Les constructions de sens passif en hongrois
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Cet article fait partie de l'arbre grammatical de hongrois sur Settemila Lingue.
En bref
Le hongrois moderne préfère généralement reformuler ce que le français exprime par un passif. Selon le sens recherché, il emploie surtout la 3e personne du pluriel sans auteur nommé (Megépítették a házat), un verbe de changement d’état (A feladat megoldódott) ou une forme en -ható/-hető indiquant la possibilité (A feladat megoldható).
Vue d’ensemble
En français, le passif permet de placer au premier plan la personne ou la chose qui subit l’action : « La maison a été construite », « Le dossier peut être envoyé ». Le sujet grammatical n’est alors pas l’auteur de l’action. En hongrois courant, on évite le plus souvent de reproduire cette structure avec un véritable verbe passif. On choisit plutôt une phrase active, impersonnelle ou centrée sur le résultat.
Ce point apparaît au niveau B2, car il ne suffit pas de remplacer une forme française par une terminaison hongroise unique. Il faut d’abord décider ce que la phrase veut mettre en avant : l’action accomplie par des personnes non précisées, le changement subi par une chose, la possibilité d’effectuer l’action ou l’état obtenu. Le choix dépend donc autant du sens et du registre que de la grammaire.
Deux termes seront utiles. Le sujet est l’élément dont on dit quelque chose ; le complément d’objet direct est la personne ou la chose directement touchée par l’action. En hongrois, ce complément porte généralement l’accusatif, souvent reconnaissable à -t : a ház « la maison », mais a házat « la maison » comme objet. Cette marque est essentielle lorsque la phrase française passive devient une phrase hongroise active.
Comment cela fonctionne
1. La 3e personne du pluriel sans auteur nommé
Quand des personnes ont réellement accompli l’action, mais que leur identité est inconnue, sans importance ou évidente, le hongrois emploie très souvent un verbe à la 3e personne du pluriel. Cette tournure correspond fréquemment au français « on » ou à un passif sans complément d’agent.
| Hongrois | Français | Point à observer |
|---|---|---|
| Megépítették a házat. | On a construit la maison. / La maison a été construite. | a házat reste l’objet à l’accusatif. |
| Ellopták a biciklimet. | On m’a volé mon vélo. / Mon vélo a été volé. | L’auteur est inconnu. |
| Holnap kézbesítik a csomagot. | Le colis sera livré demain. | La forme verbale est au présent, avec une valeur future donnée par holnap. |
Le schéma reste celui d’une phrase active :
verbe à la 3e personne du pluriel + objet à l’accusatif
Dans Megépítették a házat, le verbe signifie littéralement « ils ont construit », tandis que a házat est « la maison » marquée comme objet. La traduction française la plus naturelle peut néanmoins être passive.
La conjugaison hongroise dépend aussi du caractère défini ou non de l’objet. Avec un objet défini comme a házat « la maison », on emploie la conjugaison définie : építik, megépítették. Avec un objet non défini ou au pluriel indéfini, on emploie la conjugaison indéfinie : Házakat építettek « On a construit des maisons ». Le fait que l’auteur ne soit pas nommé ne supprime donc pas les règles ordinaires de conjugaison.
Cette forme peut également signifier de vrais « ils » si le contexte a déjà identifié plusieurs personnes. Megjavították az autót peut vouloir dire « Ils ont réparé la voiture » ou « La voiture a été réparée ». Seul le contexte indique si le sujet pluriel est précis ou indéfini.
