Pronoms compléments en gallois
Rhagenwau Dibynol
Cet article fait partie de l'arbre grammatical de gallois sur Settemila Lingue.
En bref
Pour remplacer un complément comme « me », « te » ou « la », le gallois place généralement une forme possessive devant le nom verbal : fy ngweld i « me voir », dy garu di « t’aimer », ei gweld hi « la voir ». Cette forme entraîne parfois une mutation de la première consonne, tandis que le pronom final — i, di, fe/fo, hi, ni, chi, nhw — précise la personne concernée.
Vue d’ensemble
Un complément est la personne ou la chose sur laquelle porte l’action. Dans « Léa nous invite », Léa est le sujet — elle accomplit l’action — et « nous » est le complément. Le français place souvent un petit pronom avant le verbe conjugué : « il me voit », « je te comprends », « nous les invitons ». Le gallois organise ces éléments autrement.
Avec un grand nombre de verbes, le pronom complément se construit à l’aide des mêmes formes que les possessifs : fy, dy, ei, ein, eich, eu. Elles précèdent le nom verbal (berfenw), c’est-à-dire la forme de dictionnaire du verbe, comparable par son rôle à l’infinitif français : gweld « voir », caru « aimer », clywed « entendre ». Ainsi, Mae e’n fy ngweld i signifie « Il me voit ». La forme fy indique déjà la première personne, et le i final la reprend.
Ce système, introduit au niveau A2, s’appuie directement sur les possessifs et les mutations appris auparavant. Il sert au présent, au passé, au futur et après des mots comme wedi « après avoir, avoir déjà fait ». La difficulté principale n’est donc pas le temps du verbe : il faut surtout choisir le bon couple de pronoms et appliquer la bonne mutation.
Fonctionnement
La construction essentielle
Le groupe complément suit ce modèle :
forme personnelle + particule éventuelle + possessif complément + nom verbal + pronom d’appui
Prenons Mae hi’n dy helpu di « Elle t’aide » :
| Élément | Fonction |
|---|---|
| Mae hi | sujet et forme de bod : « elle est » |
| ’n | forme réduite de yn, qui introduit ici le groupe verbal |
| dy | marque le complément « te » |
| helpu | nom verbal « aider » |
| di | pronom d’appui qui reprend « toi » |
Le pronom final n’est pas un second complément indépendant. Il reprend la personne déjà annoncée par le possessif. Cette reprise est particulièrement naturelle à l’oral et permet souvent de lever une ambiguïté.
Le tableau des personnes
Apprenez chaque ligne comme un bloc complet plutôt que comme trois éléments séparés.
| Complément français | Forme avant le nom verbal | Mutation attendue | Pronom d’appui | Avec gweld « voir » |
|---|---|---|---|---|
| me | fy | nasale | i | fy ngweld i |
| te | dy | douce | di | dy weld di |
| le, lui (masculin) | ei | douce | e / fe au sud, o / fo au nord | ei weld e / ei weld o |
| la, elle (féminin) | ei | aspirée | hi | ei gweld hi |
| nous | ein | aucune dans ce modèle | ni | ein gweld ni |
| vous | eich | aucune dans ce modèle | chi | eich gweld chi |
| les, eux, elles | eu | aucune dans ce modèle | nhw | eu gweld nhw |
La différence entre le masculin et le féminin mérite une attention particulière. Les deux emploient ei, mais pas la même mutation :
- ei garu fe : « l’aimer, lui » ; caru subit la mutation douce et devient garu ;
- ei charu hi : « l’aimer, elle » ; caru subit la mutation aspirée et devient charu.
La mutation aspirée ne touche que p, t, c. Avec d’autres initiales, elle n’est pas visible. On dit donc ei gweld hi, sans changement de gweld. C’est alors le pronom final hi qui indique clairement le féminin.
