI-NORK : l’auxiliaire peut renseigner à la fois sur ce qui subit l’action, sur la personne concernée et sur celui qui agit. Pour un francophone, la construction avec faire fournit une bonne intuition du sens, mais pas un moyen fiable de choisir entre dut, diot, diet, didazu ou d’autres formes basques.

Comment cela fonctionne

Former le verbe en -arazi

Le schéma productif associe le radical verbal à -arazi. Selon la forme du verbe, la jonction entraîne parfois la disparition d’une voyelle ou de -tu. Il est donc préférable d’apprendre chaque causatif avec un exemple plutôt que d’ajouter mécaniquement six lettres à n’importe quelle forme.

Verbe de départ Verbe causatif Sens courant en français
jan janarazi faire manger, nourrir
edan edanarazi faire boire, donner à boire
ikusi ikusarazi faire voir, montrer
etorri etorrarazi faire venir
joan joanarazi faire partir
egin eginarazi faire faire
irakurri irakurrarazi faire lire
pentsatu pentsarazi faire réfléchir, donner à penser
sinetsi sinetsarazi faire croire, convaincre
ulertu ulertarazi faire comprendre

Dans l’usage normé, beaucoup de ces formes s’écrivent en un seul mot. Les exemples du concept comportent aussi jan arazi et ikus arazi en deux mots. Il faut savoir reconnaître cette graphie, mais, dans sa propre production, mieux vaut suivre la forme donnée par un dictionnaire basque actuel et rester cohérent dans un même texte.

Le verbe causatif reçoit ensuite les marques ordinaires d’aspect et de temps. L’aspect indique ici si l’action est présentée comme accomplie, en cours ou à venir.

Valeur Forme Exemple
accompli janarazi janarazi diot — je lui ai fait manger cela
non accompli ou habituel janarazten janarazten diot — je le lui fais manger / je lui en fais manger
futur ou intention janaraziko janaraziko diot — je le lui ferai manger

Identifier les trois rôles

Avant de conjuguer, il faut répondre à trois questions :

  1. Qui provoque l’action ? C’est le causateur.
  2. Qui est amené à agir ou à ressentir quelque chose ? C’est le causé.
  3. L’action porte-t-elle déjà sur un objet ? Cet objet doit conserver sa place dans la nouvelle construction.

Prenons d’abord un verbe qui n’a qu’un participant :

  • Haurra etorri da. — « L’enfant est venu. »
  • Nik haurra etorrarazi dut. — « J’ai fait venir l’enfant. »

Dans la première phrase, haurra est à l’absolutif (la forme sans terminaison de cas visible pour ce groupe singulier). La causative ajoute nik, « moi », à l’ergatif, cas en -k qui marque notamment l’agent d’un verbe transitif. Haurra reste absolutif, et l’auxiliaire devient dut. On passe donc du modèle NOR au modèle NOR-NORK.

Observons maintenant un verbe qui possède déjà un agent et un objet :

  • Haurrak ogia jan du. — « L’enfant a mangé le pain. »
  • Nik haurrari ogia janarazi diot. — « J’ai fait manger le pain à l’enfant. »

Le pain, ogia, demeure l’objet à l’absolutif. Le nouvel agent, nik, porte l’ergatif. Comme il y a déjà un objet, le causé devient haurrari, au datif en -ri — le cas employé notamment pour un destinataire ou une personne concernée. L’auxiliaire diot code alors les trois rôles NOR-NORI-NORK.

Structure de départ Structure causative habituelle Exemple causatif
NOR : un seul participant NOR-NORK Mikel etorrarazi dut. — J’ai fait venir Mikel.
NOR-NORK : agent + objet NOR-NORI-NORK Mikeli testua irakurrarazi diot. — J’ai fait lire le texte à Mikel.

Cette seconde structure rappelle le français « faire lire le texte à Mikel ». La ressemblance est utile : le causé reçoit le datif en basque comme il est introduit par à en français. Toutefois, le basque va plus loin, puisque diot porte aussi l’accord avec ces rôles. La préposition française ne permet donc pas de deviner à elle seule la forme de l’auxiliaire.

Construire l’auxiliaire à partir des participants

Dans Mikeli testua irakurrarazi diot :

  • NOR = testua, « le texte », ce qui est lu ;
  • NORI = Mikeli, « à Mikel », la personne que l’on fait lire ;
  • NORK = le locuteur, « moi », celui qui provoque l’action ;
  • diot réunit ces informations dans l’auxiliaire.

Le nombre modifie lui aussi l’accord :

  • Mikeli testuak irakurrarazi dizkiot. — « J’ai fait lire les textes à Mikel. » Ici, NOR est pluriel.
  • Ikasleei testua irakurrarazi diet. — « J’ai fait lire le texte aux élèves. » Ici, NORI est pluriel.