2. Un verbe moyen ou un verbe de changement d’état
Si l’on décrit surtout ce qui arrive à la chose, sans présenter d’auteur, le hongrois choisit souvent un verbe moyen : un verbe qui présente le procès comme se produisant sur son sujet, sans nommer un agent extérieur. Beaucoup de ces verbes finissent en -ódik/-ődik, selon l’harmonie vocalique, mais d’autres ont une forme propre.
| Hongrois | Français | Nuance |
|---|---|---|
| A feladat megoldódott. | Le problème s’est résolu. / Le problème a été résolu. | Le résultat ou le déroulement est au premier plan. |
| Az ügy hamar elintéződött. | L’affaire s’est réglée rapidement. | Aucun responsable n’est présenté. |
| Az ajtó kinyílt. | La porte s’est ouverte. | nyílik n’est pas en -ódik/-ődik, mais remplit la même fonction de changement d’état. |
| A jelentés elkészült. | Le rapport a été achevé / est prêt. | elkészül présente l’aboutissement, non l’auteur. |
Le sujet n’est pas à l’accusatif : a feladat, az ügy, az ajtó. Contrairement à la stratégie précédente, la phrase ne sous-entend pas forcément un groupe humain précis. Elle décrit plutôt un changement, un processus ou son aboutissement.
Il ne faut pas ajouter -ódik/-ődik librement à n’importe quel verbe. Certaines paires sont courantes, par exemple megold « résoudre quelque chose » → megoldódik « se résoudre », mais le hongrois dispose aussi d’autres couples lexicaux : kinyit « ouvrir quelque chose » → kinyílik « s’ouvrir », elkészít « préparer, achever quelque chose » → elkészül « être prêt, s’achever ». Ces formes s’apprennent avec le verbe de base et un exemple complet.
3. Les adjectifs verbaux en -ható/-hető
Le suffixe -ható/-hető forme un adjectif verbal, c’est-à-dire un mot issu d’un verbe qui décrit ici ce qu’il est possible de faire. Le choix entre -ható et -hető suit l’harmonie vocalique du hongrois.
| Verbe ou base | Forme en -ható/-hető | Sens |
|---|---|---|
| olvas « lire » | olvasható | lisible, que l’on peut lire |
| megold « résoudre » | megoldható | que l’on peut résoudre |
| kinyit « ouvrir » | kinyitható | que l’on peut ouvrir |
| használ « utiliser » | használható | utilisable |
| elér « atteindre, joindre » | elérhető | accessible, joignable |
Dans Ez a könyv olvasható, ez a könyv est le sujet et olvasható signifie « peut être lu » ou « est lisible ». Cette forme n’affirme pas que quelqu’un lit effectivement le livre : elle exprime une possibilité, une aptitude ou, selon le contexte, une autorisation.
Un adverbe précise souvent l’évaluation : könnyen olvasható « facile à lire », nehezen érthető « difficile à comprendre », online elérhető « accessible en ligne ». La négation se fait normalement avec nem : A fájl nem nyitható meg « Le fichier ne peut pas être ouvert ». Avec un préverbe tel que meg-, l’ordre peut changer sous l’effet de la négation : megnyitható devient nem nyitható meg.
Une autre construction très courante emploie lehet « il est possible » suivi d’un infinitif :
- Ezt a könyvet el lehet olvasni. — « On peut lire ce livre. »
- Ez a könyv elolvasható. — « Ce livre peut être lu / est lisible. »
La première phrase garde ezt a könyvet à l’accusatif et présente l’action de manière impersonnelle. La seconde fait de ez a könyv le sujet et le caractérise par la possibilité. Les deux formulations sont naturelles ; la forme en -ható/-hető est particulièrement fréquente dans les consignes, les notices et les textes administratifs.
4. Garder une phrase active quand l’auteur est connu
Si l’auteur est important, le hongrois préfère généralement une phrase active ordinaire, même lorsque le français choisit volontiers le passif.
| Hongrois | Français | Structure hongroise |
|---|---|---|
| A házat a cég építette. | La maison a été construite par l’entreprise. | Littéralement : « Quant à la maison, l’entreprise l’a construite. » |
| A levelet Anna írta. | La lettre a été écrite par Anna. | L’objet est placé en tête ; Anna reste l’auteur grammatical. |
L’ordre des mots met ici l’objet en valeur, mais il ne le transforme pas en sujet. La terminaison -t de házat et levelet continue de signaler l’objet. Cette solution est souvent plus idiomatique qu’un calque du passif français.