Les mutations à reconnaître
Une mutation est un changement régulier de la consonne initiale provoqué par le contexte grammatical. Pour ce point, trois séries sont utiles.
| Initiale | Après dy ou ei masculin : douce | Après fy : nasale | Après ei féminin : aspirée |
|---|---|---|---|
| p | b | mh | ph |
| t | d | nh | th |
| c | g | ngh | ch |
| b | f | m | — |
| d | dd | n | — |
| g | disparaît | ng | — |
| m | f | — | — |
| ll | l | — | — |
| rh | r | — | — |
Un tiret signifie que cette mutation ne produit pas de forme correspondante. Si l’initiale n’est pas touchée, le nom verbal reste inchangé. Comparez quelques familles complètes :
| Nom verbal | « me » | « te » | « le » | « la » |
|---|---|---|---|---|
| gweld « voir » | fy ngweld i | dy weld di | ei weld e | ei gweld hi |
| caru « aimer » | fy ngharu i | dy garu di | ei garu fe | ei charu hi |
| talu « payer » | fy nhalu i | dy dalu di | ei dalu fe | ei thalu hi |
| dilyn « suivre » | fy nilyn i | dy ddilyn di | ei ddilyn e | ei dilyn hi |
| helpu « aider » | fy helpu i | dy helpu di | ei helpu fe | ei helpu hi |
Avec helpu, aucune des mutations concernées ne modifie le h initial. La forme visible reste donc la même ; seul le couple fy…i, dy…di, ei…fe ou ei…hi donne la personne.
La place du groupe complément
Dans une phrase avec bod, le groupe prend la place du nom verbal simple :
- Mae Rhys yn gweld Mari. — Rhys voit Mari.
- Mae Rhys yn ei gweld hi. — Rhys la voit.
- Dw i’n caru Gwen. — J’aime Gwen.
- Dw i’n ei charu hi. — Je l’aime.
Le français invite à chercher un équivalent unique de « me » ou de « le ». En gallois, il faut plutôt repérer tout le groupe : fy + nom verbal + i, ei + nom verbal + fe, etc. Le complément encadre en quelque sorte le nom verbal.
Ce groupe reste stable quand le temps change :
| Temps ou construction | Exemple | Sens |
|---|---|---|
| présent | Mae hi’n fy ffonio i. | Elle me téléphone. |
| imparfait | Roedd hi’n fy ffonio i. | Elle me téléphonait. |
| futur | Bydd hi’n fy ffonio i. | Elle me téléphonera. |
| passé avec gwneud | Wnaeth hi fy ffonio i. | Elle m’a téléphoné. |
| accompli avec wedi | Mae hi wedi fy ffonio i. | Elle m’a déjà téléphoné. |
Au passé avec gwneud, il n’y a pas de yn devant le groupe : Wnaethon nhw ein gwahodd ni, et non une construction calquée sur le présent.
Complément direct et construction avec une préposition
Le complément direct reçoit l’action sans préposition : « voir quelqu’un », « inviter quelqu’un ». C’est le terrain principal de la construction étudiée ici. Mais les langues ne classent pas toujours les verbes de la même manière. Une tournure française avec « à » peut correspondre à un verbe direct gallois, et l’inverse est également possible.
De nombreux compléments dits indirects — reliés au verbe par une idée comme « à », « avec » ou « sur » — se forment en gallois au moyen d’une préposition conjuguée, c’est-à-dire une préposition dont la forme varie selon la personne :
- edrych arna i — me regarder, littéralement « regarder sur moi » ;
- siarad â hi — parler avec elle ;
- dweud wrtho fe — lui dire, dire à lui.
Il ne faut donc pas transformer automatiquement chaque « me, te, lui » français en fy, dy, ei. La construction dépend du verbe gallois. Le plus sûr est d’apprendre gweld rhywun « voir quelqu’un », mais edrych ar rywun « regarder quelqu’un », avec leur modèle respectif.
