B1

Le conditionnel en irlandais

An Modh Coinníollach

Cet article fait partie de l'arbre grammatical de irlandais sur Settemila Lingue.

En bref

Le conditionnel irlandais, an modh coinníollach, exprime surtout ce qui se produirait dans certaines circonstances : Cheannóinn é signifie « Je l’achèterais ». Les verbes de la première conjugaison prennent des terminaisons en -f-, ceux de la deuxième des terminaisons en -ó-/-eo-, et le début du verbe subit souvent une mutation. Avec (« si » dans une hypothèse), la proposition principale se met normalement au conditionnel : Dá mbeadh am agam, rachainn ann (« Si j’avais le temps, j’irais là-bas »).

Vue d’ensemble

Le conditionnel est un mode verbal (une manière de présenter l’action, ici comme dépendante d’une condition ou comme seulement envisagée). En français, on le reconnaît dans je ferais, elle viendrait ou nous aimerions. L’irlandais transmet des idées très proches, mais sans auxiliaire équivalent à avoir ou être et souvent sans pronom sujet séparé : dhéanfainn veut déjà dire « je ferais ».

Cette notion apparaît au niveau B1, lorsque les formes du passé et du futur sont déjà familières. Ce rapprochement est utile : comme au passé, l’affirmation indépendante provoque souvent une lénition (l’adoucissement de la consonne initiale, indiqué généralement par un h), tandis que les terminaisons rappellent celles du futur. Il faut toutefois apprendre le conditionnel comme un système à part entière.

On l’emploie pour une conséquence hypothétique, un souhait, une préférence, un conseil atténué ou une demande polie. Il entre aussi dans les phrases avec , mais les deux propositions n’ont pas exactement la même fonction : celle introduite par pose l’hypothèse, et l’autre en donne le résultat.

Formation et fonctionnement

Les deux conjugaisons

Les verbes irlandais se répartissent principalement en deux conjugaisons. Pour former le conditionnel :

  • la première conjugaison emploie -fadh/-feadh et les terminaisons apparentées ;
  • la deuxième conjugaison, qui comprend beaucoup de verbes en -aigh ou -igh, emploie -ódh/-eodh et les terminaisons apparentées.

Le choix entre les variantes dites larges (a, o, u autour de la consonne) et fines (e, i) suit l’orthographe du radical. Il ne s’agit donc pas de terminaisons librement interchangeables.

Première conjugaison : mol et bris

Voici deux modèles réguliers. Mol (« recommander, louer ») a un radical large ; bris (« casser ») a un radical fin.

Personne mol bris Sens avec mol
1re personne du singulier mholfainn bhrisfinn je recommanderais
2e personne du singulier mholfá bhrisfeá tu recommanderais
3e personne du singulier mholfadh sé/sí bhrisfeadh sé/sí il/elle recommanderait
1re personne du pluriel mholfaimis bhrisfimis nous recommanderions
2e personne du pluriel mholfadh sibh bhrisfeadh sibh vous recommanderiez
3e personne du pluriel mholfaidís bhrisfidís ils/elles recommanderaient
forme autonome mholfaí bhrisfí on recommanderait / ce serait recommandé

Les formes en -fainn, -fá, -faimis et -faidís contiennent déjà la personne. On ne leur ajoute normalement pas mé, tú, muid ou siad. En revanche, la troisième personne du singulier et la deuxième du pluriel utilisent ici les pronoms séparés sé/sí et sibh.

La forme autonome est une forme sans sujet nommé : elle sert à dire « on ferait » ou « ce serait fait », selon le contexte.

Deuxième conjugaison : ceannaigh

Pour ceannaigh (« acheter »), on retire la terminaison finale du radical et on emploie la série en -ó- :

Personne Forme Traduction
1re personne du singulier cheannóinn j’achèterais
2e personne du singulier cheannófá tu achèterais
3e personne du singulier cheannódh sé/sí il/elle achèterait
1re personne du pluriel cheannóimis nous achèterions
2e personne du pluriel cheannódh sibh vous achèteriez
3e personne du pluriel cheannóidís ils/elles achèteraient
forme autonome cheannófaí on achèterait / ce serait acheté

Les verbes dont le radical est fin prennent la série correspondante en -eo-. Mieux vaut mémoriser chaque nouveau verbe avec une forme repère, par exemple la première personne : cheannóinn.

Ce qui arrive au début du verbe

Dans une proposition affirmative indépendante, le conditionnel provoque généralement la lénition :

  • molmholfainn ;
  • ceannaighcheannóinn ;
  • déandhéanfainn.

Devant une voyelle, on trouve d’ : óld’ólfainn (« je boirais »). Un verbe commençant par f lénifié reçoit aussi généralement d’ dans cette position : fand’fhanfainn (« je resterais »).

