Constructions passives et causatives en irlandais
Foirmeacha Ceadaitheacha
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de irlandais sur Settemila Lingue.
En bref
Pour ne pas nommer l’auteur d’une action, l’irlandais emploie surtout le briathar saor, une forme verbale autonome sans sujet exprimé : Tógadh an teach signifie « La maison a été construite ». Pour dire qu’une personne en pousse une autre à agir, on rencontre notamment cuir ar et tabhair ar suivis de la personne concernée et d’un nom verbal : Thug sí orm fanacht, « Elle m’a fait rester ».
Vue d’ensemble
Le français construit généralement le passif avec être + participe passé : « la porte a été fermée ». L’irlandais organise souvent la même information autrement. Il conjugue directement le verbe à une forme autonome (an briathar saor, littéralement « le verbe libre »), qui ne précise pas qui accomplit l’action : Dúnadh an doras. Selon le contexte, la traduction française naturelle sera un passif, une phrase avec « on » ou une tournure impersonnelle comme « il a été décidé ».
Cette forme n’est donc pas simplement une copie du passif français. Dans Chonacthas é, « on l’a vu / il a été vu », é reste un pronom objet, c’est-à-dire la forme employée pour la personne ou la chose qui subit l’action. Il n’existe aucun sujet exprimé correspondant au « il » de la traduction française. Ce changement de perspective est essentiel pour comprendre la syntaxe irlandaise.
Au niveau B2, il faut pouvoir reconnaître et employer le briathar saor dans plusieurs temps, mais aussi distinguer le passif d’une construction causative (une construction indiquant que quelqu’un fait faire quelque chose à quelqu’un d’autre). Les tours avec cuir (« mettre ») et tabhair ar (« amener à, faire ») sont fréquents. Ils demandent une attention particulière aux pronoms prépositionnels tels que orm (« sur moi »), air (« sur lui ») et uirthi (« sur elle »).
Fonctionnement
Le principe du briathar saor
Une phrase active nomme l’auteur de l’action :
- Thóg na hoibrithe an teach. — Les ouvriers ont construit la maison.
La forme autonome retire cet auteur :
- Tógadh an teach i 1920. — La maison a été construite en 1920.
Le verbe autonome ne varie ni selon le nombre ni selon le genre de l’élément qui suit. On dit donc Tógadh an teach et Tógadh na tithe avec la même forme tógadh. Contrairement au participe passé français, elle ne s’accorde pas avec « maison » ou « maisons ».
Le sens ne doit pas toujours être rendu par un passif. Comparez :
- Labhraítear Gaeilge anseo. — On parle irlandais ici.
- Osclófar an leabharlann ar a naoi. — La bibliothèque ouvrira à neuf heures / sera ouverte à neuf heures.
- Rinneadh gáire. — On a ri.
Le dernier exemple n’a aucun complément d’objet. Le briathar saor sert donc plus largement à présenter une action sans en identifier l’auteur.
Les principales terminaisons
Les verbes réguliers appartiennent à deux grandes conjugaisons. Dans le tableau, mol (« louer ») et bris (« casser ») illustrent la première ; ceannaigh (« acheter ») illustre la deuxième. Le passé habituel indique ce qui se faisait régulièrement autrefois, tandis que le conditionnel exprime notamment ce qui se ferait dans certaines circonstances.
| Temps ou mode | mol | bris | ceannaigh | Valeur générale |
|---|---|---|---|---|
| Présent habituel | moltar | bristear | ceannaítear | on loue / casse / achète ; est habituellement… |
| Passé simple | moladh | briseadh | ceannaíodh | on a loué / cassé / acheté ; a été… |
| Futur | molfar | brisfear | ceannófar | on louera / cassera / achètera ; sera… |
| Passé habituel | mholtaí | bhristí | cheannaítí | on avait l’habitude de… ; était régulièrement… |
| Conditionnel | mholfaí | bhrisfí | cheannófaí | on ferait… ; serait… |
La première conjugaison emploie notamment -tar/-tear au présent, -adh/-eadh au passé et -far/-fear au futur. La deuxième présente couramment -aítear/-ítear, -aíodh/-íodh et -ófar/-eofar. La largeur ou la finesse de la dernière consonne du radical détermine la variante vocalique ; il vaut mieux mémoriser chaque forme avec un exemple plutôt que d’ajouter une terminaison au hasard.