Exemples en contexte
| Gallois | Traduction française | Point à observer |
|---|---|---|
| Mae e’n fy ngweld i bob bore. | Il me voit chaque matin. | fy provoque la mutation nasale de gweld. |
| Dw i’n dy garu di. | Je t’aime. | dy provoque la mutation douce : caru → garu. |
| Mae hi’n ei helpu fe gyda’r gwaith. | Elle l’aide dans son travail. | Le complément est masculin ; h ne change pas. |
| Mae Siôn yn ei charu hi. | Siôn l’aime. | Le complément est féminin : caru → charu. |
| Wyt ti’n fy nghlywed i? | Tu m’entends ? | Mutation nasale : clywed → nghlywed. |
| Dydy Alys ddim yn dy weld di. | Alys ne te voit pas. | La négation ne change pas le groupe dy…di. |
| Roedden ni’n ei ddilyn e. | Nous le suivions. | Mutation douce : dilyn → ddilyn. |
| Bydd y tiwtor yn eich cywiro chi. | Le tuteur vous corrigera. | eich…chi convient au pluriel et à la politesse. |
| Wnaethon nhw ein gwahodd ni i swper. | Ils nous ont invités à dîner. | Passé avec gwneud ; ein ne provoque pas de mutation. |
| Dw i wedi dy dalu di. | Je t’ai payé. | Après wedi, dy dalu di reste un seul groupe. |
| Mae’r ci yn eu dilyn nhw. | Le chien les suit. | eu…nhw reprend un complément pluriel. |
| Bydda i’n ei gweld hi yfory. | Je la verrai demain. | Avec ei féminin, gweld reste visiblement inchangé. |
| Mae’r plant yn ein clywed ni. | Les enfants nous entendent. | ein…ni marque la première personne du pluriel. |
Erreurs courantes
Copier l’ordre français
- Incorrect : Dw i di caru.
- Correct : Dw i’n dy garu di.
- Pourquoi : Le pronom français « te » précède le verbe conjugué, mais le gallois utilise dy devant le nom verbal et di après celui-ci.
Garder l’initiale intacte après fy
- Incorrect : Mae hi’n fy gweld i.
- Correct : Mae hi’n fy ngweld i.
- Pourquoi : fy déclenche la mutation nasale. L’initiale g devient ng dans ngweld.
Employer la mutation masculine pour une femme
- Incorrect : Dw i’n ei garu hi.
- Correct : Dw i’n ei charu hi.
- Pourquoi : Devant une initiale c, ei féminin provoque la mutation aspirée c → ch. Pour un homme, on aurait ei garu fe avec mutation douce.
Mélanger les deux moitiés du couple
- Incorrect : Maen nhw’n ein gweld chi pour « Ils nous voient ».
- Correct : Maen nhw’n ein gweld ni.
- Pourquoi : Les deux marques doivent désigner la même personne : ein…ni « nous », eich…chi « vous ».
Ajouter une mutation après ein, eich ou eu
- Incorrect : Wnaethon nhw ein wahodd ni.
- Correct : Wnaethon nhw ein gwahodd ni.
- Pourquoi : Dans ce modèle, ein, eich et eu ne déclenchent pas les mutations associées à fy, dy et ei.
Utiliser le modèle possessif avec tous les verbes
- Incorrect : Mae hi’n fy edrych i pour « Elle me regarde ».
- Correct : Mae hi’n edrych arna i.
- Pourquoi : Le verbe s’apprend sous la forme edrych ar. Le complément personnel est intégré à la préposition ar, ici arna i.
Notes d’usage
Les formes masculines varient selon les régions. Dans le sud, e et fe sont courants ; dans le nord, on entend souvent o et fo. Ainsi, « elle le voit » peut prendre les formes Mae hi’n ei weld e, Mae hi’n ei weld fe, Mae hi’n ei weld o ou Mae hi’n ei weld fo, selon le parler. Il est utile de reconnaître toutes ces variantes, sans chercher à les mélanger artificiellement dans sa propre façon de parler.