Les particules changent ce schéma :

Type Construction Exemple Sens
affirmation lénition ou d’ Cheannódh sí é. Elle l’achèterait.
négation + lénition Ní cheannódh sí é. Elle ne l’achèterait pas.
question an + éclipse An gceannófá é? L’achèterais-tu ?
question négative nach + éclipse Nach gceannófá é? Ne l’achèterais-tu pas ?

L’éclipse (urú) est une mutation qui place une nouvelle consonne devant l’initiale : c devient ainsi gc dans an gceannófá. Avec les verbes irréguliers, la forme dite dépendante, employée après une particule, peut différer davantage.

Les principaux verbes irréguliers

Les verbes les plus fréquents ne se laissent pas tous déduire de l’infinitif. Il est rentable d’apprendre leur première personne du singulier comme forme de référence.

Verbe Conditionnel, 1re personne Sens
bheinn je serais
abair déarfainn je dirais
déan dhéanfainn je ferais
faigh gheobhainn j’obtiendrais / je trouverais
tabhair thabharfainn je donnerais
tar thiocfainn je viendrais
téigh rachainn j’irais

Après certaines particules, retenez la construction entière plutôt que de modifier mécaniquement la forme affirmative. Ainsi, on dit dá mbeinn (« si j’étais »), avec mbeinn, mais ní bheinn (« je ne serais pas »).

Construire une hypothèse avec

Pour une situation imaginée, peu probable ou contraire à la réalité, le modèle fondamental est :

dá + proposition hypothétique, proposition au conditionnel

Dá mbeinn saibhir, thaistealóinn. — « Si j’étais riche, je voyagerais. »

La proposition après subit l’éclipse : dá mbeadh, dá ndéanfainn, dá gceannófá. D’un point de vue grammatical, cette forme est traditionnellement analysée comme un subjonctif passé (une forme qui présente l’hypothèse comme non réalisée), même si elle ressemble très souvent au conditionnel. Au niveau B1, le plus efficace est d’apprendre des couples complets : dá mbeadh… dhéanfainn…, dá dtiocfadh… bheadh….

Il faut distinguer de . introduit normalement une condition ouverte et réaliste : Má thagann sé, beidh mé sásta (« S’il vient, je serai content »). Dá dtiocfadh sé, bheinn sásta présente la venue comme imaginée ou moins réelle : « S’il venait, je serais content ».

Exemples en contexte

Irlandais Français Remarque
D’ólfainn caife anois. Je boirais bien un café maintenant. Voyelle initiale avec d’.
Cheannódh sí é dá mbeadh sé níos saoire. Elle l’achèterait s’il était moins cher. Conséquence hypothétique.
Dá mbeinn saibhir, thaistealóinn timpeall na hÉireann. Si j’étais riche, je voyagerais dans toute l’Irlande. Dá mbeinn pose l’hypothèse.
Ní dhéanfadh sé é sin. Il ne ferait pas cela. entraîne la lénition.
An gceannófá ticéad dom? M’achèterais-tu un billet ? Question avec éclipse.
Chabhróinn leat dá mbeadh níos mó ama agam. Je t’aiderais si j’avais plus de temps. Le résultat précède ici la condition.
Rachaimis ann dá mbeadh an aimsir go maith. Nous irions là-bas s’il faisait beau. Forme synthétique de « nous ».
Déarfainn go bhfuil an ceart agat. Je dirais que tu as raison. Avis présenté avec prudence.
D’fhanfadh siad sa bhaile. Ils resteraient à la maison. d’ devant un f lénifié.
An bhféadfá an doras a dhúnadh? Pourrais-tu fermer la porte ? Demande polie très courante.
Ba mhaith liom cupán tae. Je voudrais une tasse de thé. Expression figée très fréquente.
Thabharfainn an leabhar duit, ach tá sé de dhíth orm. Je te donnerais le livre, mais j’en ai besoin. Une réserve peut remplacer une proposition en .

Erreurs fréquentes

Garder le pronom après une terminaison personnelle

  • Incorrect : Cheannóinn mé é.
  • Correct : Cheannóinn é.
  • Pourquoi : la terminaison -óinn signifie déjà « je ». Contrairement au français, le pronom sujet n’est donc pas toujours exprimé séparément.

Oublier la mutation initiale

  • Incorrect : Ceannódh sí é.
  • Correct : Cheannódh sí é.
  • Pourquoi : dans l’affirmation indépendante, l’initiale c est lénifiée en ch.

Employer la lénition dans une question en an

  • Incorrect : An cheannófá é?
  • Correct : An gceannófá é?
  • Pourquoi : an interrogatif demande ici l’éclipse : c devient gc.

Traduire automatiquement tout « si » par

  • Incorrect : Dá thagann sé, beidh mé sásta.
  • Correct : Má thagann sé, beidh mé sásta.
  • Pourquoi : une possibilité réelle ou ouverte prend normalement . sert à l’hypothèse imaginée et appelle une autre forme verbale : Dá dtiocfadh sé, bheinn sásta.