Au passé habituel et au conditionnel indépendants, on observe généralement la lénition (l’ajout de h après certaines consonnes initiales), comme dans bhristí et cheannófaí. Les verbes irréguliers doivent être appris séparément :
| Verbe | Présent autonome | Passé autonome | Futur autonome | Conditionnel autonome |
|---|---|---|---|---|
| bí — être | táthar | bhíothas | beifear | bheifí |
| déan — faire | déantar | rinneadh | déanfar | dhéanfaí |
| feic — voir | feictear | chonacthas | feicfear | d’fheicfí |
| faigh — obtenir, trouver | faightear | fuarthas | gheofar | gheofaí |
| abair — dire | deirtear | dúradh | déarfar | déarfaí |
| tabhair — donner | tugtar | tugadh | tabharfar | thabharfaí |
Certaines de ces formes sont très fréquentes dans les annonces et les textes informatifs : Deirtear go… (« On dit que… »), Dúradh go… (« Il a été dit que… »), Déanfar… (« On fera… / … sera fait »).
Négation, question et proposition dépendante
Les particules qui précèdent le verbe continuent d’entraîner les mutations ordinaires. Une particule est ici un petit mot grammatical comme ní ou an qui introduit la négation ou la question.
| Fonction | Présent | Passé | Futur |
|---|---|---|---|
| Affirmation | Déantar anseo é. | Dúnadh an doras. | Déanfar amárach é. |
| Négation | Ní dhéantar anseo é. | Níor dúnadh an doras. | Ní dhéanfar amárach é. |
| Question | An ndéantar anseo é? | Ar dúnadh an doras? | An ndéanfar amárach é? |
Après go (« que »), l’éclipse attendue reste visible : Ceapaim go ndéanfar é amárach, « Je pense que ce sera fait demain ». Après nach, on obtient par exemple Deir sí nach ndéanfar é, « Elle dit que ce ne sera pas fait ».
Action, résultat et auteur exprimé
Il faut distinguer une action d’un état résultant :
- Dúnadh an doras ag a sé. — La porte a été fermée à six heures : événement.
- Tá an doras dúnta. — La porte est fermée : état actuel.
Dans la deuxième phrase, dúnta est un adjectif verbal (une forme issue du verbe qui décrit le résultat de l’action). Si l’auteur doit absolument être mentionné, une phrase active est souvent plus claire : Dhún Máire an doras. On peut aussi rencontrer un adjectif verbal avec ag pour attribuer le résultat, par exemple Tá an litir scríofa ag Seán, « La lettre est écrite par Seán ». Il ne faut toutefois pas ajouter mécaniquement un complément d’agent à toute forme autonome : sa fonction première est justement de ne pas nommer l’auteur.
Le causatif avec cuir ar et tabhair ar
Le modèle fondamental est le suivant :
cuir/tabhair + ar + personne + action à accomplir
La préposition ar se combine avec un pronom : orm (sur moi), ort (sur toi), air (sur lui), uirthi (sur elle), orainn (sur nous), oraibh (sur vous), orthu (sur eux ou elles).
| Personne poussée à agir | Avec cuir | Avec tabhair |
|---|---|---|
| moi | chuir sé orm… | thug sé orm… |
| toi | chuir sé ort… | thug sé ort… |
| lui | chuir sé air… | thug sé air… |
| elle | chuir sé uirthi… | thug sé uirthi… |
| nous | chuir sé orainn… | thug sé orainn… |
| vous | chuir sé oraibh… | thug sé oraibh… |
| eux, elles | chuir sé orthu… | thug sé orthu… |
Si l’action n’a pas d’objet exprimé, le nom verbal peut suivre directement :
- Thug sí orm fanacht. — Elle m’a fait rester.
- Chuir an scéal air gáire a dhéanamh. — L’histoire l’a fait rire.
Avec un objet nominal ou pronominal, le schéma courant est objet + a + nom verbal :
- Chuir sé orm an obair a dhéanamh. — Il m’a fait faire le travail.
- Chuir sé orm é a dhéanamh. — Il m’a fait le faire.
La particule a relie ici l’objet à l’action exprimée par le nom verbal. Il faut apprendre l’ensemble an obair a dhéanamh ou é a dhéanamh, et non calquer l’ordre de « faire faire le travail ».