Le pronom d’appui final est fréquent dans le gallois parlé. Il clarifie notamment ei, qui peut annoncer un complément masculin ou féminin. Il peut toutefois être absent lorsque le contexte suffit, surtout dans un style plus condensé. Au niveau A2, conserver le couple complet — fy…i, dy…di, ei…hi, etc. — constitue une stratégie claire et fiable.
À l’oral, les possessifs peuvent être réduits ou moins nettement prononcés, alors que la mutation et le pronom final restent audibles. À l’écrit, commencez par les formes pleines données dans le tableau. Vous comprendrez ensuite plus facilement les formes apostrophées rencontrées dans les dialogues et les textes.
Enfin, chi correspond à la fois au pluriel et au « vous » de politesse. eich gweld chi peut donc signifier « vous voir » en s’adressant à plusieurs personnes ou à une seule personne que l’on vouvoie. Le contexte donne l’interprétation, comme en français.
Pour aller plus loin
Les points qui suivent ne sont pas indispensables pour commencer à parler au niveau A2, mais ils permettent de reconnaître des constructions plus avancées.
Le pronom final et l’insistance
Le pronom d’appui peut porter un contraste. Dans Mae hi’n dy helpu di, nid fi, le di met « toi » en relief : « C’est toi qu’elle aide, pas moi. » Cette valeur explique pourquoi le pronom final n’est pas une simple répétition vide. Selon l’intonation et le contexte, il peut seulement identifier le complément ou le mettre fortement en avant.
Les formes réduites
Après certains mots terminés par une voyelle, les formes possessives peuvent apparaître sous une forme apostrophée, notamment ’m, ’th et ’i. On peut par exemple rencontrer i’m helpu i « pour m’aider ». Il vaut mieux d’abord savoir reconstruire la forme pleine et sa mutation : ’m helpu i appartient à la même famille que fy helpu i.
Le lien avec le passif en cael
Une construction passive fréquente réutilise exactement ce matériel :
- Ces i fy ngweld. — J’ai été vu.
- Cafodd hi ei helpu. — Elle a été aidée.
- Cawson ni ein gwahodd. — Nous avons été invités.
Dans la phrase active Mae’r meddyg yn fy ngweld i, « le médecin me voit ». Dans Ces i fy ngweld gan y meddyg, « j’ai été vu par le médecin ». La forme fy ngweld reste reconnaissable, mais cael présente désormais la personne comme celle qui reçoit l’action. Ce prolongement relève d’un niveau plus avancé ; il suffit ici d’en reconnaître la parenté.
Les objets inanimés
ei et eu peuvent aussi reprendre des choses, pas seulement des personnes. Le genre grammatical du nom repris peut alors intervenir au singulier, tandis que eu…nhw sert au pluriel. Dans une conversation, le nom est souvent répété si un pronom risquerait de rendre la référence obscure. La clarté est plus importante qu’une imitation systématique du français « le, la, les ».
Conseils de pratique
- Récitez une série autour d’un seul verbe. Avec gweld, dites successivement fy ngweld i, dy weld di, ei weld e, ei gweld hi, ein gweld ni, eich gweld chi, eu gweld nhw. Puis recommencez avec caru afin d’entendre les mutations.
- Transformez une phrase sans changer le complément. Partez de Mae hi’n dy helpu di, puis formez Roedd hi’n dy helpu di, Bydd hi’n dy helpu di et Wnaeth hi dy helpu di. Vous verrez ainsi que le groupe complément reste stable.
- Notez chaque verbe avec son modèle. Écrivez gweld rhywun → fy ngweld i, mais edrych ar rywun → edrych arna i. Cette habitude évite de traduire mécaniquement les pronoms français.
Notions liées
- Prérequis : La possession — pour revoir fy, dy, ei, ein, eich, eu et les mutations qu’ils déclenchent.
- À consolider : Les noms verbaux — pour reconnaître la forme verbale placée entre les deux marques du complément.
- Étape suivante : Les prépositions conjuguées — pour exprimer les compléments exigés par ar, wrth, i et d’autres prépositions.