Exemples en contexte
| Hongrois | Français | Construction |
|---|---|---|
| Tegnap lezárták az utcát. | La rue a été fermée hier. | 3e personne du pluriel, auteur non précisé |
| Még nem küldték el a számlát. | La facture n’a pas encore été envoyée. | Action humaine non accomplie |
| A múzeumot 1896-ban nyitották meg. | Le musée a été inauguré en 1896. | Fait historique, responsables laissés à l’arrière-plan |
| Minden jelentkezőt e-mailben értesítenek. | Tous les candidats sont informés par courriel. | Procédure habituelle |
| Az ajtó automatikusan kinyílt. | La porte s’est ouverte automatiquement. | Changement d’état |
| A probléma végül megoldódott. | Le problème a fini par se résoudre. | Processus abouti |
| A helyzet lassan rendeződik. | La situation se règle peu à peu. | Processus en cours |
| Ez a könyv szótár nélkül is olvasható. | Ce livre peut se lire même sans dictionnaire. | Possibilité |
| A feladat tíz perc alatt megoldható. | L’exercice peut être résolu en dix minutes. | Faisabilité |
| Az űrlap online is kitölthető. | Le formulaire peut aussi être rempli en ligne. | Instruction pratique |
| Ez az ajtó belülről nem nyitható ki. | Cette porte ne peut pas être ouverte de l’intérieur. | Négation et préverbe rejeté après la forme verbale |
| A jelentést Júlia készítette. | Le rapport a été préparé par Júlia. | Phrase active avec auteur connu |
| Az ajtó be van zárva. | La porte est fermée. | État résultant en -va/-ve |
Erreurs fréquentes
Calquer systématiquement « être + participe passé »
- À éviter : chercher une forme passive hongroise mot à mot pour « La maison a été construite ».
- Naturel : Megépítették a házat.
- Pourquoi : lorsqu’un groupe humain non identifié a effectué l’action, la 3e personne du pluriel est la solution courante. La maison reste l’objet : a házat.
Oublier l’accusatif après la reformulation active
- Incorrect : Megépítették a ház.
- Correct : Megépítették a házat.
- Pourquoi : la phrase hongroise est active. A házat est donc le complément d’objet direct et reçoit -t.
Employer la conjugaison indéfinie avec un objet défini
- Incorrect : Megépítettek a házat.
- Correct : Megépítették a házat.
- Pourquoi : a házat désigne une maison définie avec l’article a. Le verbe doit prendre la conjugaison définie. En revanche, Házakat építettek « On a construit des maisons » demande la conjugaison indéfinie.
Transformer chaque verbe avec -ódik/-ődik
- Incorrect : inventer une forme en -ódik/-ődik dès que le français a un passif.
- Correct : apprendre les paires réellement employées, comme megold → megoldódik, et les verbes de changement d’état, comme kinyit → kinyílik.
- Pourquoi : cette dérivation est productive dans certains domaines, mais elle n’est ni automatique ni purement équivalente au passif français.
Confondre événement et possibilité
- Incorrect pour un fait accompli : A ház megépíthető. si l’on veut dire « La maison a été construite. »
- Correct : Megépítették a házat.
- Pourquoi : megépíthető signifie « peut être construit ». La forme en -ható/-hető n’indique pas à elle seule que l’action a eu lieu.
Oublier le déplacement du préverbe après la négation
- Incorrect : A fájl nem megnyitható. dans une phrase neutre.
- Correct : A fájl nem nyitható meg.
- Pourquoi : sous la négation, le préverbe se place souvent après la forme verbale. Une position différente est possible avec un contraste très marqué, mais ce n’est pas le modèle neutre à retenir.
Remarques d’usage
Le choix entre les constructions dépend d’abord du point de vue. Bezárták az üzletet « On a fermé le magasin » présente une décision ou une action humaine. Az üzlet bezárt « Le magasin a fermé » présente le changement de situation. Az üzlet zárva van « Le magasin est fermé » décrit son état actuel. Ces phrases peuvent renvoyer à la même réalité, mais elles ne racontent pas la même chose.