Il ne suffit donc pas de remplacer systématiquement du par dio. La bonne méthode consiste à établir la petite carte NOR–NORI–NORK de la phrase, puis à sélectionner l’auxiliaire correspondant.

Les locutions avec egin

Plusieurs actions courantes s’expriment par un nom suivi de egin « faire » : barre egin « rire », negar egin « pleurer », lo egin « dormir ». Leur causatif emploie naturellement eginarazi :

  • barre eginarazi — faire rire ;
  • negar eginarazi — faire pleurer ;
  • lo eginarazi — faire dormir, endormir.

Le nom reste devant le verbe. Dans Txiste horrek barre eginarazi nau « Cette blague m’a fait rire », nau présente « moi » comme participant absolutif et txiste horrek comme causateur ergatif.

Exemples en contexte

Basque Français Remarque
Haurrei jan arazi diet. J’ai fait manger les enfants. Exemple du concept : le causé pluriel est au datif et apparaît dans diet.
Irakaslearazi nau. Il ou elle m’a fait enseigner. Exemple compact du concept ; nau renvoie à « moi ».
Ikus arazi didate. Ils ou elles me l’ont montré. Littéralement, on m’a fait voir quelque chose.
Pentsarazi didazu. Tu m’as fait réfléchir. didazu inclut la personne concernée et le causateur « tu ».
Nik Mikel etorrarazi dut. J’ai fait venir Mikel. Le verbe de départ etorri n’a qu’un participant.
Zuzendariak langileak joanarazi ditu. Le directeur a fait partir les employés. ditu s’accorde avec le NOR pluriel langileak.
Irakasleak ikasleei testua irakurrarazi die. Le professeur a fait lire le texte aux élèves. Texte = NOR ; élèves = NORI ; professeur = NORK.
Medikuak pazienteari ura edanarazi dio. Le médecin a fait boire de l’eau au patient. La personne qui boit est au datif, car ura occupe déjà la place de NOR.
Txiste horrek barre eginarazi nau. Cette blague m’a fait rire. Locution en egin devenue eginarazi.
Albisteak negar eginarazi zion. La nouvelle l’a fait pleurer. zion place la scène dans le passé.
Ez didazu istorio hori sinetsarazi. Tu ne m’as pas fait croire cette histoire. En français naturel, on pourrait aussi dire « Tu ne m’as pas convaincu ».
Ikasleei araua ulertarazi behar diegu. Nous devons faire comprendre la règle aux élèves. La causative est intégrée à une construction avec behar.
Bihar dokumentua sinaraziko diote. Demain, ils lui feront signer le document. Le futur -ko porte sur le verbe causatif entier.
Gurasoek haurra lo eginarazi dute. Les parents ont fait dormir l’enfant. Haurra est absolutif avec cette action sans objet distinct.

Erreurs fréquentes

Garder l’auxiliaire de la phrase simple

  • Incorrect : Nik haurrari ogia janarazi dut.
  • Correct : Nik haurrari ogia janarazi diot.
  • Pourquoi : haurrari ajoute un participant au datif. L’auxiliaire doit donc suivre le modèle NOR-NORI-NORK et faire apparaître NORI.

Mettre le causé à l’ergatif dans une causative transitive

  • Incorrect : Nik haurrak ogia janarazi diot.
  • Correct : Nik haurrari ogia janarazi diot.
  • Pourquoi : dans l’événement simple, l’enfant est bien ergatif : Haurrak ogia jan du. Après l’ajout du causateur nik, l’enfant que l’on fait manger passe ici au datif : haurrari.

Employer le datif même sans objet de départ

  • Incorrect : Nik Mikeli etorrarazi diot.
  • Correct : Nik Mikel etorrarazi dut.
  • Pourquoi : etorri est un verbe à un participant. Dans la causative de base, Mikel reste NOR, à l’absolutif ; le nouvel agent est NORK.

Oublier l’accord du pluriel

  • Incorrect : Irakasleak ikasleei testua irakurrarazi dio.
  • Correct : Irakasleak ikasleei testua irakurrarazi die.
  • Pourquoi : ikasleei désigne plusieurs élèves. La forme de l’auxiliaire doit coder ce NORI pluriel.

Calquer chaque mot du français

  • Incorrect : choisir automatiquement une structure parce que la traduction contient « faire » ou « à ».
  • Correct : repérer d’abord l’action basque de départ et ses participants, puis ajouter le causateur.
  • Pourquoi : le français peut remplacer une causative par un verbe lexical : montrer, nourrir, convaincre, rappeler. Le basque possède lui aussi des verbes en -arazi dont le sens s’est spécialisé ; une traduction mot à mot masque alors leur construction réelle.

Notes d’usage

Les verbes en -arazi ne décrivent pas tous une contrainte brutale. Selon le contexte, ils peuvent exprimer une instruction, une organisation, une permission encadrée, une réaction involontaire ou simplement le fait de rendre une perception possible. Ikusarazi peut se traduire par « montrer », ulertarazi par « faire comprendre », et sinetsarazi par « faire croire » ou « convaincre ». Le contexte, et non le suffixe seul, indique le degré d’autorité du causateur.