Un autre modèle avec cuir est cuir + personne + ag + nom verbal. Il met volontiers l’accent sur le déclenchement ou le début d’une activité : Chuir an múinteoir na daltaí ag obair, « Le professeur a mis les élèves au travail ». Selon le contexte, cuir ar et tabhair ar peuvent suggérer une pression, une cause ou un résultat ; la force exacte vient souvent du vocabulaire et de la situation, non du seul verbe.
Exemples en contexte
| Irlandais | Français | Remarque |
|---|---|---|
| Tógadh an teach i 1920. | La maison a été construite en 1920. | Passé autonome ; l’auteur n’est pas indiqué. |
| Cuireadh fios air. | On l’a fait appeler. | Expression figée cuir fios ar à la forme autonome. |
| Labhraítear Gaeilge sa cheantar seo. | On parle irlandais dans cette région. | Présent habituel autonome. |
| Ní dhíoltar alcól anseo. | On ne vend pas d’alcool ici. | Négation au présent avec lénition. |
| Ar osclaíodh an doras ar maidin? | La porte a-t-elle été ouverte ce matin ? | Question au passé. |
| Déanfar cinneadh an tseachtain seo chugainn. | Une décision sera prise la semaine prochaine. | Futur autonome de déan. |
| Ceapaim go gceannófar an foirgneamh. | Je pense que le bâtiment sera acheté. | Éclipse après go. |
| Chonacthas é in aice leis an stáisiún. | On l’a vu près de la gare. | é est le pronom objet, et non sé. |
| Táthar ag súil le freagra inniu. | On attend une réponse aujourd’hui. | Tour courant avec la forme autonome de bí. |
| Bhíothas ag caint faoin scéal ar feadh seachtaine. | On a parlé de cette affaire pendant une semaine. | Activité présentée sans locuteur précis. |
| Thug sí orm fanacht taobh amuigh. | Elle m’a fait attendre dehors. | orm désigne la personne contrainte ou amenée à agir. |
| Chuir sé orainn an tuairisc a athscríobh. | Il nous a fait réécrire le rapport. | Objet + a + nom verbal. |
| Chuir an múinteoir na daltaí ag obair. | Le professeur a mis les élèves au travail. | Déclenchement d’une activité. |
| Chuir an nuacht uirthi caoineadh. | La nouvelle l’a fait pleurer. | Une cause non humaine peut déclencher l’action. |
Erreurs fréquentes
Employer un pronom sujet après la forme autonome
- Incorrect : Chonacthas sé sa bhaile.
- Correct : Chonacthas é sa bhaile.
- Pourquoi : le français traduit par « il a été vu », mais l’irlandais n’a pas créé un nouveau sujet. La personne vue reste à la forme objet é.
Faire accorder le verbe avec ce qui suit
- Incorrect : chercher une forme plurielle spéciale dans Tógadh na tithe.
- Correct : Tógadh an teach et Tógadh na tithe.
- Pourquoi : la forme autonome ne s’accorde ni en nombre ni en genre. Cette invariabilité diffère du participe passé français.
Confondre événement et état
- Mal choisi pour un état actuel : Dúnadh an doras si l’on veut seulement dire que la porte est fermée maintenant.
- Mieux : Tá an doras dúnta.
- Pourquoi : Dúnadh raconte l’action de fermer ; tá… dúnta décrit son résultat.
Calquer l’ordre des mots français dans le causatif
- Incorrect : Chuir sé an obair a dhéanamh orm.
- Correct : Chuir sé orm an obair a dhéanamh.
- Pourquoi : le groupe orm place d’abord la personne sur qui s’exerce la cause ; l’objet précède ensuite a + nom verbal.
Oublier que ar fusionne avec les pronoms
- Incorrect : Thug sí ar mé fanacht.
- Correct : Thug sí orm fanacht.
- Pourquoi : ar + mé donne le pronom prépositionnel orm. Il faut de même employer ort, air, uirthi, orainn, oraibh, orthu.
Utiliser la forme autonome tout en voulant insister sur le responsable
- Peu clair : Rinneadh botún si l’identité de la personne responsable est l’information centrale.
- Plus clair : Rinne an roinn botún. — Le service a commis une erreur.
- Pourquoi : le briathar saor efface précisément l’auteur. Une phrase active convient mieux lorsqu’il faut attribuer l’action.