La 3e personne du pluriel indéfinie est très naturelle à l’oral comme à l’écrit : faits divers, procédures, expériences personnelles ou décisions dont l’auteur n’importe pas. En français, selon le contexte, on la traduit tantôt par « on », tantôt par un passif. Il vaut mieux apprendre à reconnaître l’intention qu’à conserver la même structure dans les deux langues.
Les formes en -ható/-hető sont fréquentes dans les modes d’emploi, règlements, annonces et interfaces : ingyenesen letölthető « téléchargeable gratuitement », itt nem használható « ne peut pas être utilisé ici ». Dans la conversation, lehet + infinitif offre souvent une variante plus verbale et spontanée : Itt lehet fizetni kártyával? « Peut-on payer par carte ici ? »
Enfin, un verbe moyen peut atténuer ou effacer la responsabilité : Hiba történt « Une erreur s’est produite », Az ügy elintéződött « L’affaire s’est réglée ». Comme en français avec certaines tournures impersonnelles, ce choix peut être purement descriptif, mais il peut aussi éviter de dire qui a agi.
Pour aller plus loin
L’état résultant avec -va/-ve
Le hongrois peut combiner van « être » avec une forme en -va/-ve, appelée participe adverbial (une forme verbale qui présente ici l’état issu d’une action) : Az ajtó be van zárva « La porte est fermée ». Cette construction décrit avant tout un résultat stable, et non l’événement lui-même.
Comparez :
- Bezárták az ajtót. — « On a fermé la porte. » : action accomplie par quelqu’un.
- Az ajtó bezáródott. — « La porte s’est refermée. » : changement d’état.
- Az ajtó be van zárva. — « La porte est fermée. » : état obtenu.
- Az ajtó bezárható. — « La porte peut être fermée. » : possibilité.
Le verbe van varie avec le temps et le nombre, tandis que la forme en -va/-ve ne s’accorde pas : Az ajtók be vannak zárva « Les portes sont fermées », Az ajtó be volt zárva « La porte était fermée ». Cette tournure ressemble beaucoup au passif français, mais son sens de base reste résultatif.
Les participes et les compléments en által
Dans les textes administratifs ou techniques, on rencontre des groupes comme a bizottság által elfogadott javaslat, littéralement « la proposition adoptée par la commission ». Által introduit ici l’auteur auprès d’un participe passé adjectival, elfogadott « adopté ». Cette structure compacte est utile à reconnaître, mais une phrase active est souvent plus claire : a javaslat, amelyet a bizottság elfogadott « la proposition que la commission a adoptée ».
Le hongrois possède aussi des survivances d’un ancien passif en -atik/-etik, par exemple megadatik « il est accordé ». Elles sont rares, marquées comme anciennes, solennelles ou ironiques, et ne constituent pas le modèle normal à employer dans la conversation moderne.
L’ordre des mots ne crée pas un passif
Placer l’objet au début permet d’en faire le thème de la phrase : A szerződést mindkét fél aláírta « Le contrat a été signé par les deux parties ». Pourtant, a szerződést porte toujours l’accusatif et mindkét fél reste le sujet. Pour comprendre la structure, fiez-vous aux marques de cas et à la conjugaison, pas seulement à la première position.
Conseils pour s’entraîner
- Partez d’une phrase française et posez une question de sens. L’auteur est-il inconnu ? Choisissez la 3e personne du pluriel. Décrit-on un changement ? Cherchez un verbe moyen. Parle-t-on d’une possibilité ? Essayez -ható/-hető.
- Apprenez les verbes par paires ou par séries de quatre. Par exemple : kinyit « ouvrir quelque chose », kinyílik « s’ouvrir », nyitva van « être ouvert », kinyitható « pouvoir être ouvert ». Cette méthode évite de confondre action, changement, état et possibilité.
- Repérez les traductions naturelles plutôt que les mots isolés. Dans un article hongrois, soulignez les verbes à la 3e personne du pluriel sans sujet exprimé, puis demandez-vous si le français préférerait « on » ou un passif.
Notions liées
- Prérequis : Le passé en hongrois — nécessaire pour comprendre des formes comme megépítették, kinyílt et megoldódott.
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