Certains causatifs sont très installés dans le lexique et leur traduction française ne contient pas toujours faire. On rencontre par exemple jakinarazi « faire savoir, annoncer », ohartarazi « avertir » ou gogorarazi « rappeler ». Il reste utile d’y reconnaître -arazi, mais leur régime et leur sens doivent aussi s’apprendre comme ceux de verbes à part entière.

À l’oral, le causateur ou un autre participant peut ne pas être exprimé séparément lorsque l’auxiliaire et le contexte suffisent : Pentsarazi didazu ne contient aucun pronom autonome pour « tu » ou « moi », car didazu les encode. Dans un texte complexe, exprimer les groupes nominaux peut toutefois éviter une ambiguïté.

Avec la négation, ez se place devant l’auxiliaire conjugué : Ez didazu istorio hori sinetsarazi. Avec behar « devoir » et nahi « vouloir », le causatif reste le noyau de l’action : ulertarazi behar diegu « nous devons leur faire comprendre », etorrarazi nahi dut « je veux le faire venir ».

Pour aller plus loin

Causation directe, résultat et choix lexical

Deux phrases proches ne mettent pas nécessairement l’accent sur le même rapport de cause. Une causative en -arazi présente explicitement un événement comme déclenché par un participant. Un verbe lexical simple peut plutôt nommer le résultat, sans détailler la chaîne causale. Ainsi, la traduction française « montrer » correspond souvent à ikusarazi, mais le choix réel dépend du sens voulu et des habitudes lexicales basques.

Le causateur n’est pas forcément une personne volontaire. Une nouvelle, une photographie ou une question peut provoquer une émotion ou une pensée : Galderak berriro pentsarazi zidan « La question m’a fait réfléchir de nouveau ». L’ergatif ne signifie donc pas automatiquement « agent humain qui agit avec intention » ; il marque ici le participant qui déclenche l’événement dans la structure grammaticale.

Ambiguïtés et participants sous-entendus

À un niveau avancé, les difficultés viennent souvent moins de -arazi que des éléments omis. Dans Pentsarazi didazu, ce qui provoque la réflexion n’est pas formulé comme un objet lexical séparé. Dans Ikus arazi didate, le contexte doit préciser ce que l’on m’a montré. L’auxiliaire fournit des renseignements sur les personnes et parfois sur le nombre, mais il ne remplace pas toutes les informations lexicales.

Les formes lexicalisées peuvent aussi conserver un schéma d’accord qu’on ne prédirait pas avec assurance à partir de la seule traduction française. Il faut alors vérifier l’entrée de dictionnaire et relever une phrase authentique avec son auxiliaire. Cette précaution est particulièrement importante avec gogorarazi, jakinarazi, ohartarazi et d’autres verbes fréquents dont le sens dépasse une simple opération mécanique « verbe + faire ».

Ce que révèle l’accord

Comparer nau, dut, diot, diet et didazu montre pourquoi les causatives constituent un excellent exercice de synthèse :

  • nau relie un NOR à la première personne singulière et un NORK de troisième personne ;
  • dut relie un NOR de troisième personne à un NORK « je » ;
  • diot ajoute un NORI singulier ;
  • diet ajoute un NORI pluriel ;
  • didazu inclut notamment NORI « à moi » et NORK « tu ».

Ces indications ne sont pas des traductions fixes. Leur lecture exacte dépend de la structure du verbe et des groupes nominaux présents. À ce stade, il est plus efficace de raisonner en rôles que de mémoriser une liste d’équivalents français isolés.

Conseils pratiques

  1. Transformez des paires minimales. Partez de Haurra etorri da puis construisez Nik haurra etorrarazi dut. Faites ensuite la même chose avec une phrase transitive : Haurrak ogia jan duNik haurrari ogia janarazi diot. Dites à voix haute ce qui devient NOR, NORI et NORK.
  2. Apprenez le verbe avec son auxiliaire. Au lieu de noter seulement irakurrarazi, mémorisez Mikeli testua irakurrarazi diot. Une phrase complète fixe à la fois le cas du causé et le modèle d’accord.
  3. Variez un seul participant à la fois. Remplacez Mikeli par ikasleei, puis testua par testuak, et observez diot → diet puis diot → dizkiot. Cette méthode rend visibles les informations contenues dans l’auxiliaire sans surcharger la mémoire.

Notions liées

Prérequis

L’accord verbal NOR-NORI-NORK en basqueC1

Plus de concepts de niveau C1

Ce concept dans d'autres langues

Comparer dans toutes les langues

Entraînez-vous à Aditz Kausatiboak en basque avec un compte Settemila Lingue gratuit. Nous configurerons basque · C1 et générerons des cartes consacrées précisément à ce concept grammatical.

Pratiquer ce concept