Notes d’usage
Le briathar saor est très vivant. On le rencontre dans la conversation (Deirtear go…), les consignes (Ní chaitear tobac anseo, « On ne fume pas ici »), les recettes, les règlements, les informations et les textes administratifs. Le français préfère parfois « on », parfois le passif : le choix de traduction doit rester idiomatique et ne change pas l’analyse de la phrase irlandaise.
Dans les annonces, la forme autonome met l’action ou la décision au premier plan : Fógrófar na torthaí amárach, « Les résultats seront annoncés demain ». Elle peut être neutre lorsque l’auteur est évident ou sans importance. Elle peut aussi masquer une responsabilité : Rinneadh botún ne dit pas qui s’est trompé. À un niveau avancé, il faut donc observer non seulement la forme, mais aussi l’effet produit.
Les tours causatifs ne sont pas tous également forts. Le français « faire » peut exprimer un ordre, une contrainte, une simple cause ou le déclenchement involontaire d’une réaction. L’irlandais précise souvent cette nuance par le contexte : Thug sí orm fanacht suppose qu’elle m’a amené ou obligé à rester, tandis que Chuir an greann sin ag gáire mé présente ce qui m’a fait rire. Pour exprimer explicitement une obligation, des mots comme iallach (« contrainte ») peuvent lever l’ambiguïté.
Pour aller plus loin
Une forme autonome dans une construction progressive
La forme autonome de bí peut porter une activité en cours :
- Táthar ag tógáil tithe nua sa cheantar. — On construit de nouvelles maisons dans le secteur / De nouvelles maisons sont en cours de construction.
Cette phrase combine táthar et ag + nom verbal. Elle est utile lorsque l’on veut présenter un processus, et non seulement un fait habituel comme Tógtar tithe anseo (« On construit des maisons ici »).
Les pronoms révèlent la structure irlandaise
La différence entre français et irlandais devient particulièrement visible avec les pronoms :
- Buaileadh mé. — J’ai été frappé.
- Chonacthas iad. — Ils ont été vus.
Le français utilise « je » et « ils », ses pronoms sujets. L’irlandais conserve mé et iad, formes objets dans cette construction. Il est donc plus juste d’analyser buaileadh comme « quelqu’un a frappé, sans auteur exprimé » que comme une forme qui transformerait automatiquement l’objet en sujet.
Enchaîner passif et subordination
Dans un texte soutenu, plusieurs mécanismes peuvent se combiner :
- Dúradh go ndéanfaí na hathruithe dá mbeadh gá leo. — Il a été dit que les modifications seraient apportées si elles étaient nécessaires.
Dúradh est un passé autonome ; go ndéanfaí contient le conditionnel autonome après go ; dá mbeadh introduit une condition hypothétique. Ce type de phrase est courant dans les comptes rendus et montre pourquoi la maîtrise des mutations reste indispensable au-delà de la simple mémorisation des terminaisons.
Causation directe et activité déclenchée
Comparez enfin :
- Chuir sí orm an litir a scríobh. — Elle m’a fait écrire la lettre.
- Chuir sí mé ag scríobh na litreach. — Elle m’a mis à écrire la lettre.
La première construction présente surtout l’action exigée et son objet. La seconde attire davantage l’attention sur l’entrée dans l’activité ou sur son déroulement. La différence n’est pas toujours absolue, mais elle aide à choisir une phrase qui correspond à l’intention réelle.
Conseils pratiques
- Transformez des phrases actives. Partez de Scríobh an rúnaí an litir (« Le secrétaire a écrit la lettre »), puis retirez l’auteur : Scríobhadh an litir. Faites cet exercice au présent, au passé et au futur.
- Apprenez des séries complètes. Retenez ensemble Déantar — Ní dhéantar — An ndéantar? et Déanfar — Ní dhéanfar — An ndéanfar?. Vous automatiserez ainsi les mutations avec la forme verbale.
- Variez les personnes dans le causatif. Répétez une même phrase avec orm, ort, air, uirthi, orainn, oraibh, orthu : Chuir sé orm/ort/uirthi é a dhéanamh. Vérifiez à chaque fois qui provoque l’action et qui l’accomplit.
Notions liées
- Prérequis : Le passé — utile pour reconnaître les formes passées et les particules níor et ar.
- À consolider : La forme autonome impersonnelle — présente le fonctionnement fondamental du briathar saor avant son emploi dans tous les temps.
- Pour approfondir : Le mode conditionnel — nécessaire pour comprendre des formes comme dhéanfaí et cheannófaí.