Calquer le français je serais sur un verbe régulier

  • Incorrect : Bífinn sásta.
  • Correct : Bheinn sásta.
  • Pourquoi : est irrégulier. Sa forme affirmative au conditionnel est bheinn ; après , on rencontre mbeinn.

Ajouter d’ après toutes les particules

  • Incorrect : Ní d’ólfainn caife.
  • Correct : Ní ólfainn caife.
  • Pourquoi : le d’ appartient à la forme affirmative indépendante devant une voyelle ; il disparaît après .

Notes d’usage

Le conditionnel ne sert pas uniquement aux phrases comprenant explicitement « si ». Il permet aussi d’atténuer une opinion : Déarfainn… (« Je dirais… »), de présenter une intention sous réserve : Rachainn ann, ach… (« J’irais, mais… »), ou de rendre une demande moins directe : An bhféadfá cabhrú liom? (« Pourrais-tu m’aider ? »).

Pour exprimer un souhait ou une préférence, ba mhaith liom est indispensable : littéralement construit avec la copule, il correspond selon le contexte à « je voudrais » ou « j’aimerais ». Ne cherchez pas à y remplacer ba par une terminaison régulière. Dans la langue courante, cette expression est souvent plus naturelle qu’une traduction mot à mot du conditionnel français.

Les formes synthétiques sont importantes dans la norme écrite et très fréquentes dans l’apprentissage : cheannóinn, cheannófá, cheannóimis. La langue parlée présente des variations dialectales dans les terminaisons et dans l’emploi de formes analytiques avec un pronom séparé. Pour être compris partout et écrire avec assurance, commencez par les paradigmes standards donnés ici ; apprenez ensuite les variantes au contact des locuteurs et des médias d’une région précise.

Enfin, le français distingue nettement je ferais et j’aurais fait. L’irlandais ne superpose pas toujours ses catégories temporelles aux catégories françaises de la même manière. Le contexte et la structure de la phrase peuvent préciser qu’une conséquence appartient au passé. Évitez donc de fabriquer un « conditionnel passé » en traduisant séparément chaque élément français.

Pour aller plus loin

Dans l’analyse grammaticale traditionnelle, la forme suivant est le subjonctif passé, tandis que la proposition de résultat porte le conditionnel. La ressemblance de nombreuses terminaisons masque cette différence de fonction :

  • Dá ndéanfainn é… — « Si je le faisais… » : hypothèse ;
  • …dhéanfainn arís é. — « …je le referais » : résultat.

Les situations irréelles du passé demandent une interprétation plus fine. Dá mbeadh a fhios agam, d’inseóinn duit peut, selon le contexte, renvoyer à « Si je savais, je te le dirais » ou à une occasion passée rendue en français par « Si j’avais su, je te l’aurais dit ». Des formulations plus développées peuvent lever l’ambiguïté. Cette question appartient aux conditionnelles complexes : à ce stade, retenez surtout que le système irlandais ne copie pas terme à terme l’opposition française entre conditionnel présent et conditionnel passé.

Le conditionnel possède également une forme autonome : Dhéanfaí é peut signifier « On le ferait » ou « Ce serait fait ». L’interprétation dépend de ce qui est mis au premier plan. Cette forme est utile dans les consignes, les projets, les comptes rendus et les énoncés où l’auteur de l’action importe peu.

On rencontre enfin le conditionnel sans condition formulée, parce que la situation est évidente dans la conversation : Ní déarfainn é sin signifie souvent « Je ne dirais pas cela », avec une valeur de conseil prudent. Comme en français, l’hypothèse peut rester implicite : « à ta place », « dans ces circonstances », etc.

Conseils de pratique

  1. Apprenez trois formes repères par verbe. Pour chaque nouveau verbe, notez la première personne, la troisième personne et la question : cheannóinn — cheannódh sé — an gceannófá?. Vous travaillerez ainsi à la fois la terminaison et les mutations.
  2. Transformez des paires réaliste–imaginaire. Partez de Má thagann sé, beidh mé sásta, puis créez Dá dtiocfadh sé, bheinn sásta. Cette opposition évite de traiter et comme de simples synonymes de « si ».
  3. Répétez des blocs utiles à voix haute. Des expressions comme Ba mhaith liom…, An bhféadfá…?, Dá mbeadh am agam… et Déarfainn… permettent d’automatiser le rythme avant même de maîtriser tous les paradigmes.

Notions liées

  • Prérequis : Le passé — consolide les mutations initiales nécessaires pour reconnaître et former le conditionnel.
  • Étape suivante : Les phrases conditionnelles de base — oppose notamment les conditions ouvertes avec aux hypothèses.
  • Approfondissement : Le subjonctif — éclaire la forme employée après et d’autres emplois du mode subjonctif.

Prérequis

Le passé en irlandaisA2

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